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Les soucis de Wen Jiabao et des sidérurgistes chinois

L’incohérence est en partie due à la surproduction des aciéries chinoises, qui, selon le Ministère de l’Industrie lui-même, excède la demande interne de 25 à 30% et tire les prix vers le bas (90 millions de tonnes d’acier de qualité moyenne en excédent, soit 60% de la production européenne et une fois et-demie celle des Etats-Unis) - pour une production totale de 568 millions de tonnes en 2009, qui représente 47% de la production mondiale -. Le marasme, aggravé par les effets incitatifs du plan de relance dans un secteur en situation chaotique, est également du à la survivance d’une myriade d’aciéries à la viabilité aléatoire, dont les grands aciéristes, seuls titulaires des licences d’importation, tirent avantage (cf. « La crise avec Rio Tinto »).

Enfin, à ces faiblesses structurelles, alimentées par les enchevêtrements de corruptions entre les groupes d’Etat et la nomenklatura, il faut encore ajouter les effets conjoncturels du bras de fer entre la Chine et les minéraliers. Ces derniers, forts de la remontée des prix du minerai de fer, n’ont pas cédé aux pressions chinoises qui refusaient la hausse de 50% proposée par Rio Tinto, Billiton et Vale, mais acceptée par le Japon et la Corée. Résultat, les sidérurgistes chinois ont été contraints de s’approvisionner sur le marché libre, au prix de 140 dollars la tonne, au lieu de 70 dollars.

La situation qui fragilise le secteur de l’acier (profusion de sidérurgistes, excédents d’acier de qualité moindre, baisse des prix de l’acier, hausse du prix du minerai de fer, bras de fer avec les minéraliers), devrait, dès 2010, contraindre le pouvoir à des restructurations autoritaires par le moyen de fusions acquisitions et la fermeture des sites non rentables. A plus ou moins long terme, pèse la crainte de faillites en séries des aciéristes les plus fragiles, provoquées par la hausse des prix du minerai.

En attendant, la Chine, qui importe près de 70% du minerai de fer qu’elle consomme, place tous ses espoirs dans un gigantesque projet de développement des mines de fer au Chili, par China Minmetals Corporation, associé au cantonais Shunde Rixin, qui a acheté 75% des parts des trois plus importantes mines de fer chiliennes pour 13 milliards de Yuan. « Si le projet se réalisait », dit le Président de Rixin, « la Chine pourrait briser le monopole des trois géants minéraliers qui fixent aujourd’hui le prix mondial du minerai de fer ».

Quant à l’inflation, que le pouvoir surveille de près, le magazine Caixin, dont la nouvelle directrice n’est autre que Hu Shili, démissionnaire de Caijing et connue pour son habileté à traquer la réalité derrière les euphémismes des discours officiels (cf. « Trois personnalités »), a tiré la sonnette d’alarme par un article du 11 mars : « Selon les statistiques officielles, le niveau de l’inflation a dépassé le taux d’intérêt accordé par les banques, ce qui signifie que le pouvoir d’achat des ménages baisse. La Banque Centrale estime que l’inflation reste mesurée, mais selon certains experts, il existe des signes indiquant un emballement de l’économie ».

Il est vrai que durant les derniers mois de 2009, l’import-export a connu une accélération brutale (+ 17,7% pour les exportations et + 55% pour les importations), tandis que la hausse des prix passait de + 1,5% à + 2,7% en février, avec, pour le même mois, une hausse des prix de l’alimentation supérieure à 6%. Le 4 février, Georges Soros, répondant à un journaliste du même Caixin, expliquait déjà que si les mesures de ralentissement mises en œuvre dès le mois de janvier n’étaient pas rapidement efficaces, le risque de surchauffe serait réel. Il ajoutait que, si la croissance restait aussi soutenue tout au long de 2010, les surplus industriels s’accumuleraient, dans un contexte où la demande pourrait se contracter.

Dans le même temps, le Premier Ministre doit résister aux pressions des Etats-Unis, de l’UE et de plusieurs experts des institutions financières internationales pour réévaluer le Yuan : « Nous condamnons l’habitude qui consiste à se pointer du doigt les uns les autres et à faire pression sur un pays pour le contraindre à réévaluer sa monnaie ».

Tout indique cependant que l’appréciation du Renminbi serait une des premières mesures que le gouvernement prendrait si l’inflation s’aggravait. En juin 2007, lorsque la hausse des prix avait franchi le cap des 5% (elle est aujourd’hui de 2,7%), le Yuan avait été réévalué dans les mois suivants. La difficulté, disent les spécialistes, est de procéder aux réajustements sans aggraver les spéculations, ni provoquer un afflux de capitaux qui aggraverait la surchauffe.


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