›› Politique intérieure
L’ANP 2012, testament politique de Wen Jiabao
[22 mars 2012] • François Danjou
La réunion annuelle de l’ANP et de l’Assemblée Consultative du Peuple Chinois, dont le dernier jour fut marqué par la destitution de Bo Xilai du poste de Secrétaire Général de la municipalité autonome de Chongqing, était l’ultime exercice de ce que les Chinois appellent « Liang Hui », sous l’égide de l’équipe Hu Jintao – Wen Jiabao, qui passera les rênes du pouvoir lors du 18e Congrès à l’automne.
En mars 2013 c’est un attelage tout neuf, avec un nouveau Président de la République, un nouveau Premier Ministre, deux présidents des assemblés fraîchement nommés, et un gouvernement reconstitué après la bataille du Congrès qui présideront aux « Liang Hui », toujours dominées par l’ombre portée et omniprésente d’un Comité Central, dont les 2/3 des membres auront été renouvelés.
A côté des habituels travaux socio-économiques, rapports et votes de confiance, il ne fait aucun doute que c’est la politique, revenue en force dans le paysage chinois, qui a dominé les tous derniers jours de la réunion. Elle a d’abord pointé son nez au-travers de la surprise de plus de 15% des députés – un record - rejetant le budget.
Puis, elle a bruyamment refait surface avec le limogeage de Bo Xilai et la conférence de presse de Wen Jiabao, poussant les feux de la réforme politique, tandis qu’un rapport de la Banque Mondiale, établi conjointement avec le Conseil des Affaires d’Etat, sur une idée de Li Keqiang, complètement en phase avec les analyses du gouvernement, insistait sur l’urgence de réformer le schéma de développement de la Chine.
C’est dans cette ambiance assez peu sereine, où pour la première fois depuis 1989 apparaissait le spectre d’un très sérieux clivage au sein de l’appareil, que Wen Jiabao a livré sont testament qui replace la question politique au centre, affirmant avec force que l’ajustement du modèle de développement, aujourd’hui essoufflé et générateur de profondes inégalités, serait impossible sans une véritable réforme politique.
N’hésitant pas à dramatiser, il ajoutait que l’absence de progrès significatifs dans ce domaine portait le risque d’ouvrir la voie à un chaos rappelant celui de la révolution culturelle. Il est évident que le psychodrame de Chongqing arrivait à point nommé pour donner du crédit aux mises en garde du Premier ministre.
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