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Plongée dans le secret de l’opinion publique chinoise

Depuis la mi-février est disponible en ligne une enquête très fouillée sur l’état de l’opinion chinoise réalisée par L’Université de Stanford et le Centre d’Études Stratégiques Internationales (CSIS). Tout en ayant conscience que l’exercice a ses limites, on ne l’assimilera pas à une simple enquête d’opinion par sondages.

L’étude s’est en effet déroulée en plusieurs fois, sur plusieurs années et les réponses élaborées après des conversations et des échanges d’idées, sans être complètement exhaustives, ont l’avantage de la mise en perspective et de la nuance.

A la manœuvre deux enseignants chercheurs de Stanford d’origine chinoise, Jennifer Pan, professeur de communication, diplômée de Princeton 2004 et de Harvard (2015) et Yiqing Xu, licencié d’économie de l’Université de Fudan (2007) et de l’Université de Pékin (2010), Docteur en sciences politiques du MIT (2016). Lire : A Liberal Silent Majority in China ? A Big Data China Event.

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Trois mois après les protestations contre les confinements de novembre 2022, l’étude révèle une image de l’opinion publique chinoise contrastée bien moins monolithique que ne le disent nombre de commentateurs ou d’études plus anciennes. La réalité révélée par de longues enquêtes est que tous les citoyens ne soutiennent pas les politiques gouvernementales actuelles, et que « toutes leurs opinions ne reflètent pas la propagande de l’État ». Malgré les risques, les personnes interrogées par les enquêteurs sont prêtes à partager leurs opinions.

Contrairement aux idées reçues qui supposent que la vaste classe moyenne serait le principal appui du pouvoir, les recherches de Pan et Xu montrent qu’en moyenne les Chinois les plus riches et les plus éduqués, même s’ils sont discrets, sont plus susceptibles d’exprimer des opinions politiquement plus proches des idées libérales et éloignées des thèses nationalistes.

Une des conclusions essentielles de l’étude est que, s’il est vrai qu’une partie influente de la population a des opinions nationalistes pouvant facilement être enflammées, et que de nombreux chinois sont patriotes, il n’en reste pas moins que très peu seraient favorables à cautionner un conflit militaire comme moyen d’affirmer la puissance chinoise.

Dans leur synthèse les auteurs constatent, enquêtes à l’appui, une « surprenante stabilité de l’opinion publique sur les questions liées à la politique, à l’économie et au nationalisme. ».

A contre-courant des idées selon lesquelles la prévalence politique du Parti parviendra toujours à contrôler tous les aspects des progrès matériels, socio-économiques, politiques et humains, ils font l’hypothèse que la classe moyenne éduquée et privilégiée n’est pas forcément un appui monolithique du régime, mais qu’au contraire elle deviendra plus libérale à mesure que le pays continuera à se moderniser.

Cette observation est particulièrement significative à un moment où le gouvernement prend une tournure de plus en plus « illibérale », étatiste et nationaliste. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un signe que la Chine serait sur la voie de la démocratisation, les données collectées indiquent que l’État-parti est aujourd’hui face à des opinions bien formées qui, même si elles sont discrètes, pourraient lui poser un important défi politique.

Il est aussi important de noter que les opinions politiques en Chine ne s’alignent pas parfaitement sur les schémas binaires pro/anti-régime, ou sur ce qui pourrait être considéré comme une division typique gauche-droite ou progressistes/conservateurs, comme c’est le cas dans nombre de démocraties.

Au lieu de cela, il existe une cohérence d’opinions parallèles autour de certains thèmes. Par exemple, les tenants du marché libre sont plus favorables aux idées démocratiques et moins enclins au nationalisme. Inversement les fervents d’une planification étatique sont plus tentés de privilégier la persistance du dirigisme étatique centralisé.

De plus, l’étude montre non seulement qu’une grande partie du public chinois a des opinions cohérentes sur des questions politiques spécifiques, mais aussi qu’elles sont stables dans le temps à des niveaux comparables à ce qui est observé dans les démocraties électorales.


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