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›› Economie

Où en est la reprise économique ?

Difficile question au milieu des chiffres parcellaires parfois manipulés par la propagande, dont le dernier exemple en date est l’épisode Thomas Piketty dont le le livre « Capital et idéologie » (Ed du Seuil, septembre 2019) que les éditeurs chinois aux ordres du Parti n’acceptent de publier qu’à la condition de supprimer les passages sur la montée des inégalités qui gênent le discours de l’appareil sur la réduction de la pauvreté.

En réalité, s’il est exact que le dynamisme varie selon les secteurs, la grande image de l’économie n’échappe pas aux blocages et obstacles nés de la pandémie, visibles partout dans le monde.

Ils s’ajoutent aux effets du freinage structurel de la croissance conséquence de l’épuisement de l’ancien schéma de développement à mesure que se tarit la ressource de l’exode rural pourvoyeur de main d’œuvre bon marché et que la démographie change, avec un accroissement du pourcentage des plus de 65 ans (dont le nombre atteindra 400 millions en 2049), tandis que la main d’œuvre disponible se réduit.

Pour passer ce cap où la mobilité de la main d’œuvre reste encore freinée par les limitations du passeport intérieur (Hukou), le pays devra finir de mener à bien la réforme de la mobilité géographique et augmenter de manière significative l’efficacité et l’unification de ses filets sociaux, conditions de l’augmentation de la consommation intérieure.

L’annexe de l’article rappelle succinctement l’histoire de la croissance chinoise depuis le milieu des années 60.

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Le 8 septembre 2020, l’agence de notation financière Fitch Ratings estimait que la croissance mondiale chuterait de 4,4% en 2020, tandis qu’elle situait la baisse chinoise sur l’année à seulement moins 2,7%. L’analyse rangeait l’économie chinoise parmi les seules de la planète qui, cette année, réussiraient à préserver une croissance positive.

Après un sévère recul entre le dernier trimestre 2019 et les trois premiers mois de de 2020 (voir note 1), la croissance est repartie à la hausse en mars. Dans une analyse récente parue dans China Leadership Monitor, David Dollar, expert de l’économie chinoise et chercheur à la Brookings posait la question de l’ampleur et du rythme réels de la reprise et des conséquences à long terme du choc épidémique.

Une reprise inégale. Sur fond de déséquilibres sociaux.

L’appréciation générale est qu’il est peu probable que la reprise adopte la forme en « V » d’un rétablissement rapide. Une des raisons en est la brutale diminution des exportations qui, compte tenu de la persistance de la pandémie reviendront difficilement au niveau d’avant la pandémie.

Idée connexe, la persistance d’une croissance globale affaiblie et la guerre commerciale sino-américaine feront qu’au-delà de la conjoncture Covid-19, la part des exportations dans la croissance se réduira structurellement, tandis que Pékin cherchera à augmenter l’efficacité du levier de la consommation intérieure. Celle-ci restera néanmoins faible, ralentie par le sentiment diffus dans l’opinion que la crise n’est pas tout à fait terminée.

En même temps, l’empilement des dettes à des niveaux préoccupants notamment dans les provinces freinera les investissements privés et les plans de relance. A cet égard, il est intéressant de noter que, contrairement aux crises précédentes, le gouvernement n’a donné que peu d’informations sur une éventuelle relance financière, ce qui laisse supposer que ses marges de manœuvre sont étroites, dans un contexte où la pandémie accroit les risques de crise financière.

Il est un fait que la relance chinoise, pourtant deux fois plus forte qu’en 2019, assortie de prêts à la construction, de baisses de taxes et une augmentation notable des budgets sociaux qui accroîtront le déficit budgétaire - a cette fois été moins vigoureuse – probablement 2 fois plus faible - que celle de pays développés où elle a en moyenne atteint 10% ou plus des PNB.

Enfin, l’épidémie a mis à jour les faiblesses des protections sociales, particulièrement pour les 292 millions de migrants intérieurs (statistiques 2019), constituant près des 50% de la main d’œuvre urbaine dont l’âge moyen est, depuis 2008, passé de 34 à 41 ans, 25% d’entre eux ayant plus de 50 ans.

L’accès à la santé, à l’éducation et aux retraites de cette catégorie de Chinois, « soutiers du miracle », reste aléatoire. Constituant près de 20% de la population, les migrants intérieurs sont les plus démunis des 600 millions de Chinois dont le Premier ministre disait dans sa conférence de presse à l’ANP, fin mai, qu’ils vivaient dans des conditions semi-précaires avec 140 $ de revenus mensuels.

Ces déséquilibres que la mouvance Xi Jinping, toute entière investie dans la promotion de la renaissance de la Chine et du rêve de puissance, tente d’occulter au point que le sujet est devenu une sérieuse pierre d’achoppement avec le premier ministre Li Keqiang, s’ajoutent aux contrastes persistants des niveaux de vie entre les villes et les campagnes et au inégalités régionales des protections sociales et de l’accès à la santé.

QC suit de près ces déséquilibres sociaux. A ce sujet, lire nos articles sur le système des retraites et les déséquilibre de l’appareil de santé :

- « Kan Bing Nan, Kan Bing Gui ». Malaise dans les hôpitaux chinois
- Le risque d’asphyxie du système des retraites
et plus récemment :
- Systèmes de santé chinois : clés de décryptage
- Réflexions sur l’assurance maladie, le « big data » chinois et les évolutions du monde

Cette situation marquée par l’angoisse des tensions internationales sur fond de déséquilibres sociaux persistants, fera que la faiblesse endémique de la demande intérieure persistera en dépit des efforts du pouvoir pour la doper. David Dollar ajoute que la prudence restera le fond de tableau structurel de la société chinoise « même si un vaccin était développé ».

Ouvrant une perspective d’avenir, il suggère que le Parti pourrait tirer profit de la situation pour accélérer les réformes sociales, notamment au profit des migrants intérieurs et celles du secteur financier qui, on le voit, sont d’importants facteurs des lourdeurs socio-économiques.

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Globalement, après la secousse du premier trimestre et alors que la rivalité avec Washington s’aggrave (note 2), il faut constater que la reprise est inégale. A la fois dans sa répartition géographique et quand on compare les secteurs d’activité.

Après un rebond en mars, la production industrielle a à nouveau reculé en mai et juin, avec un index des directeurs d’achats à peine à 50,9% en juin, en dépit d’un vigoureuse reprise de la construction et du marché automobile en hausse de 10,4% sur une année. En juillet l’indice était reparti à la hausse.

Dans le même temps, celui des services grimpait à 54,4% avec, là aussi, des écarts selon les secteurs, entre les voyages inter-provinces, l’hôtellerie et la restauration toujours en net recul et celui des livraisons à domicile et de la vente en ligne en pleine expansion.

Le déficit de souplesse des quatre grandes banques commerciales d’État étroitement liées au pouvoir politique et toujours protégées des concurrences extérieures en dépit des ouvertures annoncées, est, avec l’enchevêtrement des affaires et de la politique dont les institutions financières sont un des creusets de la corruption, à l’origine de nombreux projets non viables, gaspilleurs de fonds publics et générateurs de dettes dont l’ampleur a été augmentée par la relance de 2008 – 2010.

Aujourd’hui, la secousse de la crise épidémique met plus que jamais en évidence l’urgence des réformes pour tenir à distance le risque de crise financière.

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La menace latente d’une crise financière.

Fermentant sous la surface, une crise financière serait déclenchée par la conjonction de deux dysfonctionnements dont l’un est déjà visible : l’accumulation de mauvais investissements générateurs de dettes toxiques non recouvrables. L’autre déclencheur contre lequel le système bancaire tente de se protéger en limitant les concurrences extérieures, serait une panique publique provoquant une épidémie de retraits.

Mais, à force de protections, l’efficacité du système s’est diluée. Alors que, par le passé, les banques publiques furent de puissants adjuvants de la modernisation et de l’aménagement du territoire, canalisant rapidement les capitaux vers les projets immobiliers, les grands ouvrages d’art (barrages, routes, ponts, voies ferrées, canaux) et les activités de production sources de l’excédent commercial, elles sont aujourd’hui moins performantes.

La raison en est que, tenues à l’écart de la concurrence, elles se sont mal adaptées aux conditions plus complexes de la croissance dont les fondements reposent aujourd’hui moins sur l’allocation quantitative de capital que sur l’innovation et la productivité.

Les signes avant-coureurs d’une possible secousse sont visibles. Avant la crise de 2008, les crédits et hypothèques émis par les banques permettaient des retours substantiels de sorte que le ratio macro-économique dettes / PIB, il est vrai élevé, restait stable autour de plus ou moins 100 % de la production nationale.

Mais, après 2010, il a grimpé en flèche à 317% du PIB. La dégradation du ratio suggère l’accumulation de financements ruineux aux rendements aléatoires accumulant les dettes non remboursables et dessinant, selon un rapport de la Commission de régulation bancaire, de sérieux risques de faillites pour les banques de moyenne et petite importance.

Pour cette catégorie de banques locales en majorité rurales, les risques sont encore aggravés depuis que la Banque Centrale a, en réponse à la crise pandémique, baissé les taux d’intérêts impactant directement les revenus des crédits consentis par les banques aux PME qui sont précisément la partie du tissu productif le plus sévèrement touché par la crise.

Le trompe-l’œil de l’ouverture financière.

A la fin juillet de cette année, répondant à des attentes déjà anciennes et après plusieurs annonces dont la première date de 2017 confirmée en 2018 (lire : Ouverture financière et contrôle politique), suivies des mesures d’ouverture ciblées, la Commission de la réforme et développement a supprimé les limites aux investissements étrangers dans cinq secteurs clés du système financiers chinois - Banques, assurance accident et assurance immobilière, assurance vie, gestion d’actifs, courtage d’actifs boursiers et d’investissements à terme -.

Il est trop tôt pour évaluer l’ampleur réelle des pénétrations étrangères dans les puissants enchevêtrements de la finance chinoise où se croisent les intérêts politiques et affairistes et les priorités aujourd’hui très envahissantes du contrôle social. On peut cependant déjà observer que la marge d’intervention extérieure dans le système bancaire est une portion congrue.

Nous l’écrivions il y a deux ans, en 2015 déjà, plus de 95% des actifs des banques étaient détenus par des intérêts chinois. De fait, la décision de supprimer les limites surgit alors que les marges d’intervention étrangère dans le système bancaire sont voisines de zéro.

La situation confirme que la priorité politique du pouvoir est de ne pas laisser les acteurs de la finance internationale contrôler l’épargne chinoise. Les opérateurs extérieurs qui ciblent d’autres secteurs que celui des banques, déjà encombré, l’ont bien compris (note 3).

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L’ouverture annoncée en juillet autorisant notamment les interventions étrangères dans l’assurance vie, n’en constitue pas moins un pas significatif pour la mise en concurrence dans des secteurs où, à côté des géants Ping An (平安) et PICC (Peoples Insurance Company of China 中人民保) déjà engagés dans la digitalisation contrôlée des clients modulant les prix en fonction de leur âge et de leur santé surveillés par « Big Brother », les petites et moyennes compagnies d’assurance se battent pour leur survie au jour le jour.

Ce n’est pas tout. La vérité est que les mesures affichées par la propagande en juillet dernier sont encore loin d’une réelle ouverture financière, puisque pour éviter une fuite des capitaux et les risques pesant sur Yuan, le compte de capital et la devise chinoises restent et resteront étroitement contrôlés.

Discours réformistes, contrôle étatique et monstres industriels.

Dans ce contexte, la situation florissante des groupes publics et des géants de l’assurance, alors que les opérateurs locaux des deux secteurs sont au bord de la faillite, oblige à s’interroger sur la réalité des intentions réformistes de l’actuelle équipe au pouvoir.

L’observation des faits montre en effet que les trajectoires animées par un affichage de puissance nationaliste donnant la prévalence aux géants, empruntent une direction opposée à celle de l’assainissement des groupes publics, du contrôle de leurs dettes, de la souplesse et de la réactivité voulue par Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque Centrales jusqu’en 2018.

La dernière annonce de la méga-fusion des géants publics de la chimie dont les noms chinois sont identiques à un caractère près, Sinochem Group.co 中国中化集团公司 et ChemChina 中国化工集团公司, est le plus flagrant écart entre les discours de l’appareil et la réalité qui, dans ce cas, paraît plus articulée à l’affichage de puissance contrôlée par la bureaucratie d’État centralisée, adossée au « Rêve Chinois » qu’au souci de souplesse et de réactivité industrielle et commerciale de la chimie chinoise.

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Les dettes de ChemChina, symbole des réformes en panne.

On se souvient qu’au printemps 2016, ChemChina, l’un des deux protagonistes de cette fusion hors normes créant un monstre industriel dont la capitalisation boursière serait de 114 Mds de $, avait réalisé, déboursant 43 Mds de $, la plus grosse opération de rachat de l’histoire en s’appropriant à la fois le Suisse Syngenta et ses dettes (lire : ChemChina se paye SYNGENTA. Objectifs : progrès technologiques et modernisation des campagnes).

A l’époque du rachat, dénoncé par l’ambassadeur de Chine en Suisse Geng Wenbing et présenté par les critiques financiers sérieux comme le résultat de l’impatience cupide de actionnaires du groupe suisse dont les comptes étaient en pourtant cours de redressement, les dettes de Syngenta étaient, selon Bloomberg, de 22 Mds de $.

Aujourd’hui, plus de quatre années après l’absorption, celles du groupe ChemChina augmenté de Syngenta sont évaluées à 63,6 Mds de $ par le même Bloomberg. Soit + 189 %

La vérité est que le monstre n’a pas réussi à redresser ses comptes, en dépit des annonces initiales spéculant sur l’élargissement du marché du groupe grâce au rachat du géant Suisse. Ce dernier a gardé son marché de n°1 mondial de l’agrochimie, les produits phytosanisatires et les semences, mais la synergie des marchés espérée par ChemChina n’a pas eu lieu.

Lire : China’s Chemicals Mega-Merger May Have Come Too Late

Le 8 septembre, dans Bloomberg, David Fickling, décrivait une inquiétante fuite en avant de l’affichage nationaliste par la taille, ignorant les principes les plus élémentaires de la gestion et révélait que les revenus du groupe ne couvraient même pas la charge de sa dette.

Confirmant qu’un malheur n’arrivait jamais seul, l’article signalait aussi que ChemChina et Sinochem figuraient depuis août dernier sur la liste des groupes que la Maison Blanche considérait passible de sanctions pour leurs relations avec le système militaire chinois.

Pour Flicking, si Washington déclenchait des sanctions, contre le géant hybride sino-suisse, seul un démantèlement de sa fusion avec ChemChina pourrait sauver Syngenta de la ruine.

Vents contraires sino-américains. Routes de la soie en berne. Le vaste espoir du RCEP.

A l’extérieur, l’expansion de l’économie chinoise est placée sous la contrainte insistante des attaques / ripostes de la guerre commerciale avec Washington, aggravée par la pandémie ; elle subit la désaffection du public américain de plus en plus critique de la Chine, poussant Pékin aujourd’hui plus focalisé sur l’Asie du Sud-est, à se détourner du marché américain.

En même temps, l’économie accuse aussi les effets du ralentissement des projets des Nouvelles Routes de la soie.

Le déclin des enthousiasmes est à la fois du à la pandémie et aux effets secondaires de la politique étrangère agressive du « Loup guerrier ». Ces facteurs s’ajoutent aux craintes des partenaires des routes de la soie d’une accumulation des dettes, devenant un levier de pression politique à la racine des accusations de « rivalité systémique », Pékin étant soupçonné de vouloir modifier le paradigme politique des sociétés occidentales.

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Dans ce paysage de vents contraires, la Chine dispose cependant encore en théorie de la très appréciable marge de manœuvre du « Regional Comprehensive Economic Program (RCEP) – Programme de partenariat économique global – en Chinois 区域全面经济伙伴关系 - ».

Après la fausse manœuvre de l’abandon du « Trans Pacific Partnership » par D. Trump, corrigée en avril 2018 par une volte-face (note 4), le projet RCEP qui fut une initiative conjointe de Pékin et de Tokyo en 2011, porte l’espoir de la plus vaste zone de libre échange de l’histoire, entre les dix pays de l’ASEAN, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Le marché qui met en place la presque totale liberté de commerce avec des droits de douane réduits au minimum, dans un marché équivalent à la moitié de la population du monde et 30% de son PNB, pourrait, disent les experts, ajouter 209 Mds de $ aux revenus globaux compensant en partie les dégâts de la pandémie.

Le 27 août a eu lieu par vidéo-conférence la 8e édition de la réunion des ministres des 15 pays du partenariat, présidée par Tran Tuan Anh, ministre de l’industrie et du commerce vietnamien. La déclaration publiée à l’issue qui laissait présager une signature finale à brefs délais et insistait sur l’importance de la libre circulation commerciale alors que la pandémie avait poussé aux fermetures, a laissé ouverte la participation de l’Inde.

L’incidence est remarquable. Alors que Pékin et New-Delhi s’écharpent à leur frontière himalayenne, la proposition traduit, entre autres, la volonté chinoise de désolidariser l’Inde des États-Unis, alors que Washington utilise le concept stratégique de la zone « Indopacifique » pour minimiser l’importance de la Chine.

Les vastes perspectives ainsi évoquées tracent clairement une route de contournement des États-Unis par la Chine. Il est évident que celle-ci ne serait viable que si l’actuelle direction politique chinoise réussissait à apaiser ses relations avec ceux des pays de la zone, notamment l’Australie et quelques autres de l’ASEAN avec lesquels Pékin a engagé une stratégie de force à l’opposé de la convivialité commerciale nécessaire à la mise en œuvre de l’accord.

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ANNEXE
Brève histoire de la croissance chinoise.

Porté par l’exode rural, réservoir de la main d’œuvre à bas coûts, le dynamisme accéléré par l’ouverture au monde du milieu des années 90 et l’entrée de la Chine dans l’OMC à ses conditions en 2001, propulsa l’économie alors « émergente » de la Chine à des taux de croissance 5 ou 6 fois plus élevés que ceux des pays développés.

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Partant de moins que rien à la fin de la catastrophe collectiviste du « grand bond en avant », la croissance explosa d’abord de moins 27% en 1960 à +18,6% en 1964. C’était à peine un rattrapage.

Après une autre secousse idéologique infligée à la Chine par Mao qui installa le chaos de la révolution culturelle pour reprendre la main sur le Parti, à partir de 1967 (moins 5,8%, soit une chute de plus de 16% par rapport à 1966), le pas de la croissance hésita comme celui d’un homme malade.

Après des hauts à +19,7% en 1970, elle atteignit en 1976, six ans plus tard, son dernier point bas à moins 1,6%, avant sa longue chevauchée vers les sommets.

A partir de 1978 (+11,3%) le pragmatisme de Deng Xiaoping la maintint toujours au-dessus de 5%. En 2001, elle était à +8,3%, quand, le 17 septembre de cette même année, son entrée dans l’OMC après 15 ans de négociations la propulsa en 6 ans à +14 % (2007).

Outre le dynamisme de l’économie et les talents commerciaux bien connus des Chinois, l’accélération fut aussi l’effet d’une dispense que Pékin réussit à négocier en se posant à la fois comme un levier essentiel de la croissance mondiale, vaste débouché des économies développées et « le premier pays en voie de développement ».

C’était le principal argument des dérogations qui, par un long texte de 900 pages, accordèrent à la Chine un « délai de grâce » de douze années dit « mécanisme de sauvegarde transitoire » destiné à protéger certains secteurs du marché chinois de la concurrence.

Mais la partie du texte – insérée en annexe sous le titre « protocole d’accession » - qui organisait la fin des exemptions était suffisamment généreux pour que le régime d’exception se prolonge en réalité au-delà de 2013, année de la fin des douze années d’exemption. Il prévoyait notamment que l’application stricte des normes de l’OMC ferait l’objet « d’accords mutuels », qui furent autant de marges de manœuvre utilisées par Pékin pour prolonger les dérogations.

En 2010, la machine tournait encore à +10,6%, dernier point haut historique de la croissance. Depuis elle freine. Après une première chute brutale en 2012 à + 7,86%, conséquence indirecte de la crise asiatique de 2008, la croissance continue à ralentir à un rythme régulier bridé à la fois par la hausse des salaires et l’augmentation des budgets sociaux (retraite, assurance maladie, budgets vieillesse, hausse de l’aide aux défavorisés).

Après 2012, la croissance a d’abord ralenti de manière plus progressive. Elle était de +7 % en 2015 et de +6,8 en 2018. Depuis cette date, elle chute à nouveau rapidement. Fin 2019, les statistiques chinoises l’évaluaient à +6,1%.

En dépit du rythme toujours élevé des investissements étrangers et d’un fort excédent commercial (près de 59 Mds de $ en août 2020) l’arrière-plan économique mondial en récession freine les échanges, pèse sur les profits des entreprises, notamment les PME, qui, en moyenne baissèrent de 27% au cours des quatre premiers mois de 2020.

La tendance est aggravée par les conséquences de la sévère guerre commerciale sino-américaine dont les perspectives sont aussi floues que les conséquences de l’épidémie. D’autant qu’au lieu de diminuer, le surplus commercial chinois des échanges sino-américains augmente. Il était de 34,24 Mds de $ en août contre 32,46 en juillet.

Notes.
Statistiques Chinoises.

1. Le manque de fiabilité des statistiques chinoises ne permet pas une vue précise du choc subi par l’économie.

Lancée en août 2016, « Yicai Global 一财全球 », antenne financière de Shanghai Media Group dont 30% des actions appartiennent au Groupe Alibaba de Jack Ma, travaillant avec Twitter, Bloomberg, Dow Jones, Nikkei, Cheetah Mobile et Flipboard, la société propose une image plus précise de l’évolution du PNB en analysant des agrégats de micro-informations et de données chiffrées éparses (fonctionnement des transports, densité de la circulation automobile, consommation de charbon et d’électricité, taux de chômage, faillites et création d’entreprises, indices des loyers, coût de la construction etc.).

Les données ainsi collectées et mises en perspective montrent que l’indice de production était normal en janvier 2020, mais qu’il s’effondra de près de 20% en février comparé à 2019. La croissance resta négative en mars, les PME ayant été frappées de plein fouet avec une chute de revenus de 60 %.

En avril la croissance était encore de moins 4,4% et repassa en positif à +0,6% en mai et à +1,4% en juin.

En d’autres termes, l’économie chinoise se redresse lentement après une sévère secousse en février due à la congélation de l’activité dans une partie du pays au début de l’année. Au 2e trimestre, les statistiques officielles faisaient état d’une croissance de +3,2%, dont une partie était probablement due au redémarrage du secteur de la construction.

Chine – États-Unis.

2. Fin août, dans une ambiance délétère d’attaques / ripostes, le gouvernement chinois a cessé de renouveler les accréditations des journalistes travaillant pour des médias américains. Sont visés : CNN, le WSJ, Bloomberg news et Getty Images. Selon le New-York Times, à la date de la rédaction de cette note, 5 journalistes ont été concernés par des mesures d’expulsion.

Dans le même temps, après les féroces attaques menées contre TikTok, WeChat et Huawei, (lire : Huawei sévèrement touché, mais pas coulé. La guerre sera longue et difficile.), la Maison Blanche vient de décider d’expulser 1000 étudiants chinois.

La décision fait suite à la déclaration de la Maison Blanche du 29 mai dernier qui mettait en garde que « les étudiants chinois aux États-Unis, ayant une connexion, même vague avec le complexe civilo-militaire chinois risquaient de perdre leur visa ».

La nouvelle attaque anti-chinoise de la Maison Blanche a été rendue publique alors qu’une enquête de l’Institut Australien de Stratégie Politique (ASPI) mettait à jour les connexions des universités chinoises avec le complexe militaire de l’APL et les centres de recherche de l’industrie de défense.

Les dessous de l’ouverture financière.

3. Déjà en avril dernier, UBS fut la première banque étrangère à détenir 100% du capital d’une agence de courtage chinoise. Au même moment, JP Morgan avait acheté pour 1 Mds de $ toutes les actions disponibles de la société « China International Fond Management », devenant ainsi l’unique actionnaire du groupe dont elle détenait déjà 45%.

Crédit Suisse, Nomura Holdings, JP Morgan, Goldman Sachs et Morgan Stanley ont également exprimé leur intérêt pour les secteurs de la gestion d’actifs et de la défaisance des dettes non recouvrables.

En juillet dernier, la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine confirmait que les intérêts nationaux chinois dominaient déjà le secteur bancaire laissant une moindre opportunité aux acteurs européens.

Alicia Garcia Herrero, chef économiste Asie-Pacifique de Natixis, conseille des prises de participation dans la défaisance des dettes toxiques, dans le conseil et la gestion d’actifs « moins réglementés et moins encombrés », offrant des ouvertures pour, dit-elle, « des produits financiers plus sophistiqués à la rentabilité plus élevée ».

Trans Pacific Partnership.

4. Le TPP a repris une nouvelle vigueur après la volte-face en avril 2018 de D. Trump qui, mesurant le risque de la concurrence des projets chinois, exprima à nouveau son intérêt pour l’accord commercial lancé par Obama dont il avait dit beaucoup de mal durant sans campagne.

L’accord est entré en vigueur le 30 décembre 2018, pour les 6 pays qui l’avaient ratifié à cette date (Canada, Australie, Japon, Mexique, Nouvelle-Zélande, Singapour). Le 14 janvier 2019, le Vietnam a ajouté sa signature à la liste. Au total 11 pays prévoient d’y participer.

Alors que la participation de Washington est toujours en question, la Chine qui initialement ne remplissait pas les conditions de respect du marché fixées par l’administration Obama a, le 28 mai dernier, par la voix de Li Keqiang qui s’exprimait lors de sa conférence de presse annuelle de l’ANP,
exprimé son intérêt pour le partenariat, héritage de l’administration Obama.

En mettant perspective, d’une part, l’appel du pied fait à l’Inde par les membres du RCEP où prévaut l’influence de Pékin et, d’autre part, la déclaration de Li Keqiang signifiant, en dépit des tensions sino-américaines, l’intérêt de Pékin pour le TPP, héritage d’Obama, dont Trump disait pis que pendre avant de se raviser, force est de constater qu’à côté de l’affrontement direct conduit par une partie de l’appareil, ce dernier n’a pas abandonné les stratégies obliques de contournement.

 

 

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