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Pragmatique, malgré tout

Jusqu’à une date récente, la Chine s’était opposée au renvoi du problème nucléaire iranien devant l’ONU et préconisait une solution dans le cadre de l’AIEA. Par ailleurs, parmi les huit sociétés sanctionnées par Washington pour avoir exporté des technologies sensibles vers Téhéran, six sont d’origine chinoise. Le rapprochement entre la Chine et l’Iran s’expliquait alors par les besoins croissants de produits pétroliers de l’une et le souci de rompre l’isolement international du second.

Or, à l’occasion du vote de l’AIEA du 4 février, dont l’objet était justement de transmettre le problème nucléaire iranien au Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine a exprimé un suffrage positif là où l’on s’attendait au mieux à une abstention. Que signifie donc ce virage diplomatique ?

Sur le fond, la position chinoise est constante dans le domaine nucléaire. En tant que puissance possédant l’arme atomique, Pékin n’a pas d’intérêt à voir grossir le club des « happy few ». L’arrivée de nouveaux membres signifie la réduction des privilèges des anciens. Ce raisonnement est aisé à comprendre, tant sur le problème iranien que celui de la Corée du Nord.

L’absence de frontières communes entre la Chine et l’Iran représente une autre difficulté de poids au rapprochement politique des deux pays. En effet, la richesse en hydrocarbure de Téhéran ne garantit en rien l’approvisionnement de la Chine, tant que cette dernière ne peut sécuriser les moyens de transport. Le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et surtout l’Afghanistan ne sont pas des pays sûrs pour les Chinois. Les Etats-Unis et l’Otan sont alors incontournables sur l’échiquier d’Asie centrale.

Il est possible que le consensus entre les Américains et la vieille Europe sur le problème iranien finisse par convaincre les Chinois de choisir leur camp. L’adhésion des Russes à la position occidentale a également constitué un signal fort. Cette fois la guerre froide est bien enterrée.

Sur la scène internationale, la Chine apparaît de plus en plus comme un bénéficiaire de l’ordre mondial actuel, « stakeholder » dans le jargon anglo-saxon. A l’exception de quelques nostalgiques de l’époque maoïste, personne ne songe de nos jours à une confrontation sino-américaine à grande échelle. On peut certes observer des zigzags dans la politique extérieure de Pékin, qui sont le reflet des luttes de courants au sein du pouvoir. Mais le pragmatisme reste toujours le maître-mot de la diplomatie de l’Empire du milieu, depuis près d’un demi-siècle.


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