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›› Chronique
Les irrévérences de Han Han
Han Han, pilote de rallye déjà primé, auteur de plus de 14 romans, dont plusieurs furent des succès considérables, raconte le malaise de la jeunesse et dénonce les abus et les contradictions de la société chinoise sur un ton qui tranche violemment avec les stéréotypes politiques du Parti.
Après de longs marchandages avec la censure, il a été autorisé à publier son magazine artistique et littéraire, dont le premier numéro, mis en vente le 6 juillet dernier, a tiré à 700 000 exemplaires. Son titre énigmatique et contradictoire « Du Chang Tuan » - « le chœur des solistes », - est tout un programme. Il renvoie à la complexité du personnage, souvent critiqué pour sa superficialité et ses connivences non dites avec le système, qui, selon certains, expliquent sa survie politique. Voir l’article de Brigitte Duzan sur le site chinese-shortstories.com/Actualites_21.htm.
Il reste que ce « blogueur » à succès de 28 ans est, quoi qu’on en dise, l’un des poils à gratter les plus irritants pour la classe politique chinoise. Sur son site au style imagé et à la fréquentation fleuve - plus de 100 millions de visites par an - (http://blog.sina.com.cn/twocold), il fustige les hypocrisies du conformisme social, raille les hommes politiques et se moque des grandes controverses nationales, parfois à contre courant de la vox populi.
Jouant des allusions et des sarcasmes avec le langage relâché et elliptique des jeunes, son fidèle public, il allume des incendies ravageurs sur le net. En 2008, bénéficiant de l’audience d’une bonne partie des 420 millions d’internautes chinois (statistiques chinoises de juin 2010), il est devenu l’un des « blogueurs » les plus lus de la planète. Une circonstance qui, assurément, complique les velléités de répression politique qui échaufferait dangereusement les passions sur le net. (Lire l’article de QC du 27 janvier 2010 « Han Han, le provocateur »).
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Le 18 septembre dernier, veille du 79e anniversaire de l’invasion de la Mandchourie par le Japon, au milieu de la controverse crispée avec Tokyo à propos des îlots volcaniques des Senkaku, il mettait les pieds dans le plat avec un pamphlet d’une rare insolence. La diatribe, à la limite de l’insulte, fut bloquée au bout d’une heure par la censure, ce qui lui a cependant laissé le temps d’enflammer le net et de se propager à travers la Chine comme une trainée de poudre.
« Sur la scène du théâtre chinois on distingue aujourd’hui trois jeux de rôle : le maître, le laquais et le chien. Sur les trois, la plupart d’entre nous ne balancent qu’entre deux. A ceux qui demanderont lesquels, je répondrais qu’en Chine rares sont ceux qui peuvent se considérer comme des maîtres. Normalement le maître exige de ses laquais une soumission servile, mais voilà qu’aujourd’hui il lui faut aussi des chiens qui aboient.
Qu’à cela ne tienne ! La mentalité des chiens est de garder la maison face aux étrangers, quelle que soit la manière dont le maître les traite. Au fond d’eux-mêmes, nos dirigeants ne sont pas vraiment en colère. Ils se sentent seulement émasculés. C’est pourquoi, selon eux, il faudrait que, nous aussi, nous nous sentions émasculés (...). Quand les dirigeants ont de la face, ils nous giflent. Mais quand ils l’ont perdue, ils nous demandent de leur en redonner.
Qu’on ne me dise pas que je dois me sentir blessé par ces questions patriotiques. Dans notre pays, le peuple ne possède pas la moindre parcelle de terre, pour laquelle il paye un loyer aux dirigeants. C’est pourquoi, de la place où je me trouve, ce problème ressemble à une controverse entre mon propriétaire et son voisin, à propos d’une tuile tombée du toit dans la tempête. Mais mon propriétaire, qui a peur de son voisin, n’ose pas récupérer la tuile.
Quant à moi, qui ne suis que locataire, en quoi tout cela me concerne t-il ? Pourquoi quelqu’un comme moi, privé de terre, irait-il se battre pour récupérer la terre d’un autre. Pourquoi un locataire, à qui on n’accorde aucune dignité, irait-il se battre pour celle de son propriétaire ? (...)
Des protestations contre des étrangers par ceux qui, chez eux, ne sont pas autorisés à protester, n’ont aucun poids. Elles ne valent pas plus qu’un exercice de danse organisée ».
Il y a seulement dix ans de tels propos, considérés comme dangereusement iconoclastes, qui dénoncent vertement à la fois les discours stéréotypés du nationalisme manipulateur et le très sensible problème de appropriation de la terre par le Parti, auraient été vite étouffés et sévèrement punis.
Aujourd’hui, Han Han bénéfice de la formidable audience de son blog qui le protège, tandis que la fluidité et l’ubiquité d’internet assurent à son message une diffusion instantanée, capable de prendre la censure de vitesse.
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