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Retour sur un suicide. Imprudence et misère des entreprises privées

Le 18 juillet, revenant sur le suicide de Zhou Jiancan, PDG de Jindun Holding Group, qui, le 30 janvier dernier, s’était jeté du 30e étage d’un immeuble de Shangyu, dans la grande banlieue Est de Shaoxing (Zhejiang), Sidney Leng du South China Morning Post analysait les difficultés de la réforme financière et la misère des petites entreprises privées surendettées dont l’accès aux crédits bancaires officiels est limité.

Par effet collatéral, ces restrictions infligées par le système aux PME nourrissent la finance grise prospérant grâce aux intérêts usuraires de 10% mensuels imposés à Zhou, quand le taux officiel annuel de la Banque de Chine n’est que de 4,35% par an. Dans le même temps, le SCMP évoquait les risques systémiques induits par les « trop » brutales restrictions de crédit bancaire décidées par le pouvoir pour réduire les effets pervers de la relance monétaire.

L’article faisait suite à un autre, sur le même sujet, du magazine Caixin qui, le 8 juillet, décrivait les erreurs d’investissement et la dépendance toxique de Zhou Jiancan à la finance grise au point qu’il aurait lui-même imité des sceaux officiels pour attester d’un crédit auquel il n’avait plus accès. Les imprudences d’un entrepreneur.

Ajoutant au tragique de cette fin désespérée, Zhou n’était pas un spéculateur, mais un entrepreneur imprudent dont la fortune, au demeurant modeste comparée à celle des grands magnats de la finance et de l’immobilier, s’était initialement construite à partir de la fin des années 80, dans le secteur des tubes d’acier sans soudure pour la recherche pétrolière.

Il faut dire que Zhou, natif de Shangyu, où pas moins de 15 entreprises privées sont enregistrées en bourse à Shenzhen et à Shanghai, avait la fibre des affaires héritée de la culture du Zhejiang, creuset national de l’entreprise privée.

Mais dans un système où les banques publiques ne prêtent que rarement aux PME, quand les revenus des ventes tardèrent à couvrir les frais de fonctionnement, il avait choisi de s’endetter se livrant inconsidérément aux requins de la finance grise, hypothéquant sans mesure son entreprise.

Selon les documents officiels de la bourse de Shenzhen, au moment où il s’est déclaré en faillite le groupe Jindun dont Zhou était le PDG avait accumulé 9,8 Mds de Yuan de dettes, (1,4 Mds de $) dont 30% auprès d’usuriers sans scrupule.

L’amertume de cette fin dramatique, ajoute le SCMP, est que les déboires financiers de Zhou sont aussi la conséquence indirecte de la brutale politique de restriction de crédit, priorité de Xi Jinping ayant entrepris de résorber la dette. Mais, contrairement aux discours, les efforts du pouvoir ne portent qu’une attention marginale à l’entreprise privée qui compte pourtant pour 60% de la croissance et fournit 80% des 13 millions d’emplois créés chaque année.

Prévalence rigide du secteur public.

Restant dans les pas du système tel qu’il fonctionne depuis des décennies, le pouvoir concentre en priorité ses réformes sur banques publiques et les grands groupes nationaux. Pour résorber leurs dettes qui ne sont pas minces, ces derniers bénéficient de la procédure récemment mise en place les autorisant à échanger leurs créances contre des actions. Dans les cas les plus graves l’excès de dettes est purement épongé par l’État.

Ainsi quand l’État réduit la masse monétaire en circulation effet de politique d’assainissement qui tire à boulets rouges sur la finance grise, il parvient certes à réduire les déficits de 190 Mds de $ au cours du premier trimestre 2018, mais les premières à en payer le prix, secoués par l’assèchement du crédit, sont les entreprises privées. Forcées de s’adresser aux usuriers, elles ont de surcroît hypothéqué leurs actions et leurs actifs.

Au premier semestre, le marché des obligations d’entreprises, jusqu’à présent une des sources les plus sûres de financement utilisées par les privés, donnait des signes de tensions. Début juin 2018, les tribunaux enregistraient 20 faillites comptant au total pour 14,2 Mds de Yuan (2 milliards de $) pour la plupart des PME cotées en bourse.

Conséquence d’une réaction en chaîne, l’augmentation des risques a renchéri le prix des obligations asséchant les options de crédit pour les plus vulnérables.

Le talon d’Achille de la spéculation.

Après le suicide de Zhou, un commentaire sur les réseaux sociaux mettait le doigt sur une autre menace. A côté de la prévalence rigide des grands groupes et des banques publiques absorbant la majeure partie des capitaux au détriment du secteur privé, il pointait du doigt la spéculation, détournant les capitaux de l’économie productive : « Si en 2008, Zhou avait investi dans l’immobilier à Shanghai ou Pékin, au lieu de créer une nouvelle usine, aujourd’hui il serait multimilliardaire ».

Mais la spéculation immobilière n’est pas plus facile à résorber que la prévalence grands groupes et des banques. Déjà à l’automne dernier un article de QC dessinait les contours du problème : « …De même, le contrôle des prix de l’immobilier, nécessaire pour garantir à la classe moyenne l’accès à leur premier appartement, produit l’effet indésirable de freiner l’activité d’un secteur moteur des industries du ciment, de l’acier et du verre qui comptent encore pour plus de 7% du PIB et pour 35% du revenu fiscal des administrations locales.

Plus encore, les mesures drastiques imposées par la Commission de Réforme et développement et les régulateurs financiers pour freiner la spéculation immobilière (durcissement des conditions d’acquisition et de crédits, limitations des achats multiples, contrôle stricts des emprunts à l’étranger) ont paradoxalement augmenté les prix du foncier, fait flamber le coût de fonctionnement des sociétés immobilières dont la charge des emprunts a augmenté de plus de 2% (Xinhua finance) et fait peser des risques de faillite sur 25% d’entre elles.

Résultat, confrontés aux difficultés du marché intérieur, ces dernières envisagent d’exporter leurs affaires à l’international, ce que le pouvoir tente précisément de limiter. »


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