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›› Chronique
Péninsule coréenne. Brutal dégel entre Pékin et Pyongyang
Alors que les aigreurs s’exacerbent autour de la guerre des taxes sino-américaines et que la Maison Blanche recommence à agiter le chiffon rouge du renforcement des relations militaires et politiques avec Taipei, le dernier contrecoup des stratégies du jeu de quilles de Donald Trump en Asie du Nord-est est le dégel surprise de la relation entre Pékin et Pyongyang.
Il est aussi possible que le soudain changement de la nature des rapports entre la Chine et la Corée du Nord soit un élément de la riposte de Pékin aux pressions stratégiques et commerciales que la Maison Blanche exerce aujourd’hui sur la Chine.
Opacité initiale et communication calibrée.
D’abord laissée dans l’ignorance totale de l’événement par les médias officiels restés muets sur le sujet, le 27 mars, la capitale a appris par les agences étrangères la visite surprise à Pékin de Kim Jong-un, venu en Chine comme son père et son grand-père, à bord d’un train spécial. Selon un schéma classique des visites de Kim Jong Il, la nouvelle a d’abord été diffusée par l’agence japonaise Kyodo News qui, le 26 mars, la tenait de correspondants chinois sur la frontière sino-coréenne ayant vu passer le convoi aux vitres opaques, finalement arrivé à Pékin dans la nuit du 26 au 27 mars.
Ce n’est qu’après le départ du train blindé dans la soirée du 27 mars et au milieu d’intenses spéculations des médias internationaux que Xinhua a diffusé les images d’une réception officielle avec honneurs militaires, banquet d’accueil et spectacle au Palais du peuple de Kim Jong-un et de son épouse Ri Sol-ju par le couple présidentiel chinois Xi Jinping et Peng Liyuan. Les photos datées du 28 mars matin, heure de Pékin, étaient accompagnées d’un commentaire inhabituellement long publié dans le Quotidien du Peuple.
Au cours du banquet auquel assistaient au milieu d’une suite des grands dignitaires du régime le premier ministre Li Keqiang, Wang Hunning, n°5 et idéologue du Parti, Wang Qishan, nouveau vice-président nommé durant la réunion de l’ANP en mars, Yang Jiechi, conseiller d’État et Wang Yi ministre des Affaires étrangères, l’adresse de Xi Jinping et la réponse de Kim Jong-un ont toutes entières résolument tourné la page des tensions.
Kim Jong-un confirme sa bonne volonté.
Après avoir à plusieurs reprises rappelé la proximité historique des deux alliés de la guerre de froide, Xi Jinping, affirmant soutenir la rencontre entre Kim Jong-un et D. Trump, signe de la détente sur la péninsule, a clairement rappelé que l’objectif de la Chine était la dénucléarisation de la péninsule par le dialogue auquel Pékin apporterait sa caution « en coopérant avec toutes les parties ». Au passage il a donné crédit à son hôte d’avoir facilité la détente en cours en proposant un dialogue avec Washington.
Dans sa réponse qui mérite attention, Kim Jong-un, abandonnant sa rhétorique de chantage menaçante, a confirmé les informations communiquées par les envoyés de Seoul à Pyongyang selon lesquelles le régime nord-coréen serait prêt à dénucléariser, conformément, a t-il dit aux souhaits de son grand-père Kim Il-sung et de son père Kim Jong-il. Une affirmation néanmoins spécieuse contredite par l’histoire.
Ajoutant que son but immédiat était la coopération apaisée entre le Nord et le Sud de la péninsule, il précisa cependant que la condition d’une paix durable était que Washington et Séoul reconnaissent et répondent avec bonne foi aux efforts de Pyongyang et qu’en retour ils acceptent de prendre « des mesures progressives et synchrones » pouvant conduire à la paix.
Quel que soit l’angle de vue, ce discours tenu à Pékin au cours d’une visite amicale d’où furent expurgées toutes les tensions bilatérales dont le point d’orgue avait été l’élimination brutale en 2013 à Pyongyang des connexions chinoises du régime nord-coréen, ponctuée par l’exécution de Jang Song-thaek, l’oncle par alliance du dictateur (lire : Purge féroce à Pyongyang. Pékin exaspéré.), constitue un tournant majeur de la situation en Corée.
Cautionné par Xi Jinping, Kim le Troisième trace clairement la route d’une négociation possible pouvant conduire à l’abandon de l’arme nucléaire par Pyongyang en échange d’un traité de paix. En même temps, il place Washington et Séoul face à l’obligation d’une plus grande souplesse à l’égard du régime dont, à la Maison Blanche, les plus radicaux, méfiants des volte-face possibles, ne sont pas disposés à faire preuve.
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Pékin manœuvre pour revenir dans le jeu.
Alors que depuis les JO d’hiver à Pyeongchang la situation s’était décrispée autour des contacts sud-coréens à Pyongyang et de la nouvelle d’un possible sommet Trump – Kim Jong-un, c’est Pékin, courant le risque d’être marginalisé au milieu des réajustements diplomatiques en cours dont cependant personne ne peut prévoir l’issue qui, selon Xinhua, prit l’initiative d’inviter Kim Jong-un.
L’épisode a mis sous le boisseau les récentes remarques du Président chinois ayant décrit les provocations militaires de Kim Jong-un comme « une menace pour la sécurité de la Chine. »
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Rappelons que la visite a eu lieu après une longue suite de tensions entre Washington et Pyongyong autour de 16 tirs missiles dans la seule année 2017 et trois tests nucléaires en huit mois, entre le 6 janvier 2016 et le 3 septembre 2017, le tout émaillé de menaces et d’insultes réciproques. La tension est momentanément retombée quand, le 9 mars, le président américain a par un « tweet » accepté l’offre de dialogue de Kim Jong-un.
Dans le même temps, Pékin, mis sous pression par Washington et de plus en plus embarrassé par la détermination de Kim Jong-un à accéder au statut de puissance nucléaire, a non seulement signé comme à son habitude les résolutions des NU condamnant Pyongyang, mais également augmenté l’efficacité de ses sanctions directes, acceptant pour la première fois de suspendre les livraisons de charbon et de pétrole – il est vrai à chaque fois pour seulement un mois -, respectivement en février et juin 2017.
En septembre 2017, la presse chinoise rendait même compte du blocage des comptes de clients nord-coréens par la Banque pour l’agriculture et la Banque des constructions (Nongye Yinhang 农业银行 et Jianshi Yinhang 建设银行行).
Enfin, tout en restant attentif à ne pas menacer la survie du régime - ses pressions épisodiques étant plus des coups de semonce que de véritables embargos (90% du commerce extérieur de la Corée du Nord se fait toujours avec la Chine) – Pékin continue à affirmer comme Washington et Séoul sa détermination à dénucléariser la péninsule.
En arrière plan la rivalité sino-américaine.
Le dégel qui marque le premier voyage de Kim à l’étranger, replace Pékin dans le jeu, il est vrai seulement à la marge, puisqu’il n’est pas prévu que la Chine participe à aucun des sommets entre Pyongyang, Séoul et Washington.
Il reste qu’au-delà de faciliter l’information de Pékin sur le déroulement de la prochaine rencontre Kim - Trump, le ton de la reprise des contacts bouleverse les lignes récentes de l’ostracisme infligé au régime nord-coréen, lui-même peut-être d’abord animé par le souci de ne pas rester isolé face à D. Trump. Par ailleurs, le nouveau style accommodant de Kim Jong-un, résultat hypothétique des sanctions que les historiens analyseront quand la poussière sera retombée, pourrait s’expliquer par le besoin d’une aide économique d’urgence.
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Surtout la manœuvre chinoise à laquelle s’est prêté Kim Jong-un, offrant par symétrie une ouverture à Xi Jinping, après l’avoir accordée à Donald Trump, rebat les cartes des relations Nord-sud et sino-américaines. Elle oblige désormais Washington à surmonter ses méfiances et à concéder des gestes d’apaisement, sauf à risquer d’apparaître, après en avoir été un des ferments controversés, comme le fossoyeur d’une opportunité inédite de paix sur la péninsule.
Enfin, on ne peut s’empêcher de penser que l’actuelle montée des tensions entre Pékin et Washington à propos de la mer de Chine du sud, de Taïwan et des droits de douane infligés à la Chine par la Maison Blanche aura joué un rôle dans la volonté de Xi Jinping de s’extraire d’un face-à-face réducteur avec Donald Trump dont à Pékin, au-delà des discours convenus sur la contribution chinoise à la paix, chacun voit bien que le commerce peut être, par ses outrances et ses provocations, à la fois iconoclaste et délétère pour la prévalence chinoise en Asie du Nord-est.
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