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Xiongan la sœur jumelle de Pékin, nouveau grand défi de l’urbanisme chinois. Un enjeu socio-économique et politique pour Xi Jinping

A 100 km au sud de Pékin, la sœur jumelle de la capitale sortira de terre dans une zone humide parsemée de lacs. Le projet qui sera mené à bien sur une quinzaine d’années, piloté par un comité d’experts ayant l’oreille de Xi Jinping, bénéficie de la proximité de réserves, d’eau solution au stress hydrique de l’actuelle capitale. Mais d’importants investissements devront être consentis pour dépolluer les lacs de région de Bayangdian.


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Le 1er avril dernier, le gouvernement annonçait à grands renforts de publicité ce qui deviendra le projet urbain et socio-économique majeur du 2e mandat de 5 ans de l’actuelle direction politique : la délocalisation à 100 km au sud-ouest de Pékin dans une nouvelle capitale, de pans entiers de bureaux de 2e rang de l’administration centrale, d’entreprises publiques, de centres de recherches et d’innovation, d’universités d’usines et de zones résidentielles dont beaucoup seront dédiées à l’intégration des migrants dont les 22 millions d’habitants de l’actuelle capitale ne veulent pas et qui commencent à s’entasser dans des zones précaires à la périphérie de la ville.

Promu par Xi Jinping lui-même et élevée au rang de « projet du futur millénaire 千年 大计 », l’entreprise colossale destinée à désengorger et à dépolluer Pékin également aux prises avec un crise hydrique, se développe dans la province du Hebei et couvrira initialement une zone de 100 km2 dans la région de Baoding, englobant les districts de Xiong (雄) et Anxin 安 新 qui lui donnèrent son nom.

Grevé par de très lourds handicaps écologiques, l’entreprise, en réalité très différente des expériences des anciennes zones économiques spéciales, est un défi technique pour les planificateurs et un risque politique pour Xi Jinping.

Un projet porté par une puissante propagande.

Vue aérienne de la zone des lacs de Bayangdian au cœur de la nouvelle zone qui devrait intégrer les zones de Pékin de Tianjin à la province du Hebei et favoriser le développement économique durable de la région.


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La propagande entourant les projets portés par le sommet de la pyramide politique voit déjà la future mégalopole grande comme trois fois New-York (2000 km2), « modèle de croissance inclusive et durable, et le futur centre de l’innovation chinoise. »

Déjà la presse chinoise se couvre d’articles sur les futures liaisons TGV vers la zone, la création d’un centre de recherche high-tech par le ministère des postes et télécom, la construction par l’Université de Pékin d’un hôpital intégré à guichet unique avec un centre de formation de personnels soignants, les informations sur le lancement imminent des réquisitions de terres et le relogement des résidents expropriés et, incidence rare dans le secteur de l’infrastructure d’aménagement du territoire, le lancement d’appels d’offres internationaux coordonnés par la province du Hebei.

Le 9 juin, un article de Caixin rapportait même les considérations de géomancie d’un ingénieur en chef du projet notant que la zone se trouvait dans l’auspicieux axe nord-sud de la capitale chinoise.

Plus prosaïquement, assimilée au quartier de Pudong à Shanghai et aux zones économiques spéciales lancées par Deng et ses successeurs à Shenzhen, la nouvelle capitale doit – disent aussi les planificateurs [1] - intégrer la province du Hebei à la grande conurbation de Pékin – Tianjin et, selon les auteurs, « accélérer la mutation de la région vers l’économie de marché ». La force mimétique du marché joue en tous cas déjà à plein pour ce qui concerne l’immobilier et les cotations boursières.

L’engouement moutonnier des spéculateurs.

Le 2 avril le comité de développement de Xiongan a fait fermer les projets immobiliers pour mettre fin à la frénésie de spéculation immobilière déclenchée par l’annonce projet.


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Depuis l’annonce officielle de la création de la nouvelle zone de développement, tous les titres boursiers domiciliés dans la zone de Pékin – Tianjin – Baoding dont la valeur était attisée par la nouvelle qu’il s’agissait d’un choix présidentiel, se sont envolés au point qu’après le 1er avril, la Commission de régulation boursière, cherchant à réduire la frénésie, a du stopper les transactions pendant deux jours. Bloomberg cite 15 titres domiciliés autour de la nouvelle zone dont la valeur cumulée avait bondi de 135 Mds de Yuan (18 Mds d’€) en 15 jours en avril dernier.

Par exemple, les actions du groupe Baoding Tianwei Baobian Electric.Co (保定天威集团) fabriquant d’équipements électriques qui ne possède pourtant aucun actif opérationnel dans la zone, ont augmenté de 10% pendant 6 jours consécutifs à la bourse de Shanghai, avant que les régulateurs stoppent leur cotation ; de même la cote de Tangshan Port Group Co. (唐山港集团) dont la direction est à Baoding, a bondi de 33%, quand bien même la Compagnie répétait qu’elle n’avait aucune affaire dans le Hebei.

La fébrilité moutonnière qui fut un des facteurs de la crise boursière de l’été 2015, est une des caractéristiques des bourses chinoises. Dans ce cas, elle est encore attisée par le soutien répété que la tête de exécutif exprime pour le projet, distillant l’impression que le pouvoir politique vertical et univoque est une garantie indépassable du succès de l’entreprise.

Le début d’hystérie influe également sur les prix de l’immobilier. Selon une agence de la région de Baigou, dans la grande périphérie de Baoding dont la connurbation compte 10 millions d’habitants, 3 jours après l’annonce publique du projet, les prix des logements ont bondi de 70% pour atteindre 1570 € le mètre carré.

Comme l’épidémie s’étendait à toute la région autour de Baoding, le comité de planification de Xiongan, rappelant que les logements « devaient être réservés à l’habitat plutôt qu’aux spéculations », a commencé à s’attaquer aux constructions et aux transactions foncières illégales. Rien ne dit qu’il parviendra à stopper l’engouement.

Pourtant, le chemin vers la fortune de la zone qui devrait attirer près de 7 millions de personnes dans les 15 ans et dont le coût de développement est initialement estimé à 300 Mds de $ est, c’est le moins qu’on puisse dire, handicapé par une série de graves problèmes qui vont de l’enclavement de la zone qui, au contraire de Shenzhen et Pudong, est éloignée d’un centre économique attractif, aux difficultés de trouver les financements nécessaires pour délocaliser les écoles, les universités, les hôpitaux et les transports.

Notes :

[1Supervisée par Xu Kuangdi (80 ans) - ancien maire de Shanghai durant la création de Pudong, membre du Comité Central et ancien n°1 du parti de l’Académie des sciences de l’ingénieur – l’équipe de planification de la zone de Xiongan compte des architectes de l’Académie de planification urbaine de Qinghua et plusieurs dizaines de géographes et d’ingénieurs experts dans les secteurs de la préservation hydrique, de l’environnement et de l’énergie.


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