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›› Politique intérieure

Brutalité inédite des jugements contre deux anciens ministres de la défense

Inquiet depuis 2018, d’une possible dissidence de l’APL, Xi Jinping, en quête de loyauté absolue des militaires a fait condamner à la peine capitale avec sursis de deux années deux anciens ministre de la défense. C’est la première fois que Xi Jinping frappe aussi durement des officiers généraux qu’il avait lui-même nommés aux plus hautes fonctions de l’État.

A gauche, Wei Fenghe, 魏凤和, 72 ans, ancien nº1 de l’artillerie missiles et ministre de la défense du 19 mars 2018 au 12 mars 2023 ; A droite Li Shangfu 李尚福, 68 ans, son éphémère successeur du 12 mars au 24 octobre 2023, est issu du département de l’équipement de la CMC dont il a été le Directeur de 2017 à 2022. Les deux sont accusés de corruption, mais leurs actes d’accusation les soupçonnent d’un grave défaut de loyauté au parti et à Xi Jinping.


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Le 7 mai, l’agence de presse Xinhua annonçait sans commentaires que les généraux Wei Fenghe 魏凤和受 et Li Shangfu 李尚福, tous deux anciens vice-présidents de la Commission Militaire Centrale et anciens ministres de la défense, étaient condamnés à la peine de mort avec un sursis de deux ans pour corruption par un tribunal militaire.

Implacable, la dépêche précisait qu’à l’issue du sursis, leur peine serait commuée à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle.

La férocité de la sentence a surpris les observateurs.

En Chine, la peine de mort, symbole d’éradication définitive, même assortie d’un sursis de deux ans, est généralement réservée aux crimes les plus graves, comme les affaires de corruption à très grande échelle, les meurtres avec préméditation, les assassinats d’enfants, les trafics de drogue et la mise sur le marché d’aliments frelatés.

Jamais, depuis le déclenchement par Xi Jinping de l’impitoyable chasse aux corrompus qui s’accélère dans l’APL (1), les verdicts de peine capitale n’avaient frappé des responsables de ce niveau.

Même le général Guo Boxiong 郭伯雄, (84 ans cette année) qui fut membre du Bureau Politique et premier vice-président de la Commission Militaire Centrale - convaincu de prévarications à grande échelle, à ce jour le plus haut responsable militaire chinois pris dans les filets des purges de Xi Jinping -, n’avait pas été frappé par l’infamant verdict d’élimination radicale de la peine capitale.

(Lire l’analyse notre analyse de juillet 2016 qui tentait de trouver une logique entre l’exigence d’une rupture claire entre les affaires et l’armée, condition de la modernisation des forces, la condamnation des plus corrompus comme Guo Boxiong et la pérennisation des anciens qu’à cette époque Xi Jinping cherchait encore à ménager https://www.questionchine.net/la-grande-remise-a-niveau-operationnelle-des-armees-suite ).

Au passage, signe évident que l’objet des purges dépasse les considérations de compétences opérationnelles, mais traduisent en réalité une défiance politique de Xi Jinping à l’égard de la haute hiérarchie militaire, on notera que certains généraux qui, à l’époque (2015-2016) avaient été promus, parfois en bousculant l’ordre hiérarchique, précisément pour leur expérience du combat, sont aujourd’hui eux-mêmes sur la sellette.

C’est le cas du Général Liu Zhenli, 刘振立, 62 ans, chef de l’état-major général interarmées, ancien de la guerre contre le Vietnam, lui-même emporté par la charrette qui destitua le Général Zhang Youxia et plaça un commissaire politique à la tête de la Commission Militaire Centrale. https://www.questionchine.net/la-chute-enigmatique-et-embarrassante-du-general-zhang-youxia-premier-militaire-du

Répression contre le plus haut sommet de l’État. Fracture dans l’armée. Soupçons de trahison.

La capture d’écran de FaceBook, mise en ligne par Asialyst illustre un article de Pierre-Antoine Donnet du 28 janvier 2026. Elle montre les purges ayant dévasté la Commission militaire centrale dont le seul survivant est le Commissaire politique Zhang Shengmin, en bas à droite, en charge non pas de préparation opérationnelle des forces, mais du contrôle de la loyauté de l’armée à Xi Jinping. De haut en bas et de gauche à droite les généraux Zhang Youxia, He Weidong, Li Shangfu, Liu Zhenli et l’Amiral Miao Hua.


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S’il fallait un exemple d’une sanction aussi brutale et infamante ayant, dans un passé récent, frappé un très haut responsable de l’APL, il faudrait se référer à l’arrestation de l’ancien Commissaire Politique de l’APL à la retraite Xu Caihou, médiatisée par la télévision d’État, le 15 mars 2014, sur son lit de l’hôpital 301 au nord-ouest de Pékin, où il se mourrait d’un cancer de la vessie qui l’avait emporté exactement un an plus tard, le 15 mars 2015.

Rien ne dit que Xi Jinping qui l’avait ainsi spectaculairement humilié en même temps qu’il faisait arrêter sa femme, sa fille et son secrétaire particulier, l’aurait fait condamner à mort.

En revanche, le Lieutenant Général Gu Junshan, nº2 du département de logistique, proche très corrompu de Xu Caihou, (2) dont Xi Jinping avait, lors d’un discours aux militaires, fait le symbole de la lèpre prévaricatrice qui frappait l’APL, avait été condamné à mort avec sursis de deux ans. https://www.questionchine.net/coup-de-balai-a-la-tete-de-l-apl?artpage=3-3

Il reste que le niveau hiérarchique de Gu Junshan et ses fonctions dans l’APL, étaient inférieurs de plusieurs niveaux à ceux des ministres Li Shanfu et Wei Fenghe.

Par ailleurs, dans les arcanes du sérail politique, au moins pour Wei Fenghe qui n’est accusé que d’avoir accepté des pots de vin quand Li Shangfu en a distribué, flotte l’insistant soupçon d’une rébellion contre Xi Jinping.

A l’appui de l’hypothèse d’une fracture dans l’appareil entre les militaires et Xi Jinping, plusieurs analystes proches du dossier ont noté des contrastes politiques avec l’affaire Guo Boxiong.

Li et Wei ne se sont pas docilement prêtés à l’enquête. Ils ont notamment refusé de livrer des noms d’autres officiers impliqués et n’ont pas fait amende honorable, contrairement à Guo qui, au tribunal, il y a onze ans, n’avait pas contesté le jugement et déclaré qu’il ne ferait pas appel.

Surtout, à l’origine des soupçons de défiance depuis le début de l’affaire, la formulation même des accusations contre Wei et Li ouvre une perspective qui dépasse très largement la charge de corruption, installant une différence de nature avec les affaires précédentes.

En juin 2024, les rapports de la Commission Militaire Centrale approuvés par le Bureau Politique, accusaient Wei Fenghe « d’avoir perdu ses convictions et sa loyauté et d’avoir gravement pollué le climat politique de l’armée. »

Quant à Li Shangfu, il était pointé du doigt pour avoir « trahi les aspirations et les principes originels du Parti  » (…) Et, faisant directement allusion aux transgressions morales de ses corruptions, pour avoir « gravement contaminé le climat politique du département des équipements militaires ainsi que l’éthique des industries qui s’y rattachent.  »

Notes.

1.- Au cours des quatre dernières années, 36 généraux de haut rang ont été relevés de leur fonction. Et, selon un rapport du CSIS daté de février 2026, les purges répétées dans les rangs de l’armée ont touché 52 % des postes à responsabilité.

Pour prendre la mesure de la frénésie de purges, lire l’extraordinaire succession de coups de balai à la tête de la composante missiles, au moment où même tous les services occidentaux indiquent l’augmentation du nombre de lanceurs et de têtes nucléaires de l’arsenal chinois. https://www.questionchine.net/purge-a-la-tete-de-la-composante-missiles-4051

2.- Selon le magazine Caixin paru en janvier 2014, Gu avait, dans les années 90, construit sa fortune de manière systémique, dans les interstices entre la planification et le marché , « achetant des propriétés immobilières et des matières premières soumises à des quotas (pétrole, acier) revendues avec de très gros bénéfices n’oubliant jamais d’arroser au passage ses supérieurs ».


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