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›› Politique intérieure

温爷爷, Wen Yeye, le grand-père du peuple entre corruption et guerre des clans

Le 26 octobre, le New-York Times a publié en première page un article sur la fortune de la famille Wen Jiabao, en insistant sur les trafics d’influence et les conflits d’intérêt. L’article, très long et très documenté, dévoile une face cachée que tout le monde faisait mine d’oublier, mais que chacun connaissait déjà. A la suite des précédents titulaires de la fonction, rien de neuf en effet dans le principe de la corruption et du mélange des genres.

La fonction de premier ministre, qui place le titulaire au très haut sommet du pouvoir, à la 3e place du régime, a permis l’enrichissement du clan Wen grâce à « son shili - 势力- ». Expression du langage courant qui signifie à la fois pouvoir, force et influence, ayant au demeurant, soit dit en passant, une connotation très positive dans la culture asiatique, même si le sens que lui confère la rumeur publique l’associe toujours à des connexions occultes entre l’oligarchie au pouvoir et les affaires.
Lire l’article « Billions in Hidden Riches for Family of Chinese Leader »

En ciblant ainsi une figure emblématique du régime, attentif jusqu’à l’ostentation aux souffrances du peuple qui l’appelle 温爷爷 Wen Yeye, grand-père Wen, et dont la réputation au sein de l’opinion est restée positive en dépit des soupçons de corruption pesant sur sa famille, le New-York Times affaiblit la faction réformiste, dans le contexte d’une sévère lutte de clans. A tel point que nombre de commentaires évoquent la possibilité d’une manipulation par des réseaux d’informateurs chinois, agissant en sous main au nom des conservateurs et dont le projet serait de tenir à distance les réformes politiques qui menacent leur prébendes et leur pouvoir.

Il reste que les polémiques sur les motivations politiques de l’article qui aurait été piloté par une faction rivale, ou celle lancée par le porte parole du gouvernement qui spécule sur les attaques antichinoises des Occidentaux voulant freiner la montée en puissance de la Chine, sans oublier les parallèles avec les corruptions ou compromissions dans les pays occidentaux rappelés par Pékin, détournent l’attention de l’essentiel.

Au fond, ce qui est en jeu, précisément au cœur de l’exigence de reforme du schéma de croissance, est la lancinante question de la corruption massive des élites chinoises ou de leurs familles, dont la plupart des chercheurs chinois expliquent eux-mêmes qu’elle est consubstantielle du fonctionnement du système, à la fois dangereusement opaque et étroitement imbriqué aux affaires.

Délits d’initiés, trafics d’influence, conflits d’intérêts.

On est frappé par le détail des révélations du journal qui, tout en enfonçant une porte ouverte, explique à l’usage du grand public américain et au monde entier comment s’y prendre, pour, à la fois distribuer des prébendes à sa famille et protéger ses arrières. La minutie de l’enquête prend cependant la précaution de préciser, comme l’avait fait Blomberg en soulevant en juin dernier le voile des affaires de la famille Xi Jinping, qu’aucune preuve ne permettait de mettre directement en cause Wen Jiabao.

L’article pointe néanmoins du doigt l’enrichissement de Zhang Beili, l’épouse du premier ministre, avec qui ce dernier serait en froid, précisément parce qu’elle avait systématiquement confondu les intérêts publics et ses lucratives affaires privées, abusant de sa position privilégiée d’expert géologue en charge du contrôle et de la régulation de l’industrie du diamant.

L’enquête poursuit en mettant à jour une solide prise d’intérêt de la famille dans le groupe d’assurance Ping An, par le biais d’une amie, prête-nom du clan, également citoyenne de Tianjin, comme Wen Jiabao. L’épisode évoque à la fois un délit d’initié et un conflit d’intérêts, puisque les investissements de la dame ont eu lieu peu avant l’introduction en bourse de Ping An, dont les actions ont ensuite monté en flèche. En même temps, coïncidence heureuse, le gouvernement de Wen Jiabao supprimait une mesure qui limitait la taille des compagnies d’assurance et de Ping An, dont la valeur en bourse pèse maintenant 60 milliards de $.

A ces affaires s’ajoutent une longue liste de conflits d’intérêts et de probables trafics d’influence surgis dans la mouvance courtisane du Premier Ministre, dont l’auteur a la prudence de suggérer qu’ils pourraient avoir eu lieu à l’insu de Wen Jiabao.

Mais le fait est qu’une série de synchronismes troublants ont, entre autres, fait les belles et riches affaires de son frère, directeur d’une compagnie de travaux qui aurait bénéficié d’un accès privilégié aux marchés publics, tandis que Winston, le fils, est à la tête d’une société d’investissement aussi prestigieuse que prospère, connectée à de vastes capitaux étrangers, y compris à des fonds souverains – dont celui de Singapour -, et dont on ne peut pas imaginer que les clients aient oublié qu’ils traitaient avec le fils du Premier Ministre chinois.

Il est de notoriété publique que le pouvoir est, en Chine, aux mains d’une oligarchie qui, depuis des lustres, se partage les prébendes de la finance et de l’industrie, qu’elle soit traditionnelle ou liée aux nouvelles technologies, presque toutes aux mains d’une séries de grands groupes et banques d’état « infiltrés » ou contrôlés par la classe politique. Lire aussi « 18e Congrès. Enjeux politiques et intérêts d’affaires »

Comme toujours, le Parti, soucieux de son image que, désormais, il sait fragile, au point qu’il le répète souvent lui-même, a réagi en bloquant les accès aux sites qui relayent avec jubilation les dénonciations et mises à jour régulières des petites et grandes compromissions du pouvoir. C’est ce qu’il avait déjà fait en fermant l’accès internet au site de Blomberg quand en juin 2012, ce dernier avait révélé la fortune des proches de Xi Jinping.

La censure accompagne des contre attaques sur deux fronts. Celui privé de la famille Wen qui aura cependant bien du mal à nier les faits ; et celui de la propagande officielle qui entonne l’air connu des attaques antichinoises, sans cependant évoquer le fond des choses.

Wen Jiabao le réformateur, victime de la guerre des clans

Avec Wen Jiabao l’affaire prend cependant une autre allure. L’attaque révèle en effet le cruel contraste entre la réalité et les apparences, menaçant de détruire l’image d’une trajectoire humaniste et sociale, patiemment construite depuis 2002, nourrie aux sources même du mouvement réformiste chinois de l’après Mao, de Hu Yaobang à Zhao Ziyang.

La longue charge du New-York Times touche en effet de plein fouet l’image, parfaitement en phase avec la propagande du régime, d’intégrité, de modestie, d’assiduité au travail et d’attention éplorée portée aux malheurs du peuple que le Premier Ministre sortant avait donnée de lui, affichant toujours, jusqu’à la crispation, cet air à la fois vaguement triste, compassé et appliqué qui est la marque de son style personnel.

Mais, tout à ses révélations de corruptions, l’article du NYT qu’à Pékin la classe politique aux commandes fait mine de considérer comme un outrage, omet de signaler une très insolite contradiction. C’est que, depuis 2009, le combat politique de Wen vise précisément à démanteler les prébendes, à hisser la justice au-dessus du Parti et à imposer plus de responsabilité à des élites, dont beaucoup rechignent encore à la transparence et à l’obligation de rendre des comptes, rejetant obstinément l’idée d’affronter les aléas électoraux, même aux niveaux subalternes des villages, où l’ingérence des petits chefs ne cesse de manipuler les élections libres.

Il n’en fallait pas plus pour que surgisse l’hypothèse - en effet plausible dans le labyrinthe d’une recherche en Chine mené par un Occidental -, que l’enquête du New-York Times aurait été, à tout le moins facilitée, sinon suggérée par la faction ennemie de Wen Jiabao, qui regroupe en rangs serrés une partie de l’appareil de sécurité et quelques proches de Jiang Zemin, en même temps que les adeptes de Bo Xilai, dont il faut rappeler que la geste politique d’essence maoïste avait précisément pour objet de protéger les prébendes que les réformateurs veulent démanteler et surtout d’épargner au Parti le défi hautement perturbant des compétitions électorales plus larges et surtout ouvertes et non manipulées.

Le journaliste du NYT a peut-être vraiment conduit une enquête indépendante. Mais la présomption de manipulation, impossible à vérifier, est d’autant plus recevable que la dénonciation des corruptions par le Parti, qui affiche régulièrement sa volonté de nettoyage, fut aussi très souvent une arme politique destinée à éliminer des personnalités trop rétives.

Le clan Bo Xilai, qui considère jouer sa survie et - disent certains de ses adeptes conservateurs populistes - celle de la Chine, a tendance à analyser la chute de son chef de file comme l’effet d’une manœuvre de succession. Il n’est donc pas impossible que ses amis aient décidé de riposter sur le même registre, au moment même où le destin de Bo s’est encore assombri avec sa radiation de l’Assemblée Nationale.

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La faction conservatrice sous le feu des Chinois expatriés.

Souvent inaccessible en Chine, qui l’accuse d’être une torpille à la solde du gouvernement américain, le site Boxun Xinwen Wang 博讯新闻网 (qui signifie « réseau d’information universelle »), se présente comme une plateforme « citoyenne » d’informations alternative. Dirigé par un Chinois expatrié basé en Caroline du Nord, il est soutenu par des ONG de droits de l’homme et très connecté aux dessous des cartes chinois grâce à la multiplicité de ses intervenants, assez souvent anonymes, ce qui lui confère son caractère sulfureux et constitue son principal talon d’Achille, même s’il s’applique à croiser les informations souvent iconoclastes qu’il met en ligne.

Avec d’autres observateurs de la Chine, Boxun pointe du doigt la précision des informations divulguées sur Wen Jiabao et Xi Jinping et en déduit qu’elles ont forcément été pilotées par un réseau de Chinois dont l’objectif est politiquement partisan dans l’ambiance à couteaux tirés de l’avant Congrès, opposant les conservateurs et les réformateurs, dont Wen Jiabao fait partie. Le site signale en effet que « beaucoup de médias en langue anglaise ont reçu en même temps de nombreux renseignements détaillés et identiques sur les hommes politiques chinois ».

Il précisait aussi que l’enchevêtrement compliqué de la situation, la multiplicité des prêtes noms et des couvertures étaient des obstacles insurmontables pour un journaliste occidental travaillant seul, ajoutant que la coordination des révélations vers les médias étrangers était la preuve d’une action concertée à motivation politique.

Avant ces charges hypothétiquement lancées contre Xi Jinping et Wen Jiabao par l’alliance entre Bo Xilai, Zhou Yongkang et Jiang Zemin, d’autres attaques, vite mises sous le boisseau par la censure, avaient en 2009 déjà ciblé une affaire de trafic d’influence au profit du fils de Hu Jintao engagé au sein de sa société Nuchtec dans la vente de scanners de ports et d’aéroports en Namibie. Dans ce contexte, les proches de Boxun s’attendent maintenant à une attaque contre le n°1 sortant.

Un autre relais de l’hypothèse du complot conservateur dans l’arène tourmentée de la politique chinoise est le journal Epoch Times. Puissant vecteur d’attaque contre le Parti Communiste, le journal, qui fut le premier à publier des informations sur les trafics d’organes prélevés sur des membres du Falun Gong, est parfois critiqué dans les milieux académiques occidentaux par ceux qui lui reprochent sa vision univoque, systématiquement orientée autour du harcèlement par la faction Jiang Zemin - à laquelle était associé Bo Xilai -, des adeptes du Falun Gong, mouvement spirituel et moral fondé par Li Hongzhi en 1992 et basé sur la méditation par la pratique du Qigong traditionnel.

Mais une partie des intellectuels chinois, attachés à la liberté de la presse considèrent cette publication comme salutaire grâce à l’angle de vue iconoclaste qu’elle propose en contrepoint de la propagande. En 2005 deux versions européennes du journal ont reçu des prix qui ont récompensé la qualité de ses informations et conforté sa crédibilité.

L’un était attribué à la version anglaise par l’Association des Journalistes Asiatiques aux Etats-Unis ; l’autre à la version allemande pour ses enquêtes sur la violation des droits de l’homme en Chine, décerné par la Société Internationale des Droits de l’Homme, fondée en 1972 en Allemagne, comptant aujourd’hui 30 000 membres dans 38 pays.

Créé en 2000 par les chinois adeptes du Falun Gong réfugiés aux Etats-Unis, violemment critique du Régime en place à Pékin, distribué dans 30 pays en 9 langues et accessible gratuitement en ligne en 17 langues, le journal a, au passage, égratigné le rapport du New-York Times, mettant en cause la précision de ses informations, tout en suggérant une mauvaise foi.

Selon un article mis en ligne le 27 octobre, qui relaye le site Boxun, Madame Duan Weihong, le prête-nom de la famille Wen pour ses investissements dans le méga-groupe d’assurance Ping An, affirme que le clan avait vendu ses actions en 2005, avant l’introduction en bourse de Ping An, ce qui détruit les soupçons de délit d’initiés. La dame ajoute qu’elle aurait donné cette information au journaliste du New-York Times qui n’en aurait pas tenu compte.

Enfin, l’information la plus terrible pour le clan conservateur et Bo Xilai, qui risque très gros dans l’atmosphère plombée par les rivalités de factions et les complots, est une révélation de l’Open Magazine 开放杂志 de Hong Kong en date du 3 mai 2012.

Dans sa fuite vers le consulat américain de Chengdu le 6 février 2012 au soir, Wang Lijun, Vice-maire de Chongqing et responsable de la sécurité, aurait eu par devers lui des documents attestant que le Secrétaire Général de Chongqing limogé en mars dernier, avait donné des ordres pour diffuser des informations compromettantes sur le net, destinées à affaiblir la réputation du pouvoir à Pékin. Dans ce contexte de règlements de comptes et de coups bas, il n’est pas étonnant qu’à Pékin la rumeur enfle autour des spéculations sur la possible condamnation à mort de Bo Xilai, à la suite de sa femme.

Le fond des choses.

La succession, d’autant plus turbulente que, pour la première fois depuis la mort de Mao, elle se déroule sans la caution consensuelle de Deng Xiaoping, n’a pas fini de poser de plus en plus publiquement les grands problèmes de la politique et de la société chinoise. Parmi eux la corruption des élites constitue une des plus dangereuses faiblesses du régime que l’actuelle génération de dirigeants n’a pas cessé de dénoncer, sans jamais pouvoir l’éradiquer.

La plaie touche toutes les factions, les plus traditionnelles, comme les plus ouvertes, ou à l’inverse, les plus populistes se réclamant de Bo Xilai. Face à l’exigence de transparence et de responsabilité publique qui déferle comme une vague sur les réseaux sociaux, elle place le pouvoir politique chinois en situation de grande fragilité morale, que l’affaire de Chongqing a aggravé. Elle laisse aussi libre cours aux coups bas, dénonciations et contre attaques qui, aujourd’hui, donnent cette image régressive de la classe politique.

Que les attaques pilotées ou non aient aujourd’hui frappé l’une des figures les plus populaires du pays, attachée aux réformes d’ouverture, d’indépendance de la justice et de compétitions électorales plus larges, ajoute encore à la nature inextricable du problème, lui-même directement lié à la réforme politique qui vise précisément à éradiquer le système des prébendes.

La classe politique chinoise qui gère la transition et tente de préserver à la fois le consensus et son image, s’est en partie regroupée derrière Wen, dont la famille a pris un avocat et a commencé à contre attaquer. Mais sa position est faible. Les faits sont avérés et largement documentés par l’article du NYT.

Et s’il est vrai que la ligne de défense selon laquelle le Premier Ministre lui-même n’est pas impliqué dans les affaires offre une marge de manœuvre et un répit, il n’en est pas moins vrai qu’il a contrevenu à la règle du Parti, selon laquelle les proches d’un responsable ne doivent pas être impliqués dans des affaires dont il a la charge. Une règle que tous ou presque contournent allègrement à coups de délits d’initiés et de trafic d’influence, en contradiction flagrante avec le discours public de générosité, de dévouement et d’attention au peuple.

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BREVES.

Sur CNN, Bao Pu dénonce l’opacité du système.

Bao Pu est le fils de Bao Tong 80 ans, proche de Zhao Ziyang, ancien premier ministre de 1980 à 1985 et un des artisans de la réforme économique, arrêté par l’équipe de Deng Xiaoping en 1989, une semaine avant la répression de Tian An Men, condamné à 7 ans de prison en 1992 et toujours en résidence surveillée.

Le 2 novembre Bao Pu, qui réside à Hong Kong et fut à l’origine de la publication en 2009 des mémoires enregistrées secrètement de Zhao Ziyang, alors qu’il était en résidence surveillée, a signé un article mis en ligne sur le site de CNN qui décrit dans le détail et la durée l’opacité du système politique chinois et stigmatise l’absence du peuple dans la sélection des dirigeants. Lire notre article « Mémoires d’outre tombe de Zhao Ziyang ».

« Il est improbable que le public soit un jour informé de la manière dont Xi Jinping a été sélectionné et s’il est vrai qu’il l’a été par Jiang Zemin, comme le dit la rumeur. Quoi qu’il en soit ce dernier n’a pas la stature charismatique de Mao ou de Deng capable de conférer à Xi une légitimité qui souffrira toujours de l’absence de caution démocratique ».

Se référant à la nomination des successeurs de Mao, Bao Pu montre qu’aujourd’hui aucun progrès réel n’a été réalisé dans le processus de désignation des hommes au pouvoir. En même temps il critique les habitudes de propagande et de censure qui prétendent calibrer l’information dans un contexte où les nouvelles technologies qui connectent des centaines de sources finissent presque toujours par éventer les secrets les plus sensibles, diffusés en quelques minutes à des millions d’internautes.

L’article a été mis en ligne au lendemain de l’ouverture à Pékin du 7e et dernier plenum du 17e Congrès, une semaine avant la convocation du 18e Congrès. Selon le site du 18e Congrès, ouvert le même jour, la session doit mettre la dernière main aux rapports du Secrétaire Général et à celui de la Commission de discipline du Parti, en même temps qu’aux projets d’amendements de la constitution à soumettre au Congrès, dont l’ouverture est fixée au 8 novembre.

L’article en ligne qui souligne le caractère exceptionnel de la période, évoque l’objectif de construire une société de prospérité modérée - Xiaokang Shehui, 小康社会 -, l’accélération et l’approfondissement des réformes et de l’ouverture ainsi que la modification du schéma de développement, pour lesquels il laisse entendre que des ajustements stratégiques sont en cours pour à la fois « renforcer le Parti et conforter la marche vers le socialisme ».

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Nouvelles affectations dans l’APL.

Le 25 octobre 4 généraux de haut rang ont été affectés à des postes qui leur ouvrent les portes de la Commission Militaire Centrale.

Il s’agit des généraux Fang Fenghui, 房峰辉, 61 ans, Commandant la Région Militaire (RM) de Pékin, nommé Chef de l’Etat-Major Général en remplacement de Chen Bingde ; Zhang Yang, 张扬 , 61 ans, Commissaire politique de la RM de Canton, nommé Directeur du Département Général politique, en remplacement de Xu Caihou ; Zhao Keshi 赵克石 65 ans, Commandant la RM de Nankin, nommé Directeur du Département logistique, en remplacement de Liao Xilong ; Zhan Youxia, 张又侠, 62 ans, Commandant la RM de Shenyang, nommé Directeur du Département de l’armement, en remplacement du général Chang Wanchuan qui sera probablement promu Vice-président de la CMC. Tous sont membres du Comité Central depuis 2007.

Ces nominations font suite à celle du général Ma Xiaotian, 马晓天 63 ans, adjoint à l’Etat-Major général, nommé le 23 octobre à la tête de l’armée de l’air en remplacement de Xu Qilang. A noter que le général Zhang Qingsheng n°2 de l’Etat-Major général, candidat au poste de Chef de l’Etat-major général a été écarté.

La rumeur court qu’il avait indisposé la machine politique du Régime et le Secrétaire Général pour s’être fait l’avocat de la séparation entre l’armée et le Parti. Lire notre article « Congrès du Parti. Ruades militaires et perspectives pour la CMC ».

MISE A JOUR du 10 novembre 2012

Le général Wei Fenghe, 58 ans, a été nommé commandant la 2e artillerie (Forces Nucléaires Stratégiques), dont il était le n°2 depuis 2008. Il remplace le Général Jing Zhiyuan 68 ans, mis à la retraite. Le général Wei est membre suppléant du Comité Central depuis 2007. Le 18e Congrès verra sa promotion comme membre permanent.

Le général Fan Chanlong, 65 ans, (ce qui est déjà vieux), membre permanent du Comité Central depuis 2007 et commandant la RM de Jinan, vient d’être nommé en même temps que Xu Qilang, Vice-président de la Commission Militaire Centrale.

Cette promotion est une petite surprise car le général Fan ne faisait pas partie de la CMC. En revanche on attendait à ce poste le général Chang Wanquan, 63 ans, actuel chef du département de l’armement, qui vient lui-même d’être remplacé. Alors que certains pensent qu’il aurait été limogé, la rumeur court à Pékin qu’il serait le futur ministre de la défense. Un aiguillage qui le privera d’un poste au Bureau Politique.

Les nominations des généraux Fan et Xu, qui remplacent les généraux Guo Boxiong et Xu Caihou aux postes de vice-présidents de la CMC, immédiatement subordonnés au Secrétaire Général du Parti, ne sont pas anodines, car si les errements antérieurs sont reconduits, elles ouvrent la perspective d’une place au bureau politique. A Pékin, la rumeur dit que le général Chang Wanquan qui semble avoir été écarté est proche de Hu Jintao.

Heurts avec la police à Ningbo.

Le 26 octobre la police a arrêté 51 manifestants qui protestaient dans les rues de Ningbo à 150 km au sud de Shanghai contre un projet d’extension par Sinopec d’une usine de paraxylène, produit réputé toxique et cancéreux. 13 d’entre eux pourraient être condamnés. Des heurts avec la police ont éclaté après les arrestations, mais les autorités ont démenti les rumeurs selon lesquelles une étudiante aurait trouvé la mort au cours des échauffourées avec la foule.

Le 28 octobre, après une semaine de troubles, la municipalité a déclaré que le projet avait été définitivement retiré. Au cours des dernières années les projets de paraxylène restés opaques et démarrés en dépit des objections des riverains ont fait l’objet de nombreuses contestations populaires. Une vingtaine d’installations de ce type construites en 1985 et 2010 existent, en majorité sur la côte Est, toutes dans des zones très peuplées. Leur production annuelle varie entre 60 000 et 1 million de tonnes par an.

Mort d’un manisfestant. Des professeurs de droit réclament une enquête indépendante.

Sous la conduite de Jiang Ping, ancien président de l’Université des Sciences Politiques et de Droit de Pékin qui a écrit une lettre au Comité Permanent de l’ANP, plusieurs professeurs de droit des universités de Qinghua et de Beida réclament une enquête indépendante sur la mort, le 21 septembre 2012 de Wang Shujie, 36 ans, tué par un policier à Panjin (Liaoning), alors qu’il protestait contre la réquisition de sa terre pour la construction d’une route. Le décès de Wang avait provoqué la colère des riverains.

Dans sa lettre à l’ANP, Jiang Ping explique qu’au cours des dernières années les gouvernements locaux s’étaient fréquemment laissés aller à des abus de pouvoir et à un usage immodéré de la force qui avaient non seulement provoqué la mort de riverains, mais également notablement augmenté les tensions sociales.

Selon lui, l’incident de Panjin constituait une escalade préoccupante dans l’usage de la force. Le groupe de juristes exige qu’une enquête soit diligentée par une commission indépendante, capable de résister aux pressions du gouvernement local qui, jusqu’à présent, a « bloqué les informations, censuré la presse, détenu des témoins, et procédé hâtivement à la crémation du corps de la victime ».

La presse officielle appelle à des réformes politiques.

Le 16 octobre, le journal Qiushi de l’école du Parti, a publié un article, écrit sous un pseudonyme, intitulé « Accélérer les réformes et l’ouverture », dans lequel l’auteur appelait à augmenter le rythme des réformes, y compris politiques et à éviter la « stagnation ou la régression ». Stigmatisant l’héritage de l’économie planifiée, il ajoutait que la seule voie possible était celle de l’approfondissement des réformes.

A cet effet il citait Deng Xiaoping qui, après la mort de Mao avait relancé les réformes à trois reprises : « sans la réforme, la cause du progrès, de la modernisation et du socialisme seront perdues ». Il concluait en appelant à « plus de détermination et de courage », une phrase qui rappelle celle du rapport de la Banque Mondiale sur l’état de la Chine, conjointement signé par le Président d’alors Robert Zoellick et le Directeur du Centre de Recherche du Conseil des Affaires Etat, Li Wei, nommé en avril 2011.

L’article fait suite à ceux du Quotidien du Peuple, sur le même thème, parus en septembre et octobre, appelant à plus de réformes et à des ajustements idéologiques qui devaient « s’inspirer de la situation internationale ».

Hu Shuli s’exprime sur l’affaire Bo Xilai.

Le 11 octobre, Hu Shuli, journaliste au franc-parler, éditrice de Caixin Media, Century Weekly et China Reform, signait un article dans Caixin qui mettait en garde sur les conséquences pour l’état de droit des agissements coupables de la famille Bo et de Wang Lijun. Pour elle, il était important que Bo soit sévèrement sanctionné et que la machine politique réfléchisse aux errements signalés par l’affaire.

A Chongqing, écrit-elle, la loi a été manipulée et bafouée pour créer la plus puissante mafia de la ville, où le pouvoir politique ayant un contrôle total de la police, sans le moindre contrepoids, est progressivement devenu rien moins que totalitaire.

Pour Hu Shili, la question n’est pas de savoir s’il aurait été possible d’anticiper les exactions de Bo Xilai, de sa femme et de Wang Lijun, mais de s’interroger pourquoi des hommes nommés à des postes de hautes responsabilités se laissent aller à la corruption et utilisent leur pouvoir à des fins personnelles.

Comme d’autres sa réponse dénonce l’opacité du système lui-même et l’implication des dirigeants dans l’économie. Cette dernière devrait être soumise non pas à la politique, mais aux lois du marché. Elle appelle aussi à plus de liberté des médias, dont le pouvoir d’investigation devrait être augmenté.

 

 

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