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Rentabilité des investissements et santé publique

On ne peut pas nier les efforts du régime pour améliorer la santé des Chinois et, au passage, créer une industrie pharmaceutique aux ambitions globales. Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, Xi Jinping a fait injecter dans le secteur plus de 120 Mds de $.

A la suite ses prédécesseurs, il a autorisé John Oyler un entrepreneur privé américain venu sur le marché chinois en 2010, quand Xi était déjà Vice-président depuis 3 ans, à mettre sur pied à Pékin, contre les conseils de prudence des experts, un groupe pharmaceutique possédant une capacité de recherche biologique.

L’appât du gain aidant, la porte ouverte a attiré un flot de capitaux drainés par les perspectives encore en partie inexplorées d’une population vieillissante. Dans un article du 19 juin, Bloomberg décrit l’afflux des investisseurs à « capital risques » ayant, selon McKinsey & Co, déversé dans le secteur plus de 10 Mds de $ depuis 2013.

Pluie d’investissements dans un secteur en mutation.

A la mi-juin, dans seulement le court laps de temps d’une semaine, China Biologic Products Holding Inc. a, à lui seul, attiré 3,5 Mds de $, mis sur la table par le groupe financier CITIC, son actionnaire, tandis que l’investisseur majoritaire de Wuxi Biologics Cayman Inc, mettait en vente une partie de sa part dans le groupe, au prix d’un demi-milliard de $.

En 2010, John Oyler a mis de sa poche 10 millions de $ sur la table pour créer à Pékin le groupe BeiGene Ltd. domicilié aux îles Cayman. Aujourd’hui, ayant focalisé l’attention des investisseurs grâce à ses recherches sur le traitement du cancer, il est coté 9 Mds de $ au Nasdaq.

Quels que soient les critiques parfois justifiées sur l’absence d’innovation réelle - les recherches chinoises dupliquant celles en cours aux États-Unis, notamment dans le domaine de l’application thérapeutique de l’immunologie -, la fièvre des investisseurs et l’engouement de la recherche chinoise favorisée par des barrières éthiques moins strictes pour la génétique et l’expérimentation humaine directe, signalent une mutation.

Celle-ci est favorisée par la capacité sans égale de l’État chinois à concentrer les efforts et les capitaux sur un secteur dès lors qu’il est jugé prioritaire. Alibaba et Tencent inconnus à l’international au début du siècle sont aujourd’hui des géants mondialisés du commerce en ligne.

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Il faut cependant se garder des comparaisons quantitatives. La médecine dont une des faces est sociale, ne peut pas se comparer à l’engouement mimétique du commerce en ligne. Et les recherches à long terme, difficiles, parfois marqués par de cuisants échecs qui découragent les investisseurs sont peu compatibles avec la volatilité frileuse des capitaux.

Surtout, l’aspect social de l’industrie pharmaceutique qui devrait réduire le coût des médicaments s’accorde mal avec l’appât du gain à la source des emballements financiers.

Entre appât du gain et médecine sociale.

Le pouvoir s’en est aperçu récemment au moment de la sortie du film à succès « 我 不是 药 神 – Wo bu shi yao shen - je ne suis pas le Dieu de la médecine, traduit en Anglais par “Dying to survive“ ». Projeté pour la première fois en juin dernier, il raconte l’histoire d’un homme atteint de leucémie qui se procurait pour lui-même et un milliers d’autres malades un médicament fabriqué en Inde, non autorisé en Chine, mais bien moins onéreux que ceux disponibles sur le marché chinois.

Tourné à partir du film américain Dallas Buyers Club (2013), sorti en France en 2014, racontant l’histoire d’un cowboy violent et homophobe atteint du SIDA qui, pour échapper aux traitements antiviraux monte un trafic de médicaments japonais et mexicains, la sortie en Chine de « 我 不是 药 神 » a provoqué une effervescence sociale inattendue ciblant directement la cupidité des investisseurs du secteur pharmaceutique et les prix inabordables des médicaments.

Au point que le premier ministre Li Keqiang a, sur le site du gouvernement, réagi en appelant à réduire le prix des médicaments contre le cancer. « Les plaintes des malades atteints de maladies graves comme le cancer et n’ayant pas les moyens d’acheter des médicaments pouvant leur sauver la vie, mettent en relief l’urgence de réduire le prix des traitements et d’en assurer une distribution stable en Chine. »

Sans attendre la réaction des réseaux sociaux, le gouvernement avait déjà pris la mesure du problème. Depuis mai, toutes les TVA appliquées à la production et à la distribution ainsi que les taxes à l’importation des traitements du cancer ont été supprimées. Des mesures sont également à l’étude pour accélérer les procédures d’inscription des médicaments importés dans les listes des remboursements par les assurances.

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Mais les médicaments trop chers sont peut-être le moindre des problèmes auxquels la direction chinoise est confrontée dans le domaine en pleine effervescence de la biochimie.

Le 23 juillet, on apprenait que Changsheng Biotechnology Co avait falsifié les données de son processus de fabrication des vaccins antirabiques. La nouvelle rendue publique par l’administration nationale du contrôle des produits pharmaceutiques a entraîné une baisse de 47% de l’action de la société et une vague de protestations dans le pays.

Le 22 juillet, considérant qu’une ligne rouge avait été franchie, le premier ministre annonçait une campagne drastique de contrôle des vaccins dans tout le pays. Ce n’est pas tout, peu après, la nouvelle se répandait que 250 000 doses de vaccins DT/C (diphtérie, tétanos, coqueluche) déjà distribuées dans l’Est du pays ne correspondaient pas aux normes standard de sécurité. C’est peu dire que l’opinion est choquée. Sa colère se mesure sur weibo que le pouvoir tente de censurer.

En 2016 déjà les contrôleurs avaient mis à jour un stock de vaccins mal réfrigéré d’une valeur de 88 millions de $.


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