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ASEAN : Phnom-Penh dans l’œil du cyclone

[7 septembre 2012] • François Danjou

Il y a au moins deux séries de raisons pour lesquelles il est nécessaire de revenir sur les relations univoques entre le Cambodge et la Chine.

La première tient au fait que Pékin déploie dans le Royaume, économiquement affaibli par la baisse de ses exports de textiles, une stratégie pesante de projets de développement assortie de largesses financières utilisées par le gouvernement royal de manière opaque, qui déséquilibrent ce pays essentiellement agraire. L’activisme chinois favorise à la fois une croissance asymétrique sans harmonie sociale et le glissement du système politique vers une autocratie univoque dont les contrepoids, manipulés, corrompus, marginalisés ou éliminés, sont de plus en plus défaillants.

La deuxième renvoie à la proximité entre Pékin et Phnom-Penh, dont les performances à la présidence de l’ASEAN sont largement contestées non seulement par les Philippines et le Vietnam, mais, incidence très inhabituelle, par le Japon. La question de la proximité entre le Cambodge et la Chine est aujourd’hui au centre d’une controverse qui touche à la cohésion et à liberté d’action des pays d’Asie du Sud-est à l’égard de Pékin, aux questions de souveraineté en Mer de Chine, et, in fine, à la rivalité globale entre Pékin et Washington.

Celle-ci couve à l’ombre des différentes réunions de l’ASEAN dans le Royaume, dont la dernière aura lieu en novembre, exacerbée par l’absence de liberté de manœuvre du pays hôte, quoi qu’il en dise, inféodé à Pékin.

Dans ce contexte, et en amont de la réunion au sommet prévue à Phnom-Penh à la fin novembre, qui devrait accueillir les présidents américains et chinois, il reste six semaines à Pékin et Washington pour désamorcer les tensions, aujourd’hui crispées par les élections aux Etats-Unis et la transition chinoise, tandis que se multiplient les incidents de souveraineté avec le Japon, les Philippines et le Vietnam, sur fond de raidissement militariste des Etats-Unis.

Le poids de la Chine et la dérive politique du Cambodge

Le rouleau compresseur chinois, qui commence à inquiéter bon nombre de Cambodgiens débordés par les affaires chinoises, brûle les étapes d’une renaissance économique et sociale dont l’harmonie devrait reposer, dans une première phase, sur l’attention portée à l’agriculture et aux fermiers, colonne vertébrale de la société et de l’économie khmère.

Au lieu de quoi, le développement à l’emporte pièce laisse précisément sur le carreau une part importante de la population rurale, transformée en supplétifs sous payés des grands projets qui les dépassent, quand elle n’est pas jetée sans ménagement dans des camps provisoires, dont le spectacle misérable renvoie à de sinistres souvenirs, au gré des évictions, nombreuses dans ce pays sans cadastre, où le problème foncier, héritage du vide administratif installé par la folie khmère rouge, est loin d’être réglé.

Dominant ce paysage économique et social tendu, l’oligarchie khmère, sino-khmère, sino-vietnamienne ou apparentée à la Thaïlande, principale bénéficiaire de la manne chinoise, est enserrée dans un réseau très dense de connexions familiales, toutes liées au pouvoir, lui-même composé d’anciens Khmer Rouges, dont Pékin fut, dans les années noires des massacres, le principal soutien.

Le paysage politique est marqué par le clientélisme, la corruption, les pressions électorales et judiciaires, assorties de menaces directes, préludes aux emprisonnements plus ou moins longs par une justice aux ordres. Ces derniers dissuadent la plupart des oppositions contre les captations de terres qui se multiplient au profit des « projets de développement », directement ou indirectement connectés au pouvoir politique et à l’armée.

Alors que l’ambiance politique, envahie par les suspicions, les chantages et les menaces contre ceux qui font mine de s’opposer, fait peser une angoisse diffuse dans la population, encadrée, surveillée et soumise aux pressions administratives des bureaucrates jusque dans les coins les plus reculés du pays, il n’y a plus la moindre chance que la démocratie puisse s’exprimer normalement, ni au travers des institutions, dont aucune n’est indépendante de l’exécutif, ni par le truchement des élections, massivement détournées par le poids des intimidations, l’ampleur des achats de vote et la multiplication des irrégularités.

Le contraste entre la réalité et les discours borgnes de la communauté internationale qui ne cessent de spéculer sur « les progrès du développement en cours », en édulcorant les symptômes des crises sociales et politiques qui montent, est au moins aussi frappant que celui qui touche à la vérité du régime en place dans le pays. Officiellement désigné comme une « monarchie parlementaire », le pays n’en a plus les apparences que dans les discours des caciques du régime et dans ceux des diplomates qui se coulent scrupuleusement dans les mensonges ambiants.

La réalité est qu’à la suite de constants abandons en échange de la mansuétude du Parti du Peuple, qui laisse toujours planer la menace d’un changement de régime, la famille régnante est, pieds et poings liés sous la coupe du pouvoir, dont les plus éminents représentants sont directement ou indirectement aux commandes du pays depuis plus de 40 ans. Une incidence inquiétante qui devrait, à elle seule, inciter à remettre en cause la réalité du système démocratique.

Dans ce paysage, où la démocratie parlementaire recule, la Chine, dont le système rejette absolument le multipartisme, l’indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs, évolue comme un poisson dans l’eau. Son activisme économique et financier, outil de sa recherche clientéliste, véhicule aussi une influence politique qui déteint d’autant plus facilement sur le pouvoir cambodgien, héritier direct des Khmers Rouges et du Vietnam, que la culture démocratique de ce dernier est superficielle et fragile.

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