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Chine – États-Unis. Mise en scène d’un armistice commercial. Le diable est dans les détails
La parole de Kissinger a peut-être pesé. Le 22 novembre dernier à Pékin, il avait mis en garde. Si les deux ne contrôlaient pas mieux leur rivalité stratégique – fond de tableau désormais irréfutable de leur relation -, ils glisseraient inexorablement vers un conflit aux conséquences plus graves que « celles des deux guerres mondiales qui ruinèrent la civilisation européenne ».
« L’essentiel » a t-il rappelé est que Washington et Pékin définissent leurs « lignes rouges » et l’espace qu’ils sont prêts à négocier. Compte tenu des précédentes volte-faces que Pékin attribue à la Maison Blanche sans cependant évoquer les réticences chinoises à faire évoluer son schéma socio-économique vers un meilleur respect des règles du marché, nul ne sait où mènera la trêve que les deux viennent de conclure.
« Tout en faisant preuve de souplesse, nous ne ferons aucune concession sur la question des principes » avait annoncé Xi Jinping lors de la précédente embellie de la relation à l’été dernier.
Au milieu de l’affichage des satisfactions, Dan Wang d’origine chinoise formée aux États-Unis analyste à « l’Economic Intelligence Unit » basée à Londres lui a fait écho :
« C’est peut-être la fin de l’acte 1, mais pas celle des négociations commerciales. Pour sa croissance, la Chine continuera de s’appuyer sur les politiques industrielles et sur le secteur public. Le rôle des entreprises d’État sera renforcé, et non pas affaibli. Alors que le pays est confronté à une récession économique, les marges d’ouverture sont limitées ».
Dans ces conditions il est plus prudent de parler de « suspension des hostilités ». Du coup le doute surgit sur la qualité des accommodements conclus.
Pour autant, une chose est sûre, Xi Jinping et D. Trump avaient l’un et l’autre clairement manifesté une humeur inclinant à la recherche d’un apaisement. Au-delà des mises en garde apocalyptique de Kissinger, les deux économies souffrent.
Même les Chinois ne le cachent plus. Selon les dernières statistiques nationales publiées le 27 novembre, par rapport à 2018, les profits industriels ont baissé de 5,3% en septembre et de 9,9% en octobre. Le freinage s’accompagne d’une baisse sérieuse des investissements et d’une contagion de délocalisations. Lire : Assainissement des finances, effets de la guerre commerciale et impact du crédit social des entreprises.
Quant aux industriels américains, ils se plaignent depuis longtemps de l’effet délétère sur leurs sous-traitants et sur les prix, conséquences des taxes infligés aux produits chinois. Pour Trump déjà en campagne électorale, récupérer autant que possible les voix des hommes d’affaires est essentiel.
C’est bien la raison pour laquelle, le 27 novembre, il n’a signé le « Hong Kong Democracy Act » qu’avec réticence. « Ça n’arrange rien » avait-il dit après la signature.
La Maison Blanche avait accompagné ces réticences d’un communiqué sibyllin glosant sur la bonne relation de D. Trump avec le Président avec Xi Jinping, dont il n’est cependant pas certain que le n°1 chinois l’ait apprécié à sa juste mesure : « J’ai signé le décret par respect pour le président Xi, la Chine et le peuple de Hong Kong, dans l’espoir que les responsables chinois et de Hong Kong régleront à l’amiable leurs différends pour le bénéfice de la paix et de la prospérité à long terme pour tous. »
Affichages et prises de position officielles.
Pour l’instant tenons nous en aux déclarations publiques.
Washington a annulé les nouvelles taxes portant sur 156 milliards de dollars d’exportations chinoises aux USA - y compris les téléphones portables, les jouets et l’électronique grand public – dont l’entrée en vigueur était prévue le 15 décembre. Les droits de douane portant sur 120 Mds de $ de produits déjà taxés seront réduits de 15 à 7,5%.
En revanche des droits à hauteur de 25% continueront à s’appliquer sur 250 Mds d’équipements majeurs entrant aux États-Unis notamment les machines outils et les composants électroniques.
Selon Robert Lighthizer, Pékin aurait en échange accepté d’augmenter ses achats agricoles annuels aux États-Unis de 32 milliards de dollars. La hausse porterait le total des achats de produits agricoles à 40 milliards de dollars par an, avec la promesse de les augmenter à 50 milliards.
Selon le WSJ, M. Lighthizer a également déclaré que la Chine avait pris des engagements spécifiques sur la propriété intellectuelle, y compris la contrefaçon, les questions de brevets et de marques et les droits pharmaceutiques. Toujours selon Lighthizer, Pékin s’est également engagé à mettre un terme aux transferts forcés de technologies par les entreprises américaines entrant sur le marché chinois.
Sous réserve que soient réglées les questions juridiques, et celles de la conformité des traductions, la signature officielle de l’accord devrait avoir lieu entre Lighthizer et Liu He, début janvier. Le pacte entrerait en vigueur 30 jours plus tard.
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L’avenir est incertain.
A Washington l’accord est présenté comme une 1re phase. La suite est une « bouteille à l’encre ». Lighthizer lui-même reconnaît que les négociations futures sur l’ouverture des marchés encore fermés seront plus difficiles. Il a raison.
Surtout s’il s’agit de provoquer comme certains aux États-Unis l’espèrent, une mutation du système socio-économique chinois, où la séparation des affaires et de la politique est un leurre.
Cité par le WSJ, Mark Hamrick, analyste chez Bankrate.com. (services financiers en ligne) rappelle que « le diable est dans les détails » (…), laissant entendre qu’au-delà des paroles, il faudra attendre les actes. « Nous attendons plus d’informations sur les achats chinois de produits agricoles, la protection de la propriété intellectuelle, les transferts de technologie et l’accès au secteur financier chinois. »
Pour autant, Wang Shuwen n°2 du ministère du commerce et adjoint de Liu He pour les négociations a confirmé que les deux avaient conclu un projet d’accord en neuf points couvrant, entre autres, la propriété intellectuelle, les transferts de technologie et les produits agricoles.
Quant à Liao Min du bureau de la Commission centrale des affaires financières et économiques, il a déclaré que la Chine envisagerait également de ne pas appliquer les tarifs précédemment prévus pour le 15 décembre sur les produits américains « à condition que Washington tienne ses promesses » (…). « La suppression des tarifs est la principale préoccupation de la Chine », a-t-il ajouté.
Par là, il confirmait que la guerre commerciale avait un impact préoccupant sur l’économie chinoise.
Raidissements du Waijiaobu et hostilités américaines
S’exprimant à un symposium à Pékin, Wang Yi, le Ministre n’a pas mentionné l’embellie commerciale. En revanche, revenant à l’essentiel de la discorde, il a accusé les États-Unis d’avoir « gravement endommagé la confiance mutuelle construite au prix de longs efforts entre les deux pays. »
Évoquant le Hong Kong Democracy Act et les prises de postions américaines à propos du Xinjiang, il a reproché à Washington d’avoir « calomnié la Chine ». (…) « Nous n’accepterons jamais les soi-disant sanctions unilatérales et les actes d’intimidation. »
Pour ne rien arranger, aux États-Unis, la mouvance anti-chinoise qui rassemble des politiques de tous bords accuse la Maison Blanche de laxisme.
« Relâcher la pression douanière sur la Chine revient à renoncer à la principale arme permettant d’obtenir un accord plus large sur les questions les plus importantes », dit en substance le 12 décembre, dans un tweet le sénateur républicain Rubbio, l’un des plus fervents appuis de la politique chinoise de D. Trump.
Le même jour, trois sénateurs démocrates dont Chuck Schumer de Sénateur de New York, signaient une lettre ouverte à D. Trump prévenant avec emphase que « tout accord n’incluant pas de changements significatifs dans la façon dont la Chine structurait son économie serait inacceptable pour le peuple américain. »
Ajoutant à l’ambiance de méfiances réciproques, la semaine précédant l’accord, l’exécutif américain a discrètement expulsé deux responsables de l’ambassade de Chine qui s’étaient rendus sans autorisation sur une base militaire sensible en Virginie. Le New-York Times, précisait que les expulsions étaient les premières de diplomates chinois soupçonnés d’espionnage depuis plus de 30 ans.
Enfin, le 5 décembre, Pékin ordonnait aux administrations de ne plus utiliser des équipements informatiques et logiciels étrangers. La mesure était une riposte aux consignes de la Maison Blanche à ses administrations de limiter l’usage d’équipements chinois.
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Mais dans un article du 13 décembre, le Wall Street Journal qui n’a jamais manifesté un engouement particulier pour D. Trump, prenait sa défense : « M. Trump a fait plus pour lutter contre la mauvaise foi commerciale de la Chine que n’importe quel président précédent. Avec intelligence, il prend du recul pour tester la détermination de Pékin à respecter ses nouveaux engagements. » (…)
« L’accord aidera également les réformateurs chinois à mettre en œuvre les changements structurels destinés à corriger les faiblesses économiques chinoises. Si la mouvance mercantiliste chinoise bloquait la réforme, M. Trump ou son successeur [1] pourrait en réviser les termes. »
En attendant, dit le WSJ, « M. Trump fait preuve de bonne foi en donnant à la Chine une chance de montrer qu’elle peut respecter les règles d’un commerce mondial honnête. »
Contrepied aux méfiances : un assaut réciproque de bonne foi.
Le 13 décembre une longue dépêche de Xinhua reprenait les termes de l’accord et le contenu des 9 points : 1) Préambule ; 2) Droits de propriété intellectuelle ; 3) Transferts de technologie ; 4) Achat par la Chine de produits alimentaires et agricoles ; 5) Services financiers ; 6) Taux de change et transparence ; 7) Augmentation des échanges commerciaux ; 8) Évaluation bilatérale périodique ; 9) Règlement des différends.
Le commentaire précisait à l’intention du public chinois que l’accord était en phase avec les intentions réformistes et d’ouverture de la direction chinoise et la volonté du régime d’améliorer la qualité de la modernisation.
Toujours selon Xinhua, « la mise en œuvre de l’accord contribuera à renforcer la protection des droits de propriété intellectuelle, à améliorer l’environnement des affaires, à élargir l’accès aux marchés, à mieux protéger les droits et intérêts légitimes de toutes les entreprises, y compris les entreprises étrangères en Chine » (...) ;
« Elle contribuera aussi à protéger les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises dans leur économie. et les activités commerciales avec les États-Unis. »
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La dépêche s’achevait par une profession de foi homothétique de celle attribuée à D. Trump par le WSJ. Prenant le contrepied des méfiances du Waijiaobu, elle s’efforçait d’instiller l’espoir que la relation bilatérale allait entrer dans une phase plus positive.
« Avec l’expansion du marché intérieur, les entreprises chinoises importeront davantage de biens et de services compétitifs et de haute qualité, y compris des États-Unis. Elles le feront en vertu des règles de l’OMC et du marché (...)
« L’augmentation des importations est propice à la relance de la consommation du pays et à la satisfaction des besoins croissants des Chinois pour une vie meilleure. (...)
« L’accord aidera les deux pays à renforcer leur coopération économique et commerciale, à gérer, contrôler et résoudre efficacement les différends et à promouvoir le développement régulier des relations économiques et commerciales bilatérales.(...)
« Alors que l’économie mondiale fait face à des pressions à la baisse, l’accord renforcera la confiance des marchés, et créera un environnement favorable aux opérations économiques, commerciales et financières. »
On ne saurait mieux dire. Mais le « Diable est dans le détails ». En Chine il est embusqué dans le schéma socio-économique du pays où les groupes publics subventionnés sont des pourvoyeurs d’emplois. Aux États-Unis, il se nourrit d’une méfiance anti-chinoise dont la virulence traverse toute la classe politique.
Note(s) :
[1] La nuance renvoie aux incertitudes pesant sur l’avenir politique de D. Trump, mis en accusation par la Chambre des représentants le 18 décembre pour « abus de pouvoir » et « entrave à la bonne marche du Congrès ».
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