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Sévères secousses sur les marchés boursiers. Début de panique

80% des opérateurs des bourses chinoises sont des petits porteurs.

Après une stabilisation de courte durée, les bourses chinoises qui avaient été parmi les plus performantes de la planète enregistrant en juin leurs meilleures cotations depuis 2008, gagnant 150% au cours des 12 derniers mois avant de perdre près de 30% en 3 semaines, ont continué à plonger comme si les récentes mesures de relance avaient accentué l’inquiétude des marchés au lieu des les apaiser. Toutefois, en dépit de l’ampleur des secousses qui soulèvent des commentaires alarmistes de nombre d’observateurs, les racines du phénomène sont plus politiques qu’économiques.

Le 5 juillet, la chute continue des bourses de Shanghai et Shenzhen – équivalant à 3200 Mds de $ de capitalisation – a incité la Commission de régulation boursière à prendre une mesure drastique qui avait déjà été mise en œuvre en octobre 2012 : stopper les offres publiques d’achat à quoi s’est ajoutée la création d’une force de frappe de 19 Mds de $ appuyée par 21 sociétés de courtage et abondée par 25 fonds d’investissements placée sous la direction des financiers du groupe CITIC chargés de racheter les actions en difficulté et de les geler pour au moins un an.

La mesure répond à une préoccupation politique attisée par les alarmes des fonds d’investissements et un début de panique des petits porteurs, acteurs de 80% des mouvements boursiers, encouragés par le pouvoir lui-même. Le décrochage de la bourse a été accompagné par les appels au calme du pouvoir fréquemment répétés sur les médias officiels.

La Commission de régulation dénonce un mouvement de panique irrationnel.

Le 8 juillet, la déprime des valeurs boursières n’avait pas cessé. Quelques minutes après l’ouverture les indicateurs de Shanghai et Shenzhen étaient respectivement en baisse de 8 et 5%. Le 7 juillet 1400 sociétés avaient introduit des procédures pour stopper la cotation de leurs titres, tandis que la Commission de Régulation Boursière reconnaissait que les bourses chinoises avaient été saisies d’un mouvement de panique irrationnel induisant des ventes en cascade et une extrême liquidité du marché.

Une des raisons qui poussent les sociétés à demander le gel de leurs cotations est que, pour investir sur le marché boursier, nombre de petits porteurs contractent des prêts garantis par des valeurs boursières acquises précédemment et pour qui la chute des cours est une catastrophe financière. Incapables de combler les appels de marge [1] créés par la chute, ils vendent, aggravant le dévissage qui lui-même déclenche un mouvement de panique grégaire.

Délits d’initiés, ingérence politique et réactions grégaires.

Le graphe établi par Merrill Lynch, Bloomberg et la banque centrale chinoise montre clairement les corrélations entre les corrections macro économiques du pouvoir et les hausses de la bourse. La dernière correction qui a eu un effet a été appliquée à la mi mai. Celle du 27 juin n’a pas eu d’effet.

Les actuelles secousses de la bourse chinoise expriment aussi l’extrême enchevêtrement des affaires et de la politique dans une situation où se croisent les délits d’initiés et la crainte politique de laisser libre cours au marché. Une analyse parue le 7 juillet dans le journal Caixin souligne que, quand le 4 juillet, la Commission de régulation boursière a convoqué les représentants de 21 sociétés de courtage pour les inciter à acheter les meilleures valeurs à Shanghai et Canton afin de stopper leur chute, elle est clairement sortie de son rôle.

Pour autant, elle n’a apporté aucun remède efficace au dévissage dont la tendance a peu de chances d’être inversée par les 19 Mds de $ rassemblés par les sociétés de courtage, dans un marché qui capitalise 2000 Mds de Yuan (322 Mds de $). Quant aux récentes actions macro économiques sur les taux d’intérêt et les réserves obligatoires, elles n’ont fait qu’encourager l’épidémie de prêts aux petits investisseurs, favorisant la création d’une bulle d’autant plus surévaluée que les acteurs comptent sur l’intervention du pouvoir pour freiner la chute des cours.

La conclusion de l’article qui condamne l’ingérence politique dans les marchés boursiers est une sévère remise en cause du fonctionnement de la bourse en Chine : « Dans un marché boursier en bonne santé, c’est l’indépendance des investisseurs qui détermine la valeur des actions. Mais en Chine, les incessantes interventions politiques créent des mouvements grégaires qui perturbent les prix (…).

La conséquence est que les opérateurs ne s’intéressent pas à la valeur réelle d’un investissement boursier, mais seulement au « timing » des interventions politiques, seuls objets de leurs spéculations ». La critique exprime une des tendances les plus souvent dénoncées de l’économie mondiale : la rupture entre le capital et le travail aggravée en Chine par l’intervention politique dans le monde des affaires et de la bourse, un des ADN du régime.

Perspectives

Compte tenu de l’inflation des petits porteurs qui cherchent une alternative à la faiblesse du marché immobilier, la spirale des ventes, accélérée par des opérateurs incapables de couvrir les appels de marge risque de continuer. Pour autant le phénomène ne présage pas un effondrement de l’économie chinoise dont la capitalisation boursière ne compte que pour 30%, tandis moins de 15% des avoirs des ménages son investis en bourse. S’il est vrai que nombre d’indicateurs signalent un ralentissement, la croissance restera comprise en 6 et 7%, dans un contexte où les taux d’intérêts sont stables, le chômage faible et la gamme qualitative des exportations chinoises lentement tirée vers le haut, tandis que même le marché immobilier donne des signes de reprise.

En même temps, dans un contexte où les hausses de salaires même ralenties ont continué à + 7,8% pour la moyenne des 12 derniers mois, l’excédent de la balance commerciale reste supérieur à 30 Mds de $, - produisant plus de 3700 Mds de $ réserves de change en dépit d’une baisse de 7% depuis janvier 2014 -, les investissements chinois à l’étranger explosent (+ 487% vers l’UE et + 36% en moyenne ailleurs), la croissance de la valeur ajoutée industrielle en baisse constante depuis 2013, se maintient tout de même à + 5%, tandis que le pays continue d’attirer les investissements étrangers, devenant en 2014 leur première destination avec 128 Mds de $ contre 86 Mds de $ aux États-Unis. Enfin, en dépit de la récente chute de 30%, la valeur capitalisée de la bourse est toujours à + 80% de ce qu’elle affichait il y a un an.

C’est pourquoi tout indique que les fondements de la crise aggravée par l’épidémie de ventes déclenchée par les petit porteurs incapables d’honorer les appels de marge, sont plus politiques qu’économiques ou financiers. La succession des mesures de contrôle macroéconomique dont 4 baisses des taux d’intérêt depuis l’automne 2014, ponctuées par le récent gel du marché des offres publiques d’achat révèle en effet une nervosité du pouvoir qui semble sur-anticiper une crise, prouvant, s’il en était encore besoin, ses réticences à ouvrir complètement l’économie au marché.

A quoi s’ajoute le fait que la tête du régime a fait de la vitalité de la bourse l’un des symboles de la modernisation de l’économie et de la réformes des groupes publics. Vu sous cet angle, le brutal coup d’arrêt au flamboiement des valeurs boursières abondamment commenté par la presse internationale est le premier accroc dans le thème du « rêve chinois ». Plus prosaïquement, compte tenu des tendances grégaires des petits porteurs, le décrochage porte le risque d’une surchauffe sociale que Pékin surveille comme l’huile sur le feu.

Notes :

[1Appel de marge : Somme de compensation due suite à la dépréciation d’un titre qui a servi de garantie à un emprunt ou à un investissement.


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