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›› Lectures et opinions

A propos du Livre Blanc sur la démocratie (octobre 2005)

Le gouvernement chinois a publié une cinquantaine de Livres Blancs depuis les années 1990 (CNS), pour défendre et expliquer sa politique, sujet par sujet. Ce sont des textes parfois assez denses de plusieurs dizaines de pages. Parmi les titres les plus récents, on trouve notamment :
Arms Control, Désarmement et Non-Prolifération
Egalité des sexes, développement des femmes
Protection des Droits de propriété intellectuelle
Progrès des Droits de l’homme en 2004
Autonomie régionale pour les minorités ethniques
Défense nationale en 2004
Sécurité sociale
L’autonomie régionale au Tibet
Situation et politique de l’emploi. Etc.

Le Livre Blanc d’octobre 2005 sur la “Construction de la démocratie politique en Chine” est, sauf erreur, le premier sur le régime politique chinois et son fonctionnement. Il répond peut-être à des pressions extérieures, américaines pour l’essentiel, pour plus de démocratie et de liberté et il fixe la doctrine du gouvernement et du parti en la matière. Il comprend dix chapitres, plus une préface et une conclusion.

La préface et les deux premiers chapitres donnent avant tout une justification du régime de parti unique et du parti communiste chinois (PCC) par l’histoire. Le titre du chapitre un est explicite : “un choix adapté aux conditions de la Chine”. L’expérience historique aurait démontré que le peuple chinois ne pouvait sortir du féodalisme et de l’effondrement des XIXe et XXe siècles qu’en s’en remettant complètement au parti. Le chapitre deux , “le PCC a conduit le peuple à devenir maitre de l’Etat”, est plus idéologique. Il affirme avec force le postulat marxiste selon lequel le parti serait l’avant-garde du peuple, habilitée à conquérir le pouvoir et à l’exercer au nom du peuple. Quand la haute direction du parti s’est emparée du pouvoir, le peuple serait devenu “maitre de l’Etat”. Cette expression et ce postulat reviennent souvent dans le Livre Blanc dont ils sont l’idée maitresse la plus importante.
(NDLR - Si l’on n’est pas marxiste, évidemment, on soulignera l’absence presque complète d’élections libres et compétitives, dans la population et dans le parti communiste chinois lui-même)

Les chapitres III, IV, V et VI , justifient le régime politique chinois en mettant en valeur quatre aspects institutionnels “démocratiques”. L’aspect représentatif, monocaméral, est représenté (chap.III) par le système des Congrès populaires à partir des cantons et au-dessus (Xiang, Xian, provinces, Etat). Le système des petits partis (chap.IV) “sous la direction du PCC” est décrit comme un modèle de pratique consultative. L’autonomie ethnique régionale (chap.V) serait le fondement d’un Etat multi-ethnique où toutes les minorités nationales obéiraient avec enthousiasme au PCC. Enfin les Comités de villages et les Comités de résidents en ville (chap. VI) sont présentés comme l’exemple même de la démocratie à la base.
(NDLR - Si l’on a un peu d’esprit critique, évidemment, on dira que l’élection de candidats uniques, ou en tous cas préalablement admis ou choisis par le PCC, ne sont que la consécration d’une “dictature démocratique du peuple”, expression que l’on trouve d’ailleurs dans le texte. En outre les élections indirectes et plusieurs fois indirectes (chaque Congrès à partir du Xian est élu par les congrès de l’échelon inférieur) sont entièrement à la main du parti unique. On soulignera aussi que les “cadres de Front uni”, cadres PCC spécialisés dans la direction et la manipulation des alliés du parti, sont partout où nécessaire les véritables patrons. Les Comités de villages ou de résidents enfin, bien qu’utiles aux intéressés et au parti, n’ont ni pouvoir ni budget et se bornent aux relations de voisinage).

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Les quatre chapitres finaux décrivent avec quasi-admiration le comportement “démocratique” du parti et du gouvernement. Respect et Sauvegarde des Droits de l’Homme (chap.VII) sont assurés dans le champ économique. Le PCC (chap.VIII) serait orienté vers l’exercice “démocratique” du pouvoir. De même, le gouvernement et le système judiciaire (chap. IX et X) s’efforceraient de gérer, d’administrer, ou de juger dans le style le plus démocratique possible.
(NDLR - Si on croit aux Droits de l’Homme, on ne peut pas réduire ceux-ci aux DH économiques et sociaux. Et si la Chine est plutôt bien gouvernée au sommet, l’absence de contre-pouvoirs réels favorise souvent l’opacité, la corruption, l’arbitraire et les abus au-dessous)

La Conclusion du Livre Blanc reprend naturellement toutes ces affirmations et non-dits. L’histoire et l’expérience récente auraient mené aux conditions particulières de la Chine et au régime politique le plus adapté à ces conditions. Grâce au parti, le peuple chinois se serait rendu maître du pays et de l’Etat. C’était inéluctable en quelque sorte, mais c’est aussi la base de la stabilité politique, de la prospérité économique et de la capacité à défendre les intérêts nationaux de la Chine.
Certes, le système n’est pas parfait, dit le Livre Blanc, mais rien n’est parfait et rien ne peut se faire en un seul jour. Le régime politique chinois évolue graduellement, pas à pas. Il continuera à le faire et il se perfectionnera en renforçant les bases de pouvoir du PCC.
(NDLR - Tout compte fait, ce Livre Blanc laisse une porte entr’ouverte sur de prudentes et lentes réformes du régime politique chinois, dans le but de consolider le pouvoir du parti ou d’améliorer son image. Quant à des réformes, bien nécessaires, du PCC lui-même -qui est loin d’être démocratique- la question est... hors-sujet.)

 

 

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