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Négociations PSA – Dongfeng. Les sous-traitants menacés

Le 12 décembre dernier, le groupe PSA a confirmé qu’il avait entamé des négociations pour une entrée dans son capital du groupe Dongfeng, n°2 chinois de l’automobile, déjà lui-même engagé dans des partenariats avec 6 autres constructeurs étrangers.

On comprend bien l’intérêt financier du groupe français en mal de cash pour une augmentation de son capital envisagée à hauteur de 3,5 Mds d’€, dont une partie minoritaire viendrait de l’État français et l’autre du groupe chinois.

Mais le rapprochement avec un groupe tentaculaire aux ambitions de pouvoir face à ses concurrents chinois et donc avide de technologies importées pour leur damer le pion, ne va pas sans arrières pensées.

Les perspectives pour PSA ont encore été assombries par le retrait, le 12 décembre dernier (soit seulement 17 mois après l’accord de mars 2012) par General Motors des 7% qu’il détenait dans le capital de PSA. Cette manoeuvre laisse la société sochalienne plutôt démunie et en situation de vulnérabilité face aux exigences du géant chinois. Le retrait de GM du capital de Peugeot constitue en effet une aubaine pour Dongfeng, déjà lié par des accords JV avec Renault, PSA, Nissan, Honda, Kia, le Taiwanais Yulong, et le Suédois Volvo Trucks pour les poids lourds.

Le retrait de GM du capital de PSA rassure les autorités chinoises

Le partenariat même marginal entre PSA et GM agissait en effet comme un répulsif pour les autorités chinoises qui savent à quel point le constructeur américain, partenaire de SAIC, n°1 chinois du secteur est réticent aux transferts de technologies de pointe qu’il entend contrôler au millimètre.

Un rapport publié en janvier 2013 par le Center for Strategic & International Studies (CSIS) confirme que l’entreprise chinoise a tiré profit de son partenariat avec GM dans les secteurs de la production et de la mécanique générale. Mais il ajoute que les copies chinoises de pièces détachées de conception américaine ne concernent que des éléments de faible valeur ajoutée.

En revanche le CSIS précise que SAIC reste toujours très dépendante de la R&D américaine pour les innovations de pointe telles que la propulsion hybride, des nouveaux matériaux, les roulements, l’insonorisation, la consommation, la réduction des émissions carbone etc.

Inquiétude sur la structure du capital.

Les informations qui filtrent sur la structure future du capital laissent craindre que, pour la première fois de son histoire, la famille Peugeot pourrait perdre sa capacité de contrôle de l’entreprise aujourd’hui appuyée sur ses parts dans le capital (25,4%) et ses prérogatives de vote attachées au constructeur (38,1%).

Il est aussi possible que la levée de fonds soit accompagnée par une décote de l’action PSA qui pourrait chuter à moins de 7 €, alors qu’elle est aujourd’hui à 9,440 €. Cette tendance, si elle se confirmait (les marchés estiment que la cote plancher pour se porter acquéreur du titre est de 9 €) ne manquerait pas d’avoir des effets adverses pour Peugeot sur les négociations en cours. Rappelons qu’il y a un an l’action PSA était tombée à 4,5 €, mais qu’en 2011 elle valait encore près de 30 € et 67 € en juillet 2007.

Le groupe français, financièrement affaibli, lâché par GM qui n’a pas souhaité se mettre en porte faux dès lors que PSA négociait avec le premier concurrent en Chine de son partenaire SAIC, aborde la suite des négociations en position de vulnérabilité.

Bataille politique. L’inquiétude des sous-traitants.

On dit que l’État français s’impliquera dans l’accord pour éviter un désastre technologique qui, pour un sauvetage financier du court terme, compromettrait l’avenir du groupe. Le 12 décembre dernier Matignon a en effet affirmé vouloir suivre de près les négociations. Dans un contexte où les syndicats français ont déjà exprimé leurs inquiétudes, les pouvoirs publics français n’auraient d’autre solution que d’augmenter leur participation au capital pour éviter que le groupe passe sous contrôle chinois.

Le parrainage public sera d’autant plus nécessaire que, depuis 2010, le ministre de l’industrie et des technologies de l’information n’est autre que l’ancien PDG de Dongfeng (1999 – 2005), Miao Wei, 苗圩 58 ans, membre du Comité Central depuis novembre 2012 et en fonction au ministère de l’industrie depuis 2008, où il a d’abord été vice-ministre.

Dans ce paysage où on voit qu’une fois de plus, la politique est omniprésente dans les affaires, il faut enfin mentionner l’inquiétude des équipementiers de PSA présents en Chine, mais dont on parle peu. Dès lors qu’aujourd’hui un groupe ne fabrique qu’une faible part des composants d’une voiture, les cibles technologiques de Dongfeng seront exclusivement les sous-traitants.

Or, pour diverses raisons qui tiennent aux défauts d’organisation du secteur et aux faibles investissements chinois en R&D, la part de marché des équipementiers chinois ne cesse de baisser. Les fabricants de composants étrangers qui détiennent le monopole des innovations seront donc le terrain de chasse privilégié de Dongfeng en quête de progrès qualitatifs.

Si elles ne sont pas protégées par l’accord, ces PME, fierté des investissements français en Chine, pourraient être les victimes collatérales d’un montage financier conclu pour tenir la tête de PSA hors de l’eau, mais dont les arrières pensées chinoises risquent de porter de sérieux coups à quelques une des meilleures entreprises françaises en Chine.

Photo AFP : Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg présentent un modèle de voiture aux partenaires chinois de PSA, en visitant une usine Dongfeng Peugeot-Citroën Automobiles, à Wuhan le 7 décembre 2013 ( AFP / Peter Parks).


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