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Brahmapoutre : la Grande Boucle du Fer à cheval

The big Horseshoe Bend (3e partie, 3/3)

Après avoir atteint Pai, dans le district de Mainling, le fleuve amorce la grande boucle en empruntant une direction nord-est, se frayant un chemin dans un canyon entre deux formidables pics enneigés ; le mont Gyalwa-Peri (7 151 m), le sommet de la chaîne de Baishula, montagne sacrée des Tibétains, et au sud, en rive droite le mont Namuchabawashan ou encore Namjagbarwa (7 756 m) à l’extrémité de la chaîne Himalayenne. La vallée suit les sinuosités formées par deux séries de failles se recoupant à angle droit et produisant un effet d’escalier.

Dans cette section, la nature a créé de spectaculaires visions pour l’œil humain, mais hélas, elle oublia d’y tracer un chemin, de sorte que les explorateurs qui tentèrent à maintes reprises de percer les mystères du canyon, durent rebrousser chemin. Toutefois l’expédition Chinoise pénétra, ponctuellement, dans les profondeurs de ces gorges, et témoigna, pour la première fois, des merveilles de cette fascinante contrée inhabitée.

A l’entrée du canyon, le Brahmapoutre, est enserré dans un lit profond, étroit, sans soleil et ténébreux, entouré de parois verticales de schiste et de gneiss. La partie supérieure des flancs de la vallée s’incline doucement avant de s’effondrer brutalement en falaise. Comme l’érosion dans les vallées adjacentes n’atteint pas la puissance de la vallée principale, de nombreux affluents restent suspendus au dessus du canyon, déchargeant leurs eaux dans le Brahmapoutre en cataractes de cent mètres ou plus.
Aux altitudes supérieures, spécialement au voisinage des monts Gyalwa Peri et
Namuchabawashan d’immenses glaciers fluent de tous les versants, et comme leur vitesse de déplacement excède leur reflux dû à la fonte, ils se fraient un chemin à travers les forêts ou les bambouseraies pour venir mourir à quelques centaines de mètres des bords du fleuve. Des avalanches se produisent fréquemment, particulièrement à l’aval du village de Jiala, où les bords du fleuve sont tellement abrupts que les blocs de neige et de glace s’abîment dans les flots plusieurs fois par jour.
La pression nord-est de la plaque continentale Sud-Asiatique, qui est concentrée autour du cours inférieur du Brahmapoutre, rend la croûte terrestre fragile et instable dans cette région, et en conséquence, particulièrement vulnérable aux avalanches et aux éboulements de versants. En 1950, dans la région du canyon, survint un tremblement de terre de force 8,5 sur l’échelle de Richter qui déclencha d’énormes avalanches de rochers, de neige et de glace. Les masses de débris en mouvement détruisirent forêts et villages et obstruèrent des rivières, bouleversant l’aspect de la région. Les autochtones, habitant à la sortie des gorges et qui survécurent à cette catastrophe, frémissent encore à son évocation. En 1973, près du village de Baibung, dans le district de Medog, tout un flanc de montagne, en tête d’une de ces vallées, s’est effondré pendant un orage, provoquant un torrent de boues et de cailloux de plus de 10 millions de tonnes. Cette énorme masse déboula dans la vallée du Brahmapoutre où elle obstrua le lit du fleuve toute une journée, en créant un barrage naturel.

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Le Brahmapoutre coule à la vitesse fantastique de 10 mètres par seconde entre les deux monts Gyalwa Peri et Namuchabawashan. Ici l’eau taraude sans merci la roche, et les aspérités du fond provoquent de monstrueuses vagues déferlantes qui projettent des embruns à des hauteurs d’une vingtaine de mètres. Le courant s’accélère encore dans le tronçon le plus profond de la vallée, roulant avec lui d’énormes blocs de cailloux. Le raclement terrifiant des blocs de rochers transportés par les flots, le grondement des avalanches de neige et de glace, le mugissement des cascades, tout se fond en une terrifiante et bruyante symphonie que se renvoient en échos les parois de la vallée, jusqu’à en faire trembler les montagnes ! (sic !)

Le Brahmapoutre quitte le plateau du Tibet en passant sur le versant sud des Himalayas. Depuis Pai, dans le district de Mainling, à l’entrée de la grande boucle, jusqu’au village de Xirang, dans le district de Medog, à sa sortie des gorges, le fleuve franchit une dénivelée de 2 200 mètres, sur une distance de 240 km ! Toutefois, les deux points extrêmes de la grande boucle ne mesurent en droite ligne qu’à peine 38 km... et les Chinois de fantasmer ! « Si une galerie pouvait être forée à travers les Himalayas selon cette ligne droite, le fleuve pourrait susciter un projet hydroélectrique d’une puissance astronomique de 40 000 mégawatts ! » (soit la puissance cumulée de 30 tranches nucléaires françaises). Ce serait, à coup sûr le plus puissant projet de centrale au monde (actuellement, la plus puissante installation hydroélectrique en opération est celle d’Itaipu, sur le Parana, à la frontière du Brésil et du Paraguay, et dont la puissance installée « n’est que de 12 600 mégawatts », le record sera bientôt détenu par le projet des 3 Gorges, sur le Yang tsé Kiang avec une puissance installée de 18 200 mégawatts, soit 14 tranches nucléaires ). Mais tranquillisons nous ce projet n’a aucune chance de se réaliser ; il est trop pharaonique, la région est trop isolée et n’offre aucun débouché pour une puissance pareille et, enfin, les risques géologiques, tectoniques sont hors de portée.

C’est fini la grande boucle est passée, et quel passage ! le Brahmapoutre s’est assagi en puissance et va rejoindre plus calmement la frontière des Indes à travers une vallée élargie, dans un paysage tropical fertile et varié. II n’en a pas fini pour autant, car après avoir reçu une belle brochette de tributaires issues des versants sud de l’Himalaya, puissamment arrosés par la mousson, il va se répandre dans les plaines surpeuplées du Bengale causant des inondations parmi les plus meurtrières au monde. Mais ceci est une autre histoire beaucoup plus connue puisque la fine fleur de l’hydrologie mondiale est au chevet du Bengladesh depuis bientôt deux décennies (le pauvre !). Restons en au Big Horseshoe Bend. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais personnellement il ne m’a pas déçu et conservera toute sa fascination. C’est bien l’endroit qui concentre tous les paroxysmes de la planète et je suis bien heureux de vous l’avoir fait connaître.

Les gorges du Yang tsé Kiang

La vérité m’oblige à dire que cette photo a été prise dans les gorges du Yang tsé Kiang, mais, par l’identité des formations géologiques constituées de granit, elle illustre bien la majesté du Brahmapoutre à l’entrée de la grande boucle avec ses flancs inaccessibles, et son profil de lit en U. En aval, le fleuve va entailler la chaîne de l’Himalaya sur une distance de 240 km au travers de gorges infranchissables, en perdant une altitude de 2200 mètres.

Le Namuchabawashan (7756 m) la grande sentinelle du Fer à Cheval.

Près de 7000 m de dénivelé entre le sommet et le fond des gorges, à la latitude des Canaries. Tous les climats de la Terre sont représentés, de l’arctique aux tropiques. Avec une pluviosité annuelle de plus de 2 m, c’est Kew Garden dans la nature !

Carte de la Grande Boucle du Brahmapoutre et des grandes rivières aux cours parallèles...

... que sont la Salween, le Mékong et le Yang tsé Kiang. Le tracé noir à droite signale l’itinéraire du groupe des botanistes de l’arche aux plantes en 2005. Le cercle supérieur indique la ville de Marqam carrefour des pistes vers Lhassa. Le cercle inférieur signale l’étape dans la station thermale deYanjing, au bord du Mékong. Nous étions à 300 km à vol d’oiseau de la grande boucle !

Les rares photos du Brahmapoutre dans la grande boucle

Prises par la mission chinoise lors de ses explorations des gorges par des affluents. Le fleuve est à l’étiage. On peut imaginer le spectacle avec un débit de crue de 10 000 m3/sec !

La vallée de la Salween

À 200 km à l’est du Brahmapoutre, mais la similitude des reliefs permet de faire une analogie avec la sortie des gorges de la grande boucle, au début des implantations humaines. Et quelles implantations !

La région de Médog

La Grande Boucle est passée, nous sommes dans la région de Médog, à 600 m d’altitude et en plein climat tropical, le relief s’adoucit, la frontière avec la province d’Arunachal Pradesh en Inde est proche.

 

 

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