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›› Société

Mises en garde occidentales contre la force intrusive des réseaux sociaux chinois

Alors que le président Xi Jinping a, le 25 septembre dernier, inauguré sous une avalanche de superlatifs, le très remarquable nouvel aéroport de la capitale chinoise à Daxing, 50 km au sud de Pékin (voir notre article : Le très beau et très vaste nouvel aéroport de Daxing.) plusieurs grands journaux anglo-saxons, dont le New-York Times, Bloomberg et The Guardian sont revenus sur le risque de contagion hors de Chine de la norme politique chinoise véhiculée par la puissance invasive des réseaux sociaux.

Au cœur du soupçon : « ByteDance - 字节跳动 – littéralement : la danse des octets ». Créé en 2012 par Zhang Yiming, 36 ans, diplômé de micro-électronique, titulaire d’une licence d’architecture de logiciels de l’Université de Tianjin et ancien de Microsoft, ByteDance utilise pour une de ses applications musicales baptisée Tik Tok, un logiciel articulé à l’apprentissage automatique déjà exploré par Google et Microsoft dont le but est la reconnaissance à des fins commerciales de la parole, de l’image et des sons.

Souci connexe, certains parents s’inquiètent de l’influence néfaste du site TIK TOK développé par ByteDance de mise en ligne de fonds musicaux pour vidéo-clips. Incitant souvent les adolescentes à adopter des poses lascives stéréotypées, l’application, dit Pauline Vallée sur Télérama, entretient chez ce public en pleine construction identitaire, une hypersexualisation tendancieuse. Sans compter que leur exhibition peut en faire la cible de prédateurs pédophiles, également utilisateurs du site.

Zhang Yiming et son « réseau musical intelligent »

A la clé de ces projets, la puissance despotique des algorithmes et des logiciels cherchant à simuler le cerveau humain qui ne s’en approchent cependant que de très loin. Avec toujours des lacunes nécessitant l’intervention humaine.

Dans le domaine de la « reconnaissance », ces machines, même celles dotées d’une capacité d’apprentissage automatique - « machine learning » - ne sont pour l’instant parvenues qu’à détecter des formes, des sons et, à la rigueur, des situations simples.

Le « trou noir », reste la conscience. Un article du journal Les Échos de février 2018, résumait ces lacunes souvent passée sous silence : « Quel que soit leur domaine, les chercheurs s’accordent sur un point : ce n’est pas une question de puissance de calcul. "Et un ordinateur quantique ne serait pas plus conscient“, ajoute Pierre Uzan, professeur de philosophie à l’université Paris Diderot et auteur de “Conscience et physique quantique (Vrin, 2017) ».

Appuyant sa publicité sur la mode de la puissance supposée de l’Intelligence Artificielle très en vogue en Chine, Zhang Yiming a, en septembre 2016, lancé, sur le concept d’un réseau social une application de partage de vidéos devenue « virale » aux États-Unis et dans le monde. Baptisée Tik Tok, son nom chinois est Douyin : 抖音短视频 - Dǒuyīn duǎnshìpín, littéralement «  vibrato en courte vidéo ».

Utilisée par 1 milliard d’adeptes dans le monde (doublement en une année) Tik Tok a fait exploser la valorisation de ByteDance qui, fin 2018, atteignait 75 Mds de $, faisant aussi de Zhang la 9e fortune mondiale à 13 Mds de $.

Appuyée par l’engouement narcissique pour les vidéos musicales et la création par les adeptes de leurs propres « clips » de 60 secondes, partagés en ligne où ils se filment eux-mêmes chantant en play-back, Tik Tok, version musicale de Facebook et principal réseau social de ce type en Asie, utilise pour augmenter son audience, - pour l’instant avec un succès foudroyant -, un logiciel de reconnaissance de sons, identifiant les goûts musicaux des utilisateurs.

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Un engouement irrésistible et des contrefeux.

La force virale du concept devenu un phénomène social de grande ampleur attisé par l’addiction des adeptes a suscité des contrefeux dans plusieurs pays. Le 17 avril dernier, le gouvernement indien a annoncé son intention d’interdire l’accès à l’application qu’elle accuse de propager des contenus npornographiques.

En juillet, au Royaume Uni, la ministre de l’Information Elisabeth Denham annonçait qu’une enquête était en cours depuis février pour vérifier que les données concernant des adolescents mineurs n’étaient pas utilisées illégalement par Tik Tok posant le risque de favoriser la pédophilie.

Aux États-Unis, un juge fédéral qui a ordonné la suppression de plus de 6 millions de vidéos a infligé à la société une amende de 5,7 millions de $ pour avoir collecté les données personnelles d’enfants de moins de 13 ans, sans le
consentement des parents.

Entre temps, le 2 mai, le New-York Times avait publié un article d’opinion signé Nick Frisch dont les termes étaient repris par le Guardian et Bloomberg, intitulé « Nous devrions nous inquiéter de ce que la Chine fait de certaines applications telles Tik Tok (Douyin) qui sont des innovations “illibérales“ destinées à investir son marché domestique, mais de plus en plus populaire à l’étranger  ».

En bref, son idée maîtresse est que les « pulsions répressives du Parti communiste et l’influence qu’il exerce sur le secteur des hautes technologies et leurs innovations ayant une portée transfrontière, peuvent défier les valeurs libérales des démocraties.

Soit parce qu’elles véhiculent la propagande du régime : Il cite un clip diffusé sur « Douyin » par un adepte du site chantant les vertus de la politique du Parti Communiste au Xinjiang.

Soit parce qu’elles portent le risque d’une contagion répressive sans mesure : « Si votre visage apparaît à l’arrière-plan d’un “clip“ TikTok d’une autre personne filmée en Europe ou aux États-Unis, sera-t-il enregistré et fiché à l’aide d’un logiciel de reconnaissance faciale depuis Shanghai ?  ».

Après avoir reconnu que les États-Unis abusent eux-mêmes pour des raisons politiques ou commerciales, des technologies intrusives de surveillance, ouvrant de vastes opportunités d’écoute aux espions américains partout dans le monde, l’article revient à l’essentiel des « différences systémiques  », arrière-plan des inquiétudes de l’auteur qui s’inscrivent dans un courant de pensée de plus en plus critique de la Chine.

Quels risques, quelle urgence ?

Nick Frish dénonce « Alors qu’aux États-Unis le contenu des courriers électroniques est protégé par le quatrième amendement et que son accès est contrôlé par la justice, en Chine, les pouvoirs publics s’arrogent le droit de pénétrer sans le moindre contrôle judiciaire dans les boîtes mail ».

Il ajoute la réflexion générale qui s’impose à tout observateur lucide. « Alors que les utopistes avaient cru que l’emprise globale des nouvelles technologies de l’information favoriserait la promotion des libertés et de la transparence, c’est le contraire qui se produit. »

Ajoutons que la Chine se situe à la croisée de ces inquiétudes globales. On y perçoit en effet a la fois l’affirmation politique anti-occidentale opposée aux critères démocratiques de séparation des pouvoirs et de respect des droits et l’engouement sans retenue pour l’utilisation des caméras de surveillance connectées aux logiciels développés par l’intelligence artificielle,

La vérité oblige à dire que la priorité accordée par la Chine aux nouvelles technologies, ajoutée à la culture politique de surveillance des masses, sur fond de prétention chinoise à l’universalité, elle-même portée par la capacité transfrontière d’internet, dessine une « masse critique  » de circonstances justifiant les inquiétudes.

*

Faut-il pour autant sonner le tocsin ? Ou suffirait-il de s’astreindre à moins de naïveté et à plus de vigilance ? Pour l’heure le bilan de la diffusion par téléchargements de l’application Douyin montre qu’elle est très minoritaire par rapport aux applications américaines.

En prenant l’exemple témoin des États-Unis où l’application Douyin est la plus active en Occident, on constate, selon le NYT, qu’entre septembre 2017 et décembre 2018, sur le total des chargements d’applications, la part de Douyin ne représente que 4%. L’heure n’est donc pas encore aux alarmes d’un branle-bas.

Même en Chine, la proportion des téléchargements de Douyin par rapport aux autres applications chinoises ne dépasse pas 10%. Au passage, en Chine, la censure n’autorise aucune application non chinoise.

Mais sachant que pour les raisons développées plus haut, la popularité de Tik Tok augmentera dans un futur proche et que le nombre de téléchargements ne préjuge pas du nombre d’utilisateurs, le moment est celui de la vigilance.

 

 

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