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›› Chronique
La France et l’électro-nucléaire à Taiwan
Question Chine a demandé à Wei YanNian de se livrer à un exercice de
réflexion politico-industrielle qui combine des éléments souvent mal compris, en particulier en France :
1. Les relations au travers du Détroit de Formose entre la Chine et Taiwan,
2. Une histoire de l’électro-nucléaire taïwanais, et de ses relations avec la
France,
3. Le destin des combustibles nucléaires usés de Taiwan, et des déchets
nucléaires (qui sont une catégorie à bien distinguer des combustibles usés).
L’exercice imposé à notre chroniqueur aux accents rabelaisiens qui, au
passage, règle à coups de pieds ses comptes avec nombre de médiocres et traitres ayant sabordé les intérêts français, était de présenter sa chronique sous la forme d’un rapport destiné à ceux des responsables des dossiers électronucléaires français qui sont directement concernés, chez l’industriel Orano, comme dans ses tutelles.
QC imaginait aussi un destinataire pour information, la Direction d’Asie
du Quai ayant à l’époque des faits manifestement perdu en route l’indispensable esprit fédérateur entre les intérêts économiques, les impératifs financiers, les stratégies commerciales et la diplomatie.
En ces temps où se perd la mémoire historique pourtant condition de la
compréhension subtile des situations et prérequis indispensable à l’élaboration de solutions intelligentes, ce travail inédit offre un panorama complet d’une expérience française originale commencée de manière insolite et délétère – mais il y a prescription - avec un atelier de plutonium dans un centre de recherches militaires taïwanais que Washington a fait fermer.
Le texte, assorti de savoureuses digressions culinaires, assassine les judas,
les sournois et les perfides. Mais il ne manque pas de rendre hommage à tous ceux, Français et Américains, diplomates, agents secrets, banquiers et industriels, ayant, au fil des années, prêté main forte à René Viénet, le pittoresque et truculent représentant des intérêts nucléaires français dans l’Île, de 1980 à 1998.
Possédant une longue expérience des mentalités et de la culture chinoises, à cheval sur le détroit de Taïwan, il portait - il porte toujours, même après tant d’années - un projet ayant la double caractéristique de l’utopie politique et de l’évidence industrielle raisonnable et économiquement rentable.
La simplicité théorique de l’entreprise et son évidence sautent aux yeux : rassembler les deux rives du Détroit autour des impératifs écologiques et de sûreté du retraitement des combustibles usés taïwanais et in fine des déchets nucléaires issus de ce recyclage, et de l’élan du nucléaire civil de la Chine continentale en quête de combustible pour ses centrales.
Par les temps qui courent où la situation entre les deux rives se tend dangereusement, la vertu d’une telle coopération sur le sujet crucial de l’énergie nucléaire est enthousiasmante.
Ajoutons que les astres sont à ce point alignés que même le pouvoir indépendantiste taïwanais, pourtant férocement anti-nucléaire, pourrait trouver un avantage à débarrasser l’Île de ses combustibles nucléaires usés dangereusement accumulés, de plus dans des zones surpeuplées.
Alors que Paris semble engagé dans une négociation sans fin avec Pékin pour la construction de ses propres installations de recyclage (l’équivalent chinois de La Hague), le projet auquel il est évident que les experts français pourraient contribuer à un haut niveau opérationnel et technique, offrirait un appel d’air salutaire à la coopération nucléaire franco-chinoise enlisée depuis qu’en 2016 Pékin a fait certifier à l’export son réacteur HuaLong-1 à eau pressurisée.
Bien sûr, pour mener à bien un tel projet dans une zone stratégiquement sensible, au cœur même des postures de souveraineté figées de chaque côté du Détroit qui, à vrai dire, rendent aujourd’hui l’entreprise aléatoire, il y aurait deux impératifs.
Le premier - à l’extrémité française - est la maîtrise, la subtilité et la souplesse des acteurs, capables d’une intelligence fine et lucide des situations.
Le deuxième serait de tenir à distance la longue cohorte des saboteurs, dénoncés et fustigés par Wei YanNian qui, pour une variété de raisons toutes irrecevables (ego surdimensionné, jalousie, perversité destructrice, esprit courtisan, rivalités de chapelles et goût immodéré pour les cercles vicieux), s’ingénient à torpiller les projets vertueux et les intérêts français.
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En attendant que chacun retrouve un peu de sagesse, Wei YanNian propose une solution intérimaire du transport et de l’entreposage (selon une méthode éprouvée, en particulier en Suisse) sur un site facilement accessible par la mer, la zone plate littorale, du sud de l’Île, où le terrain est non seulement largement disponible mais appartient déjà à l’électricien de Taiwan et est référencé pour l’électronucléaire : celui adjacent aux deux réacteurs de MaAnShan.
Si les habituels démolisseurs des intérêts français, ordonnateurs infatigables des querelles picrocholines de l’administration ne s’en mêlent pas, la France pourrait y prendre sa part en proposant son expertise du transport des combustibles usés.
François Danjou
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Cette synthèse a un objectif industriel à court et moyen terme, mais elle est également historique, pour ne rien négliger de la relation entre les tenants les plus anciens et les aboutissants actuels et futurs.
Où ? Quand ? Pourquoi Comment ? Premiers succès, opportunités gâchées et espoirs.
Elle démarre en 1973, pour déboucher sur des questions pendantes, ouvertes sur l’avenir, en précisant les enjeux - pour la France - dans un contexte bien connu d’un gouvernement taïwanais très hostile à l’électro-nucléaire. C’est la réalité dont il faut partir aujourd’hui, sans en être inutilement grognon, ni particulièrement pessimiste comme cette note vise à le démontrer.
Depuis une quarantaine d’années, six réacteurs ont fourni (dans des conditions très avantageuses économiquement, sans incident ni pollution) plus du quart de la consommation électrique des 23 M d’habitants de l’île, d’une surface proche de celle de la Belgique.
Huit réacteurs ont été construits, mais deux sont sous Cellophane, et six seulement ont été reliés au réseau. Désormais deux seulement, dans le Sud de l’île - à MaAnShan - sont exploités. Les quatre réacteurs du Nord de l’île sont en fin de vie et doivent être démantelés. La question la plus sensible est celle du devenir à court-terme de leurs combustibles usés, qui sont entreposés dans les piscines annexes de chaque réacteur, sur-saturées au-delà du raisonnable.
Pendant plus de vingt de ces quarante années, de 1987 à 2013, la France a fourni - avec profit - un bon tiers de l’uranium enrichi nécessaire à ces six tranches : 4 réacteurs BWR et 2 réacteurs PWR.
Le contexte de cet article est celui de la récente réélection de (Mme) Tsai YingWen à la présidence de la République de Chine (Taiwan), et des importantes opportunités pour la France à court et moyen terme — malgré et (en fait) à cause de l’opposition totale à l’énergie nucléaire du gouvernement DPP, de sa majorité absolue à l’assemblée législative, et de la présidente elle-même.
« Comment s’en débarrasser ? » est la question fondamentale des anti-nucléaires au pouvoir, tant pour le démantèlement des quatre réacteurs du Nord de l’île des tranches ChinShan (réacteurs 1 & 2), KuoSheng (3 & 4), que l’évacuation préalable des combustibles usés de ces quatre réacteurs BWR.
Le démantèlement ne pose pas de problèmes compliqués ni véritablement sensibles, à la condition que les combustibles usés soient préalablement évacués, et pas remisés sur place - dans un illusoire « entreposage à sec sur site » - qui sortirait ces combustibles usés de l’eau des piscines, mais les laisserait au milieu d’une vaste agglomération et gênerait considérablement le démantèlement.
Soit environ 4 000 tonnes, dont plus de 95% sont réutilisables sous forme de MOX, c’est à dire un combustible frais réemployant l’uranium et le plutonium issues du retraitement (mais pas à Taïwan, qui a renoncé à la produire de l’électricité d‘origine nucléaire, et a mis sous cellophane les réacteurs 7 & 9, construits, opérationnels, mais jamais mis en service).
Il y a donc actuellement à Taïwan (dans un rayon de 20 km d’un bassin de population de 6 M d’habitants, où ce n’est pas leur place) une quarantaine de tonnes de plutonium contenues dans ces 4 000 tonnes de combustibles usés — qui ne sont donc pas des déchets, mais contiennent 3 à 4 % de produits de fission, sans usage, donc de réels déchets, très radioactifs et à vie très longue.
Il faut se souvenir que les combustibles usés dégagent de la chaleur et doivent être refroidis, de manière passive quand l’entreposage est à sec, sinon de manière active, et vigilante, s’ils sont entreposés dans des piscines.
C’est faute de refroidissement des combustibles des réacteurs que l’accident de Fukushima a démarré dans le cœur même des réacteurs puis a dégénéré dans les piscines, enfin est devenu une véritable catastrophe. Au tsunami s’était ajoutée la carence des générateur diésel de secours inondés, car installés sous la hauteur de précaution.
Paradoxe français et hostilité diplomatique
Ne sont évoqués ci-après que les aspects civils, énergétiques, du nucléaire dans l’île ; ne le sont pas les aspects médicaux de l’usage de l’atome, ni militaires.
Pour autant, puisqu’il s’agit de l’interface avec l’industrie française, et pour ne pas avoir à y revenir, rappelons brièvement que les premières synapses entre la France et Taïwan dans ce domaine furent - dans un contexte d’absence de relations diplomatiques, via un contrat portugais - la fourniture par St-Gobain Nucléaire (SGN) d’un élément essentiel de l’arme atomique, la technologie du plutonium militaire.
L’ingénieur français, Patrick Cantin, qui travailla à ce projet pendant trois années, de 1973 à juin 1975, à LungTan, au sein de l’Institut militaire ChungShan, confronte en ce moment ses souvenirs avec les archives disponibles, dans la perspective d’une publication sur ce sujet largement oublié (Cf. l’article dans QuestionChine avril 2018, repris dans la revue Commentaire n°166, 2019).
Washington après avoir discrètement acquiescé à la fourniture (sans doute même après l’avoir secrètement encouragée) décida de faire fermer cet atelier de plutonium fourni par la France, qui fut donc démantelé, puis plus récemment complètement dépoussiéré.
Mais l’institut militaire ChungShan avait discrètement dupliqué cette technologie quelques km plus loin. Pas vraiment clandestinement car le responsable de cet atelier B était un correspondant de la CIA.
En 1987, après son ex-filtration, Washington exigera de faire couler dans le labo souterrain des centaines de tonnes de béton. Ce sera la fin des rêves de dissuasion nucléaire de Taiwan — à laquelle la France s’était discrètement mais amicalement prêtée.
A la même époque, l’entreprise française CERCA (la Franco-Belge de fabrication de combustible) fournissait de son côté aux chercheurs taiwanais un atelier pilote de fabrication de combustibles nucléaires PWR, une sorte de modèle réduit des grappes de crayons du combustible des réacteurs développés par W (Westinghouse) et adoptés par le gouvernement français pour son programme électrique avec le succès que l’on connaît par Framatome (plus d’une cinquantaine de réacteurs en France, où l’électricité est à 80% d’origine nucléaire).
Cet atelier CERCA était un projet non-militaire, civil, intéressant. Mais il ne sera jamais véritablement développé, l’électricien Taipower (TPC) ne souhaitant pas qu’une entreprise taïwanaise puisse espérer fabriquer ses combustibles, préférant acquérir ses grappes de crayons de combustibles de fournisseurs étrangers - éprouvés et expérimentés - soumis à des pénalités lourdes en cas de fournitures défectueuses.
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Quand Air France se prenait pour la France
Plein d’espoirs, quelque peu illusionné par ces deux contrats, dont celui du discret atelier de plutonium (et de son double clandestin), le gouvernement de Taipei proposa à Framatome, vers 1979, que les tranches 7 & 8 du programme de l’électricien taïwanais Taipower (TPC = Taiwan Power Company) soient négociées en gré à gré - de manière avantageuse pour la France - en échange des droits de trafic de China Airlines entre Taipei et Paris, avec l’usuelle réciprocité pour Air France.
Taïwan souffrait d’un isolement certain à l’international. Washington avait déjà transféré son ambassade de Taipei à Pékin fin décembre 1978, après le remplacement au Conseil de sécurité de l’ONU de la RdC par la RPC en 1971. Air France avait alors dans la politique extérieure française une autonomie et un poids politique (désormais dissipés) importants. Pour la plus grande satisfaction des fonctionnaires concernés du Quai d’Orsay, Air France refusa de rendre possible cette opportunité très intéressante pour l’industrie française.
C’était pourtant un contrat considérable, parfaitement complémentaire et quasiment symétrique de celui que Lord Kadoorie, le patron d’une des deux entreprises électriques de HongKong avait proposé avec succès à Deng XiaoPing - pour le démarrage du programme électronucléaire civil chinois - en désignant (puisqu’il assurait totalement le financement) les deux entreprises de son choix : Framatome pour les îlots nucléaires (la production de vapeur) et GE-GB pour les îlots conventionnels (la génération électrique).
Ce furent - dans la province du GuangDong, limitrophe de HongKong - les deux réacteurs français de DaYa Bay puis (toujours en gré à gré, « hors du plan quinquennal »), contre les pronostics négatifs et sceptiques de l’ambassadeur français François Plaisant, les deux autres à LingAo, cette fois-ci payés directement par la Chine, et non plus un électricien de HongKong,
Les conséquences de la mauvaise volonté d’AF aux dépens de Framatome et de l’industrie française furent quasiment celles du proverbial « effet papillon », une succession de catastrophes découlant les unes des autres, déclenchées par un évènement infime, le battement d’aile d’un papillon, en l’occurrence un mauvais clin d’œil d’un cadre débile d’AF, son directeur des affaires internationales et des droits de trafic. Un pet foireux plus qu’un battement d’aile de papillon, disait alors Léon Aboudarham, le directeur commercial de Framatome.
AF ayant coupé les jarrets de Framatome, un appel d’offres international fut lancé par TPC, remporté (dans des conditions douteuses) par W, mais aussitôt annulé sur la protestation du VP nucléaire de Taipower : suffoqué par une crise cardiaque, il décédera lors d’un conseil d’administration en dénonçant de manière véhémente une magouille qu’il « porterait à la connaissance du public si elle n’était pas rapportée ».
Il faudra plusieurs années pour que l’appel d’offres soit relancé, et Framatome chaleureusement convié à y participer — dans des conditions cette fois-ci plus que favorables car conformes à ses critères (posés clairement par son P-DG Jean-Claude Leny comme conditions sine qua non). Malheureusement des guerres picrocholines franco-françaises ruineront cette opportunité et - à la veille de remporter ce contrat - Framatome (devenu NPI après son alliance avec Siemens) déclarera forfait. Il y a un livre à écrire sur cet épisode consternant.
Pour des raisons sur lesquelles on reviendra, ce double échec de Framatome (le premier comme le second pour des raisons franco-françaises) fut le début du marasme pour l’électronucléaire à Taiwan. Mais ce ne fut pas perceptible immédiatement.
S’il faut une explication, mais pas une excuse, à l’impéritie d’AF en 1982 : faute - alors - de trafic entre les grandes villes chinoises et la France, HongKong concentrait un flux important (pour l’époque) de passagers et de fret aérien, en particulier de Taiwanais voyageant vers l’Europe. AF ne voulait pas ouvrir ce marché à la compagnie taiwanaise, même avec trois vols par semaine. (Aujourd’hui AF-KLM et EvaAir remplissent chacun un gros-porteur chaque jour de la semaine entre Taipei et l’Europe.)
Viénet à la manœuvre avec l’appui de Georges Besse et les conseils judicieux de l’adjoint de l’ambassadeur américain.
La défaite de Framatome devant W, celle de 1982, puis l’annulation de l’appel d’offres, supprimait les chances de la Cogema de fourniture d’uranium enrichi (et de fabrication du combustible par Fragema, la filiale commune de Framatome et Cogema).
Le coup de génie du représentant de la Cogema à Taiwan, René Viénet, fut de proposer - dans l’instant - mais son initiative sera vite approuvée par Georges Besse - à Taipower et au gouvernement de Taipei de conserver le projet de contrat en discussion depuis une bonne année (pour 100% de l’uranium enrichi des réacteurs 7 & 8), pour la fourniture - aux mêmes conditions, dès que possible - d’un tiers des besoins des six réacteurs déjà construits dans l’île (et des deux suivants, les 7 & 8, lorsqu’ils seraient relancés et opérationnels).
Il faut s’arrêter quelques instants à l’argumentaire (et à la méthodologie) que Viénet (qui en avait convaincu Georges Besse, puis ses successeurs François de Wissocq et Jean Syrota) avait développé auprès des nombreux visiteurs taiwanais qu’il avait emmenés et guidés en France — non seulement à Eurodif, alors usine d’enrichissement de l’uranium, mais aussi La Hague, l’usine du retraitement des combustibles usés.
Soulignant l’importance de fermer le cycle du combustible par le recyclage, et de ne pas entreposer ad aeternam des combustibles usés dans une île où la partie habitable est d’une grande densité (les deux tiers de Formose sont des montagnes élevées et inhabitées), Viénet soulignait auprès de ses interlocuteurs que, le moment venu, après l’usuelle période de refroidissement initial dans les piscines annexes des réacteurs, les combustibles usés seraient bienvenus à La Hague, pour y être retraités.
Le plutonium et l’uranium extraits des combustibles usés seraient alors transformés en MOX, soit pour les besoins des réacteurs de Taiwan soit - plus probablement - des réacteurs fournis par la France à l’électricien du GuangDong, en Chine, sinon à EDF.
Les réels déchets (les produits de fission), une fois vitrifiés à 4% en masse du combustible usé, seraient entreposés pour leur refroidissement initial à La Hague avant d’être renvoyés à l’origine, comme c’est logique, et une obligation légale.
Ces explications avaient intéressé tous les nombreux visiteurs reçus en France, en particulier l’un des pères du miracle économique taiwanais, le Dr Li KuoTing, ministre d’État supervisant les secteurs industriels et technologiques de Taïwan.
En 1981, il accomplit une visite décisive (que le ministre parisien des Affaires étrangères Claude Cheysson tenta de compromettre, vainement car François Mitterrand - sur une recommandation du Questeur Gérard Minvielle - et au moment où Washington vient d’avertir François Mitterrand de fournir des armes à Taïwan, ordonna que le ministre taïwanais soit reçu avec tous les égards à La Hague, et au Sénat (en fait avec le même protocole dans la salle à manger du Président Poher que le président chinois Hua GuoFeng un an plus tôt).
Cette visite en France permit - en outre - au Dr Li KuoTing de décider de la vaccination contre l’hépatite B de tous les nouveaux-nés de Taïwan (après une rencontre arrangée par Viénet avec le Pr Coursaget et le président de l’Institut Pasteur), et de doter Taïwan d’un premier terminal méthanier (à la suite de la visite improvisée également par Viénet de celui de Montoire de Bretagne).
Au moment décisif où Cogema ne pouvait plus espérer la fourniture de 100% de l’uranium enrichi des réacteurs 7 & 8 (perdus par Framatome, remportés par W, puis reportés sine die), pour réussir à convaincre la tutelle gouvernementale de l’électricien Taipower, Viénet se tourna vers le Dr Li : le ministre prit la décision en 24 heures — sur la base d’une note favorable rédigée par son conseiller personnel pour les questions énergétiques, un Américain, qui avait participé à la restructuration des réseaux électriques de Taïwan après la guerre, avant d’y prendre sa retraite (et que Viénet avait également invité en France en 1981, avec le ministre).
Ce conseiller américain ne représentait pas Washington, à l’évidence, mais il était en phase avec les nombreux spécialistes américains qui avaient recommandé aux responsables concernés taiwanais de se tourner vers la France pour une partie de ses fournitures en uranium enrichi en vue de favoriser l’option du retraitement. En phase également avec Mark Pratt, le n°2 de la représentation officieuse de Washington à Taipei, l’AIT (American Institute in Taiwan).
Mark Pratt était un diplomate francophone, francophile, parlant parfaitement chinois et l’un des meilleurs experts américains de Taiwan (et de la Chine). Voisin de Viénet à Taipei, dans le quartier du Square YiTung, il avait pris en sympathie les deux jeunes enseignants de français que Viénet avait emmenés avec lui en 1979 à Taiwan pour leur expérience (contre l’avis du Quai d’Orsay) d’établir un centre culturel français pas même encore officieux.
Son ancien (et excellent) cuisinier au Laos, M. Liao, était devenu le cuisinier de Viénet - qui était invité à de nombreuses réceptions - à la résidence de Mark Pratt où se retrouvaient des décideurs KMT de Taiwan, autant que des personnalités de l’opposition, les DangWai, ancêtres du DPP.
Jusqu’à son départ de Taiwan, Mark Pratt invitera fréquemment ses amis français - entre autres dates - tous les 14 juillet à un excellent dîner, servi avec les meilleurs vins français de sa cave.
Viénet reconnaît sans réticence l’apport considérable de Mark Pratt à sa compréhension de l’histoire et de la vie politique de Taiwan, et au succès de la Cogema : lorsque le ministre-adjoint des affaires étrangères de Taiwan, l’influent Dr Fredrick Chien, suggéra à Viénet de ne pas oublier d’inviter également les opposants DangWai à visiter les installations électronucléaires françaises, sur le conseil de Mark Pratt, c’est - rencontré à sa table - l’avocat de l’Institut américain à Taiwan Huang PaiFu qui sera le premier sur cette liste.
Il choisira son compagnon de voyage, un autre avocat des dissidents emprisonnés lors de l’incident de KaoHsiung de 1979, Chen ShuiBian (le futur président de la République, de 2000 à 2008). En fait, empêché à la dernière minute, Chen ne sera pas du voyage à La Hague et remplacé par Chang ChünHsiung (qui sera, par la suite, à deux reprises le premier ministre de Chen ShuiBian).
(Bonne pioche, mais dont personne ne saura faire usage après la démission de Viénet en 1998. Dans le même mauvais esprit, lors des funérailles du Dr Li KuoTing, en 2001, pourtant opportunément alertés, ni Areva, ni la directrice de la représentation officieuse française à Taipei, ne seront présents, et n’enverront pas même bannière calligraphiée, ni fleurs).
Viénet organisera également, entre autres, le première rencontre entre You Ching le magistrat élu du Taipei County (où se trouvent les quatre tranches nucléaires de ChinShan et KuoSheng) avec Richard Hsu ChinTang, le directeur du département des combustibles nucléaires de TaiPower. You Ching était DangWai et antinucléaire, mais sa visite de La Hague le convaincra aisément qu’il pourrait tirer parti auprès de ses électeurs de l’évacuation des combustibles usés vers la France.
C’est donc dans ce contexte de bon aloi, et somme toute euphorique, sans complication à l’extrémité taiwanaise, avec un consensus assez facile entre pro et anti-nucléaires, mais en dépit des oppositions furieuses et perverses en France (qui seront évoquées ci-après), qu’en juillet 1982 Viénet paraphera les pages d’un contrat d’un montant nominal initial de US$ 400 M.
Le contrait prévoyait la fourniture, pendant vingt ans, d’un tiers des besoins en uranium enrichi des six réacteurs opérationnels de Taipower (et des deux suivants, lorsque leur projet sera relancé). Ce montant, au fil des ans sera largement multiplié et restera le plus profitable des contrats jamais passés par la France avec Taiwan, avec une gratitude certaine des différents niveaux de la hiérarchie gouvernementale de Taiwan.
L’accord sera formellement signé deux mois plus tard, puis exécuté (confirmé et prenant pleinement sa valeur) au début de l’année 1983, après l’usuelle période de possible rétractation. Le Directeur des relations internationales du CEA, Bernard Ouvrieu, fait alors le déplacement à Taiwan avec le nouveau P-DG de la Cogema, François de Wissocq, et l’un des patrons de Paribas, Patrick Deveaud.
Les premières fournitures commenceront en 1987 et se poursuivront paisiblement, sans le moindre contentieux, sur leur élan, au-delà des vingt années contractuelles, jusqu’en 2013.
Sans relations diplomatiques avec Paris, Taipower et sa tutelle pouvaient-ils véritablement faire confiance à la signature d’une entreprise d’État française fatalement soumise à des aléas politiques imprévisibles parisiens ?
Viénet convenait facilement que Paris pourrait un jour demander à Taipower de s’accrocher au proverbial pinceau servant à peindre le plafond, car il faudrait retirer l’escabeau. Renvoyé à deux reprises du CNRS (pour des raisons de très basse politique, malgré des états de service irréprochables), il ne pouvait nier les pathologies et aberrations du microbiote administratif et politique français, et se devait d’en préserver son client.
C’est le moment de citer un autre appui décisif dont la Cogema bénéficia à Taiwan, celui de la Banque Paribas, et plus précisément de quelques-uns de ses cadres (dont Philippe Frey, Patrick Deveaud) et de ses présidents successifs, Pierre Moussa, puis Jean-Yves Haberer.
Tout en conservant sa responsabilité de délégué de Paribas à Taiwan, Viénet avait été nommé représentant de la Cogema sur la recommandation à Georges Besse de Jean-Yves Haberer — alors directeur du Trésor, et administrateur de la Cogema.
C’est avec cette autre casquette de banquier qu’il offrit à Taipower une garantie contre tout risque de volte-face et lâchage de la fourniture d’uranium enrichi français, sous la forme d’un crédit revolving, d’année en année, de facture en facture, où TPC ne paierait les fournitures d’uranium et son enrichissement que cinq années après la livraison, en fait une fois l’électricité produite.
A tout instant du contrat, Taipower aurait donc une dette considérable mais favorable à la stabilité des relations bilatérales, et d’un coût indolore.
Taipower n’avait à l’époque aucune dette en devises étrangères. Mais son directeur financier accepta de bon cœur cet endettement, qui était comme une sorte d’assurance de bonne fin.
Ce genre de crédit - pour un tel montant, sur une telle durée - ne pouvait qu’être consenti, et signé, du côté français, seulement une fois endossé et garanti par le Trésor. Le quai d’Orsay pourrait passer de Claude Cheysson à tout autre, ou même pire, cela ne mettrait pas en danger la certitude et la sécurité de la fourniture.
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La diplomatie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux diplomates.
Le Quai d’Orsay fut en effet le principal obstacle au bon déroulement de la négociation de ce très important contrat. Le conseiller culturel français officieux, Michel Deverge, avant même de prendre en mains Pierre Martin, le conseiller commercial officieux, dénonce Viénet, aux responsables taïwanais, comme un espion aux ordres de… Moscou.
S’il avait été accusé d’être un agent français, les autorités de Taiwan auraient déroulé le tapis rouge, trop heureux de pouvoir enfin dialoguer avec un fonctionnaire français spécialisé et autorisé, donc bienvenu. Dénoncé comme agent américain, il aurait été respecté, sinon régalé.
La calomnie le désignant comme agent de Moscou était plus insidieuse et perverse, même si elle excitait à Taipei quelques fonctionnaires à l’affut d’ouvertures internationales non-officielles (實質外交 les relations substantielles dans le jargon infra-diplomatique de Taiwan à l’époque). Mais ils durent déchanter : Viénet n’était pas rémunéré par la Loubianka.
Donc, peu de temps après, Kung LingSheng, le Directeur de la Police nationale, lors d’un dîner, informera Viénet que les services compétents taiwanais (tout en regrettant de ne pas disposer d’un agent russe à Taipei) l’avait blanchi de cette accusation, mais qu’il devrait se méfier du médiocre enseignant détaché par Paris comme attaché culturel, et qui avait également calomnié et dénoncé deux amis français de Viénet, enseignants, comme des trafiquants de drogue.
Revenant à la charge, non-découragé (et se disant investi de cette mission par une diplomate parisienne de haut-niveau), Michel Deverge demanda au modeste collaborateur de la DREE à Taipei, Pierre Martin, de dénoncer - cette fois-ci à la présidence de Taipower - Viénet comme fou bien incapable d’honorer la livraison des fournitures nucléaires qu’il négociait.
L’adjoint du conseiller commercial, Alban Yung, un contractuel vigilant, sérieux et honnête, éclaira la dénonciation imbécile, mouilla la mèche qui fit long-feu et cette dénonciation se termina en eau de boudin : le conseiller commercial fut congédié sine die par la DREE (la Direction des relations économiques extérieures, qui conserve l’archive de cette péripétie), et Viénet fut aussitôt nommé conseiller du commerce extérieur, le premier à Taiwan, pour marquer le coup.
Michel Deverge, fermement soutenu par une sous-directrice de la Direction d’Asie du Quai, ne sera expédié à l’autre bout du monde qu’un peu plus tard. Mais il fera carrière en considération de ses mauvais procédés.
Nous retrouverons Alban Yung dans ce dossier : devenu représentant de Paribas en Chine, il aide Viénet à monter à Pékin, vers 1993, un séminaire avec une centaine de spécialistes chinois du nuclear back end (déchets de faible ou haute activité, combustibles usés), avec la participation d’un universitaire taïwanais spécialiste de cette fin de cycle nucléaire, le Pr Li KangWen, et un ingénieur de Technicatome (alors filiale de Framatome).
L’establishment nucléaire de Pékin fait preuve d’une large ouverture d’esprit à l’égard de Taiwan
Viénet, depuis 1977, à cause de ses films et des livres qu’il avait édités dans sa jeunesse universitaire, était alors tricard en Chine : le Pr Léon Vandermeersch l’avait dénoncé à l’ambassade de Chine comme un ami de Deng XiaoPing (Cf. Causeur été 2015). Ce qui devenait une calomnie intéressante une fois Deng revenu au pouvoir, même si Deng avait ignoré la lettre-anonyme-signée du Pr Vandermeersch, que les fonctionnaires de l’ambassade classèrent - non sans rire - dans le tiroir des délires des madamemaoistes français.
Viénet se retrouva donc, cette fois-ci, invité officiellement, avec un visa de courtoisie pluriannuel, par un organisme nucléaire chinois, intéressé par le dialogue électronucléaire avec Taiwan.
En marge du séminaire sur la fin de cycle du combustible, Viénet organisa un déjeuner à trois avec le ministre adjoint de l’énergie atomique de Taiwan, le Dr Liu KuangChi et un homologue pékinois.
Pour abréger une histoire un peu longue à raconter dans tous ses détails, disons qu’à ce moment-là les spécialistes concernés de la RPC souhaitaient la bienvenue (en attendant la suite) aux 100,000 fûts de LLRW (déchets nucléaires de faible activité à vie courte) entreposés dans des tranchées bétonnées littorales de l’île de Betel Tobago (LanYu).
Il y mettaient la condition que ces fûts soient enrobés de manière idoine, par exemple dans des caissons de béton-fibre, une spécialité d’une entreprise française, filiale de la Cogema — la même SGN que précitée mais passée dans le giron de Cogema après l’épisode précité du laboratoire de plutonium militaire (Roger Fauroux avait exigé d’en être débarrassée) en conservant ses initiales, mais pour un nouveau vocable : la Sté Générale des techniques Nouvelles (Désormais Orano Projets, depuis 2018).
Le tarif fut même précisé : 1 000 US$ par fût, de prime pour l’abandon des déchets de faible activité, plus la technologie de l’enrobage à payer à SGN, plus le transport maritime depuis LanYu jusqu’en Chine. Cela peut paraître cher à des profanes, mais il faut se souvenir que l’ANDRA facturait à peu près cinq fois ce tarif par m3 à EDF pour l’entreposage final de déchets comparables dans le Centre de l’Aube, en Champagne. En fait, les dépenses dites de fin-de-cycle sont bien peu de choses relativement à la recette globale de l’électronucléaire.
Et, surtout, c’était l’amorce d’un dialogue trilatéral, avec la France comme catalyseur entre deux entités chinoises séparées, un peu coincées aux entournures sur le plan formel, pour la question des déchets de haute activité à vie longue, issu d’un possible et souhaitable retraitement.
Comme les interlocuteurs des deux côtés du Détroit le reconnaissaient alors, une négociation bilatérale posait le problème du drapeau sur la table, des caractères chinois simplifiés ou non des contrats, et du droit comme du lieu de l’arbitrage. La France au milieu, le contrat devenait avantageusement international, en langue anglaise, avec arbitrage à Singapour ou Lausanne, sans drapeau sur la table.
Chez Cogema, sans en référer au P-DG, Jean Syrota, le directeur commercial J-P. Rougeau (une fonction horizontale un peu méprisée, tenue en lisière, par les structures verticales des grandes branches industrielles), et ses adjoints, dont Louis-François Durret, parachutés dans la structure bien après la victoire commerciale de 1982-83, se démenèrent pour nuire au projet, pour des raisons qu’ils ne confesseront jamais, mais qui font rire, hennir de rire.
Mais Viénet, prudent ou averti, s’était rendu à Pékin avec une autre de ses casquettes que celles de Cogema ou SGN, en l’occurrence celle de Technicatome (dépendant alors de Framatome).
Du coup, il fut marqué aux fesses jusque pendant le séminaire à Pékin par le directeur international adjoint du CEA, Jean Dujardin, alerté par L-F. Durret de devoir surveiller Viénet, en assistant à ce colloque (dont le compte-rendu figure donc maintenant dans les archives du CEA — grâce à ce benêt qui finira sa carrière comme responsable du vent chez Areva sous la protection de la peu-regrettée Anne Lauvergeon. Le secteur du vent, comme ils se devait, s’évanouira en glissant comme un pet sur une toile cirée avec la mise au placard de ces deux-là).
L’autre directeur-adjoint des affaires internationales du CEA ne pouvait guère être mandaté pour ce faire : Thérèse Delpech avait collaboré au (célèbre) livre publié vingt années auparavant par Viénet, Révo. cul. dans la Chine pop., et l’appréciait, après avoir contribué au financement initial des projets de Viénet à Taiwan — lorsqu’elle travaillait avec Roland Morin à la DGRST, en 1977 et 1978. Tout cela l’amusait beaucoup, mais on doit à la vérité de dire qu’elle n’était pas favorable, mais pour d’autres raisons que celles des bras-cassés de la direction commerciale de Cogema, à une collaboration intensive entre les industries nucléaires française et chinoise.
Lors du séminaire, en marge des réunions, le plus ancien dans le grade le plus élevé (pour parler comme en France), c’est à dire le camarade-responsable du département concerné (pour parler comme en Chine) indiqua à Viénet, et cela fut confirmé lors du déjeuner à trois précité, que si Taiwan recyclait en France ses combustibles usés, la Chine serait heureuse d’acquérir, à un prix incitatif, le MOX et d’accueillir - contre indemnité - les produits de fission vitrifiés dans son future centre d’entreposage dédié dans le Nord-Ouest chinois.
Arrivé à cette étape du récit, deux parenthèses sont nécessaires :
1. Les usages internationaux, et même des lois, interdisent le logement des déchets nucléaires hors du pays d’origine de ces déchets. Mais les spécialistes pékinois considéraient qu’il n’y avait qu’une seule Chine, dont Taiwan était une province, provisoirement séparée. Ce souci était donc levé, en souriant.
2. Les combustibles usés provenant des réacteurs de Taiwan ne peuvent être déplacés sans un accord de Washington, y compris pour retraitement en France. Lors de la vente des six réacteurs nucléaires de Taiwan par General Electric pour les tranches 1 à 4, puis par W pour les tranches 5 et 6, il avait été clairement stipulé que Washington aurait un droit de suite perpétuel sur les combustibles usés (et leur plutonium).
Mais Washington était favorable à un recyclage en France pour éviter qu’une quantité importante de plutonium (même de qualité non-militaire) ne tombe un jour dans les mains de la Chine.
Depuis, la Chine avec de nombreux réacteurs nucléaires a rejoint sinon dépassé Taiwan dans la production de ce type de Pu contenu dans les combustibles usés, et la Chine est membre des traités de non-prolifération gérés par l’Agence de Vienne, l’AIEA.
Cette considération ne joue donc plus. Mais Washington reste, d’année en année, favorable au retraitement en France de ces combustibles usés taiwanais et, il y a quelques années, vers 1995, l’était plus vigoureusement encore pour d’excellentes raisons : éviter la cristallisation d’un sentiment anti-nucléaire dans l’île.
C’est malheureusement ce qui s’est passé : ce n’est un secret pour personne que le DPP, l’opposition au KMT, issue des DangWai de l’époque de la loi martiale, n’avait pas de plateforme économique ou industrielle particulière, étant focalisé sur un objectif exclusivement politique : la démocratisation accélérée de l’île et une reconnaissance des massacres de 1947, avec en filigrane l’indépendance de Taiwan relativement à la Chine.
Mais deux millions de Taïwanais travaillent en Chine et contribuent à une part importante des exportations chinoises. Dans le classement des plus grandes fortunes taïwanaises, on distingue - entre autres - Kuo TaiMing, le patron de Foxcom qui emploie un million d’ouvriers en Chine continentale et, en tête du classement avant lui, les frères Wei qui contrôlent le marché des sachets de nouilles instantanées précuites (et des sodas qui rendent diabétiques tous les enfants chinois).
Pour épaissir la sauce, comme certains cuisiniers le font, en rajoutant de la fécule de pomme de terre (au lieu de tendons de bœuf), certains activistes du DPP jouèrent la carte anti-nucléaire. Et le brouet s’est épaissi de manière sinon irréversible, du moins très lourde, avec pas mal de grumeaux.
A signaler qu’un universitaire français, le « professeur » Jobin, professionnel de l’antinucléaire, sera détaché à Taipei pendant plusieurs années, rémunéré au coefficient colonial par le Quai d’Orsay, et qu’il formera nombre de disciples à Taïwan.
En marge des récentes élections locales (qui ont précédé la plus récente présidentielle), les candidats du DPP étant alors mis en déroute, un référendum sur l’électronucléaire avait livré un résultat éloquent : une large majorité des Taïwanais veulent la poursuite du programme nucléaire.
Mais, sur la question essentielle, de l’identité taïwanaise et de l’indépendance vis-à-vis de la Chine, une égale, très nette également, majorité des électeurs ont donné ensuite un blanc-seing à l’anti-nucléaire Tsai YingWen.
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Quelles opportunités subsistent pour l’industrie française ?
Dans cette tenaille, quelles que puissent être les options et hypothèses ou scenarii pour l’électronucléaire taïwanais, quelles chances subsistent pour l’industrie nucléaire française ?
C’est le sujet imposé de la présente dissertation.
Pour le discerner, il convient d’être exhaustif, et il faut - une fois de plus - pour lire l’avenir, regarder en arrière — selon le proverbe chinois bien connu.
Viénet poussa alors plus loin sa démonstration et il prépara pour Framatome (et au bénéfice de Cogema) un projet assez ambitieux d’un triangle vertueux, qui fut bien accueilli en Chine et à Taiwan mais combattu en France par les fanatiques des cercles vicieux.
Viénet préconisait une évacuation, dès que possible, sinon de la totalité du moins de 3 000 tonnes des combustibles usés des quatre tranches de l’agglomération de Taipei, puis la cession à la Chine - par anticipation (ces produits de fission vitrifiés étant fongibles) - de quelques centaines de tonnes de PF (les produits de fission, les ultimes et véritables déchets) vitrifiés déjà entreposés à La Hague, libérant ainsi de manière irréversible et certaine les parties concernées de l’obligation de ne pas conserver de déchets d’origine étrangère en France.
Le retraitement de ces 3 000 tonnes pouvait alors commencer au gré du calendrier de travail de La Hague et, le moment venu, le MOX (Pu et U issus du recyclage) mis à la disposition des centrales d’origine française du GuangDong (ou d’autres électriciens européens). Le profit pour l’industrie français était ainsi doublé, considérable, et sans risque.
Tout cela ayant un coût, aux frais largement avancés de Taipower. Pour le compenser de manière positive, et exemplaire, pour toutes les trois parties concernées, Viénet ajoutait le troisième coté du triangle, la construction à HuiAn au FuJian (face à Taiwan) de deux tranches nucléaires d’origine française comme celles de DaYa Bay, l’une pour alimenter la province, l’autre pour alimenter Taiwan - par un câble sous-marin en courant continu d’une centaine de kilomètres de longueur. Sur ce genre de distance la transmission sous-marine est facile et peu coûteuse - en courant continu, ce qui tombe bien puisque la fréquence du courant alternatif à Taiwan est de 60 périodes et en Chine de 50 périodes.
Ce câble aurait même pu être implanté avant même la construction de deux réacteurs, pour prouver le mouvement en marchant. Se souvenir que les câbles téléphoniques et internet traversent le détroit depuis belle lurette et que l’île taïwanaise de Quemoy (JinMen) est alimentée en eau depuis le continent. L’époque des bombardements de 1958 est donc bien révolue.
Se souvenir qu’à cette époque, il y aura bientôt trente ans, la Chine était moins riche qu’aujourd’hui et le FuJian peinait à obtenir l’autorisation de construire sa première centrale nucléaire.
Aujourd’hui, la Chine prête ses abondantes réserves de devises aux Occidentaux, construit plus vite et mieux les EPR français que Framatome-EDF, et le FuJian compte six tranches nucléaires.
Mais à cette époque le contexte était très différent, et les deux rives du Détroit de Formose étaient soucieux de développer des relations économiques cordiales, soucieux de trouver une tierce partie facilitant - au plan technologique et au plan contractuel - leur dialogue bilatéral informel et - relativement - prometteur.
Les responsables concernés de Pékin et du FuJian organisèrent plusieurs rencontres avec Viénet pour faire avancer le brainstorming.
Le triangle ainsi proposé par Viénet triplait en fait la facturation du recyclage, et d’autant les profits pour l‘industrie française, tout en démontrant au public taïwanais que l’électricité nucléaire avait toutes sortes d’avantages, et méritait d’être maintenue, voire développée.
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Comment perdre quelques milliards d’euros ?
Le chairman de TPC de l’époque, le Dr Chang ChungChien débarqua donc à Paris en 1995 pour presser la Cogema d’accepter un acompte d’un milliard d’US $ dans le cadre d’un contrat pour l’enlèvement dès que possible de 3000 tonnes de combustibles usés.
Son argumentaire est alors simple : il est le dernier patron de Taipower à pouvoir prendre sans souci ce genre de décision, étant un ancien vice-ministre de l’économie et membre du comité central du KMT, disposant de relatifs pleins pouvoirs. Ses successeurs, explique-t-il, auront les coudées moins franches et l’opposition antinucléaire va croître et sera imprévisible. Pronostic qui s’est hélas vite confirmé.
Dans la foulée les deux vice-ministres de l’énergie atomique Wang ManChao et Liu KuangChi viennent confirmer que leur gouvernement appuyait pleinement l’offre de TaiPower.
Le premier baquet d’eau froide sera versé par l’administrateur général du CEA, Philippe Rouvillois, un énarque qui a déjà déçu à la tête de la SNCF (il n’est pas à sa place, pas plus à la SNCF qu’au CEA, mais c’est un ami de Jacques Chirac). Il déclare au vice-ministre Wang ManChao qu’il est hors de question que les combustibles usés de TaiPower soient accueillis en France pour y être recyclés.
Pour faire bonne mesure, il déclare à son interlocuteur, le vice-ministre taïwanais, lors d’un petit-déjeuner au siège du CEA, qu’il est hostile au recyclage des combustibles usés, et que s’il ne tenait qu’à lui l’usine de La Hague serait démantelée.
Il faudra plusieurs mois pour que Jean Syrota, légitimement furieux, obtienne que l’AG du CEA mange son chapeau et rédige une lettre en sens contraire, souhaitant la bienvenue aux combustibles usés de Taipower.
Mais, en interne, au sein de Cogema, malgré les instructions de Jean Syrota, entre quelques erreurs de jugement (et pertes de temps) de la branche retraitement et les peaux de bananes en rafales de la Direction commerciale, le projet de contrat attendu par Taipower traîne, se décrédibilise de manière absurde. Il s’étiole également pour une autre raison :
Viénet, menacé (par la direction commerciale) de devenir - après dix-huit années d’une exemplaire et remarquable efficacité - le binôme à Taipei d’un nouveau représentant qu’il juge inepte et dangereux, Philippe de l’Epine (un ancien porte-coton de L-F. Durret), préfère rendre son chapeau, prendre son chèque, et se lancer dans d’autres aventures intellectuelles et industrielles (création à Taipei d’une maison d’édition, puis d’une entreprise pharmaceutique).
C’est le moment où il écrit dans un courrier - resté fameux et que les cadres de Cogema font circuler avec gourmandise - que l’on a mal jugé Louis-Francois Durret, le Directeur adjoint commercial de la Cogema — en créditant à tort les Turcs d’avoir inventé le chiotte-à-la-turque : c’est Louis-François Durret qui en est le véritable et premier ingénieur, les Turcs n’ayant que rajouté un trou au milieu de la faïence.
D’autres avaient expliqué, avant l’aphorisme de Viénet, que Durret n’était qu’un trou du cul sans fesses, pour bien marquer que cette direction commerciale si elle ne dirigeait rien, avait malgré tout un pouvoir de nuisance, sa seule compensation existentielle.
Ce trait d’humour, qui reste amusant plus de vingt années après les premiers éclats de rire, est destiné à une respiration dans le cours de ce long article pour passer, après les indispensables rappels historiques, aux perspectives, en particulier à court et moyen terme.
Un contexte moins évident qu’il y a vingt années.
Le gouvernement formé après la réélection de (Mme) Tsai YingWen s’appuie sur une majorité absolue à l’assemblée législative. Il dispose donc de pouvoirs sans restriction (de ce côté). Faut-il rappeler qu’il est anti-nucléaire et méfiant à l’égard de la Chine (c’est un euphémisme).
Pékin n’a pas apprécié cette victoire inattendue du DPP, car survenant après sa déroute aux précédentes élections locales qui avait fait rêver Pékin (ce succès électoral de Tsai YingWen doit donc beaucoup aux évènements de HongKong, mais ce n’est pas le sujet de cet article). Il s’ensuit une tension évidente.
Nous sommes donc bien loin de l’époque (vers 1985-95) où les Taïwanais (avec profit pour tous) investissaient massivement en Chine et en fertilisait l’industrie et les exportations, où l’on se félicitait de l’épanouissement des liens comme l’internet, les relations postales, aériennes, les étudiants accueillis de part et d’autre, deux millions de Taïwanais établis en Chine et plus de trois millions de touristes chinois accueillis à Taïwan (soit dix mille par jour dans un sens, et autant dans l’autre).
Le triomphe électoral du DPP lors de la présidentielle et des législatives de janvier 2020 va sur ordre de Pékin réduire ce chiffre de touristes, mais ce n’est qu’une bouderie passagère — avant que le virus Covid-19 ne le réduise à zéro et donne à réfléchir fondamentalement sur les modalités de nouveaux échanges commerciaux et humains entre les deux rives du Détroit.
C’est donc dans de l’eau froide, très froide désormais, que tout projet doit être mitonné : comme le savent les cuisinières, la meilleure façon pour que le bouillon soit réussi c’est de mettre à cuire la viande dans l’eau froide, mais avec un bouquet-garni. La gastronomie appelée à la rescousse peut inciter à quelques prudents espoirs, mais à la condition que la cuisinière sache y faire.
Les premières étapes du démantèlement de ChinShan ont été engagées, par TPC et un contrat passé avec GNS pour un rôle de conseil, et la fourniture d’emballages pour certains éléments radioactifs ; mais pas encore les châteaux de transport double-usage (qui sont l’une des spécialités de cette entreprise allemande, en concurrence le moment venu avec trois autres possibles fournisseurs, dont Transnucléaire, ancienne filiale devenue une division d’Orano, l’ex-Areva conduit à une incroyable faillite par Anne Lauvergeon).
Ces châteaux double-usage vont devenir rapidement un enjeu engageant l’avenir car TPC (et sa tutelle, le gouvernement) vont devoir rapidement choisir entre trois options, relativement au démantèlement de ChinShan I et 2 :
Quel sort pour les combustibles usés ?
On revient à la case n°1, ou plutôt à la case n° 2, du feuilleton.
Lorsqu’il fut évident et confirmé à Taipower qu’Anne Lauvergeon n’avait aucune envie (pour des raisons qu’un autre article élucidera) de recycler un premier lot de 3 000 tonnes des combustibles irradiés de ChinShan et KuoSheng (renonçant à une recette à court terme de trois milliards d’€ environ, au double dans les années suivantes), il faudra procéder dans les piscines des quatre réacteurs du Nord de l’île à de coûteux travaux de densification des grappes de combustibles, au moyen de reracking (une nouvelle conception des paniers), de modification de la chimie de l’eau des piscines, et d’un renforcement des structures.
La saturation deviendra maximale, au point de renoncer à l’une des règles de base de la sureté nucléaire, la « réserve de cœur », c’est à dire la disponibilité dans chaque piscine d’un espace permettant, à tout instant, en cas d’urgence, de décharger en piscine le cœur du réacteur.
Et TPC va devoir, malencontreusement, lancer un appel d’offres pour un entreposage intérimaire à sec sur site.
A contre-rôle, Areva - leader mondial du recyclage - se porte alors candidat à la fourniture d’une technologie, d’une philosophie devrait on écrire, alternative que la France ne connaît pas, si ce n’est pour avoir récemment acquis une entreprise américaine pour répondre aux besoins spécifiques du marché américain. Ayant remis une offre, absurdement gonflée, Anne Lauvergeon (il est temps d’étiqueter les erreurs et des échecs aussi coupables, en bracelet à la cheville de leurs concepteurs) sera éliminée, au profit de NAC.
Pour autant, la première tranche des sarcophages édifiés à quelques dizaines de mètres des réacteurs ne seront jamais remplis, c‘est à dire que les piscines ne seront jamais vidées même très partiellement de leurs combustibles usés :
A Taïwan, les élus locaux ont un pouvoir considérable, dont celui d’autoriser ou non certaines opérations industrielles, y compris et en particulier sous le prétexte de conformité avec de plus ou moins futiles détails réglementaires.
Le magistrat élu du Taipei County (devenu depuis la municipalité de New Taipei City), Eric Chu LiLun, quoique KMT et pro-nucléaire, pour bien manifester son opposition à l’entreposage à sec sur site, refuse même que ces sarcophages soient testés sans combustible, simplement avec des résistances électriques pour simuler les dégagements de chaleur.
Conçus pour un interim d’un demi-siècle, un siècle tout au plus, ces sarcophages nécessitent à la fin de cet entreposage relativement bref des installations de reprise des combustibles vers une solution pérenne (ou un recyclage).
Dans les deux options, il faudra in fine re-transvaser les combustibles usés dans des casks (en français « châteaux de transport ») ce qui suppose un bâtiment spécial et des installations adéquates.
Pourquoi alors ne pas favoriser d’emblée une solution de dual-use casks, de châteaux double-usage, entreposage et transport ? C’est la solution optimale que les électriciens suisses, et d’autres, ont retenue.
Tourneboulés par les lauvergeonneries françaises, les cadres de Taipower et de l’Atomic Energy Council du gouvernement taïwanais, n’y songent pas et vont le regretter très vite.
Une fois la calamiteuse patronne d’Areva vidée - après onze longues années d’incroyablement coûteuses lauvergeonneries - pour rester poli, policé et polisson plutôt que policier — son successeur (quoique très réticent à l’égard de Taïwan) accepte une proposition de Taipower de prendre en charge 180 tonnes de combustibles usés, en urgence.
Pour les électriciens taïwanaises il s’agît surtout d’évacuer très vite le minimum de combustibles usés qui permettrait aux réacteurs du Nord de l’île d’aller jusqu’à leur fin de vie nominale. Et, accessoirement, de démontrer que le recyclage reste une voie possible, ouverte pour l’avenir. L’opération est donc qualifiée de « pilote ».
Pour être rapidement et discrètement conclu, TPC lance l’appel d’offres (très théorique, il n’y a qu’un seul prestataire possible) à la veille du long congé du nouvel an chinois, en espérant passer inaperçu. Quelques députés DPP, anti-nucléaires, ne s’y trompent pas et dénoncent illico la manœuvre, mettant en demeure le ministre des affaires économiques de l’annuler. Ce qu’il s’empresse de faire.
Si ces 180 tonnes avaient été entreposées dans des châteaux double-usage dans le cadre d’une procédure technique banale (donc prêts à quitter l’île à tout moment) et l’appontement de ChinShan mis aux normes pour l’accostage d’un navire de l’armement franco-britannique qui assure la routine de ce genre de transport entre l’Europe et le Japon, malgré la surfacturation imposée par Areva, ce pilote aurait peut-être pu être lancé et aboutir, toléré par l’opposition anti-nucléaire.
Mais Taipower paye cher l’impréparation (et quelquefois l’incohérence) des fonctionnaires concernés de Taipei qui n’ont pas l’information ni la formation pour conduire et gérer le bilatéral franco-taïwanais — certes incohérent, opaque, et nauséabond, depuis les ventes d’armes françaises.
Ces ventes avaient été encouragées par Washington, mais abandonnées du coté français aux pires magouilleurs de ce métier sensible. Ils vont shunter (quand ils ne les oblitèrent pas) les fonctionnaires français officieux en poste à Taipei, laissés sans réelles instructions du Quai d’Orsay, qui est sournoisement manipulé par Roland Dumas (Déjà cité ci-avant, se reporter au compte-rendu des mémoires de l’ambassadeur Claude Martin dans Question Chine).
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Les trois options
TPC est donc, désormais, en 2020, dans une ambiance très particulière de haine anti-N des parlementaires et du gouvernement, devant les trois options suivantes :
(A) Insister pour poursuivre la construction des sarcophages sur les sites de ChinShan et de KuoSheng.
L’opposition des élus locaux est violente, unanime, dépasse l’usuel clivage KMT-DPP. Il y a peu de chances que les premiers sarcophages soient jamais remplis, et s’il l’étaient, cela retarderait et compliquerait le démantèlement des quatre tranches nucléaires en fin de vie. La population, même si les électeurs sont majoritairement favorables à l’électronucléaire comme l’a montré un récent référendum, y sera fermement opposée. Non sans raison.
(B) Conclure rapidement avec la France d’un enlèvement de la totalité des combustibles usés du Nord de l’île, pour retraitement à LaHague.
Cette option est la plus simple, et la plus économique, elle serait définitive. Mais elle se heurte à une profonde réticence ces élus DPP qui ne veulent pas admettre, de manière sectaire et religieuse, que « fermer le cycle du combustible » (comme en France) soit moralement acceptable.
Dans le non-dit des anti-N taïwanais, il y a donc un syndrome obscurantiste, d’autant plus facile à prendre en compte par des Français que c’est le Quai d’Orsay qui a fourni de manière délirante à Taïwan en grande partie l’argumentaire spécieux et qui a rémunéré - au coefficient colonial - le principal coach des anti-N taïwanais, le pittoresque « professeur » Jobin.
Mais, surtout, la France a fermé le dialogue à ce sujet, tant au niveau d’Orano que de ses tutelles et même d’organismes réputés indépendants comme l’ASN (qui refuse les rencontres et toute coopération avec les Taiwanais depuis le départ en retraite du Pr Lacoste (qui connaissait bien Taiwan).
L’opposition en 1995 de l’aberrant AG du CEA Philippe Rouvillois à Taiwan (et au recyclage…) est oubliée, mais le bilatéral franco-taiwanais n’est pas vraiment sorti - par la suite - des tourbillons des escroqueries franchouillardes lors des ventes d’armes (un tableau qui dépasse le périmètre de cet article).
De plus, tant qu’Areva était devenu propriétaire de l’ancien Framatome, la Chine y représentait une victoire historique et un bénéfice tangible, même s’il ne devait rien à Anne Lauvergeon et ses séides. Cela avait été longtemps auparavant le tout à fait remarquable succès de Jean-Claude Leny et de Dominique Degot : les quatre tranches de DaYa Bay, puis de LingAo (plus récemment deux EPR) et un très réel chiffre d’affaires.
Depuis que, dans la retentissante quasi-faillite d’Areva, l’ancien Framatome a été dévolu à EDF, Orano retrouve le périmètre de l’ancienne Cogema et doit admettre que la Chine avec quelques contrats dans l’amont du cycle et des entreposages à sec par sa filiale américaine n’est pas à la hauteur des enjeux du programme nucléaire chinois : les chances de contrats et de royalties sur la technologie du retraitement y sont peut-être illusoires, en tous cas bien loin des espoirs affichés et pas encore datés malgré des discussions qui n’en finissent pas.
La Chine qui a multiplié les visites de LaHague depuis trente ans pense en maitriser l’essentiel et ne pas avoir à payer des factures comme celles que les Japonais ont payé pour leur usine de recyclage à Rokkasho, au Nord de l’île de Honshu.
Les spécialistes (et les politiques) chinois partent du principe assez simple que leur gares et leur réseau ferré à grande vitesse ont largement dépassé l’expérience française et que pour l’électronucléaire, de la construction d’EPR en Grande-Bretagne pour le compte d’EDF, à une usine de retraitement en Chine, ils peuvent également avancer désormais pratiquement seuls.
A Rokkasho, les Japonais ont pourtant rencontré un problème en n’achetant pas, avec le reste du savoir-faire, le procédé français de vitrification des produits de fission. Il s’est ensuivi un goulot d’étranglement de la chaine du retraitement qui n’est pas étranger à la quantité de combustibles usés entreposés, avec les conséquences que l’on a observées, dans les piscines de Fukushima.
Pendant longtemps, les profits copieux de Cogema (puis Areva) à Taiwan (l’euphorique contrat de 1982) compensaient les dépenses somptuaires en Chine de représentants mal-choisis (sauf un, le premier, qui fit de son mieux pour neutraliser les lubies de sa patronne). Ce crédit est épuisé. La déception, pour ne pas dire les frustrations, d’Orano en Chine s’évacuent plus facilement en criailleries à propos de Taiwan (qui n’en peut mais) qu’en flatulences retenues à l’égard des interlocuteurs chinois — qui leur ont pourtant fortement appuyé sur le ventre.
Il y a donc - comme le résume un insider — un problème de caca nerveux d’Orano sur le dossier - qui perdure depuis la fameuse faïence de Louis-François Durret, même si son parfum et son souvenir se sont envolés dans les tourbillons des éoliennes que lui avait confiées Anne Lauvergeon - et qui se sont elles-mêmes envolées, Orano ayant enfin compris l’imbécilité profonde de cette filière démente de production électrique (qui automatiquement nécessite de bruler du gaz ou du charbon en proportion égale - sinon plus - au Kwh produits par ces monstrueux moulins, à vie courte et non-recyclables).
Pourtant l’espoir subsiste pour ce plan B, celui d’une solution écologique et paisible de recyclage en France des combustibles usés de Taiwan. Mais il n’est pas inutile de décrire en quelques paragraphes au préalable la troisième option que TPC devrait prochainement évaluer, car elle est la plus évidente et la plus logique, de manière intérimaire, en attendant que toutes les parties concernées recouvrent un peu de bon sens.
(C) L’option des châteaux double-usage :
La Suisse est un pays montagneux d’une dizaine de millions d’habitants qui dispose de 4 (depuis peu) tranches nucléaires opérationnelles. C’est comparable à Taiwan avec six réacteurs, puisque deux seulement restent en activité et quatre sont à l’arrêt en fin de vie. C’est un pays riche dont la population dispose d’une excellente éducation dans un régime démocratique. Taiwan devrait donc pouvoir s’identifier facilement à ce modèle.
Pour autant le centre d’entreposage de ZWILAG entre Bâle et Zurich n’est pas sur les itinéraires des nombreux Taiwanais qui sillonnent l’Europe en quête d’informations sur la fin de cycle de l’électronucléaire.
Ce centre est pourtant exemplaire. Il démontre que la totalité des combustibles usés, sur un siècle, de 5 réacteurs nucléaires peuvent tenir sur une surface très modeste, inférieure à un terrain de foot, dans un hangar banal d’une conception très simple, accessible par des tracteurs fort ordinaires, et que les visiteurs peuvent (même en fauteuil roulant comme ce fut le cas pour le seul Taiwanais à avoir fait le voyage) venir poser la main sur les châteaux d’entreposage qui ont servi au transport, les fameux double-usage(s).
En fait, à côté des châteaux contenant des combustibles usés, marqués d’une autre couleur, de l’autre côté du hangar, se trouvent des châteaux comparables contenant les produits de fission vitrifiés des combustibles qui ont été retraités à LaHague.
La Suisse, en effet, après avoir opté pour une politique de recyclage s’est donné le temps de la réflexion et conserve à ZWILAG une partie de ses combustibles usés — avant de choisir s’ils seront retraités ou non. Donc en attendant de décider en faveur soit d’un dispositif d’enfouissement en l’état, soit d’un recyclage.
L’option du château double-usage est donc prouvée et bénéficie d’un retour d’expérience dans un pays très sérieux. C’est un dispositif qui offre des avantages économiques et qui est facile à mettre en œuvre, d’une exemplarité compréhensible à tous les publics et dont la référence peut se visiter sans restrictions à tout moment. C’est surtout un dispositif qui reste ouvert, rapidement, sans frais, à toutes les options d’aval.
Cette option devrait donc être clairement comprise et étudiée à Taiwan. Elle ne l’est pas pour de bien mauvaises raisons, mais les mettre en évidence braquerait des fonctionnaires dont l’appui est nécessaire à une mise en œuvre paisible et intelligente d’une première étape vers une solution raisonnable.
Autant il peut être pédagogique, voire une sorte de vaccin, de mettre en évidence et ridiculiser les torts historiques de guignols comme Louis-François Durret à l’extrémité française, autant cibler les Taiwanais responsables de la confusion actuelle serait un exercice un peu injuste, périlleux et sans doute contre-productif ; si une solution optimale est possible, une sortie par le haut, elle doit être expliquée et encouragée sans froisser quiconque, en laissant à tous et à chacun le crédit d’avoir identifié et mis en œuvre une solution optimale acceptable par tous.
Un élément sensible, une sorte de verrou, reste à faire sauter : comment identifier l’emplacement le plus propice pour le déménagement dans l’île dans des châteaux double-usage ?
Parmi les sites d’ores et déjà disponibles pour un tel entreposage, sans le moindre danger, le foncier autour des deux tranches nucléaires de MaAnShan dans l’extrême Sud de Taiwan se prête admirablement à un tel transfert depuis le Nord de l’île, non pas par la route, mais par cabotage côtier, les deux extrémités étant dotées d’installations portuaires propres et faciles à mettre à niveau.
Le luxe le plus convaincant serait sans doute de louer un des ses navires à PNTL, l’armement franco-britannique qui possède la flotte spécialisée pour le transport des matières radioactives.
Autant la population de NewTaipeiCity (qui est concentrique de la municipalité de Taipei) sera ravie du départ des combustibles usés de ChinsShan et KuoSheng (et de la certitude qu’ils ne seront pas remisés ad aeternam dans des sarcophages sur site), autant il faut s’attendre à des réticences voire des protestations des électeurs du PingTung County, et plus précisément de la collectivité locale rurale (très peu dense en habitants) qui abrite les deux réacteurs PWR de MaAnShan, les tranches nucléaires 5 et 6 de Taipower.
En fait, plus que de réticences il s’agira d’espoirs de subventions diverses et variées — qui peuvent être légitimement accordées pour peu que les bénéficiaires soient des projets d’utilité publique et non pas des coquecigrues.
La construction de ces deux tranches, les deux PWR 7 & 8 à MaAnShan, montre il est vrai à une autre époque, que des installations nucléaires peuvent être bienvenues : à MaAnShan, le site a été originellement conçu et le foncier acquis et réservé - labélisé - pour 6 tranches nucléaires. Il y a donc cinquante fois le foncier nécessaire pour l’équivalent taiwanais d’un site de type ZWILAG.
Et le moment venu, les combustibles usés de MaAnShan n’auraient que la rue à traverser pour passer des piscines à un confortable entreposage passif à sec dans ces châteaux double-usage (sans sarcophage).
Organiser de multiples visites à ZWILAG aurait donc l’avantage de démontrer la solution au plan technique, mais également au plan de l’acceptation par les villages environnants.
Le plan d’explications vers le public environnant est assez simple à concevoir et à mettre en œuvre. Mais ce n’est pas le lieu pour le détailler en rallongeant un exposé déjà un peu longuet.
Ce qu’il est important de comprendre c’est que l’étude d’un tel transfert du Nord vers le Sud, de la dense agglomération du grand-Taipei vers le site bucolique de MaAnShan dans la pointe méridionale de l’île de Taiwan ne coûterait pas cher. Elle serait l’occasion de faire de la pédagogie, de relancer un dialogue social et scientifique indispensable vers un souhaitable - et très possible - consensus entre anti-N. et pro-N.
Si La France, revenue à de meilleurs sentiments à l’égard de Taiwan, en souvenir des profits historiques, et dans la perspective d’en réaliser d’autres, mettait en place la très petite équipe nécessaire à une remise en confiance, elle pourrait se greffer sur le transfert puisque la division TN d’Orano a, en concurrence avec l’allemand GNS, également des châteaux double-usage.
Et tout en fournissant navires, et une partie des casks, la France pourrait sans violenter les consciences continuer à faire visiter LaHague et exposer les avantages pour Taiwan de ne pas complètement négliger l’option du recyclage.
Pour être parfaitement entendue, cette option française devrait apporter une solution à la question du destin des produits de fission vitrifiés, dans le respect des lois française et autres qui interdisent l’exportation de déchets.
Tôt ou tard, toutes les parties concernées devront revenir à la table de travail (en l’occurrence celle d’un des meilleurs restaurants célèbre pour ses canards laqués de Pékin) où Viénet avait jeté avec succès, et avec le vice-ministre Liu KuangChi, les bases d’une solution bénie par la Chine et par Taiwan. Solution, on s’en souvient, avortée non pas la Chine, ni par Taiwan, mais par quelques naufrageurs français obtus et malveillants, aujourd’hui tous hors circuit.
L’épidémie de virus Covid-19 le triomphe électoral du DPP, l’hostilité attendue chinoise au rapprochement militaire entre Taipei et Washington (et accessoirement le contrat récemment mis à jour par Paris pour la mise à niveau et l’entretien d’une escadrille de cinq douzaines de Mirages), etc., semblent tisser un contexte défavorable.
Pourtant, il y a plus d’ingénieurs taiwanais qui ont - récemment - visité le site de BeiShan en Chine du Nord, celui envisagé de l’enfouissement des produits de fission vitrifiés chinois, qu’il n’y a eu de Taiwanais pour visiter - depuis quatre ans - LaHague.
La difficulté, puis l’obstacle, puis le délitement - il y aura bientôt trente années - d’une solution idoine n’était pas venu de la Chine ni de Taiwan, mais de France, plus précisément de quelques Français pathologiquement pervers, jouant contre leur entreprise et contre les intérêts industriels français.
L’un d’entre eux (le plus caricatural) a été, à dessein dans cet article, épinglé comme exemple de ce qu’il convient de ne pas tolérer si l’on souhaite que les chances de l’industrie française soient préservées et à nouveau favorisées.
Pour cela il n’est pas utile de réimplanter le bureau de liaison d’Areva à Taipei — que Orano a fermé voici quelques années avec le départ en retraite de la secrétaire qui y végétait. L’essentiel de la prise de conscience peut se faire en France, pour commencer : les éléments du brainstorming initial y sont largement disponibles.
Il serait presque plus utile qu’Orano ouvre une table-d’hôtes à coté de ZWILAG pour y escorter les nombreux Taiwanais qui devraient visiter ce site. A défaut, c’est GNS qui le ferait, à son avantage.
Une perspective est certaine, à brève échéance : il est possible de réinsérer la France dans le processus déjà lancé à Taiwan (avec le premier contrat de GNS) qui peut déboucher sur une solution optimale pour la France tout autant que pour Taiwan et les Taiwanais.
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