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›› Economie

Vers une grave crise inflationniste ?

Dans leur livraison de Janvier 2011, les Services Economiques de l’Ambassade de France en Chine proposent une intéressante analyse de fond, très documentée sur les causes structurelles de l’inflation. Elle présente le rare avantage de remettre en perspective les chiffres officiels ou les idées reçues et d’explorer l’avenir à moyen terme.

Les causes structurelles de l’inflation.
Alors que de nombreuses analyses estiment que la tendance inflationniste apparue en Chine à l’été dernier se réduira d’elle-même dans le courant de l’année 2011, l’étude suggère que les facteurs inflationnistes d’ordre structurel se renforcent, laissant présager un mouvement inflationniste durable.

L’hypothèse ainsi avancée et fort bien démontrée n’est pas anodine quand on sait que le peuple et la société chinoise ont la tête près du bonnet, dans un contexte général où leur capacité de mobilisation contestataire s’est considérablement renforcée. Le pouvoir surveille étroitement cette réactivité nouvelle et connaît bien les risques sociaux d’un dérapage des prix, au point qu’il a, depuis des lustres, fixé à 6% la cote d’alerte politique de l’inflation.

Dans un contexte, où l’augmentation du prix des fruits, des œufs, des céréales et de plusieurs autres denrées de première nécessité se situe entre 15 et 30% en 2010, alors que l’état a mis sur le marché une partie de ses réserves de viande de porc et de sucre pour tenter d’endiguer les prix, la banque française Société Générale a jeté un pavé dans la mare en déclarant récemment, dans un rapport intitulé « Le Dragon joue avec le feu », que « les responsables politiques n’en avaient pas fait assez et qu’une explosion de l’inflation serait maintenant inévitable ».

Les facteurs structurels analysés vont de la dépendance accrue de l’économie à l’égard des importations de ressources, essentiellement énergétiques - que le gouvernement compense en interne par des subventions -, au vieillissement de la population, entraînant, à terme, une raréfaction de la main d’œuvre, déjà soumise à de fortes tensions sociales dans le sud de la Chine, source mécanique des augmentations de salaires et, partant, de la hausse des coûts de production.

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Du fait de la faible productivité du monde rural, encore cloisonné et handicapé par les dysfonctionnements du marché et la multiplication des intermédiaires, la hausse des coûts de production pourrait être particulièrement sensible dans le secteur agricole. Ce dernier subit les effets cumulés de la hausse des intrants (engrais, matières premières importées, machines agricoles), du rétrécissement des terres cultivables, des politiques publiques d’aide à la paysannerie, et de l’exode rural, à quoi s’ajoutent les pressions dues à la spéculation sur les produits alimentaires.
A côté de ces facteurs, il faut aussi, et peut-être surtout, mentionner 1) les effets collatéraux de l’accrochage du RMB au Dollar - avec cependant de faibles variations - , qui oblige la Banque Centrale à intervenir sans cesse pour corriger le taux de change en créant de la monnaie, et 2) la politique monétaire toujours très expansionniste, en dépit des nombreuses déclarations de contrôle du crédit faites par le gouvernement au cours du deuxième semestre 2010.

Plus encore, l’analyse met en évidence que, du fait même du schéma de la croissance chinoise, - articulée autour des investissements publics et des exportations -, auquel le pouvoir ne semble pas prêt à renoncer - essentiellement pour des raisons politiques -, les mesures de contrôle de la masse monétaire s’avèrent en partie inefficaces.

S’il est probable que les pouvoir publics parviendront à court terme à corriger l’inflation ou ses effets par une série de mesures vigoureuses qui vont de l’amélioration des circuits de distribution des produits agricoles, au contrôle des prix, assorti de subventions aux plus défavorisés, en passant par l’encadrement des prix intermédiaires (transporteurs et grossistes), en revanche il est un fait qu’ils peinent à resserrer la politique monétaire.

En un an, la Banque de Chine a relevé 7 fois le taux de réserve obligatoire des banques sans parvenir à resserrer le crédit au niveau des quotas maximum autorisés, qui, selon certains experts avaient été dépassés de près de 20% dès le 3e trimestre. « Au total, malgré le resserrement monétaire amorcé début 2010, le rythme du crédit n’aurait donc pas été ralenti par rapport à 2009, qui était pourtant une année record ». Au point qu’un nouveau mécanisme de calcul des réserves obligatoires a été mis en place, permettant de pénaliser plus directement les banques accordant des crédits au-delà des quotas.

L’encadrement de la masse monétaire par les quotas et le relèvement du taux de réserve n’a cependant pas été accompagné, comme on aurait pu s’y attendre, par la hausse du coût du crédit. Des mesures timides dans ce sens ne sont en effet intervenues qu’en octobre et décembre 2010. L’analyse explique cette incohérence par le besoin urgent de refinancer les structures mises en place à l’occasion du plan de relance, aujourd’hui encore criblées de créances non recouvrables, du fait de l’avalanche de crédits accordés de manière désordonnée par certains cadres locaux (lire à ce sujet).

La conclusion renvoie aux blocages politiques dont le premier effet est de pérenniser les errements en cours, à la fois parce que le schéma de développement de la Chine est difficile à faire évoluer, tant il est ancré dans de lourdes habitudes locales où s’enchevêtrent d’importants intérêts catégoriels qu’une politique plus rigoureuse du crédit heurterait de plein fouet, et parce que l’approche de la succession de 2012, qui s’accompagne de rivalités de clans et de factions, ne favorise pas le consensus des élites chinoises.

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En bref :

Le Renminbi s’émancipe. Pékin intensifie ses efforts pour internationaliser sa monnaie. Les transactions en Yuan ont augmenté rapidement ces dernières années, avec les pays d’Asie du Sud-est, la Russie, le Brésil, et l’Inde. A Hong-Kong, depuis juillet dernier les transactions en RMB sont passées à 400 Millions de $ / jour, en à peine 6 mois.

Depuis un mois, les Américains sont autorisés à échanger des RMB à la Banque de Chine aux Etats-Unis jusqu’à l’équivalent de 4000 $ / jour, avec cependant une prudente limite de 20 000 $ par an. Il est probable que les autres grandes banques chinoises suivront. Déjà la Banque Industrielle et Commerciale de Chine (ICBC), à 80% propriété du gouvernement chinois, qui a accumulé l’équivalent de 1700 Mds de $ de dépôts en Chine, vient d’acheter 80% des parts de la Banque américaine East Asia Ltd et a manifesté son intention de s’implanter aux Etats-Unis.

Compte tenu de l’attractivité actuelle du RMB, il faut s’attendre à ce que des sociétés étrangères utilisent de plus en plus la monnaie chinoise. Déjà Mac Donald et Caterpillar, 2 compagnies présentes en Chine, ont émis des actions en Yuan à Hong Kong. D’autres compagnies américaines et étrangères pourraient suivre. Certains experts, estiment que d’ici 5 ans, 30% du commerce de la Chine pourrait être libellé en RMB, contre 1% aujourd’hui.

Tous ces mouvements et commentaires s’opèrent dans un contexte général où le poids du dollar dans les réserves de change globales est passé en 10 ans de 73% à 60%, et où se multiplient les analyses très prématurées d’observateurs et d’officiels chinois sur la marche du Yuan vers le statut de monnaie de réserve. La vérité est que cette éventualité est à court terme peu probable. Pékin n’est en effet pas prêt à laisser sa monnaie flotter librement et à mettre fin au contrôle des changes, conditions indispensables au statut de monnaie de réserve.

Sans contrôle des changes, « il deviendrait impossible de forcer la population chinoise à détenir de vastes quantités de dépôts bancaires à faible rendement. Surtout, Pékin perdrait son principal outil de contrôle économique : les banques. C’est sans doute là quelque chose de quasiment inconcevable sur le court terme » (le Monde du 31 janvier, en partenariat exclusif avec le Financial Times).

Pour le moment l’augmentation de la demande pour le Yuan obligera le gouvernement chinois à multiplier ses émissions de monnaie pour contrôler la hausse, avec d’importantes conséquences inflationnistes. Une solution serait de laisser la monnaie s’apprécier plus vite. Ce à quoi Pékin n’est pas préparé non plus.

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Taxes à la propriété. Dans le but de tenter de réduire la spéculation immobilière, le Conseil des Affaires d’état vient de lancer une expérience de taxes à la propriété dans les municipalités de Chongqing et Shanghai. La mesure intervient après une série d’autres dispositions contraignantes qui n’ont cependant pas fait baisser les prix de manière significative.Elle pourrait également permettre de mieux financer les budgets des administrations locales.

Les développeurs et les milieux de l’immobilier craignent un effondrement des prix. La taxe sera donc introduite progressivement, tandis que les municipalités seront libres de choisir elles-mêmes le taux d’imposition. A ce stade, elle ne concernera que les propriétés dont le prix dépassera 2 fois le prix moyen du marché et sera progressive en fonction de son prix, pouvant aller de 0,5 à 1% de la valeur du bien à Chongqing. A Shanghai elle ne serait que de 0,6% appliqués seulement à partir du deuxième achat.

Ren Xianfang analyste immobilier est sceptique : « Tous les facteurs de la hausse des prix sont encore présents. Le taux d’intérêt réel est encore négatif, il y a profusion de liquidités et la demande ne cesse d’augmenter, tandis que l’offre est toujours insuffisante ».

Eau : Dans un document qualifié de « Premier document de portée globale sur les ressources aquifères depuis la création de la RPC », le gouvernement annonce qu’il engagera l’équivalent de 450 Mds d’euros dans les 10 ans qui viennent pour rénover les barrages et les réservoirs d’eau et améliorer la conservation des ressources aquifères.

Par ailleurs, les investissements dans les projets d’irrigation doubleront chaque année (ils étaient de 20 Millions d’euros en 2010). En même temps Chen Lei, le ministre en charge de l’eau concédait le 30 janvier que « les efforts consentis jusqu’à présent dans ce secteur étaient loin d’être adaptés ». Actuellement sur les 120 millions d’ha de terres cultivables, moins de la moitié est irriguée.

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Production agricole : Chen Xiwen, vice président du « groupe dirigeant pour l’agriculture », a expliqué lors d’une conférence de presse qu’il était difficile à la fois de contrôler la hausse des prix agricoles et de soutenir les revenus des agriculteurs.

La solution résidait dans la diminution des coûts intermédiaires et dans l’augmentation de la production. En même temps, le gouvernement s’efforcera d’augmenter les revenus non agricoles des paysans et lancera une politique d’aide aux plus faibles revenus. L’augmentation des prix agricoles a compté pour 70% dans l’augmentation de l’indice des prix à la consommation en 2010.

Chine - Brésil : Le gouvernement brésilien vient de mettre en garde contre les prémisses d’une guerre commerciale avec la Chine et a demandé à Pékin de réévaluer sa monnaie. En même temps il a commencé à mettre en œuvre des mesures anti dumping sur certains produits et à augmenter les taxes à l’importation sur certains produits chinois comme les jouets.

Le flux de plus en plus dense des exportations chinoises vers le Brésil met en effet à mal le secteur productif brésilien, dans un contexte où le déficit commercial dans le secteur des produits manufacturés atteint 25 Mds de $. Entre 2000 et 2009, les importations chinoises de ressources venant du Brésil (minerai de fer, soja, pétrole) ont été multipliées par 18, provoquant une hausse de la monnaie brésilienne. Mais, dans le même temps, les exportations de produits manufacturés vers la Chine s’effondraient.

Les responsables brésiliens estiment que 70 000 emplois et 10 Mds de $ on été perdus, dans un contexte où les salaires au Brésil ont parfois augmenté de 100%, les entreprises brésiliennes perdent rapidement leur compétitivité.

L’économie brésilienne repose de plus en plus sur l’exportation de matières premières, tandis que la part des produits manufacturés a baissé de 55% à 44% entre 2002 et 2009. Dans la même période celle des matières premières est passée de 28 à 44%. Le syndrome du « péril jaune » est encore aggravé par le fait que la Chine est également très présente dans le secteur des ressources primaires au Brésil (prêt de 10 Mds de $ à Petrobras pour l’exploration off-shore en 2010).

A ces critiques les Chinois répondent que le secteur manufacturier brésilien est parmi les plus handicapés au monde par les taxes et les procédures administratives. Dans le classement de la Banque Mondiale sur l’environnement des affaires, le Brésil est classé 127e sur 183 pays.

Développement du Grand Ouest. En dépit des appels du pouvoir pour restructurer l’économie, les provinces du Centre et de l’Ouest ont inscrit dans leur planification du 12e Plan le doublement de leur PIB en 5 ans. Ailleurs, dans les zones côtières, les prévisions annuelles de croissance ont été limitées à 9%. Selon un journaliste de Caixin, présent lors des planifications, le schéma de croissance resterait très déterminé par les investissements publics.

Dans la même période du plan quinquennal Pékin investira 4 Mds de $ pour construire 4 nouveaux aéroports dans la province du Xinjiang (Tazhong, Shache, Loulan et Tumshuq) et en rénovera 6 autres. En 2015 la province disposera de 22 aéroports modernes qui accueilleraient 20 millions de passagers par an. L’effort s’inscrit dans le plan global de contrôle et de développement des zones excentrées peuplées de population allogènes. Une attention identique est accordée au Tibet.

Restructuration industrielle. Le Conseil des Affaires d’Etat relance ses appels à la restructuration du secteur tentaculaire de l’acier dont la production a atteint en 2010 le record de 626,7 millions de tonnes, (8 fois la production des Etats-Unis et 44% de la production mondiale) dont près de la moitié sont produits par les 10 plus grandes aciéries de Chine.

Une bonne partie de l’acier est encore produit par des usines polluantes et énergétiquement peu performantes. Les aciéries déjà fermées représentaient une capacité de production de 179 millions de tonnes d’acier de mauvaise qualité.

 

 

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