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›› Société

Inondations. Crues record et cotes d’alerte dépassées

Depuis un mois, le sud de la Chine du Guizhou jusqu’à Shanghai est ravagé par les inondations. 38 millions de personnes sont affectées dans 27 provinces. 150 ont déjà perdu la vie, 28 000 foyers sont inondés. Les dommages sont pour l’instant estimés à près de 12 Mds de $.

Le bureau de gestions des catastrophes naturelles et le ministère des ressources hydriques surveillent 400 fleuves et rivières, parmi lesquels plus d’une trentaine ont atteint ou dépassé la cote d’alerte. L’Anhui, le Hubei, le Jiangxi et le Zhejiang sont les provinces les plus touchées, en alerte rouge.

Le niveau du lac Poyang dans la plaine centrale au sud de Jiujiang est déjà à plus de 2,5 m au-dessus des records des précédentes inondations.

Les réseaux sociaux à l’affut ont noté que seul Li Keqiang avait, le 6 juillet, visité les régions sinistrées. Encore n’est-il allé que dans le Guizhou, dont certains villages ont il est vrai été submergés par des rivières de boue, mais à l’écart du cours du Yangzi et des grandes désolations de la vallée du Grand Fleuve.

Peut-être, parce que, disent certains, la province du Guizhou fut en 2017 le choix de Xi Jinping pour promouvoir sa stratégie de mise en valeur des régions excentrées. Lire 19e Congrès : Qui est Chen Miner 陈 敏 尔 et le § « Une manœuvre pilotée au sommet » de : L’impitoyable guerre des microprocesseurs. (Suite).

Quoi qu’il en soit, Xi Jinping a manqué à la tradition. Tous les secrétaires généraux se sont systématiquement rendus sur les lieux des grandes catastrophes. « Mais Xi est trop occupé avec Hong Kong, le coronavirus et les graves tensions avec les États-Unis », note Xia Ming, professeur de sciences politiques à l’Université de New York. En quelques mois c’est la 2e fois que le n°1 est la cible de critiques dénonçant son absence d’empathie envers les victimes.

Les records de crues ont été battus dans la plaine centrale et dans le Zhejiang et l’ampleur des inondations interroge sur la capacité réelle du barrage des Trois gorges à réguler le cours du Yangzi dont c’est un des rôles principaux à côté de la production d’électricité.

Dès la dernière semaine de juin, l’eau de l’immense lac de retenue long de 600 km dont le niveau était à 10 m au-dessus de la cote d’alerte, à été progressivement libérée vers l’aval. Conséquence, la ville Wuhan située à 300 km plus loin vers l’embouchure, déjà elle-même noyée par l’eau des affluents et les pluies torrentielles, s’est trouvée menacée.

Encore plus à l’est dans le Jiangxi, toutes les récoltes sont submergées et, dans les zones urbaines, l’eau a atteint le premier étage de maisons. Les villages sont envahis par des torrents de boue.

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Le grand barrage en question.

L’ampleur des inondations a fait resurgir les anciennes critiques opposées à la construction d’un ouvrage d’une taille aussi titanesque. Cette fois, au lieu de réguler les eaux, l’abondance exceptionnelle des pluies commencées plusieurs semaines avant mousson, surcharge dangereusement le lac de retenue. L’ouverture des vannes devenue nécessaire aggrave les inondations en aval.

Autre réserve critique déjà soulevée pendant la construction il y a 20 ans, le blocage des sédiments accumulés au pied du barrage côté amont accélère le flux des eaux en aval.

Le 12 juillet, NTD (New Tang Dynasty Television), une chaîne chinoise basée à New-York fondée par les pratiquants de Falungong émigrés aux États-Unis, évoquait un commentaire du fils de Huang Wanli, cet ingénieur hydrologue chinois décédé en 2001 qui, après avoir constamment mis en garde contre les risques posés par les dimensions gigantesques du barrage (long de 2309 m et haut de 185m), fut accusé de « droitisme », démis de ses fonctions et emprisonné par Mao.

Répétant ce que disait son père, Huang Guanhong mettait le doigt sur une évidence : « Par très forte montée des eaux, le barrage provoquera des inondations quoi qu’on fasse. Si on relâche les eaux, elles inondent l’aval. Si on les retient elles inondent l’amont ».

De fil en aiguille, les commentaires ont dérivé vers la possibilité apocalyptique d’une rupture du barrage, certains évoquant même une instabilité de la structure, à l’origine d’une déformation - « distorsion » dans un article en Anglais du Global Times.

Le 17 juin, le journal réfutait un « cliché des médias étranger » et affirmait non seulement que le barrage fonctionnait en toute sécurité mais aussi qu’aucune « distorsion » n’avait jamais été observée.

Bouleversement écologique.

Il y a cependant une responsabilité humaine aux inondations. Le réchauffement et la déforestation d’abord. Causes, comme ailleurs dans le monde, de l’augmentation des précipitations. Ensuite la disparition ou la très importante réduction dans la plaine centrale des surfaces lacustres, déversoirs naturels du surplus des eaux du Grand Fleuve.

Il y a un siècle, le lac Dongting au nord de Changsha s’étendait sur 5000 km2. Aujourd’hui, il est réduit de près de 50% à seulement 2600 km2. Le lac Poyang entre Jiujiang et Jingdezhen est passé de 4350 km2 à 3750 km2 en à peine 50 ans.

Plus généralement, le Hubei, la province « des mille lacs 千湖之省 – qian hu zhi sheng » n’en compte plus que 300. La réduction à des peaux de chagrin des surfaces lacustres est le résultat de l’extension des cultures céréalières pour nourrir la population et de l’urbanisation à outrance ayant multiplié les surfaces constructibles.

Impact économique

Alors que le 23 juillet, la météo annonçait plus de pluies pour la fin de la semaine, il est impossible de ne pas évoquer les conséquences économiques des inondations au moment où la Chine sort de la léthargie du confinement et que sa stratégie de relance repose en partie sur l’augmentation de la consommation intérieure.

Selon le Bureau National des Statistiques (BNS), les prix alimentaires avaient augmenté de 11,1% en juin. Ils tireront l’inflation vers le haut à 2,7% au début du 4e trimestre. La pression sur les prix alimentaires baissera au 3e et au 4e trimestre, après les pluies, mais la tendance générale à l’inflation persistera due aux conséquences rémanentes de la fièvre porcine ayant fait exploser les prix du porc à +81,6% par rapport à 2019.

Au total, en 2020 la hausse des prix pourrait être de l’ordre de 2,5%, en légère augmentation par rapport aux 2,3% de 2019.

Au cours des 6 premiers mois de l’année nombre de petites affaires ont disparu notamment dans le secteur de la restauration où plus de 100 000 restaurants ont mis la clé sous la porte. De nombreux autres ont temporairement fermé. La création de nouvelles affaires n’a pas compensé les disparitions.

Quant à la grande image macro-économique, les statistiques des douanes révèlent un déclin de 3,3% des exportations et une chute sévère de 16,7% des importations. Les PME souffrent. Si les commandes étrangères ne viennent pas, il faut s’attendre à des faillites,

Avec l’intensification de la guerre économique et l’embargo qui frappe Huawei aux États-Unis et au Royaume Uni - d’autres suivront -, le gouvernement a recours aux exonérations de taxes aux entreprises et à la relance par des grands travaux d’infrastructures. (Voir la carte et sa légende)

L’aide à tout prix à la consommation intérieure est d’ores et déjà une priorité. Il y en a deux autres : la lutte pour préserver l’emploi et l’élimination de la pauvreté d’ici la fin de l’année. Le pari qui est une exigence maintes fois répétée de Xi Jinping, paraît hors de portée.

A la mi-juin une note du BNS rappelait que 40% de la population (50 millions) ne disposait que de 140 $ de revenus mensuels. Ce qui ne favorise pas la reprise par la consommation intérieure.

 

 

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