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La plupart de analystes estiment qu’en 2025 Pékin poursuivra ses politiques de relance pour soutenir la croissance. Mais les investissements nécessaires à la bascule de la production vers plus de qualité et d’innovations technologiques seront un frein. Le retour à la situation d’avant la pandémie sera difficile.
Pour Nomura, un nouveau « trou d’air » n’est pas impossible, le pays ayant à faire face à la fois à une consommation toujours handicapée par la persistance de la défiance et aux dettes des provinces aggravées par les effets de la crise immobilière qui prive les finances locales de leurs revenus.
En 2025 la croissance pourrait atteindre 4,5% (4,8% pour Oxford Analytica qui anticipe l’apport du vaste surplus commercial de 2024 à +1 milliard de $.) Ce dernier pourrait cependant être freiné en 2025 par les taxes des partenaires commerciaux irrités par l’ampleur de leur déficit commercial avec la Chine.
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En cette fin d’année 2024, les institutions financières et les centres de recherche rivalisent d’analyses prospectives pour l’année à venir.
Pour la plupart, en 2025, la croissance continuera de freiner, handicapée par la hausse des taxes américaines que les stratèges chinois estiment à 20%.
Quand bien même l’offensive douanière de Washington tempérée par l’influence d’Elon Musk, sera en-dessous des menaces extrémistes des « faucons », il n’en reste pas moins qu’elle pourrait annuler l’effet des relances financières.
Ainsi, la croissance estimée pour 2025 sera de +4,5%, contre 4,9% en 2024.
Hui Shan, analyste Chine chez Goldman Sachs, estime qu’à Pékin la Direction politique tentera de réduire le freinage par de nouveaux stimulus promis par l’appareil d’un montant de 7000 milliards de $, destinés essentiellement à relancer la consommation. La relance financière s’accompagne aussi de mesures sociales pour réduire le temps de travail et améliorer la qualité de la vie, par l’augmentation des temps de loisirs.
La stratégie qui s’inscrit dans les choix en vigueur depuis 2022 (lire : Sur fond de chômage des jeunes, une nouvelle relance financière d’urgence stimule la bourse. Toujours pas de réforme structurelle), est destinée à faire face aux vents contraires qui ne faibliront pas après 2024.
Le but à court et moyen terme est triple : 1) Stabiliser la consommation intérieure [1] ; 2) Tenir à distance les effets de la guerre commerciale avec les États-Unis ; 3) Résorber le marasme immobilier.
Globalement, l’orientation stratégique à long terme fixée par l’équipe de Xi Jinping restera inchangée : à l’échéance de 2035, orienter l’économie vers un modèle de croissance autonome axé sur l’innovation technologique indépendante (lire : 5e plenum. La quête d’autosuffisance. A la gloire de Xi Jinping vers un 3e mandat).
Mais, à moyen terme, la somme des investissements nécessaires à la hausse qualitative de la production freinera la croissance que Goldman Sachs estime à seulement +3,5% en moyenne entre 2025 et 2035, contre 9% entre 2000 et 2019.
Coût de la modernisation, excédents commerciaux, relances et recul des I.D.E.
Vue aérienne du port de Qingdao en juin 2024. Cette année le surplus commercial approchera les 1000 milliards de $ et constituera un des facteurs importants de la croissance. En 2025, son ampleur pourrait se contracter freiné par les droits de douane imposés par les États-Unis.
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Dans ce contexte de bascule qualitative dont le coût influera sur la croissance, l’appareil, cherchant à éviter un freinage excessif, sera contraint de réduire les taux d’intérêt et d’accepter un déficit budgétaire dont, selon la COFACE, le montant en 2023 était déjà estimé à 3,8% du PIB [2].
Pour l’heure, cependant le pays bénéficie toujours de l’important matelas d’une balance des paiements très excédentaire, dont l’importance pourrait permettre une hausse de la croissance plus importante que prévue. En 2024, selon Bloomberg, le surplus commercial pourrait atteindre le record de cent milliards de $, en hausse de plus de 15% par rapport a 2023.
Depuis le début 2024, l’excédent avec les États-Unis a augmenté de 4,4%, de 9,6% avec l’Union européenne et de près de 36% avec les dix pays de l’ASEAN. Globalement, depuis 2021, les surplus s’accentuent avec près de 170 pays, tandis que l’augmentation rapide de leur déficit commercial avec la Chine suscite des contrecoups.
En 2025, même s’il est probable que, gênée par les taxes, leur puissance faiblira, l’asymétrie générale des échanges au bénéfice de la Chine continuera de susciter des tensions avec un nombre croissant de pays. Alignés sur l’exemple de Washington, l’Amérique du Sud et l’Europe infligent déjà des droits de douane aux exportations chinoises, notamment celles du secteur automobile traditionnel ou électrique.
Enfin, la guerre commerciale se double, d’un recul des investissements étrangers. Si la baisse enregistrée depuis neuf mois se confirmait au cours du dernier trimestre, 2024 sera la première année depuis 1990, où les flux financiers sortants seront supérieurs aux entrants.
Perspectives.
Sur le front de l’inflation, les perspectives de Goldman Sachs qui prévoient une hausse des prix entre 0 et 0,8% diffèrent de celles de Bloomberg entre 0,4 et 1,2%, mais les deux soulignent que les facteurs de freinage - surcapacité industrielle, ralentissement de l’immobilier et faiblesse de la consommation comptant seulement pour 29% du PIB, contre 59% avant la pandémie -, ne disparaitront pas en 2025.
Même si depuis 2022, une succession de relances financières s’efforcent de soutenir à la fois le secteur immobilier, l’industriel productif, la bourse et la consommation dont la croissance en 2025 est estimée a +5%, Hui Shan, estime « qu’il faudra probablement du temps pour restaurer la confiance des consommateurs, renforcer les marchés du travail et rétablir la croissance des salaires. »
L’insistant ralentissement de l’immobilier.
Les effets de la crise immobilière continueront à se faire sentir en 2025. Il faudra attendre 2026 pour qu’ils s’estompent.
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Le marasme qui dure depuis les premières difficultés du groupe Evergrande conséquences du durcissement règlementaire du secteur par l’équipe de Xi Jinping en 2020, continuera probablement à constituer un frein important.
En 2024, Les mises en chantier et les revenus des provinces provenant de la vente de terrains ont plongé de 60 à 70% par rapport aux années fastes d’avant la pandémie. En même temps, les ventes et l’achèvement d’appartements neufs ont diminué de moitié.
A côté d’Evergrande, les groupes Country Garden et Vanke tentent de survivre au milieu de graves difficultés. En février et mars derniers, le premier a manqué deux paiements de 200 et 13 millions de $ à des investisseurs résidant à l’étranger.
En mai, pour payer ses dettes, évaluées à 44 milliards de $ dont 10% remboursables dès 2025, Vanke, pourtant proche du pouvoir et classé par lui dans la catégorie des investisseurs de haute qualité, a mis en vente un terrain de 2 hectares, au prix bradé de 125 millions de $, 30% en-dessous du prix qu’il avait payé en 2017.
Au premier trimestre 2024, le groupe déclarait 230 millions de $ de pertes et un recul de ses ventes de 43% par rapport à la même période en 2023.
Au total, écrit Hui Shan en 2025, la crise immobilière pourrait encore coûter 2 points de PIB. Il faudra attendre 2026 pour que ses effets commencent à se résorber, mais son impact sur toute l’économie sera encore sensible jusqu’en 2030.
Note(s) :
[1] Selon une étude très détaillée réalisée par McKinsey & Company en septembre 2024, malgré un baisse notable de la confiance, le narratif d’une crise de la consommation doit être nuancé.
La réalité plus complexe est caractérisée par une croissance sélective, par secteurs, ainsi qu’un engouement toujours vif pour les voyages à l’étranger et pour les produits de luxe (bien que de plus en plus achetés à l’étranger).
[2] Au cours des 25 dernières années, pour tenir ses objectifs de croissance en dépit des crises et abonder les finances des gouvernements locaux surendettés, l’appareil n’avait officiellement concédé un déficit budgétaire financé par l’émission d’obligations d’État qu’à de rares occasions, notamment en 2007-2008 et 2020-2022.