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Serguei Shoigu était à Zhuhai durant le salon. Le 14 novembre il a rendu visite aux exposants russes. Lors de sa rencontre avec Wang Yi, le ministre des AE, il a déclaré « En trois quarts de siècle, la Chine a obtenu des succès remarquables ». Et, passant sous silence l’agression russe contre l’Ukraine, viol flagrant de l’intégrité d’un pays reconnu par les NU et du droit international, il a ajouté : « Nos relations bilatérales sont devenues l’un des éléments essentiels de la politique et de la sécurité mondiales, ainsi que le principal facteur de stabilisation des affaires internationales. »
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Le 15e salon aéronautique et de l’espace de Zhuhai, 珠海航展 créé en 1996 s’est tenu du 12 au 17 novembre, dans la province de Canton sur l’ancien aéroport militaire japonais de Jinwan 金湾 au sud-ouest de la Rivière des Perles.
Depuis 28 ans, ayant gagné en importance, reconnu partout dans le monde, Zhuhai est devenu le symbole du statut de puissance aéronautique et spatiale de la Chine. Plus encore, son rayonnement contribue à l’audience du système politique chinois dans des zones où la démocratie occidentale est en recul.
Les chiffres sont éloquents. Organisé tous les deux ans, avec un passage à vide en 2020, pour cause d’annulation Covid-19, avant de se rétablir en 2021 et 2022, le salon a, selon CCTV, accueilli cette année 600 000 visiteurs contre 150 000 en 2018, tandis que le nombre des exposants est passé de 700 en 2014 à 750 cette année.
La valeur des contrats signés, stable à 38 Mds de $ depuis 2022, fut près de 20 fois celle du premier salon de 1996.
L’influence des tensions géopolitiques était sensible, avec la part belle faite aux exposant russes, auxquels Serguei Shoïgu, ancien ministre de Défense et Secrétaire du Conseil de Sécurité de la Fédération de Russie a rendu visite le 14 novembre.
Mais alors que la Russie est embourbée en Ukraine, l’exposition a surtout mis en valeur la base industrielle de défense chinoise en expansion rapide avec des équipements aéronautiques militaires et à double usage dernier cri.
Équipements et réputation chinoise dans le « sud-global ».
De gauche à droite le J-35. Le drone CH 6 et les missiles anti-aériens HQ-19.
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Les plus remarqués furent les missiles Sol-air HQ-19, les drones navals et aéronautiques de reconnaissance et d’attaque, ainsi que le dernier chasseur furtif J-35 de 5e génération, copie bien moins chère à l’achat du F-35 Lighting américain, qui fait de la Chine le seul pays avec les États-Unis capable d’aligner deux modèles d’avions de combat furtifs.
De l’avis de tous les experts, le J-35 a surclassé le Sukhoi-57, son concurrent russe, dont la mise au point chaotique depuis 2010 a révélé ses lacunes de la motorisation et de l’avionique.
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Au total, le succès du salon de Zhuhai constitue un très efficace levier d’influence, non seulement dans les pays à la périphérie directe de la Chine tel le Pakistan qui entretient depuis longtemps des relations militaro-technologiques avec Pékin, mais également avec les pays du sud global séduits par la réputation d’efficacité de la Chine qui, de leur point de vue, dépasse celle des démocraties occidentales.
Un exemple parmi d’autres : dans une récente interview accordée au Global Times, un officier de l’armée de l’air nigérienne subjugué par le niveau des prestations de Zhuhai a complimenté la Chine pour la qualité de ses avions de combat et de transport.
Les choses sont claires, l’engouement pour la Chine non démocratique mais efficace et puissante se développe à mesure que l’audience de l’Occident et des anciennes puissances coloniales faiblit.
Après le coup d’État de 2023, à Niamey la junte a forcé les États-Unis et la France à se retirer du Niger. Ripostant aux sanctions occidentales, elle s’est empressée de signer un accord de 400 millions de Dollars avec CNPC, nº1 chinois du pétrole en échange d’une priorité sur le gisement d’Agadem.
Le préfinancement chinois remboursable sur douze mois au taux de 7%, soit 428 millions de $, ou 51% du budget annuel du pays dont l’équilibre dépend du prix du baril, sera, dit le pouvoir à Niamey qui accepte ainsi de creuser sa dette à la Chine, consacré au développement agricole, à la sécurité intérieure et à l’amélioration du système de santé du pays.
Enfin, au total, même si la Chine reste, avec seulement 5,8% du marché mondial de l’armement, à la traîne derrière des fournisseurs plus établis comme les États-Unis (41,7%), la France (10,9%) et la Russie (10,5%), il est indéniable que son industrie de défense a connu une transformation qualitative notable.
Et le dernier salon de Zhuhai offre la perspective dans laquelle les pays du Sud qui calculent le rapport coût efficacité, pourraient de plus en plus considérer la Chine comme le guichet privilégié pour développer le pays et moderniser leurs forces armées.