Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Economie

Morosité, conflits commerciaux et lent réajustement de l’export sur fond de tensions géopolitiques avec l’Occident

Lourde rémanence du commerce avec l’Occident et lent réajustement vers l’Asie et la Russie.

La multiplication des sommets de la Chine avec les pays non occidentaux – ici le 23 août 2023, lors du XVe sommet des BRICS à Johannesburg, avec la Russie, l’Inde, le Moyen Orient, l’ASEAN, l’Afrique, - vise en priorité, non seulement à écarter Pékin de l’influence occidentale et de Washington, son rival systémique global, mais également à élargir l’empreinte chinoise dans le Sud Global (lire : Les BRICS à Johannesburg, symbole de la contestation de l’Amérique et de l’Occident.).

Pour autant, si pour mesurer où se situent les intérêts pragmatiques chinois, liés à l’équilibre de son économie, à la puissance de son surplus commercial et à ses réserves de change, on constatera qu’au-delà des crispations géopolitiques, ils sont directement liés à la densité incomparable de ses relations commerciales avec les États-Unis et l’Europe.

Même en baisse notable en 2024, les deux cumulés dépassent 1300 milliards de $ produisant un surplus commercial de 572 milliards de $, générateur au fil des années d’un stock de réserves de changes de 3200 milliards de $ stable depuis 2016. Pour Guan Tao, chef économiste au Holding de la Banque Internationale de Chine, et ancien Directeur général de l’administration des changes entre 2009 et 2015, les réserves de change sont un important « tampon de sécurité » de liquidités externes en cas de crise financière, actuel premier souci de la direction des finances.


*

Sur fond de la guérilla de taxes imposées par Washington et Bruxelles contre les exportations de véhicules électriques et les panneaux solaires chinois auxquelles riposte l’acrimonie de Pékin qui contre-attaque [2], la structure du commerce extérieur subit les premiers contrecoups d’une politique étrangère de rupture face à ses marchés les plus lucratifs des États-Unis et de l’Europe occidentale.

L’excédent commercial est toujours là. Globalement depuis juillet 2023, il est passé de 857 à 861 milliards de $, avec cependant d’importants flottements mensuels. Depuis six mois, il a fluctué de 84,13 milliards de $ en janvier 2024, à 98,9 mds en juin, après être tombé à 38,66 milliards en février. En juillet, il avait diminué, mais était encore à +84,6 milliards de $.

Depuis deux ans, les exportations vers les États-Unis se contractent, passées de 60 milliards de $ mensuels en juin 2022, à 45 milliards de $ en juin 2024. Vers l’UE, elles ont suivi une tendance identique, avec cependant une chute moins marquée, passant de 56,2 milliards de $ en août 2022, à 45,7 milliards de $ en juillet 2024.

Quant aux exportations vers l’Asie, elles suivent une évolution inverse. Même si la Malaisie, l’Indonésie et la Thaïlande ont récemment réagi pour mieux contrôler par des taxes l’invasion des produits chinois bon marché, les statistiques de la Banque Mondiale indiquent que, depuis 2019, l’écart se creuse nettement entre leurs exportations vers la Chine et leurs importations.

Si en Indonésie, le déficit commercial est encore maîtrisé grâce aux exportations de ressources primaires comme le fer, en revanche en Malaisie et en Thaïlande, il se creuse pour atteindre respectivement 10 et 20 milliards de $.

Globalement et malgré d’importantes variations annuelles, la tendance est la même pour les exportations vers le Vietnam. Alors qu’en 2014, leur valeur était d’à peine 2,5 milliards de $, en mars 2024, elles dépassaient les 11 milliards. Ce même mois, le déficit du commerce vietnamien avec la Chine, source de tensions entre Hanoï et Pékin était de 6 milliards de $. En projection annuelle, il pourrait excéder les 17 milliards de $ en 2024.

Le tableau est à l’avenant avec l’Inde. En dépit des fortes tensions stratégiques entre New-Delhi et Pékin, leur commerce bilatéral est en expansion à 118,4 milliards de $.

Mais la forte dépendance de l’Inde aux produits chinois du secteur des télécoms, des portables, des produits pharmaceutiques, des nouvelles technologies, des produits chimiques, des voitures et des textiles, crée un déficit commercial en augmentation rapide passé de 50 à 80 milliards de $ entre 2019 et 2023. Alors que la rémanence de l’intérêt des salaires plus faibles en Inde incite à la délocalisation des entreprises chinoises, la tendance ne faiblira pas.

Enfin c’est avec la Russie que le commerce extérieur chinois est le plus dépendant des tensions géopolitiques globales, dont la première conséquence est d’offrir à Moscou une voie de contournement des sanctions occidentales par les importants achats chinois de pétrole russe.

*

Avec un commerce bilatéral à 240 milliards de $ (chiffre 2023), en hausse de 26% par rapport à 2022, - cependant à nuancer quand, malgré la contraction évoquée plus haut, conséquence des relations heurtées entre la Chine et l’Occident, on considère que le commerce avec les États-Unis et l’UE est toujours respectivement de 664 milliards et de 739 milliards de $ -, la Chine est devenue en 2023 le premier client du pétrole brut russe avant l’Inde, l’UE et la Turquie.

La conséquence est qu’en dépit de la hausse de ses ventes à la Russie de 64,2% par rapport à 2021, elle a, en 2023, enregistré un rare déficit commercial estimé de manière imprécise (compte tenu des tensions encours, l’exactitude des chiffres est aléatoire), à 900 millions de $.

Comme avec l’Inde, le cœur des exportations chinoises, se compose de machines-outils, d’équipements de réacteurs nucléaires, de véhicules individuels, d’équipements de transport (voies ferrées, trains et tramways), ainsi que de matériels électriques et électroniques.

Pour autant on aurait tort de considérer que le rapprochement sino-russe, d’abord motivé par la géopolitique anti-occidentale sino-russe, serait à toute épreuve.

Concrètement la proximité est profondément déséquilibrée à l’avantage de la Chine, dont le potentiel géopolitique de se poser en une alternative aux États-Unis est considérablement rehaussé, tandis que les tensions géopolitiques et la structure de l’économie russe devenue très dépendante de la Chine enferme Moscou dans un éventail réduit de choix stratégiques.

Par contraste, la souplesse commerciale chinoise fait que nombre de groupes chinois s’efforcent de rester présents sur les marchés occidentaux. S’il est vrai qu’ils se réjouissent que les tensions géostratégiques en cours leur ouvrent les portes de nouveaux marchés russes, le choix du commerce avec l’Occident reste pour eux la priorité.

En opposition avec la géopolitique de Xi Jinping, les banques chinoises qui mesurent leurs choix à l’aune de leurs intérêts, restent prudentes à l’égard de leurs clients russes dont elles exigent un respect rigoureux des normes prudentielles. Contrairement au discours politique, elles considèrent avec défiance l’utilisation du Yuan. Preuve de leur prudence, elles ont récemment relevé le taux de change entre le Yuan et le Rouble.

Enfin, s’il est exact que le volume des paiements effectués en marge du Dollar a augmenté, la vérité est que la valeur globale des règlements en Yuan reste très modeste. En juillet, 2024, le Yuan chinois ne comptait encore que pour 4,61% des paiements internationaux, contre 22,72% pour l’Euro et 47,08% pour le Dollar.

Note(s) :

[2Depuis, août 2024, en riposte aux taxes et restrictions qui frappent les exports de véhicules électriques chinois en Europe, Pékin enquête sur les subventions accordées par les gouvernements aux produits laitiers.

Le 21 août, 24 heures après l’annonce par Bruxelles de la mise en place de taxes européennes frappant les importations de VE chinois, le ministère chinois du Commerce déclarait que les producteurs laitiers chinois avaient demandé une enquête, citant 20 programmes différents de subventions au profit de l’industrie laitière européenne.

Celles-ci allaient du soutien financier pour l’achat d’équipements agricoles aux subventions accordées aux jeunes agriculteurs en passant par les aides destinées à l’ajustement aux nouvelles normes environnementales.

La riposte de Pékin pourrait faire mouche. Selon les données de la Commission, la Chine est la deuxième destination du lait entier, écrémé ou en poudre de l’Union Européenne, par ailleurs, un des plus grands exportateurs de produits laitiers au monde.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Guerre en Iran. Sous la résilience économique chinoise, les craintes de l’instabilité

Excédent commercial record et freinage de la croissance

La Conférence centrale sur le travail économique. Une feuille de route pour 2026

4e plenum : Confirmation de la bascule qualitative pour une économie de combat. Priorité aux hautes technologies

Résilience et incertitude au milieu des secousses de la guerre commerciale