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Pressions chinoises tous azimuts contre Taïwan et retours de flammes

Alors que pour la première fois depuis le sommet virtuel entre Joe Biden et Xi Jinping, le mardi 23 novembre, l’USS Milius navire de guerre américain de fort tonnage a traversé le détroit de Taïwan, on apprenait que les villes et provinces de Shanghai, du Jiangsu, du Jiangxi, du Hubei et du Sichuan avaient imposé des sanctions aux filiales du Taïwan Far Eastern Group [1] connu pour ses liens avec des hommes politiques taïwanais dont le Premier Ministre Su Tseng-chang 蘇貞昌 et sa fille de 45 ans, Su Chiao-hui 蘇巧慧, le président du Yuan Législatif You Si-kun 游锡堃 et le Ministre des Affaires étrangères Wu Zhaoxie 吳釗燮 (Joseph Wu).

Officiellement, selon une première version du bureau des Affaires taïwanaises à Pékin, les sanctions pénalisent des fraudes fiscales et des infractions aux règles de protection de l’environnement. Mais la vraie raison était dévoilée par une courte note sur le site du Bureau qui ne s’embarrassait pas de nuances.

Groupes taïwanais dans le collimateur chinois.

Selon Zhu Fenglian 朱凤莲, le porte-parole du Bureau, « Les personnes qui soutiennent l’indépendance de Taïwan et sapent les relations entre les deux rives ne seront jamais autorisées à gagner de l’argent sur le continent 国台办:绝不允许支持“台独”, 破坏两岸关系的人在大陆赚钱 - ».

Zhu ajoutait que les irréductibles de l’indépendance 台独顽固分子 qui compromettent la paix et la stabilité dans le Détroit par des discours nuisibles 言行恶劣 devaient être punis 必须依法惩戒.

Le 22 novembre, le Global Times publiait un article intitulé « La Chine continentale punit des compagnies pro-sécessionnistes » révélant qu’au moment des élections législatives de 2020, le FEG avait donné plus de 2 millions de $ au DPP, faisant de lui le plus grand donateur du mouvement indépendantiste. Au total, 31 membres du DPP avaient bénéficié de ses largesses, contre seulement 14 du KMT.

Selon des sources proches du Bureau des Affaires Taïwanaises restées anonymes, les commentaires des responsables glosent sur la sécurité des investissements taiwanais en Chine tant qu’ils n’appuieront pas la cause indépendantiste.

Les limites des pressions.

Pour Pékin qui ne peut pas se permettre de déstabiliser tous les investissements taïwanais, l’affaire est cependant moins simple qu’il n’y paraît.

Un autre donateur du DPP n’a pas été frappé par les mesures de représailles. Il s’agit du géant de l’assemblage électronique Hon Hai 鴻海 (Foxconn) qui, dans une douzaine d’usines sur le Continent emploie des centaines de milliers de Chinois à Shenzhen et à Zhengzhou pour assembler les iPhones d’Apple, avec des projets en cours à Wuhan (Hubei), à Kunshan (Jiangsu), Tianjin, Pékin et Canton.

A cet égard, le Global Times note que les sanctions infligées à FEG avaient valeur d’exemple. Il s’agissait de mettre en garde les groupes taïwanais opérant en Chine pour les dissuader de soutenir les indépendantistes.

La réalité est cependant que, compte tenu de la flexibilité des marchés, les embargos et les sanctions qui déstabilisent les investisseurs en Chine, non seulement ne sont pas efficaces, mais risquent à la longue d’entraîner une désaffection réduisant l’offre d’emploi, facteur essentiel de la stabilité sociale sur le Continent.

Au début 2021, Pékin avait imposé un embargo sur l’ananas taïwanais cultivé en majorité dans les fiefs électoraux du DPP. Aussitôt le Japon s’était aligné pour remplacer la demande chinoise.

Surtout, les pressions fiscales chinoises resserrent mécaniquement les liens entre Washington et Taipei et modifient insensiblement l’arrière-plan géopolitique de la situation de l’Île.

Les pressions radicales contre Taïwan éveillent un mouvement de sympathie pour l’Île.

Le 23 novembre, une semaine après le sommet en visioconférence entre Xi Jinping et Jo Biden, la 2e cession du dialogue économique entre Taipei et Washington qui réunissait Wang Mei-hua 王美花 la ministre taïwanaise des affaire économiques et son homologue américain Jose Fernandez a spécialement traité des sanctions chinoises en même temps que de la pénurie de microprocesseurs.

Au programme, les sanctions géopolitiques infligées par Pékin à la Lituanie comportant l’expulsion de l’ambassadeur, pour avoir autorisé sur son sol ce que Pékin considère comme une ambassade « de facto » en le désignant comme « Bureau de Taïwan » au lieu de « China – Taipei ».

Alors que par le biais de bureaux commerciaux qui servent d’ambassades informelles, nombre de pays entretiennent des relations avec le gouvernement taïwanais démocratiquement élu, les pressions chinoises de plus en plus exacerbées contre l’Île et les menaces contre ceux des pays que Pékin soupçonne de ne pas respecter strictement « la politique d’une seule Chine » produisent pour le moment l’effet inverse d’un mouvement international de sympathie pour Taïwan.

Lire à propos de la croissance chinoise : Ralentissement durable de la croissance chinoise : les pays menacés

Note(s) :

[1Le « Far Eastern Group – FEG 遠東集團 » est un conglomérat géant créé en 1937 en Chine du temps de Tchang Kai-chek. De ce fait, il est historiquement au cœur des relations tendues entre le Continent et l’Île.

Il est actif dans des domaines aussi variés que l’énergie, la pétrochimie, les fibres synthétiques, le ciment et les matériaux de construction, les grands magasins et le commerce de détail, les services financiers, le transport maritime et terrestre, Internet et les nouvelles technologies, le tourisme et l’hôtellerie.

Avec un total d’actifs de 75 Mds de $ et des revenus annuels de plus de 18 Mds de $, il opère sur le Continent par le truchement de nombreuses filiales à Shanghai, Suzhou, Nanchang, Wuxi, Wuhan, Yangzhou dans lesquelles nombre d’hommes politiques taïwanais ont des intérêts directs. Surtout, Pékin lui reproche de subventionner largement le parti de Tsai Ing-wen.


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