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›› Lectures et opinions

Préparation du XVIIe Congrès du Parti. Luttes politiques et cohabitation

La session annuelle de l’Assemblée Nationale a fait le bilan de la première année de mise en œuvre du plan quinquenal 2006-2010. Elle a confirmé le virage du pouvoir qui s’efforce de réajuster le développement de la Chine pour réparer les dégats de plus de 20 années de croissance accélérée. L’heure est au rééquilibrage régional -effort sur les campagnes et les régions ouest du pays- et social -santé, éducation, retraites, l’aide aux paysans, aux chômeurs et aux travailleurs migrants.

Elle est aussi à la lutte contre les dérapages de toutes sortes -destruction de l’environnement, gaspillages des ressources, de l’énergie et des fonds publics, corruption de l’administration- et à la recherche de plus qualité. Qualité dans la gestion politique et macro-économique du pays (fonctionnement de l’administration, de l’Assemblée Nationale Populaire et de la justice, amélioration des relations entre les députés et le pouvoir, promotion de la démocratie aux bas échelons, allocation des finances publiques, réforme du système bancaire, réduction des déficits, optimisation du système fiscal). Qualité aussi dans la production industrielle par l’élimination progressive des usines obsolètes et la promotion des industries de pointe. L’heure est enfin à la consolidation des acquis, comme l’indique l’objectif de croissance 2007 ramené à 8%.

Ce vaste programme énoncé par le discours fleuve du Premier Ministre sera handicapé par l’absence d’un système de contrôle indépendant et d’un vrai contre-pouvoir aux vertus incitatives. Il se heurtera à la rémanence des liaisons troubles entre pouvoirs locaux, promoteurs et chefs d’entreprises et aux mauvaises habitudes de croissance quantitative à profits rapides, assorties d’allocations de ressources mal ciblées, sans contrôles effectifs, au bénéfice de secteurs déjà en surcapacité. Il reste que les priorités sociales, de santé et d’éducation, notamment au profit des campagnes, se traduisent par le dégagement de plus de 400 milliards de RMB dans le budget 2007.

Cet effort valide les objectifs d’une « société harmonieuse » et de contrôle de la surchauffe économique, initiés en 2004 par Hu Jintao et Wen Jiabao, malgré les critiques des tenants du maintien d’une croissance rapide, que beaucoup d’observateurs assimilent au « Clan de Shanghaï », derrière l’ancien président Jiang Zemin et le Vice-Président Zeng Qinghong. On pourrait penser que ce clivage creuse une fracture, le long de laquelle se joueraient aujourd’hui les luttes internes au Parti, en amont du 17e Congrès, chargé de sceller la succession de l’équipe actuelle qui devrait avoir entièrement passé la main en 2012. Apparemment donc rien de bien nouveau sous le soleil chinois : le Parti s’engagerait dans le processus de succession sur fond de luttes de factions entre réformateurs, partisans d’une politique libérale et communistes plus orthodoxes, inquiets des dérives, tentés par un durcissement des contrôles économiques et politiques. Dans ce contexte, les hommes au pouvoir s’efforceraient progressivement de neutraliser tous leurs opposants, préservant l’image traditionnelle d’un Parti monolithique.

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Pourtant les lignes bougent. Les clivages ne sont plus aussi nets, ni les luttes aussi radicales et définitives, tandis que les coups de barre politiques se font plus feutrés. Dans l’esprit des dirigeants chinois, il n’est plus aussi clair que l’adoption sans réserve du modèle libéral occidental, qui génère lui-même ses propres vulnérabilités, soit désormais la meilleure voie pour la Chine. A l’inverse, chacun a également pris conscience que l’ouverture au monde était irréversible. Cette double réalité se reflette dans le paysage politique chinois : s’il est vrai que le Président Hu et le Premier ministre Wen Jiabao étendent leur influence en plaçant leurs alliés issus des Jeunesses Communistes, de l’Ecole du Parti et de l’Université Qinghua, beaucoup de leurs adversaires de la « faction de Shanghaï » sont restés en place.

Cette « cohabitation » prolongée traduit une nécessité : aujourd’hui le moteur de la Chine n’est plus idéologique. Il est essentiellement pragmatique. Pour résoudre les problèmes auxquels le pays est confronté tous les talents sont requis et le Président, qu’on crédite généralement d’une prudence politique extrême, a pris la mesure de ces défis : les plus reconnus des experts financiers, des spécialistes de l’industrie, du commerce international ou des investissements internationaux sont issus de la faction de Shanghaï, alors qu’en général ceux qui sont proches du Président se retrouvent le plus souvent dans l’administration, l’organisation du Parti ou le secteur de la propagande.

Dans un article récent, Cheng Li, docteur en Sciences Politiques et spécialiste éminent de la politique intérieure chinoise, décrit la persistance de la dualité du pouvoir dans les provinces chinoises. Les proches de la faction au pouvoir font, il est vrai, leur chemin vers le sommet. Il s’agit d’une vingtaine de figures de plus en plus connues, âgés de 47 à 62 ans, parmi lesquelles Li Keqiang, secrétaire du Parti du Liaoning 52 ans, juriste et dauphin présumé, Liu Qibao 54 ans, spécialiste de la propagande et secrétaire du Parti du Guangxi, Li Yuanchao 57 ans, juriste et secrétaire du Parti du Jiangsu ou Song Xuiyan 52 ans, ancienne présidente de la fédération des femmes de Chine, seule femme gouverneur de province (Qinghai). Ils représentent aujourd’hui 30% des gouverneurs ou secrétaires du Parti, contre à peine plus de 10% en 2002, essentiellement à la tête des provinces du Centre et de l’Ouest.

Il reste qu’à quelques mois à peine du 17e Congrès, les alliés de Jiang Zemin « tiennent » encore les puissants centres urbains de Pékin et de Tianjin, la plupart des provinces de l’Est et plusieurs fiefs de l’intérieur. A Shanghai, malgré la purge à l’automne 2006 de Chen Liangyu, membre du bureau politique et fidèle de Jiang Zemin, c’est toujours un autre fidèle de Jiang Zemin, Han Zheng, 53 ans, économiste distingué, qui cumule les postes de gouverneur et de sécrétaire du Parti. Après avoir été maire et n°2, cet homme ambitieux et habile est à l’origine d’un rapport qui scella le destin de son patron.

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Le limogeage de Chen Liangyu est d’ailleurs exemplaire. Il est moins le résultat d’une rivalité de pouvoir, prélude à d’autres purges à venir des fidèles de Jiang Zemin, qu’une réaction sévère à la manipulation frauduleuse des fonds de pension de la ville, encore aggravée par l’affichage ostensible d’une fortune aux origines troubles, couplée avec une vie dissolue (300 millions en banque, 9 villas à Shanghai et 11 maîtresses).

Mais le renvoi de Chen est surtout la réaffirmation sans concessions de la ligne politique du Centre, contre les critiques publiques et sans nuances auxquelles Chen Liangyu s’était laissé allé à plusieurs reprises entre 2004 et 2006. La controverse a d’abord porté sur le contrôle macro-économique exercé par Pékin pour freiner la surchauffe, que le Secrétaire du Parti de Shanghai estimait inefficace, voire nuisible. Elle s’est ensuite étendue aux mesures destinées à limiter la spéculation et l’envolée des prix de l’immobilier, qu’il jugeait « contraires aux lois du marché ».

Par ses prises de position publiques provoquantes, il attaquait de front la ligne politique du gouvernement, déterminé à mieux contrôler les dérives foncières des centres urbains. Il se posait aussi en fédérateur potentiel des opposants à la politique de rééquilibrage, nombreux parmi les spéculateurs immobiliers de la côte Est. Au-delà de son appartenance au clan de Shanghai et de sa vie trouble un peu trop voyante -mais d’autres qui n’ont pas été inquiétés, étaient et sont toujours aussi vulnérables que lui, y compris au sein du Bureau Politique-, c’est bien l’arrogance de sa position qui lui a coûté sa place à Shanghai et au sein du Bureau Politique. Gageons qu’un ministre d’un gouvernement occidental qui adopterait une attitude aussi radicalement opposée à la ligne officielle, perdrait également son poste. Mais en Chine, s’ajoute l’accusation bien réelle de corruption qui ouvre presque toujours une trappe sans fond, politiquement mortelle.

Hu Jintao et Wen Jiabao avancent donc vers le 17e Congrés, non pas en tenants d’une faction qui espère investir la totalité du pouvoir, mais bien décidés à mettre en œuvre le rééquilibrage industriel, économique et social, qu’ils estiment nécessaire, sous peine d’accident interne. En même temps ils imposent un contrepoids aux idées ultra-libérales, n’hésitant pas, au passage, à écarter brutalement ceux qui se mettraient trop ostensiblement en travers de leur route. A cet effet, l’arme absolue est et restera encore longtemps l’accusation de corruption, presque toujours infallible.

Tout indique cependant que Hu Jintao et Wen Jiabao devront continuer à composer avec les talents de la faction de Shanghai, centre urbain emblématique de la Chine moderne, ouverte sur l’extérieur, disposée à poursuivre son intégration accélérée dans le monde. Ce courant de pensée moderne et dynamique, mais aujourd’hui accusé d’avoir généré les effets pervers qui hypothèquent la croissance, ne cessera de peser sur la politique intérieure du pays.

Désormais celle-ci sera bien obligée de tenir une ligne associant l’ouverture libérale aux interventions macro-économiques et politiques, que l’urgence des défis rendra de plus en plus lourdes. En l’absence de vraies structures de contrôle indépendantes, alors que l’onction idéologique et politique du patriarche DENG Xiaoping s’affaiblit, l’efficacité des encadrements et régulations exercés par le Centre dépendra plus que jamais de l’habileté des responsables à naviguer entre le luttes d’influence et les courants contraires de la politique chinoise.

 

 

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