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Pyongyang : folie, rumeurs et paranoïa

Tonton Jang a t-il vraiment été dévoré par des chiens affamés ?

La réponse est claire : on s’en fout ! On pourrait également se demander s’il y avait vraiment des trappes dans les cabines d’essayage de la bonne ville d’Orléans. (NDLR : en avril 1969 une rumeur insistante courait à Orléans selon laquelle des jeunes filles disparaissaient dans les cabines d’essayage d’un grand magasin, enlevées par des réseaux de traite des blanches).

La question n’est pas de savoir si l’information est crédible mais de convaincre que le fait est possible et, de fait, nous sommes tous psychologiquement préparés à accepter l’idée que tout peut arriver en Corée du Nord… Et si l’on regarde cyniquement la situation actuelle, il est aisé de voir que tout le monde a intérêt pour que cet état d’esprit perdure, les américains et leurs alliés, tout comme les nord-coréens eux-mêmes…

Pour la coalition US-Corée du Sud, l’ennemi ne peut être contenu qu’en maintenant une vigilance sans faille ; Séoul n’est qu’à quelques minutes de vols du 38e parallèle et à portée des milliers de canons enterrés derrière cette ligne de démarcation. Le moindre signe de faiblesse pourrait avoir des conséquences désastreuses.

Il est donc vital de convaincre l’opinion mondiale que le régime d’en face est fou à lier, démoniaque et déterminé à tout pour pouvoir conserver un pouvoir de riposte adéquat. Le dirigeant suprême se doit donc d’être complètement déjanté, les soldats fanatiques et le peuple nord-coréen complètement « lobotisés ».

Pour le régime nord-coréen, la menace américano-Sud-coréenne est l’un des ingrédients majeurs de sa survie : c’est cette menace qui lui permet d’entretenir un climat de terreur et de mobilisation constante sur sa population et donc de rester au pouvoir. Le régime a donc également tout intérêt à ce que le monde le croit fou et imprévisible. C’est lui ou le retour de la guerre. Une guerre qui en 1953 a rasé le pays et occasionné des souffrances indescriptibles. Ce traumatisme est encore vivant en Corée du Nord.

Que cette information d’une mise à mort viscéralement atroce et ubuesque provienne d’un journal de Hong-Kong que l’on pourrait qualifier de tabloïd et que cette information n’ait pas été reprise par les journaux chinois n’a guère d’importance. Cette rumeur de cent vingt (un chiffre précis rend l’information plus réaliste) chiens affamés dévorant un tonton renégat est possible donc crédible et donc vraie. Et les nord-coréens ne sont pas prêts à la démentir si elle s’avérait fausse.

Rappelons en guise de conclusion que ces informations non vérifiées, non vérifiables, mais toujours « possibles » et donc « crédibles » qui nous ont convaincus que cet endroit de la terre est l’un des plus dangereux et explosif du monde, ont également contribué à en faire, au regard des conflits internationaux, au cours des 60 dernières années, un des endroits des plus stables et des plus paisibles du monde ; hormis le bilan des famines jamais bien connu, les victimes engendrées par cette situation de guerre permanente et imminente, tournent autour de quelques centaines. Comparé au Moyen-Orient, à l’Afrique, au Kosovo…

Les seuls à réellement souffrir sont les nord-coréens… Pourquoi s’en faire… ?


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