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Perspectives 2019, entre freinage, mesures de relance et signes de reprise

Le graphe édité par le FMI montre le ralentissement constant de la croissance depuis 2010. A court terme cependant le pouvoir dispose de nombreux outils lui permettant de contrôler le freinage et de résister efficacement à une crise grave. A plus long terme les vulnérabilités sont inscrites dans la dépendance énergétique, le vieillissement de la population, les effets dangereux de la financiarisation de l’économie creuset de la dette et la faiblesse relative des services sociaux.


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En décembre dernier, tous les indicateurs de l’économie chinoise exprimaient un freinage dont il ne faut cependant pas exagérer l’ampleur. Au demeurant, début avril la tendance négative des indices a commencé à s’inverser.

La croissance « officielle » calculée à +6,7% (au plus bas depuis les +4% de 1990) est tombée à +6,4% au dernier trimestre 2018 après les +6,5% du 3e trimestre. Le ralentissement accompagnait un début de morosité des affaires, un ralentissement de l’activité, y compris dans le secteur privé et un recul de la consommation des ménages.

La chute de la consommation la plus spectaculaire touchant directement l’industrie allemande très engagée en Chine fut particulièrement sensible dans le secteur de l’automobile où la croissance, encore de +14% en mai 2018 s’est effondrée à moins 5% en décembre, première régression du marché en 30 ans.

Le pessimisme persistait à l’entrée de 2019, en dépit des efforts de relance décidés par la Conférence économique centrale de décembre du 19 au 21 décembre.

Plus encore, dans l’urgence de stabiliser l’activité pour tenir à distance les risques, les banques publiques sous pression ont en 2018 dirigé la plus grande part de leurs prêts aux grandes entreprises publiques considérées plus fiables, tandis que la croissance de ceux accordés aux PME et microentreprises était en recul, passant de +14,4% à 9,8%.

La préférence bancaire accordée aux grands groupes s’est accentuée, malgré les incitations de la Banque centrale accordant à celles des banques qui prêtent au PME une plus grande latitude pour fixer leurs taux d’intérêt.

Enfin, dans un climat général où le pouvoir semble clairement privilégier la stabilité sociale à la lutte contre l’endettement, la croissance de prêts bancaires est restée stable à +12,9 %, avec cependant le risque qu’une trop faible part accordée au PME privées handicape la souplesse et les initiatives, principaux facteurs de la création d’emplois. Au cours du 1er trimestre, les efforts du gouvernement en faveur des PME privées ont commencé à produire des résultats positifs.

Alors que selon des sources proches du pouvoir relayées par la presse, l’objectif de croissance 2019 serait fixé à l’intérieur d’une fourchette de +6 à +6,5%, diverses mesures de relance sont en cours, telles que la réduction de l’impôt sur les revenus pour les entreprises, des ratios de réserves obligatoires des banques moins contraignantes, et des stimulus à la consommation.

Ajoutées à la poursuite du vaste plan de constructions d’infrastructures et d’aménagement du territoire, ces mesures compenseront le recul de la part de l’export dans la croissance.

Comparées à décembre 2017, les exportations de décembre 2018 se sont en effet contractées de 4,4%. Le recul s’est aggravé au début 2019 avec une chute de 20,7% en février par rapport à février 2018 – plus fort recul depuis 2016 au milieu d’une demande globale en berne aggravée par la guerre commerciale avec Washington -. Principaux secteurs touchés : l’aluminium (-7,3%) ; l’acier (-6,8%) ; les terres rares( -35,2%).

En examinant les grands partenaires commerciaux, on constate que les reculs d’exports les plus sévères eurent lieu avec les États-Unis (-28,6%), l’ASEAN (-13,2 %), la Corée du sud (-6,9%), l’Australie (-15,9%), l’UE (-13,2%).

Quant aux importations, signalant un freinage global du commerce, elles sont également presque partout en recul, venant des États-Unis (-26,2 %), de l’ASEAN (-9,9%), de Corée du sud (-15,9%) de Taïwan (-5,6%). Seuls ont augmenté les importations venant de l’UE (+2,5%), du Japon (+0,2%) et d’Australie (+3,9%).

Ce qui laisse cependant entre décembre 2018 et mars 2019 un excédent commercial moyen de 31 Mds de $ par mois. Entre février 2018 et février 2019 l’excédent commercial chinois cumulé sur 12 mois était voisin de 390 Mds de $.

Les hyperboles négatives sur l’état de l’économie doivent donc être mises en perspective. Si des vulnérabilités existent elles sont à plus long terme, liées à la dépendance énergétique [1], au vieillissement de la population, au creusement de la dette difficile à résorber et à la faiblesse relative des services sociaux, notamment pour ce qui concerne les retraites, la santé et les soins aux personnes âgées.

Vers un rebond en 2019 ?

Dans un contexte où la consommation ralentit – avec un impact important sur le marché automobile – tandis que la transition économique produit des tensions sur le marché de l’emploi, les réserves de change se reconstituent depuis octobre 2018. Avec le stock d’or, elles constituent une sérieuse garantie de sécurité en cas de crise.


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Pour l’heure, au « matelas » de l’excédent commercial dont on voit qu’il n’est pas près de disparaître [2], s’ajoute encore l’ampleur des réserves de change. Au mois de mars elles avaient augmenté de 9 Mds de $ - soit 2 fois plus que les prévisions -. Après 5 mois consécutifs de hausse, sont de 3099 Mds de $, soit 25% du PIB.

A ce niveau, elles constituent un sérieux filet de sécurité en cas de menace sociale liée au ralentissement de l’économie et à l’accroissement du chômage. A cette assurance s’ajoutent les réserves d’or à 78.000 Mds en mars 2019, résultant de l’accélération des achats depuis le début de l’année.

Autre bonne nouvelle, l’arrêt de la hausse des taux d’intérêts américains limite la fuite des capitaux et stabilise la monnaie dont le change du Yuan par rapport au $ est reparti à la hausse fin mars après, 15 mois consécutifs de chute rapide de 11,4% depuis janvier 2018. Enfin, dopée par les perspectives d’un accord commercial et d’un sommet entre Xi Jinping et D. Trump, la bourse chinoise a augmenté de 30,9% depuis le début de l’année, rattrapant la baisse accusée depuis janvier 2018.

Ces indices positifs coïncident avec la reprise en mars du secteur productif et des services. Résultat des efforts de relance et notamment l’attention accordée par le gouvernement aux PME privées depuis janvier 2019 [3], la reprise compense la sévère baisse des activités commerciales décrite dans la première partie de cette note.

Du coup les analystes revoient leurs prévisions 2019 à la hausse avec une croissance estimée à 6,6 – 6,7% au lieu des 6,2%.

L’avenir dira si ces chiffres qui au demeurant ne peuvent fournir qu’une indication générale de tendance, leur exactitude comme la plupart des statistiques toujours plus « politiques » que rigoureusement « mathématiques », étant largement sujette à caution, annoncent une reprise durable.

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Quoi qu’il en soit, cette note est à mettre en perspective en insérant l’analyse dans le projet global de réforme de l’économie, aujourd’hui en pleine transition vers une augmentation de la part des services et de la consommation avec, en arrière-plan l’exigence d’une plus grande vérité des prix, la reprise en main des provinces et de la « finance grise » conditions de la réduction de la dette et – peut-être le plus important, mais ces dérives ne sont pas propres à la Chine -, la lutte contre la spéculation financière recoupant souvent la bataille contre la corruption handicapant sévèrement l’investissement productif.

Autant de réformes de longue haleine dont la réussite dépend de la capacité du pouvoir à contourner l’obstacle des intérêts particuliers hostiles au changement heurtant leurs avantages acquis et à son aptitude à naviguer au milieu des exigences contraires de la stabilité sociale opposées à celles de la « rigueur » des comptes sans cesse menacée par des mesures de relance trop généreuses.

Notes :

[1Même si elles freinent, les importations de gaz liquéfié sont toujours à 5 millions de tonnes par mois tandis que celles de pétrole restent supérieures à 10 millions de barils/jours. Augmentant à un rythme préoccupant, elles étaient de voisines de zéro en 1992, pour dépasser aujourd’hui 300 millions de tonnes/an, soit près de 50% de la consommation.

[2En dépit des taxes imposées par Washington sur 250 Mds de $ d’exports chinois vers les États-Unis, entre 2017 et 2018, le déficit commercial américain est passé de 375 Mds à 419 Mds de $.

[3Dans son discours d’ouverture de l’ANP en mars dernier, Li Keqiang avait annoncé un baisse ces impôts et des taxes d’une valeur totale de 2000 Mds de Yuan (289 Mds de $). L’effort était essentiellement au profit du secteur productif où la TVA a été réduite de 16 à 13% et de ceux de la construction et des transports où elle a été abaissée de 10 à 9%.

En même temps Li avait annoncé une aide à la construction des infrastructures en facilitant l’accès aux prêts pour les entreprises de construction. L’ensemble de ces mesures a conduit à augmenter le déficit public officiellement déclaré à 2,6% du PIB (soit 2700 Mds de Yuan – 400 Mds de $)


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