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La France et l’électro-nucléaire à Taiwan

Installation du dôme sur le réacteur de 3e génération HuaLong 1 à FuQing dans la province du FuJian. Complètement sinisé en 2016, héritier des technologies française et américaine le modèle HuaLong 1 (HPR 1000) fournira l’essentiel du parc nucléaire civil chinois. 2 unités sont en construction à ​​FangChengGang dans le GuangXi. Deux autres à Karachi. Le HPR1000 a également été proposé pour le site de Bradwell au Royaume-Uni, où il fait l’objet d’une évaluation. Depuis bientôt quatre années, la perspective de coopération nucléaire franco-chinoise ne repose plus que sur le recyclage des combustibles usés, tandis que les négociations pour la construction d’une usine de retraitement piétinent.


*

Question Chine a demandé à Wei YanNian de se livrer à un exercice de
réflexion politico-industrielle qui combine des éléments souvent mal compris, en particulier en France :

1. Les relations au travers du Détroit de Formose entre la Chine et Taiwan,

2. Une histoire de l’électro-nucléaire taïwanais, et de ses relations avec la
France,

3. Le destin des combustibles nucléaires usés de Taiwan, et des déchets
nucléaires (qui sont une catégorie à bien distinguer des combustibles usés).

L’exercice imposé à notre chroniqueur aux accents rabelaisiens qui, au
passage, règle à coups de pieds ses comptes avec nombre de médiocres et traitres ayant sabordé les intérêts français, était de présenter sa chronique sous la forme d’un rapport destiné à ceux des responsables des dossiers électronucléaires français qui sont directement concernés, chez l’industriel Orano, comme dans ses tutelles.

QC imaginait aussi un destinataire pour information, la Direction d’Asie
du Quai ayant à l’époque des faits manifestement perdu en route l’indispensable esprit fédérateur entre les intérêts économiques, les impératifs financiers, les stratégies commerciales et la diplomatie.

En ces temps où se perd la mémoire historique pourtant condition de la
compréhension subtile des situations et prérequis indispensable à l’élaboration de solutions intelligentes, ce travail inédit offre un panorama complet d’une expérience française originale commencée de manière insolite et délétère – mais il y a prescription - avec un atelier de plutonium dans un centre de recherches militaires taïwanais que Washington a fait fermer.

Le texte, assorti de savoureuses digressions culinaires, assassine les judas,
les sournois et les perfides. Mais il ne manque pas de rendre hommage à tous ceux, Français et Américains, diplomates, agents secrets, banquiers et industriels, ayant, au fil des années, prêté main forte à René Viénet, le pittoresque et truculent représentant des intérêts nucléaires français dans l’Île, de 1980 à 1998.

Possédant une longue expérience des mentalités et de la culture chinoises, à cheval sur le détroit de Taïwan, il portait - il porte toujours, même après tant d’années - un projet ayant la double caractéristique de l’utopie politique et de l’évidence industrielle raisonnable et économiquement rentable.

La simplicité théorique de l’entreprise et son évidence sautent aux yeux : rassembler les deux rives du Détroit autour des impératifs écologiques et de sûreté du retraitement des combustibles usés taïwanais et in fine des déchets nucléaires issus de ce recyclage, et de l’élan du nucléaire civil de la Chine continentale en quête de combustible pour ses centrales.

Par les temps qui courent où la situation entre les deux rives se tend dangereusement, la vertu d’une telle coopération sur le sujet crucial de l’énergie nucléaire est enthousiasmante.

Ajoutons que les astres sont à ce point alignés que même le pouvoir indépendantiste taïwanais, pourtant férocement anti-nucléaire, pourrait trouver un avantage à débarrasser l’Île de ses combustibles nucléaires usés dangereusement accumulés, de plus dans des zones surpeuplées.

Alors que Paris semble engagé dans une négociation sans fin avec Pékin pour la construction de ses propres installations de recyclage (l’équivalent chinois de La Hague), le projet auquel il est évident que les experts français pourraient contribuer à un haut niveau opérationnel et technique, offrirait un appel d’air salutaire à la coopération nucléaire franco-chinoise enlisée depuis qu’en 2016 Pékin a fait certifier à l’export son réacteur HuaLong-1 à eau pressurisée.

Bien sûr, pour mener à bien un tel projet dans une zone stratégiquement sensible, au cœur même des postures de souveraineté figées de chaque côté du Détroit qui, à vrai dire, rendent aujourd’hui l’entreprise aléatoire, il y aurait deux impératifs.

Le premier - à l’extrémité française - est la maîtrise, la subtilité et la souplesse des acteurs, capables d’une intelligence fine et lucide des situations.

Le deuxième serait de tenir à distance la longue cohorte des saboteurs, dénoncés et fustigés par Wei YanNian qui, pour une variété de raisons toutes irrecevables (ego surdimensionné, jalousie, perversité destructrice, esprit courtisan, rivalités de chapelles et goût immodéré pour les cercles vicieux), s’ingénient à torpiller les projets vertueux et les intérêts français.

*

En attendant que chacun retrouve un peu de sagesse, Wei YanNian propose une solution intérimaire du transport et de l’entreposage (selon une méthode éprouvée, en particulier en Suisse) sur un site facilement accessible par la mer, la zone plate littorale, du sud de l’Île, où le terrain est non seulement largement disponible mais appartient déjà à l’électricien de Taiwan et est référencé pour l’électronucléaire : celui adjacent aux deux réacteurs de MaAnShan.

Si les habituels démolisseurs des intérêts français, ordonnateurs infatigables des querelles picrocholines de l’administration ne s’en mêlent pas, la France pourrait y prendre sa part en proposant son expertise du transport des combustibles usés.

François Danjou


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Par Pieter Stern Le 25/02/2020 à 17h55

La France et l’électro-nucléaire à Taiwan

Un de vos meilleurs articles et ça n’est pas peu dire. Encore un exemple édifiant du brio de la France à l’étranger !

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