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Un effet de serre financier

La bulle immobilière est la plus ancienne des trois. Elle s’est développée lentement dans les années 1990, puis a connu des à-coups d’accélération depuis le tournant du siècle. Dans les bons quartiers de Pékin ou de Shanghai, les prix du mètre carré n’a rien à envier de leurs homologues londoniens ou parisiens. Attirés par ce juteux marché, les autorités publiques locales s’alliaient régulièrement avec des promoteurs pour organiser les ventes de terres constructibles en totale absence de transparence, au détriment des anciens occupants des lieux, souvent évacués sans ménagement et fort mal indemnisés. Le contrôle des prix immobiliers faisait bien alors partie de la politique de ralentissement prônée par le Premier ministre Wen Jiabao mais l’on n’en voit toujours pas, à l’heure actuelle, l’effet tangible sur le terrain.

La deuxième bulle est celle de la Bourse. Déconnectées des places internationales, la Bourse de Shanghai et celle de Shenzhen vivaient en état d’hibernation. Le réveil est brutal à compter de 2005. Avec un indice autour de 1000 en fin 2005, la Bourse de Shanghai a franchi la barre 4000 au début de l’année dans une ambiance de surchauffe. Si la montée de l’indice est spectaculaire, les mouvements de corrections sont aussi violents. En fin février et fin mai dernier, les boursicoteurs ont vécu à deux reprises la chute brutale du cours des actions. Désormais les boursicoteurs chinois vivent avec la crainte d’un krach, d’autant plus que surgit un spectre d’inflation sur les prix agroalimentaires et énergétiques.

Si la bulle immobilière ne préoccupe que ceux qui veulent acquérir un logement et celle de la Bourse les investisseurs sur le marché des actions, une inflation des prix de consommation courante concerne l’ensemble de la population. Après les carburants depuis un an ou deux, c’est au tour de viande de porc, du lait et bientôt de la farine que l’on doit désormais acheter au prix fort. Certes les variations des produits pétroliers se décident sur le marché mondial mais elle ne conditionnent pas moins les comportements des acteurs économiques locaux. Quant aux prix agroalimentaires, leur ascension est prévisible puisque les paysans chinois n’ont aucune raison de ne pas demander leur part du gâteau de la croissance. Seulement, une bulle dans la sphère de la consommation est propre à attirer la foudre de la banque centrale. Celle-ci multiplie ces derniers temps les mesures restrictives visant à juguler la surchauffe. Parviendra-t-elle à refroidir l’activité économique sans provoquer un atterrissage brutal ? La voie du juste milieu reste particulièrement étroite.

Avec ces trois bulles nourries de l’excès de liquidités, la perspective de l’économie en Chine ne sera certainement pas celle d’un fleuve tranquille. L’apparence peut être trompeuse. Quand toutes les places financières sont secouées par la crise des « subprimes » américaines, la Bourse de Shanghai franchit allègrement les 5000 points, un record absolu dans son histoire, soit 25% de hausse depuis le 1er janvier. Rappelons seulement qu’avec la place que la Chine occupe dans l’économie mondiale, le calme qu’offre la Bourse de Shanghai ressemble fort à celui de l’œil du cyclone.


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Par Richane Le 30/08/2007 à 01h03

> Un effet de serre financier

Je ne suis d’accord, ni avec le concept de « sous-évaluation artificielle du Yuan », ni avec l’affirmation de « la nature mercantiliste du miracle chinois ».
D’abord, s’agissant du Yuan, sa faible évaluation par rapport au dollar ne date pas d’aujourd’hui : il en a été ainsi, aussi loin que l‘on puisse remonter dans le passé ; et cette faiblesse de la monnaie chinoise résultait du sous-développement drastique de la Chine par rapport aux Etats-Unis, sous-développement qui avait pour corollaire - comme dans tous pays sous-développés - des niveaux de prix et de salaires très bas par rapport aux pays industrialisés. Dans le passé ces différences de salaires et de prix n’avaient jamais posé problème, parce que l’économie chinoise était incapable de concurrencer les pays occidentaux. Le problème n’est soulevé qu’aujourd’hui, parce que peu à peu la Chine est devenue capable de produire des marchandises concurrençant les pays occidentaux, y compris sur leur propre marché. Par conséquent, il convient de rappeler qu’il n’y a eu recours dans le passé à aucun « artifice » pour parvenir aux rapports que l’on constate aujourd’hui entre les monnaies nationales respectives de la Chine et des Etats-Unis : ces rapports sont un produit de leurs histoires économiques respectives de pays pauvres et de pays riches. Il est certain que le faible niveau des prix et des salaires, hérité de son passé de pays sous-développé, représente aujourd’hui pour la Chine un atout important pour son développement. Mais il ne faut pas oublier que le développement économique de la Chine est très récent et que le niveau de revenu moyen en Chine est encore très inférieur à celui des Etats-Unis. Demander aujourd’hui à la Chine de réévaluer sa monnaie, c’est lui demander de renoncer à un atout majeur pour un développement à peine amorcé. Et lorsque cette demande vient de la part de pays industrialisés déjà riches, elle comporte une part d’indécence, qu’il faut oser dénoncer et dont il ne faut pas en tout cas se rendre complice en parlant de « sous-évaluation artificielle du Yuan ».
S’agissant de « la nature mercantiliste du miracle chinois », c’est oublier que l’exploit économique de la Chine depuis une trentaine d’années repose avant tout sur sa capacité à « produire » des biens industriels, d’où l’expression « usine du monde » couramment employée à ce propos. Certes, ces marchandises sont ensuite exportées vers les pays étrangers et cette exportation peut être qualifiée de « mercantiliste » ; mais ce mercantilisme est précédé d’un acte de production, qui est le vrai acte fondateur du développement économique de la Chine aujourd’hui. Alors ramener le développement de la Chine au seul acte d’exporter les marchandises qu’elle a produites, c’est un propos réducteur pour ne pas dire fallacieux.

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