›› Editorial
Le poids des contentieux et le défi de l’harmonisation planétaire.
C’est un fait que la Chine se préoccupe de secouer l’emprise du Dollar sur son système financier et qu’elle est également soucieuse d’éviter que l’Europe, son premier marché d’exportations, ne sombre dans une spirale récessive aussi catastrophique pour elle que pour nous. Il est aussi vrai qu’elle considère toujours l’UE comme un marché de riches consommateurs, un pôle d’influence dans le monde et un réservoir de technologies à fort potentiel plus que jamais nécessaires à sa modernisation.
Mais la réalité est que la Chine ne s’engage à l’étranger qu’en fonction de ses intérêts directs qui sont la plupart du temps ceux liés à sa situation intérieure (résolution de la difficile équation : ressources - développement - stabilité sociale - pérennité du Parti au pouvoir -). Elle ne fait jamais de cadeau, n’a jamais cédé à la tentation d’une alliance et calcule sa politique étrangère avec la plus extrême prudence.
C’est pourquoi il serait imprudent de croire que Pékin ne saisira pas l’opportunité du marasme européen pour tenter de reprendre la main sur quelques uns des nombreux contentieux non résolus qui brouillent la relation Chine - Europe.
La Chine, que l’UE sollicite avec autant d’empressement vient en effet d’essuyer une nouvelle rebuffade de la Commission européenne qui lui a refusé le statut d’économie de marché ; elle est toujours montrée du doigt pour ses atteintes aux droits de l’homme ; en 2008, le Président français la menaçait du boycott de ses jeux olympiques après les émeutes au Tibet ; elle est encore ostracisée par un embargo sur les ventes d’armes imposé il y a 22 ans qui la ravale au rang d’un pays failli ; enfin, soupçonnée de captations de technologies, elle vient d’être écartée par Bruxelles d’une coopération spatiale sur le projet Galileo.
Le tout dans le contexte compliqué et contradictoire d’une vigilance américaine prompte à considérer les éventuelles concessions européennes comme une atteinte à ses intérêts stratégiques ou une trahison. Tel est en effet le dernier volet, et non des moindres, d’un jeu à trois où le pilier européen vacille vers la Chine, sous l’œil méfiant de Washington. La relation dans ce triangle stratégique qui compte pour 60% du PNB mondial, est également marquée par l’absurdité d’une situation où les Occidentaux sollicitent l’apport financier du partenaire chinois que, par ailleurs, ils ne cessent de fustiger.
Cette incohérence, où l’on voit que l’urgence comptable née de longues années de relâchement de l’éthique budgétaire, pourrait prendre le pas sur certains des grands principes moraux dont se réclame l’UE, renvoie aussi aux difficultés d’harmonisation de la planète, que la Chine appelle de ses vœux, mais dont elle hésite, tout comme les États-Unis, à payer le prix.
Jusqu’à présent, Bruxelles a en effet été le pôle mondial le plus appliqué à cette démarche de solidarité planétaire, refusant de manipuler sa monnaie et d’instaurer des barrières non tarifaires, absorbant presque sans broncher les déficits commerciaux provoqués par les dumpings sociaux, écologiques et tarifaire pratiqués par la Chine et les autres émergents.
Il serait faux de dire que la Chine ne s’ajuste pas aux règles de l’OMC, où elle est entrée en fanfare en 2001, bénéficiant de quelques délais et passe droits pour s’adapter aux contraintes du commerce international mondialisé. Depuis 2005, elle a réévalué sa monnaie de plus de 25%, abaissé de nombreuses barrières douanières, et ouvert des secteurs entiers jusque là fermés aux étrangers. Mais, calculant avant tout ses intérêts, elle l’a fait sous les pressions incessantes de ces partenaires occidentaux et avec réticence.
Il faut se rendre à l’évidence, la Chine d’abord préoccupée par elle-même et les vastes défis internes qu’elle doit affronter, ne se conformera qu’à son rythme aux exigences des puissances occidentales qui la chapitrent. Plus encore elle saisira l’opportunité d’un affaiblissement de ses partenaires pour obtenir des passe droits commerciaux – comme la reconnaissance, contre toute évidence, de son statut d’économie de marché –, pour freiner les critiques contre ses atteintes aux droits de l’homme, ou pour corriger des situations qu’elle juge anachroniques et indignes de son nouveau rang dans le monde, tel que l’embargo dont elle est toujours victime, interdisant aux États-Unis et à l’Europe de lui vendre des armes.
