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La bande dessinée chinoise

1. Introduction à la bande dessinée chinoise

Si le mot pour dire « bande dessinée » est en japonais « manga » 漫画, celui-ci se prononce en chinois « manhua », se transcrit 漫画 (simplifié) ou 漫畫 (traditionnel), et signifie « images enchaînées ».
Quant au dessinateur de manhua, s’il est appelé « mangaka » 漫画家 au Japon, il est appelé « manhuajia » 漫画家 en Chine.
Remarquez que les idéogrammes utilisés pour « manhua » et « manhuajia » en chinois et « manga » et « mangaka » en japonais sont les mêmes (puisque l’origine du mot est japonaise) mais se prononcent légèrement différemment.

Le terme de « manhua » est aussi bien utilisé pour les bandes dessinées qui viennent de Chine 中国 (中國 traditionnel), que de Hong Kong 香港, de Singapour 新加坡共和国, et de Taiwan 台湾 (臺灣 traditionnel).

A noter qu’historiquement, la bande dessinée chinoise porte également d’autres noms.
« Lianhuantu » pour les livres illustrés (romans graphiques, en général un dessin par page).
« Lianhuanhua » qui représente plutôt la bande dessinée que l’on qualifierait en Occident de classique, alors qu’en Chine, le gouvernement la considérait comme un art de masse et l’utilisait pour des affiches et de la propagande.
Les dessinateurs les plus connus sont Zhang Leping (1910 - 1992) avec Sanmao 三毛 et Fang Cheng 方成 dont les styles ressemblent à « la ligne claire » de Hergé (créateur de Tintin).

Encore une chose : les manhuas (ainsi que les manhwas, coréens eux) se lisent dans le sens occidental et pas « à l’envers » comme les mangas japonais.

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L’avènement de la BD chinoise en France

A moins d’habiter en Chine et de pouvoir lire les idéogrammes, il y avait très peu de possibilités pour découvrir la BD chinoise... Mais tout a changé depuis le début de l’année 2005 et une belle collaboration s’est instaurée entre la France et la Chine.

Dans le cadre du 32e Festival International de Bandes Dessinées du 27 au 30 janvier 2005, quelques artistes et professionnels chinois (du dessin animé et de la bande dessinée) vinrent à Angoulême sur invitation.

Puis du 1er au 5 septembre 2005, la France fut l’invitée d’honneur de la 12e Foire Internationale du Livre de Beijing et les éditeurs français présentèrent près de 200 bandes dessinées treizième session de cette foire du 30 août au 2 septembre 2006.

Et du 6 au 9 octobre 2005, des professionnels et artistes français (également belges et suisses) furent également présents au 1er Festival de l’Image Dessinée à Beijing (deuxième session en 2007).

Sans compter d’autres festivals hors de la capitale chinoise, comme le 1er Festival BD de Shanghai du 28 juillet au 1er août 2005 (deuxième session du 29 juin au 3 juillet 2006).

Bien sûr, tout cela n’aurait pu voir le jour sans la participation active d’associations telles celle du Festival International de BD d’Angoulême, BD Dingue, 16000 Images, ainsi que d’organismes officiels tels l’Ambassade de France, les centres culturels français en Chine, l’Association pour l’Amitié avec les Peuples Etrangers, et de certains éditeurs et libraires.

Les résultats, les lecteurs les connaissent déjà. Non seulement, les dessinateurs et éditeurs français (francophones) sont maintenant mieux connus et distribués en Chine, mais aussi des artistes chinois sont traduits en français et publiés en Europe, en particulier grâce à la nouvelle maison d’édition Xiao Pan et à Patrick Abry, son fondateur.

Xiao Pan est devenu en moins d’un an « le spécialiste de la BD chinoise » et édite déjà plus d’une dizaine d’artistes, tous différents, tous talentueux, tous désireux de toucher le public français. Mais avant de parler de cet éditeur spécialisé, voyons les autres éditeurs qui publient du manhua et les ouvrages déjà parus.

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2. Présentation des éditeurs et des ouvrages déjà publiés

« Mes années de jeunesse »

« Mes années de jeunesse » est un « lianhuantu », c’est-à-dire un roman graphique (ou roman visuel) d’un dessinateur chinois, He Youzhi. Publié en janvier 2005 (72 pages pour 14,00 €) aux éditions de l’An 2, il se situe du début des années 20 au début des années 50 et raconte - avec un dessin par page - l’enfance et l’adolescence de l’auteur, ainsi que les débuts de sa carrière. Effectivement, l’auteur a maintenant plus de 80 ans et vit près de Shanghai. L’éditeur fait savoir qu’on peut considérer ces « images enchaînées » comme l’équivalent d’une « ligne claire » orientale et que cet ouvrage est « un riche témoignage de la Chine pré-maoiste ». Plus d’informations, un portfolio et un extrait sur le site de l’éditeur.

Les lecteurs attendent maintenant avec impatience « Cent métiers du vieux Shanghai », un autre lianhuantu de He Youzhi.

Manhua de Singapour

Les éditions du temps ont lancé leur collection Toki avec « La zone céleste » (The celestial zone) de Wee Tian Beng dès avril 2006.

Né le 12 janvier 1966, WEE Tian Beng, graphiste de publicité et passionné de manga, s’est lancé dans la BD en 1989. Il est probablement l’unique dessinateur de Singapour à s’être fait connaître en Asie dès 1994 (Singapour, Hong Kong et Taiwan) et en Occident (USA et Europe).

Plutôt spécialisé dans la SF et le fantastique, Wee Tian Beng a reçu le « Prix Spécial du Sommet du Manga Asiatique » en 1997 pour son adaptation du roman « Le retour des Héros du Condor », un classique du wuxia (héros des arts martiaux) écrit par Jin Yong aka Louis Cha (pseudonymes de Cha Lyangyong), publié en feuilleton dès mai 1959 dans Ming Pao (un journal de Hong Kong) et adapté en série TV en 1998.

 Publié chez Shendiao Manga, ce dessinateur voit maintenant une partie de son oeuvre sortir en français. « The Celestial Zone » 天界无限, une série de 1999, est en effet éditée dans la nouvelle collection Toki des éditions du Temps. Les deux premiers tomes sont sortis le 27 avril 2006 et le tome 3 « La faucheuse de démon » le 15 juin 2006. La série compte 25 volumes.

Manhua de Taiwan

Grâce à quelques éditeurs, la bande dessinée de Taiwan arrive sur les rayons des libraires. Mais le manhua de Taiwan est-il vraiment un inconnu pour les lecteurs ? Non, puisque Tonkam avait déjà innové, il y a plus de 10 ans !

Tonkam avait effectivement tenté sa chance dès 1994 avec « Cyber weapon Z », une série en 10 tomes de Seto Andy, puis a relancé les hostilités fin 2002 en publiant une nouvelle fois Seto Andy avec une série adaptée du jeu vidéo « Metal slug », « King of fighter zillions » dont le tome 1 est sorti en novembre 2002 et le tome 14 en novembre 2005. Contrairement à « Cyber weapon Z » qui est maintenant épuisée, « King of fighter zillions » est toujours au catalogue.

Actuellement, la série phare de Tonkam pour le manhua de Taiwan est « Tigre et dragon » 臥虎藏龍 tirée d’un roman de Wang Dulu 王度盧 (1909-1977) qui est crédité au scénario. Le tome 1 de cette série en 13 volumes (originellement publiés entre 2003 et janvier 2006) est sorti en juillet 2004 et le tome 7 est annoncé pour septembre 2006. Le roman avait déjà inspiré en 2000 le réalisateur taiwanais (exilé à Hollywood) Ang Lee 李安 qui avait dirigé Chow Yun Fat 周潤發, Michelle Yeoh 楊紫瓊 et Zhang Ziyi 章子怡 dans les rôles principaux.

Soleil crée tout récemment la collection « Hero » et publie aussi Seto Andy ainsi que d’autres auteurs. « Les quatre justiciers » de Seto Andy et Wong Tony (au scénario) dont les tomes 1 et 2 sortent respectivement en juin et juillet 2006. « Top speed underground » de Chan Chung-Min et Cheung Man-Wai dont le tome 1 sort en juin 2006. « La voix du héros » de Ye Min-Fa dont le tome 1 sort en juillet 2006 et le tome 2 est prévu pour octobre 2006. De plus Soleil annonce pour fin 2006, « Flower ring » de la manhuajia Lin Selena et « B boy bomb » de Sad.

Paquet se lance également dans le manhua de Taiwan avec « Stanle » une série de Chang Shen qui vient de sortir (août 2006). « CAT » de FCP et « X-girl » de Chang Shen sont annoncées pour octobre 2006.

De bonnes lectures en perspective, certainement. Mais ce serait bien que les éditeurs ne tombent pas dans le même piège que celui tendu par l’arrivée massive de mangas (japonais) et de manhwas (coréens) de piètre qualité, spécialement de genre shônen, c’est-à-dire plutôt réservé à un public d’enfants et d’adolescents en quête d’action et de dépaysement.

Manhua de Hong Kong

Bien que le marché chinois soit envahi par le manga (japonais) - « Dragon Ball » en tête - et le manhwa (coréen) depuis une quinzaine d’années, de plus en plus de bandes dessinées franco-belges (« Tintin » de Hergé et « Persépolis » de Marjane Satrapi, entre autres) sont maintenant éditées à Hong Kong.

C’est justement grâce aux mangas et aux séries animées provenant du Japon que le public chinois, jeune et moins jeune, a commencé à se passionner pour cet Art qu’est la bande dessinée. Il est donc probable que la bande dessinée chinoise arrive de plus en plus en Europe. Et c’est tant mieux !

J’ai lu qu’un gros pourcentage de la production de Hong Kong est inspirée d’histoires de « kung fu », destinée à un public adolescent plutôt masculin, mais j’espère bien qu’il n’y a pas que ça !

Après quelques recherches, j’ai découvert les principaux éditeurs de Hong Kong spécialisés en BD comme « HK comics », « Rightman Publishing », « Tong Li Publishing » et « XinHua Book » ainsi que des éditeurs généralistes qui éditent régulièrement de la BD comme « The Commercial Press » (éditeur de « Tintin »), « Joint Publishing » (éditeur de « Persépolis ») et « Sing Tao ».

Cependant les éditeurs francophones ne se sont pas encore lancés dans la publication de manhua de Hong Kong hormis Soleil qui publie en août 2006 un western horrifique de deux tomes, « Claws of darkness, journal d’un chasseur de vampires » de Cho Jerry (d’après une nouvelle de Jozev).

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3. Xiao Pan

Janvier 2006

Xiao Pan se fait connaître en avant-première au 33e Festival International de Bandes Dessinées d’Angoulême où son fondateur, Patrick Abry présente le premier éditeur francophone dédié à la BD chinoise et les premières publications !

« Le fils du marchand » (1 tome) est un conte traditionnel chinois écrit au 17è siècle par Pu Songling, une histoire de renard mise en image par Nie Chongrui, dessinateur, scénariste et coloriste. Trois extraits sont disponibles sur le site de l’éditeur.

« My street » dont le premier volume « La folle aux abeilles » narre l’histoire d’un jeune Chinois en Europe. Cette série en 5 tomes est dessinée et scénarisée par Nie Jun. Trois extraits sont disponibles sur le site de l’éditeur.

« Remember » (1 tome) présente deux histoires autobiographiques de Benjamin, dessinateur, scénariste et coloriste. Trois extraits sont disponibles sur le site de l’éditeur.

Mars 2006

Après le succès des ouvrages « Le fils du marchand », le tome 1 de « My street » et « Remember », Xiao Pan annonce ses nouveautés.

« Diu Diu » est une nouvelle série en 3 tomes du dessinateur et scénariste Nie Jun. Le premier tome « La formule magique » conte l’histoire d’une malheureuse dessinatrice dont les héros se sont enfuis ! Trois extraits sont disponibles sur le site de l’éditeur.

« L’envol » de Zhang Xiao Yu, scénariste et dessinateur, qui présente en un volume deux histoires d’enfants, une historique et une de SF. Trois extraits sont disponibles sur le site de l’éditeur.

« Jenni », avec Mu Feng Chun au dessin et Li Jennifer au scénario, raconte l’histoire (basée sur des faits réels) de Jenni, une Chinoise de 16 ans, fraîchement débarquée à Londres avec sa peluche (un mouton !) pour ses études alors qu’elle ne parle même pas l’anglais ! Trois extraits sont disponibles sur le site de l’éditeur.

« La maladie mystérieuse » est le tome 2 de la série en 5 volumes de Nie Jun « My Street ». Trois extraits sur le site de l’éditeur.

Mai 2006

Deux nouveautés très remarquées paraissent chez Xiao Pan.

Le premier tome d’une série (en couleur) prévue en 4 volumes, « Butterfly in the air » du dessinateur Li Ming et du scénariste et coloriste Pocket Chocolate, tous deux nés en 1976. Trois extraits sont disponibles sur le site de l’éditeur.

Le premier tome « Trafiquant de clés » d’une série prévue en 2 volumes, « Wild animals » avec au dessin Pocket Chocolate et au scénario Song Yang, jeune prodige prolifique, également musicien et chanteur ! Trois extraits sont disponibles sur le site de l’éditeur.

Si vous souhaitez être tenu au courant des infos et nouveautés de Xiao Pan, vous pouvez bien sûr vous inscrire à leur newsletter.

Août et septembre 2006

Xiao Pan est vraiment un éditeur novateur et prometteur, donc à suivre sérieusement.

Le tome 2 de « Butterfly in the air » de Lee Ming et Pocket Chocolate sort le 25 août ainsi que de nouvelles séries et des one-shots (un seul tome).

« Un monde idéal » de Peng Chao et Chen Weidong (studio Creator World) est une série en 5 tomes dont le premier est annoncé pour le 25 août et le deuxième pour le 22 septembre. L’éditeur annonce en fait que cette série comprend 3 cycles de 5 tomes chacun et « Un monde idéal » est le premier cycle.

« La quête de l’esprit céleste » de Li Yao est une série en 2 tomes dont le premier est annoncé le 25 août après une sortie en avant-première à Japan-Expo et le deuxième en octobre.

« Mélodie d’enfer » de Lu Ming est une série en 2 tomes qui développe un thème musical. Le premier est annoncé pour le 8 septembre et le deuxième en novembre.

« Le mont du sud » est une bande dessinée (grand format) de Pocket Chocolate annoncée pour le 8 septembre.

« Au fond du rêve » est un one-shot de Zhang Xiao-Yu (dessinateur et scénariste de « L’Envol ») annoncé pour le 22 septembre.

Ma conclusion !

J’espère vous avoir fait découvrir de façon agréable la bande dessinée chinoise et vous avoir donné envie de lire certaines œuvres.

Prochainement des chroniques de lecture ! N’hésitez pas à commenter cet article.

 

 

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