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Chine – États-Unis. Mise en scène d’un armistice commercial. Le diable est dans les détails

La photo (AP) date du 31 juillet 2019. Prise au centre de conférences de Xijiao à Shanghai, elle montre le représentant américain pour le commerce Robert Lighthizer au centre flanqué de Steve Mnuchin, secrétaire d’État au Trésor. Ils sont en discussion animée avec Liu He, le négociateur chinois proche du président Xi Jinping.

Le 13 décembre les trois ont conclu un accord dit de « 1re phase » dont la valeur est « intérimaire ». Washington et Pékin dont des économies souffrent ont conclu une « trêve des taxes » souhaitée par la Maison Blanche et attendue par les Chinois.

Il reste à savoir si Pékin acceptera de modifier son système socio-économique articulé à la prévalence des groupes publics, cœurs de l’offre d’emploi et de la stabilité sociale. Bien que Pékin ait promis d’y remédier, des incertitudes subsistent également à propos du viol de la propriété intellectuelle et des transferts forcés de technologies imposés aux entreprises américaines entrant sur le marché chinois.


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La parole de Kissinger a peut-être pesé. Le 22 novembre dernier à Pékin, il avait mis en garde. Si les deux ne contrôlaient pas mieux leur rivalité stratégique – fond de tableau désormais irréfutable de leur relation -, ils glisseraient inexorablement vers un conflit aux conséquences plus graves que « celles des deux guerres mondiales qui ruinèrent la civilisation européenne ».

« L’essentiel » a t-il rappelé est que Washington et Pékin définissent leurs « lignes rouges » et l’espace qu’ils sont prêts à négocier. Compte tenu des précédentes volte-faces que Pékin attribue à la Maison Blanche sans cependant évoquer les réticences chinoises à faire évoluer son schéma socio-économique vers un meilleur respect des règles du marché, nul ne sait où mènera la trêve que les deux viennent de conclure.

« Tout en faisant preuve de souplesse, nous ne ferons aucune concession sur la question des principes » avait annoncé Xi Jinping lors de la précédente embellie de la relation à l’été dernier.

Au milieu de l’affichage des satisfactions, Dan Wang d’origine chinoise formée aux États-Unis analyste à « l’Economic Intelligence Unit » basée à Londres lui a fait écho :

« C’est peut-être la fin de l’acte 1, mais pas celle des négociations commerciales. Pour sa croissance, la Chine continuera de s’appuyer sur les politiques industrielles et sur le secteur public. Le rôle des entreprises d’État sera renforcé, et non pas affaibli. Alors que le pays est confronté à une récession économique, les marges d’ouverture sont limitées ».

Dans ces conditions il est plus prudent de parler de « suspension des hostilités ». Du coup le doute surgit sur la qualité des accommodements conclus.

Pour autant, une chose est sûre, Xi Jinping et D. Trump avaient l’un et l’autre clairement manifesté une humeur inclinant à la recherche d’un apaisement. Au-delà des mises en garde apocalyptique de Kissinger, les deux économies souffrent.

Même les Chinois ne le cachent plus. Selon les dernières statistiques nationales publiées le 27 novembre, par rapport à 2018, les profits industriels ont baissé de 5,3% en septembre et de 9,9% en octobre. Le freinage s’accompagne d’une baisse sérieuse des investissements et d’une contagion de délocalisations. Lire : Assainissement des finances, effets de la guerre commerciale et impact du crédit social des entreprises.

Quant aux industriels américains, ils se plaignent depuis longtemps de l’effet délétère sur leurs sous-traitants et sur les prix, conséquences des taxes infligés aux produits chinois. Pour Trump déjà en campagne électorale, récupérer autant que possible les voix des hommes d’affaires est essentiel.

C’est bien la raison pour laquelle, le 27 novembre, il n’a signé le « Hong Kong Democracy Act » qu’avec réticence. « Ça n’arrange rien » avait-il dit après la signature.

La Maison Blanche avait accompagné ces réticences d’un communiqué sibyllin glosant sur la bonne relation de D. Trump avec le Président avec Xi Jinping, dont il n’est cependant pas certain que le n°1 chinois l’ait apprécié à sa juste mesure : « J’ai signé le décret par respect pour le président Xi, la Chine et le peuple de Hong Kong, dans l’espoir que les responsables chinois et de Hong Kong régleront à l’amiable leurs différends pour le bénéfice de la paix et de la prospérité à long terme pour tous. »

Affichages et prises de position officielles.

Le 13 décembre tard dans la soirée Wang Shuwen, vice-ministre du commerce confirmait l’accord intérimaire. Selon ses termes, il s’agissait « d’une première phase aux implications très vastes ». Sa déclaration venait après un silence réservé de la partie chinoise, contrastant avec l’enthousiasme de la Maison Blanche. Le décalage avait suscité le scepticisme général des commentateurs (photo Jason Lee/Reuters).


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Pour l’instant tenons nous en aux déclarations publiques.

Washington a annulé les nouvelles taxes portant sur 156 milliards de dollars d’exportations chinoises aux USA - y compris les téléphones portables, les jouets et l’électronique grand public – dont l’entrée en vigueur était prévue le 15 décembre. Les droits de douane portant sur 120 Mds de $ de produits déjà taxés seront réduits de 15 à 7,5%.

En revanche des droits à hauteur de 25% continueront à s’appliquer sur 250 Mds d’équipements majeurs entrant aux États-Unis notamment les machines outils et les composants électroniques.

Selon Robert Lighthizer, Pékin aurait en échange accepté d’augmenter ses achats agricoles annuels aux États-Unis de 32 milliards de dollars. La hausse porterait le total des achats de produits agricoles à 40 milliards de dollars par an, avec la promesse de les augmenter à 50 milliards.

Selon le WSJ, M. Lighthizer a également déclaré que la Chine avait pris des engagements spécifiques sur la propriété intellectuelle, y compris la contrefaçon, les questions de brevets et de marques et les droits pharmaceutiques. Toujours selon Lighthizer, Pékin s’est également engagé à mettre un terme aux transferts forcés de technologies par les entreprises américaines entrant sur le marché chinois.

Sous réserve que soient réglées les questions juridiques, et celles de la conformité des traductions, la signature officielle de l’accord devrait avoir lieu entre Lighthizer et Liu He, début janvier. Le pacte entrerait en vigueur 30 jours plus tard.


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