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Le pragmatisme chinois et le bourbier afghan
Photo : Le 28 octobre le président Xi Jinping accueillait le nouveau président afghan Ashraf Ghani Ahmadzai au Palais du Peuple à Pékin.
Le 28 octobre, alors que les unités militaires de l’ISAF (International Security Assistance Force) entament la dernière phase de leur retrait d’Afghanistan, le nouvel homme fort de Kaboul, Ashraf Ghani Ahmadzai était à Pékin pour sa première sortie internationale. S’il est vrai que la Chine et les groupes publics chinois apporteront une aide financière directe et un soutien pour la construction d’infrastructures de transport et d’énergie ainsi que des investissements miniers, la Chine ne s’engagera pas dans un appui visible de sécurité pouvant remplacer la force militaire de l’ISAF. Les pays membres du « Processus d’Istanbul » sont tous sur cette ligne.
Le nouveau président afghan en a pris conscience et, après avoir un temps pris un attitude inverse de celle de Karzai, semble s’être engagé comme lui dans la voie de la négociation avec les Talibans. La stratégie empreinte de pragmatisme après le départ des forces de l’ISAF n’est pas sans risques. Elle pourrait aboutir au retour du pouvoir des extrémistes à Kaboul dont Pékin craint par dessus tout l’influence au Xinjiang. A terme, le Bureau Politique ne pourra pas éluder l’obligation de faire pression sur la faction des militaires pakistanais alliés aux insurgée afghans. Sur ce terrain et face à la menace terroriste au Xinjiang il n’est pas impossible que naisse une connivence entre Pékin et Washington.
La Chine, choix obligé du nouveau président afghan.
Alors que l’alliance militaire de « l’ISAF » de facto dirigée par les États-Unis et l’OTAN, quitte la région après 13 années de présence et de combats sans avoir réellement réussi à mener à bien sa mission qui, en appui des forces de sécurité afghanes, consistait à : « 1) réduire les capacités militaires et la détermination de l’insurrection ; 2) faciliter l’amélioration de la gouvernance et le développement socio-économique au bénéfice de la population », le nouveau président afghan n’avait que peu de choix pour sa première visite hors de son pays.
Ankara et le « Processus d’Istanbul. »
La Chine était d’autant plus la première sortie obligée de Ghani Ahmadzai que le 31 octobre elle accueillait pour la première fois la session internationale du « Processus d’Istanbul », mécanisme de coopération régionale établi en 2011 dont les 14 membres tentent de promouvoir « un Afghanistan pacifique et stable ».
Comprenant tous les voisins directs (Inde, Pakistan, Chine, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan), à qui s’ajoutent la Russie, la Turquie, les Émirats, l’Arabie Saoudite, le Kirghizistan, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan), la conférence a été créée en 2011 à l’initiative de la Turquie. Il n’est pas anodin que l’idée, vieille de trois ans, ait été lancée par Ankara.
Seul pays de culture musulmane membre de l’OTAN, également partie à l’ISAF, la Turquie réagissait aux nombreuses critiques adressées à la force internationale dont 27 nations, pour la grande majorité occidentales, appartenaient à l’OTAN et constituaient 80% de la force.
La force internationale était accusée, notamment par la Chine, d’ignorer les implications régionales de la question afghane. Le 26 septembre 2009, Li Qing, n°2 d’un « Think Tank » d’État spécialiste de questions de sécurité nationale, après avoir insisté sur la dégradation de la situation et l’érosion du soutien des opinions publiques mondiales, avait purement et simplement réclamé le départ de l’ISAF et son remplacement très improbable par une force sous commandement des Nations Unies, « condition essentielle », selon lui, « à la réconciliation des factions afghanes ».
Cette prise de position violemment critique de l’ISAF ignorait cependant que, dans ce pays à la géographie et au climat rugueux, traversé par de nombreuses rebellions de tribus insoumises, gangrené par les trafics, toutes les opérations de stabilisation seront vouées à l’échec, tant que subsistera la connivence néfaste entre certaines factions de l’armée pakistanaises et les insurgés afghans qui se nourrissent aussi de la rivalité à l’étage supérieur entre Islamabad et New-Delhi.
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Photo : En 2010, déjà Rohan Gunaratna, Directeur du centre de recherche sur la violence politique et le terrorisme de l’Université de Nanyang de Singapour, estimait que le mouvement terroriste islamiste du Turkestan Oriental (en Anglais ETIM – East Turkestan Islamist Movement -) était directement lié à la mouvance terroriste globale de l’IJU (Islamist Djihad Union Fighters) et protégé par les groupes Talibans réfugiés dans le zones tribales pakistanaises.
Forces et faiblesses chinoises. Persistance des risques islamistes.
Il est vrai que la Chine, riche et puissant voisin, pourrait en théorie détenir plusieurs clés d’une amélioration de la situation. Pékin accumule en effet de nombreux atouts : outre ses capacités financières, sa maîtrise éprouvée en matière de développement, d’exploitation minière et de construction d’infrastructures, la Chine peut aussi se prévaloir de son positionnement international radicalement opposé aux interventions militaires, de son alliance étroite avec le Pakistan, autre passage obligé de la sécurité de la zone qui s’ajoutent à ses liens anciens et discrets avec les Talibans quand ils étaient au pouvoir.
A priori, cette large panoplie place Pékin en position favorable pour jouer un rôle international de premier plan dans ce pays difficile et âpre, traversé par les trafics d’opium et les rivalités de clans dont l’économie stagne et où l’insurrection armée continue à faire de nombreuses victimes, tandis que les bases retranchées des Talibans et d’al-Qaeda, à cheval sur la frontière pakistanaise, n’ont jamais vraiment été menacées par les attaques ciblées des drones américains ou les opérations de ratissage de l’armée pakistanaise.
Pékin et les pays du processus d’Istanbul, doivent se rendre à l’évidence, 13 ans après les premiers engagements américains, la menace est toujours là : les insurgés ont lancé des attaques contre les grandes centres urbains du Pakistan tels que Lahore et ont réussi des incursions au Penjab à la frontière indienne. Récemment les chefs Talibans ont affirmé qu’ils augmenteraient leur présence dans les zones tribales pakistanaises utilisées comme base arrière pour lancer des attaques contre les États-Unis et leurs alliés.
Pékin craint la contagion terroriste au Xinjiang.
Il reste que la Chine, elle-même confrontée au Xinjiang à la montée d’un risque terroriste nourri par le radicalisme musulman n’a pas l’intention de s’engager dans le bourbier afghan et encore moins d’affronter directement les Talibans.
Pour l’heure, d’abord préoccupée par sa sécurité intérieure, elle cherche à garder ouvertes toutes les options, y compris celle de se mettre en mesure de traiter avec les Talibans s’ils revenaient au pouvoir : une hypothèse néfaste dont la probabilité ne peut être exclue, mais que Pékin redoute de plus en plus, compte tenu des liens avérés entre certains groupes insurgés ouïghours et la base arrière terroriste des zones tribales pakistanaises.
Lire notre article La Chine et le péril du « Djihad ».
Prudence et pragmatisme chinois.
Pékin s’en tient donc à deux types d’initiatives : 1) un appel international à la lutte contre le radicalisme religieux, notamment en Asie Centrale et au Pakistan qui, selon Xi Jinping, sont les bases arrières des menées terroristes qui ont tué des centaines de personnes en Chine ces deux dernières années et 2) la promesse d’une aide directe, financière et matérielle pour le développement du pays. Après la rencontre entre Ahmadzai et le président chinois un communiqué commun faisait état d’un don par la Chine de 327 millions de $ répartis sur les trois prochaines années et d’un soutien à la formation professionnelle.
Aide directe et investissements…
La promesse représente une augmentation substantielle de l’aide chinoise directe qui, depuis 2001, année de la chute des Talibans n’a été que de 250 millions de $, essentiellement consacrés à la formation des forces de sécurité et à la lutte contre les narcotrafics. Parallèlement, la Chine fera ce qu’elle sait faire le mieux : promouvoir les investissements de ses grands groupes publics dans le secteur minier et les infrastructures d’énergie et de transport, répondant ainsi à la requête du président afghan de « participer à la reconstruction pacifique » de son pays.
Il ne s’agira d’ailleurs que de continuer ce que les entreprises chinoises avaient commencé en 2007. Cette année là, un consortium minier piloté par l’État chinois avait offert d’investir 3,6 Mds de $ pour l’exploitation de la mine de cuivre d’Aynak, dans la province du Logar, la construction d’une usine électrique et d’une voie de chemin de fer reliant le Tadjikistan au Pakistan.
…mais pas d’engagement militaire chinois.
Mais si le Président afghan attendait un engagement direct de la Chine pour combattre la mouvance des Talibans, il aura été déçu. Alors que lui-même a officiellement promis d’aider la Chine à combattre les Islamistes, la direction chinoise ne s’engagera pas directement sur ce terrain en Afghanistan.
Les autres membres du processus d’Istanbul non plus, d’autant que deux d’entre eux et non des moindres : le Pakistan et l’Inde avancent en Afghanistan empêtrés dans de très lourds contentieux et rivalités, précisément autour des relations ambigües d’Islamabad avec les mouvances islamistes que New-Delhi considère comme une menace directe pour sa sécurité.
Une situation complexe. Un terrain miné.
Pékin s’est également bien gardé de s’exprimer clairement sur la question du risque posé par un Afghanistan retombé aux mains des Talibans ou d’al-Qaeda, qui créerait un havre terroriste à ses portes. Pour l’instant, la position officieuse du régime est que ce sont les États-Unis qui ont provoqué le chaos. Ils devraient donc se sentir les premiers concernés par la sécurité du pays.
L’idée a récemment été développée par un article du Global Times qui réfutait la suggestion que Pékin reprendrait le rôle de Washington : « même quand le dernier soldat américain aura quitté le sol afghan, la Chine ne prendra jamais la place de États-Unis et de l’OTAN pour tenter une médiation qui s’appuierait sur une expression de puissance. » On ne saurait mieux dire.
Face à l’incertitude et la complexité de la situation où la menace terroriste au Xinjiang s’ajoute à la perspective d’un retour au pouvoir des Taliban, eux-mêmes capables d’attiser la révolte contre le régime chinois, alors même que certaines mouvances extrémistes ont déjà critiqué la répression anti-musulmane au Xinjiang, Pékin avance en terrain miné et hésite à s’engager clairement en faveur d’un appui substantiel et visible de sécurité au nouveau président afghan. C’est cette prudence nourrie par la crainte de la contagion terroriste qui conduit Pékin à refuser d’ouvrir la passe Wakhan qui relie Islamabad à Kashgar.
La solitude du Président Ahmadzai
Ashraf Ghani Ahmadzai a bien compris que, sur ce thème de l’appui sécuritaire direct, il ne peut rien attendre de la Chine ni de la Conférence d’Istanbul. Cette prise de conscience s’est traduite dans son discours à Pékin. Après avoir appelé à la mobilisation internationale pour son pays et promis que son gouvernement ne renoncerait pas à la lutte contre les terroristes, il a en effet invité les Talibans nommément désignés à se joindre aux efforts de paix : « La paix est notre priorité essentielle. Nous invitons l’opposition politique et en particulier les Talibans à se joindre au dialogue ».
Alors que, jusqu’à présent, Ghani Ahmadzai avait employé un ton de fermeté à l’égard des Talibans, prenant le contrepied de son prédécesseur Karzai qui les considérait comme ses « frères », cette ouverture politique marque une inflexion pragmatique.
Elle a été cautionnée par le premier ministre chinois Li Keqiang qui exprima sa « confiance dans la capacité de l’Afghanistan à résoudre ses problèmes », pour peu, a t-il jouté que « ses voisins et la communauté internationale n’interfèrent pas dans ses affaires intérieures. » L’avenir dira si Pékin sera capable de convaincre les militaires pakistanais de couper leurs liens avec les insurgés afghans.
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Photo : Groupe de Talibans réfugiés dans les zones tribales pakistanaises. Le 6 février 2014, Islamabad a initié avec les Taliban des négociations dont les chances succès restent limitées. L’objectif de la mouvance radicale responsable de nombreux attentats suicide et cible récurrente des attaques de drones américains et des opérations de ratissage de l’armée pakistanaises, est d’installer un État islamique au Pakistan et en Afghanistan. Ses liens avec une partie des militaires pakistanais sont avérés.
NOTES de CONTEXTE.
Pékin et les Talibans. Un exemple du pragmatisme chinois.
Immédiatement après les attentats du 11 septembre 2001, le ministère des Affaires étrangères chinois consacra beaucoup d’énergie à édulcorer la nature des liens que Pékin entretenait avec le régime Taliban en Afghanistan. Avant les attentats de New-York, Pékin avait noué des contacts substantiels avec le régime de Kaboul.
Ayant en tête la menace séparatiste au Xinjiang dont le régime avait compris qu’elle pouvait être attisée par les Talibans, le Bureau Politique fit, pour diminuer le risque, le choix de développer des relations discrètes, mais significatives avec les radicaux islamistes en Afghanistan.
La manœuvre fut facilitée par le Pakistan qui servit de médiateur. En février 1999, une équipe de 5 diplomates chinois de haut rang vint à Kaboul où elle rencontra le vice-premier ministre Mullah Muhammad Hassan, le ministre de l’intérieur Mullah Abdur Razzaq et le vice-ministre des Affaires étrangères Abdurrahman Zayef, à qui la Chine offrit une aide alimentaire, des équipements militaires ainsi que des pièces détachées. Elle proposa aussi d’augmenter les échanges commerciaux et d’ouvrir des vols directs Urumqi – Kaboul.
En retour les Taliban promirent que le territoire afghan ne servirait pas de base arrière contre la Chine et autorisèrent le transfert vers Pékin de 2 missiles Tomahawk américains non explosés que Pékin paya 20 millions de $ pièce.
En 2001, la Chine était devenue le 1er investisseur en Afghanistan avec un stock officiel estimé de 7 à 10 millions de $, tandis qu’à l’ONU, Pékin appuyait la position de Kaboul y compris pour mettre son veto à une résolution destinée à accroître les sanctions proposée par Moscou et Washington. Durant cette période, plusieurs chercheurs de l’Institut des relations internationales contemporaines, rattaché aux services de renseignements militaires chinois visitèrent Kandahar et Kaboul.
En 2000 les groupes Huawei et ZTE avaient signé un accord garanti par le Pakistan – ce qui causa un important retard dans la mise en œuvre - pour installer respectivement 12 000 lignes fixes de téléphone à Kandahar et 5000 autres à Kaboul. En même temps commencèrent les travaux d’infrastructure pour réparer les barrages de Kajaki (Helmand), Dahla (Kandahar) et Breshna-Kot (Nangarhar). Simultanément, le réseau de distribution d’électricité endommagé par les conflits était remis en état.
En juillet 2001, une délégation de Talibans, conduite par l’attaché commercial afghan à Islamabad effectua une tournée d’une semaine en Chine à l’invitation du gouvernement chinois. Mais après les attentats du 11 septembre, les contacts cessèrent avec les Talibans. Ils reprirent de plus belle à partir de 2007 avec le régime de Karzai.
La recrudescence des investissements était puissamment appuyée par l’État au point que les offres des groupes publics chinois dépassèrent de loin toutes les offres rivales. En 2007, par exemple, China Metallurgical Group (MCC) et Jiangxi Copper proposèrent un investissement de 3 Mds de $ pour la mine de cuivre d’Aynak située dans la province à la sécurité très volatile de Logar. Cette bourrasque d’investissements s’accompagna de critiques de plus en plus virulentes contre l’ISAF.
Mais 7 ans après la signature du contrat d’Aynak, l’exploitation de la mine est retardée par des inquiétudes pour la sécurité qui enflent à mesure que l’ISAF se retire et la découverte d’une cité enfouie vieille de 2600 ans. En 2014, alors qu’il est désormais impossible que l’exploitation de la mine soit opérationnelle avant 2016, les groupes chinois ont exprimé le souhait de renégocier le contrat avec le gouvernement afghan.
La puissance nuisible d’une partie des militaires pakistanais.
Dans sa livraison du 28 octobre, « l’International Crisis Group (ICG) » de Bruxelles, dirigé depuis juillet 2014 par le Français Jean-Marie Guéhénno qui fut jusqu’en 2008 le Secrétaire Général adjoint de l’ONU pour les opérations de maintien de la paix, décrit le pouvoir des militaires pakistanais et leurs liens avec les insurgés en Afghanistan au sein d’une mouvance proto-religieuse transnationale radicale et sectaire, active dans les zones tribales et de part et d’autre de la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, comme le principal obstacle à la stabilisation de la région.
Au Pakistan, la faiblesse des partis politiques traditionnels attaqués d’une part par le philanthrope Imran Khan et d’autre part par Tahirul Qadri, religieux soufi qui dénonce le radicalisme religieux, laisse la voie libre à la faction des militaires qui tire son pouvoir de la persistance de l’insécurité.
Après la chute des Talibans en 2001, les commandants des principaux groupes radicaux dont le Mullah Omar et le réseau rattaché à al-Qaeda avaient trouvé refuge au Pakistan. A partir de ces bases ils ont continué à gravement gêner les efforts de l’ISAF pour stabiliser l’Afghanistan. Aujourd’hui, ils sont d’autant plus en position de compromettre les efforts de développement du nouveau pouvoir à Kaboul que les forces de sécurité afghanes ne sont qu’en partie opérationnelles.
Non seulement l’alliance entre les insurgés afghans et certaines factions militaires pakistanaises pèse lourdement sur la situation en Afghanistan, mais elle perturbe aussi le jeu politique pakistanais. Avec l’aide de leurs alliés afghans les extrémistes pakistanais affaiblissent en effet l’administration officielle des zones tribales et celle de la province de Khyber Pakhtunkhwa à l’extrême nord du Pakistan qui borde l’Afghanistan et les zones contestées du Cachemire.
A ce jour, toutes les opérations militaires menées par Islamabad pour affaiblir ces mouvances ont échoué. La raison majeure est que les extrémistes afghans réfugiés au Pakistan reçoivent le soutien d’une faction de militaires pakistanais que les pouvoirs politiques successifs n’ont jamais réussi à éliminer. Depuis 2008, quand débuta la transition démocratique au Pakistan deux gouvernements successifs ont tenté de rétablir la confiance avec l’Afghanistan. Chaque fois ils se sont heurtés à l’intransigeance des militaires.
Après 2013 qui marqua le premier transfert de pouvoir démocratique à un gouvernement élu, ces obstructions ont continué et obligé Nawaz Sharif premier ministre depuis juin 2013, à faire des concessions, notamment à propos d’un des sujets les plus sensibles de toute la zone : les relations avec l’Afghanistan.
De cette analyse, il ressort que la stabilisation de l’Afghanistan très imbriqué avec le Pakistan, dépend d’abord d’un vaste effort de reconstruction et de développement socio-économique, mais surtout de la mise sous contrôle par le pouvoir civil de la faction des militaires pakistanais alliée aux insurgés. Sans cette mise au clair, les négociations en cours avec les Talibans n’ont aucune chance de réussir. Elles pourraient même favoriser le retour des extrémistes au pouvoir à Kaboul.
Dans ce contexte également compliqué par les rivalités entre Islamabad et New-Delhi parfois attisées par le conflit latent Pékin et Washington, il n’est pas anodin de rappeler que les États-Unis et la Chine ont développé, chacun à leur manière, des liens étroits avec les militaires pakistanais. Et tous les deux ont identifié la menace terroriste comme un risque majeur. En Chine cette prise de conscience s’est récemment précisée au Xinjiang.
Prenant sans nuance le contrepied des thèses d’une fracture culturelle qui serait fomentée par les politiques de développement inégalitaires et la brutalité de la répression, Pékin a intensifié son discours anti-terroriste accusant les organisations islamistes radicales et dénonçant le durcissement de leur prosélytisme sectaire au Xinjiang.
A l’appui de cette hypothèse, le Global Times a, le 26 mai, publié un article intitulé « derrière le voile » qui spécule sur la « Talibanisation » de la province. Mais il est clair que la brutalité des répressions indiscriminées qui amalgament Islam et terrorisme continuera à faire le lit des extrémistes radicaux.
Lire aussi La thèse de la radicalisation islamiste du Xinjiang.
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