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Polémiques à Washington à propos de la politique chinoise de Trump

Le professeur M. Taylor Fravel est un des signataires de la lettre ouverte adressée à D. Trump critiquant sa politique chinoise. Plus de 80 experts, hommes d’affaire, intellectuels, anciens diplomates et militaires ont signé la lettre.


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Le 3 juillet dernier plusieurs personnalités américaines, anciens diplomates et chercheurs publiaient dans le Washington Post une lettre ouverte adressée à D. Trump et au Congrès intitulée « La Chine n’est pas une ennemie ».

Parmi les 90 signataires citons, entre autres, Taylor Fravel, auteur de « China military strategy since 1949 » (avril 2019), J. Stapleton Roy, ancien secrétaire d’État adjoint au renseignement et à la recherche qui fut en poste à Bangkok, Hong Kong, Taipei, Singapour, Jakarta et 2 fois à Pékin, Michael Swaine, ancien de la RAND et aujourd’hui co-directeur du programme sur l’Asie du « Carnegie Endowment for International Peace » ;

Et encore Susan A. Thornton ancienne assistante pour l’Asie Pacifique et l’Asie de l’Est à la retraite depuis août 2018, Ezra Vogel, sinologue, ancien professeur à Harvard, Jonathan D. Pollack chercheur invité au Centre pour l’Asie de l’Est de la Brookings, ancien de la RAND qui fut aussi président du département de la recherche stratégique à l’École de guerre navale à Newport, Joseph Nye, ancien doyen de la Kennedy School of Government à Harvard, promoteur de la stratégie du « soft power », Cheng Li, directeur du Centre Chine à la Brookings et Kenneth Lieberthal, ancien Directeur du Conseil pour la sécurité nationale (1998 – 2000).

Tous se disent « profondément préoccupés par la dégradation des relations sino-américaines » qui, selon eux, « ne servent pas les intérêts globaux de l’Amérique ».

Ils ajoutent que tout en étant « troublés par le récent comportement international de la Chine exigeant une réaction ferme », ils jugent que nombre des initiatives récentes de la Maison Blanche contribuent à la spirale négative dans laquelle Pékin et Washington sont engagés. Lire le texte Anglais de la lettre, suivi de la liste des signataires.

Après avoir rappelé les tendances répressives du pouvoir chinois et son contrôle accru des entreprises privées, le non-respect des règles du marché, l’agressivité nouvelle en politique étrangère et l’ambition de peser sur les opinions publiques du monde, la lettre s’applique à démontrer que la Chine qui n’est pas un monolithe politique avec une pensée stratégique coulée dans le marbre, ne pose aucune menace de sécurité existentielle qui nécessiterait une riposte sur tous les secteurs d’activité.

S’il est vrai que la Chine tente de réduire l’influence des normes démocratiques occidentales, elle ne cherche pas à détruire les armatures de l’économie globale et celle des autres composants de l’ordre mondial dont elle-même a tiré profit. Il est de la responsabilité de Washington d’encourager la participation chinoise à un ordre global où les puissances émergentes auront une plus forte voix au chapitre.

La stratégie idéale de Washington.

Les signataires estiment que, par un juste dosage de riposte calculée et de coopération, une stratégie américaine idéale pourrait conforter la mouvance des élites chinoises prêtes à jouer un rôle constructif dans les affaires de la planète. En revanche, alors que la crainte que la Chine remplace les États-Unis au rang de première puissance globale est exagérée, l’obsession de freiner sa montée en puissance en obligeant les alliés à traiter Pékin en ennemi porte le risque de s’infliger de graves dommages et d’isoler Washington.

Suit une revue des fragilités de la Chine, notamment celles découlant de son rapport heurté avec les minorités peu propice à rallier une adhésion internationale ou à séduire des talents désireux de travailler dans le pays. En même temps, les efforts pour isoler Pékin ne feront qu’affaiblir les velléités de ceux des Chinois souhaitant construire une société plus humaine et plus tolérante.

S’étant fixé l’objectif de devenir une puissance militaire de classe mondiale pour le milieu du siècle, Pékin n’est toujours pas prêt de surmonter les obstacles sur la route de ce statut global, même s’il est vrai que les progrès de ses capacités ont déjà érodé l’ancienne prévalence militaire américaine sur le théâtre du Pacifique occidental. Mais le meilleur moyen de réagir à cette situation n’est pas d’entamer une course aux armements dont on ne verrait pas la fin, articulée à des projets de frappes dans la profondeur destinés à réaffirmer la domination martiale de l’Amérique jusqu’aux frontières même de la Chine.

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Une option plus sage serait de hausser le niveau de dissuasion en liaison avec les alliés, mettant l’accent sur des stratégies d’interdiction de zones, les capacités de résilience et les moyens de dissuader les attaques contre le territoire américain ou celui des alliés, tout en renforçant les capacités de gestion de crises avec Pékin.

La conclusion, critique acerbe de l’actuelle stratégie de la Maison Blanche, rappelle quelques conditions jugées essentielles par les signataires pour mieux servir les intérêts des États-Unis et leur aptitude à la compétition dans un monde en changement rapide :

1) Privilégier des coalitions solides et durables ; 2) Mieux appréhender les intentions de la Chine, ses objectifs et son comportement ; 3) S’assurer que les leviers d’action des États-Unis et de leurs alliés correspondent à leurs objectifs politiques et à leurs intérêts ; 4) Renforcer la capacité des États-Unis à servir de modèle pour les autres ; 5) Privilégier la coopération avec les autres et avec les organisations internationales plutôt que la stratégie contreproductive visant à freiner l’insertion de la Chine dans le monde.

Quelques voix adverses.

John Pomfret journaliste au Washington Post auteur de The beautiful Country and the Middle Kingdom dénonce la naïveté des arguments en faveur de la coopération avec la Chine.


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Mais logiquement, d’autres voix s’exprimaient avant même la lettre ouverte pour conforter la Stratégie de D. Trump et le choix de s’opposer fermement aux menées chinoises. Si elles n’ont pas reçu la caution de l’intelligentsia des « China Watchers » et des anciens diplomates, elles courent sur le net et restent audibles dans les parages de la Maison Blanche qui les écoute.

Le site conservateur « The scholar stage » tenu Tanner Greer présenté comme un historien des stratégies chinoises depuis « Sun Zi à nos jours », fréquent contributeur à Foreign Policy publiait le 4 juillet dernier un exemple des arguments en faveur du maintien de la politique de Trump dans une note intitulée « N’écoutez pas les morts-vivants » ;

Le même jour, une pétition circulait sur le net qui était un appel à Trump : « Gardez le cap : faites face à l’expansionnisme et au totalitarisme chinois. »

John Pomfret journaliste « China Watcher » respecté se désolidarise de ses collègues. Souvent cité par QC (lire : Le « China Quaterly » et la rigueur académiques aux caractéristiques chinoises), il décrivait récemment dans un éditorial du Washington Post la naïveté désuète des arguments en faveur de la coopération avec la Chine :

« Blâmer le président Trump pour l’actuelle crise avec Beijing rappelle une vision ancienne de la Chine remontant à l’époque des missionnaires chrétiens. Traitez la Chine comme un ennemi, dit la chanson, et la Chine deviendra un ennemi. Traitez la comme une amie, et elle deviendra une amie. Comme si la Chine n’avait aucun rôle à jouer dans ce scénario. Ne pouvons-nous pas enterrer cette notion une fois pour toutes ? Le Parti Communiste Chinois est beaucoup plus responsable de ce qui se passe en Chine - et de la crise actuelle avec les États-Unis - que n’importe quel Américain… ».

Les vues de ces contempteurs des anciennes stratégies d’ouverture à la Chine dont il faut reconnaître qu’elles ne recueillent plus que de rares adhésions dans le sérail politique américain, s’expriment au travers de quelques idées simples.

La plupart trahissent la déception que les efforts d’ouverture à la Chine depuis Kissinger n’aient pas été payés en retour, alors que le régime chinois, non seulement rejette les valeurs occidentales, mais envisage d’imposer les siennes au monde. Extraits :

1. « La République populaire de Chine ne reconnaît pas les principes et les règles de l’ordre international existant ayant permis la plus grande période de paix et de prospérité mondiale de l’histoire de l’humanité. Rejetant cet ordre à la fois sur le plan pratique et idéologique, elle proclame ouvertement un nouvel ensemble de règles auxquelles les autres nations devraient se conformer. Cette stratégie est perceptible dans ses efforts pour dominer les mers de Chine orientale et méridionale et dans les projets des “nouvelles routes de la soie“ conçus pour étendre cette hégémonie au monde entier. ».

2. « Au cours des quarante dernières années de nombreux experts américains en politique étrangère ont soit mal compris les intentions de la RPC, soit attribué le comportement répréhensible du PCC aux difficultés à gouverner un pays de 1,3 milliard d’habitants. Ces experts auto-proclamés ont répété à maintes reprises aux décideurs politiques américains que la RPC deviendrait un « acteur responsable » dès qu’un niveau suffisant de modernisation économique serait atteint. Cela ne s’est pas produit et ne se produira pas tant que le Parti Communiste Chinois 5PCC)dirigera la Chine. »

3. « Installant un régime orwellien de surveillance de sa population, le PCC supprime systématiquement la liberté de religion et la liberté d’expression. En même temps, il viole les obligations de la Chine concernant - pour ne citer que quelques exemples - l’Organisation mondiale du commerce, la liberté de navigation et la destruction des récifs coralliens en mer de Chine méridionale. »

4. « L’expansionnisme n’est pas un hasard. Il n’est ni aléatoire ni éphémère. Il est le déploiement de la grande stratégie du PCC. Les ambitions du parti ont reçu de nombreux noms, le plus récent étant le “rêve chinois » et “grand renouveau“ de la Chine. (…) En réalité, le “rêve“ envisagé par le parti communiste est un cauchemar pour le peuple chinois et le reste du monde. »


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