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Retour au pays des talents chinois expatriés

A gauche, Liu Jun 刘军, 60 ans cette année. Statisticien, ancien de Harvard, il est aujourd’hui à la tête du département statistiques de Qinghua à Pékin. A droite, Lu Wuyuan – 陆五元, Docteur en biologie expert en chimie des protéines, ancien de Harvard, spécialiste du VIH exerce aujourd’hui à Fudan, Shanghai.


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Voilà plus de 15 ans que le gouvernement chinois cherche activement à attirer des scientifiques étrangers talentueux.

Parmi eux des milliers de chercheurs chinois qui, ayant quitté leur pays pendant la période des tumultes politiques provoqués par les hystéries idéologiques maoïstes, ont poursuivi leurs études supérieures aux États-Unis et dans d’autres pays. Beaucoup sont devenus des pionniers reconnus de la science et de la technologie américaines.

Aujourd’hui, le flux a commencé à s’inverser.

Au fil des efforts de l’appareil, les retours des scientifiques vers la Chine s’est accéléré. En 2010, Jean-Paul Yacine faisait le point des « Haigui [1] revenus en Chine pour participer au développement scientifique de leur pays. Lire : Accélération de l’immigration et retour des « cerveaux » expatriés.

Certains des pionniers étaient directement en lien avec les tensions actuelles instaurées, non sans raison, par D. Trump sur le thème des transferts à la Chine des technologies, des savoir-faire et des connaissances scientifiques accumulées par les expatriés chinois aux États-Unis.

Le précurseur des « Haigui 海归 » fut Xu Guangxian, 徐光宪, expert de la chimie des « terres rares », rentré en Chine en 1951, deux années seulement après l’établissement de la RPC et tout de même six décennies avant que Pékin commence à jouer pour la première fois de son avantage exclusif dans le secteur « terres rares ». (Lire : Terres rares. La face cachée du monopole chinois).

L’article citait aussi deux biologistes, Rao Yi 饶毅, 63 ans, revenu en 2007, pour prendre la tête des « sciences de la vie » à Beida et Shi Yigong 施一公, 58 ans qui, à son retour en Chine en 2008, devint lui aussi doyen des « sciences de la vie » à Qinghua, puis le premier président de l’Université privée du « Lac de l’Ouest - 西湖大学 » - à Hangzhou.

Dans l’actuelle ambiance de rivalités systémiques entre la Chine et l’Occident, il n’est anodin de rappeler que, pour affirmer leur patriotisme, les deux avaient renoncé à la nationalité américaine.

Accélération des retours.

Pour persuader les Chinois expatriés talentueux de revenir en Chine, l’appareil propose des salaires annuels allant de 100 000 à 400 00 $, notamment pour des postes de professeur dans les grandes universités chinoises. Pour les puissantes entreprises du secteur des nouvelles technologies, les salaires peuvent être encore bien plus élevés.


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Aujourd’hui la tendance au retour s’accélère au moment où D. Trump inflige à la Chine un embargo technologique, tandis que, parallèlement, Xi Jinping affirme que l’innovation indépendante sera la seule voie vers la sécurité économique.

Plus encore, le rythme des départs des chercheurs chinois augmente notablement depuis que la Maison Blanche impose des coupes massives dans les budgets fédéraux de recherche, renforce la surveillance gouvernementale des laboratoires pharmaceutiques et alourdit le contrôle politique des universités, en diminuant leurs subventions [2].

Lu Wuyuan – 陆五元, Docteur en biologie expert en chimie des protéines, spécialiste du VIH confirme la forte tendance au reflux vers leur pays des talents universitaires chinois.

Initié à la biologie à l’université de Nankin (1980-1984), immigré aux États-Unis au début des années 90, professeur titulaire à l’Université du Maryland puis à Harvard, il a quitté les États-Unis en 2020 pour rejoindre l’université Fudan de Shanghai après avoir été, en 2018, victime d’une cabale de l’Institut National de Santé publique (National Heath Institute) qui l’accusait d’avoir manqué de signaler ses liens académiques à Xi’an avec des universitaires chinois.

Un autre exemple est Liu Jun, 刘军, 60 ans cette année. Docteur en mathématiques, statisticien et expert des logiciels d’apprentissage automatique, il est aujourd’hui titulaire depuis septembre 2025, de la chaire de statistiques à Qinghua, après avoir pris sa retraite de Harvard en 2024, pour, dit-il, des raisons familiales.

Les efforts de recrutement sont visibles en ligne.

Plus tôt cette année, on pouvait lire sur le site de l’Université de Wuhan une invitation adressée aux « talents académiques du monde entier à postuler pour des postes de professeur ». Recrutant des « jeunes talents étrangers », les secteurs privilégiés conformes aux priorités de Xi Jinping étaient l’IA, la robotique et la sécurité des réseaux contre les cyber-intrusions.

On ne lésine pas non plus sur les avantages matériels (allocations logement et salaires) tirés d’un fond spécialement créé à cet effet par l’appareil. Selon son expérience, le salaire d’un scientifique étranger varie entre 120 000 et 400 000 $ par an, avec des perspectives plus élevées quand il s’agit de grandes universités comme Qinghua, Bejing Daxue ou Fudan, sans parler des grandes entreprises de technologie, encore plus généreuses.

Note(s) :

[1« Haigui » désigne les Chinois expatriés liuxuesheng 留学生 qui rentrent en Chine. Le vocable est un calembour dont la prononciation signifie aussi tortue de mer 海龟. Il exploite l’homophonie complète - même prononciation même premier ton -, entre « gui » 归 revenir et « gui » 龟, tortue.

[2Ainsi Harvard, symbole des universités privées de haut niveau avec sept autres, dont Princeton, Yale, Université de Pennsylvanie, Cornell, Brown, Darmouth et Columbia, et plus ancien établissement supérieur des États-Unis créé en 1636 fut privée de 2,2 milliards de $ de subventions gelées par la Maison Blanche au prétexte qu’elle serait le creuset de l’idéologie « Woke » et de l’antisémitisme pro-palestinien.

Il est cependant important de noter que le 29 mai dernier, lors de la cérémonie d’inauguration de la session des cours 2025, le discours du président de Harvard, Alan Garber, Juif pratiquant, dont une partie de la famille a immigré en Israël, a été chaleureusement applaudi par les étudiants satisfaits de sa résistance aux injonctions de D. Trump qui avait gelé ses subventions et tenté d’interdire le recrutement d’étudiants étrangers.

Au sein des étudiants une majorité de manifestants, y compris des juifs, affirment que le gouvernement Trump assimile à tort la critique de l’attaque israélienne contre Gaza et de son occupation des territoires palestiniens à de l’antisémitisme et la défense des droits des Palestiniens à un soutien à l’extrémisme.

Harvard a contesté en justice certaines des actions de l’administration Trump. Ses avocats ont en effet plaidé qu’en riposte au refus de l’Université d’accéder aux exigences de remanier sa gouvernance, ses recrutements et ses programmes d’études pour les aligner sur son programme politique, la Maison Blanche exerçait des représailles hors la loi et violait la liberté de l’Université.

Le 3 septembre, une juge de district démocrate a statué qu’il était illégal d’interdire l’accès à l’université aux étudiants étrangers et de la priver de ses subventions publiques. Mais, depuis ce jugement, l’administration a encore intensifié ses coups de boutoir politiques contre Harvard, alors que ces derniers mois plusieurs autres universités privées dont Columbia et Brown, ont conclu des accords avec l’administration Trump.

En cours avec Harvard, une controverse non résolue pour qu’à l’injonction de la Maison Blanche, l’université consacre 500 millions de $ à des programmes de formation professionnelle visant, entre autres – sans plus de précision -, à initier des étudiants hors Harvard à l’Intelligence artificielle.

Enfin, alors que, globalement aux États-Unis, il est indéniable que l’idéologie « Woke » a reculé sous les attaques de D. Trump, notons qu’en dépit de ses affichages diffusant l’image d’une résistance sans compromis, Harvard a donné des signes de souplesse pour tenter d’apaiser la Maison Blanche.

Alan Garber a en effet concentré à son niveau tous les pouvoirs disciplinaires de l’université, supprimé les « bureaux de la diversité », creusets d’une politique de discrimination positive et coupé ses liens à la fois avec une université palestinienne et tous les établissements d’enseignement supérieur israéliens.


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