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›› Politique intérieure

Quelles perspectives d’ouverture du régime ?

Exécution très discrète et sans que sa famille ait été prévenue de Wo Weihan, scientifique, condamné, après un procès à huis clos, pour avoir révélé aux renseignements taiwanais des informations sur la santé de hauts personnages de l’Etat et sur des systèmes de contrôles de missiles, alors même que plusieurs capitales occidentales et l’UE appelaient Pékin à la clémence ; annulation du sommet UE - Chine pour protester contre la rencontre prévue en Pologne du Président Français avec le Dalai Lama ; durcissement au Tibet souligné par la publication d’un Livre Blanc qui ne concède aucune ouverture aux revendications des Tibétains en exil.

Autant de signes parmi d’autres indiquant un durcissement du régime sur un mode politique et dans un style déclaratoire brutal, dont l’intransigeance rappelle parfois la révolution culturelle. Les affres de la crise qui frappe la Chine, évoquées récemment par le Président lui-même, et les conséquences sociales qui en découlent, souvent accompagnées de protestations et de révoltes, y sont probablement pour quelque chose.

Mais, fait intéressant, ce raidissement est aujourd’hui accompagné par la publication dans la presse, y compris dans les organes officiels, de critiques assez sévères des politiques publiques et de la manière dont sont gérés les problèmes qui surgissent aujourd’hui. Ces libertés nouvelles accordées aux journalistes et aux intellectuels révèlent-elles la montée, au sein du pouvoir, d’un clan libéral assez puissant pour favoriser une véritable ouverture politique du système ?

S’il est vrai que ces transparences nouvelles sont encourageantes et révèlent peut-être l’existence de courants idéologiquement moins rigides, elles ne suffisent cependant pas encore à créer une dynamique capable de pousser le régime à évoluer vers une meilleure protection du droit des individus. Pour s’en convaincre il suffit d’observer les difficultés récurrentes rencontrées par les réformes du système judiciaire.

En juin dernier, Zhang Boshu, chercheur à l’académie des sciences sociales, think tank influent du régime, apostrophait vertement le Parti pour sa politique au Tibet qu’il qualifiait sans ménagement de « stupide ». Cette remise en cause directe faisait suite à une pétition signée par une vingtaine d’intellectuels chinois qui, eux aussi, demandaient des comptes au régime pour sa mauvaise gestion de la question tibétaine, non seulement dans la province autonome elle-même, mais également au Sichuan, au Gansu et au Qinghai, provinces limitrophes également peuplées de fortes minorités tibétaines.

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Dans un récent exemplaire de l’hebdomadaire Liaowang (l’Observateur), appartenant à l’agence de presse officielle Xinhua, le journaliste Huang Gu signait un longue critique de la manière dont les pouvoirs locaux gèrent les protestations, grèves ou « incidents de masse ». Huang Gu souligne qu’au lieu de s’attaquer aux causes réelles des tensions, en général provoquées par le mépris avec lesquelles sont traitées les revendications qui réclament justice après les atteintes aux droits des individus, les pouvoirs locaux éludent les problèmes en puisant sans cesse dans les clichés et les slogans éculés, stigmatisant les « masses qui ignorent la vérité ». Cette attitude, dit-il, confine à l’irresponsabilité puisque que c’est précisément le devoir des cadres d’éclairer les masses. Devant de telles « manifestations d’ignorance » que sont les « incidents de masse », les cadres devraient d’abord battre leur propre coulpe.

Les « masses » ajoute t-il, n’ont en fait aucun moyen de connaître la vérité. Elles n’ont pas non plus la capacité de comprendre à quel point la présentation que les responsables locaux font de « la vérité » est indigne.

A l’évidence les rigidités du régime s’accompagnent de remises en question internes assez directes, exprimées par des critiques publiques de plus en plus fréquentes. Ces pressions n’ont cependant pas altéré la position très fermée du régime sur la question tibétaine, ni la tendance des cadres locaux à faire pression sur l’appareil judiciaire. En revanche l’objectif à court terme semble faire l’objet d’un consensus au sein du parti : changer la méthode de gestion des crises pour éviter à tous prix des incidents graves, pouvant déraper vers des révoltes dangereuses pour le régime. Ce souci est également reflété par les consignes de modération et de prudence données aux policiers anti-émeute.

A plus long terme le pouvoir sait bien que l’instauration d’une véritable harmonie sociale, protégeant les plus faibles et capable de réduire les frustrations, passe par la création d’un véritable état de droit appuyé par une justice protégée des ingérences du pouvoir et de la corruption. Il s’y attaque. Mais rien dans sa manière de procéder ne montre qu’il est vraiment prêt à favoriser l’instauration d’un pouvoir judiciaire indépendant. Le 28 novembre, une réunion du Bureau Politique, présidée par Hu Jintao approuvait une réforme de la justice, dont le but était, selon les commentaires de la télévision officielle, de « bâtir un système judiciaire plus juste et plus efficace » et de « réduire les frustrations du peuple à l’égard de l’administration ». Le reportage de CCTV, qui ne donnait ni les détails de la réforme, ni de calendrier, s’empressait cependant d’ajouter « qu’elle resterait contrôlée par le parti » et qu’elle serait mise en œuvre dans le cadre du « socialisme aux caractéristiques chinoises ». Une phraséologie qui trace sans nuances les limites de d’indépendance à venir de la justice et jette une ombre sur les perspectives réelles d’ouverture.

 

 

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