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Cambodge et Zambie. Deux étapes controversées des « Nouvelles Routes de la Soie. »
La réflexion qui suit est à la fois un retour historique et un arrêt sur image ciblant deux volets des stratégies chinoises sur des théâtres distants, mais situés l’un et l’autre sur la trajectoire des nouvelles routes de la soie.
Le premier s’attarde en pays khmer, une région où la présence de la Chine remonte à la dynastie mongole, que Pékin continue de considérer comme son arrière-cour ; quant au deuxième, au-delà des premiers contacts de l’Amiral Zheng He, le grand navigateur des Ming (1368 – 1644) avec l’Afrique de l’Est auxquels la Chine aime à se référer, il renvoie à la pénétration chinoise du Continent noir après les indépendances, plus de trois siècles après les Ming.
Plus précisément, s’agissant de la Zambie, à l’Ouest du Lac Tanganyika, l’implication récente de Pékin remonte à 1975, année de la construction du chemin de fer reliant la Tanzanie et la Zambie au port de Dar es Salam. Artère vitale d’accès à la mer, la ligne réduit la dépendance de l’ancienne Rhodésie du Nord aux voies ferrées par l’Afrique du sud ou par l’Angola.
Dans l’ancienne Rhodésie du nord, cloisonnée et sans accès à la mer, les traces chinoises qui se creusent depuis le milieu des années 70, soulèvent des controverses liées, comme en pays khmer, à la crainte du poids politique exorbitant de la Chine.
A Lusaka, la perspective d’un défaut imminent du pays incapable de rembourser ses dettes, traduit aussi de longues années de dépendance aux finances chinoises. La situation entraîne un fond de ressentiment anti-chinois essentiellement dans la région des mines de cuivre au sud du pays qui génèrent 70% des ressources d’exportation.
La rédaction.
Le Royaume Khmer arrière-cour stratégique de Pékin.
Dans l’ancienne trace française restée le « Royaume du Cambodge », en dépit de la présence à la tête du pays d’un autocrate aux racines communistes dont l’histoire personnelle plonge dans l’épouvantable drame Khmer Rouge attisé par la Chine maoïste, l’empreinte stratégique de Pékin s’allonge inexorablement.
Politiquement, c’est désormais l’influence despotique d’un parti unique qui domine le pays, tandis que s’est évaporé l’héritage démocratique des accords de Paris conclus le 23 octobre 1991 sous le patronage de la France et de l’Indonésie, dont l’ascendant a fondu comme neige au soleil.
Le 12 octobre dernier, Pékin est formellement venu à la rescousse du Royaume sanctionné pour non-respect des droits par l’UE et les États-Unis, en signant avec lui un accord de libre-échange conclu entre les ministres du commerce Zhong Shan et Pan Sorasak, après seulement trois séries de négociations entre janvier et juillet dernier. La brièveté expédiée des négociations souligne à la fois l’urgence pesant sur Phnom-Penh et le poids exorbitant de l’unique marge de manœuvre chinoise.
Alors que les échanges évalués à 9 Mds de $ en 2019 restent toujours déséquilibrés au profit de la Chine qui comme presque partout exporte beaucoup plus qu’elle importe [1], la partie cambodgienne a annoncé que l’accord concernait 95 % des 350 produits désormais exemptés de taxes en Chine, à l’exception du riz, du sucre et du caoutchouc.
La bouffée d’oxygène dont il n’est pas certain qu’elle sera aussi efficace que le disent les discours à Phnom-Penh compte tenu du terrible déséquilibre commercial, intervient au moment où les relations de Phnom-Penh avec Bruxelles et Washington se crispent sérieusement.
Sanctions européennes et sauvetage chinois.
Réagissant aux harcèlements du Premier Ministre Hun Sen contre l’opposition politique réduite à sa portion congrue, en prison ou en fuite, l’UE a en effet privé le Cambodge d’une partie des bénéfices du régime « Everything But Arms – EBA - », véritable veine jugulaire de l’appareil productif du Royaume dont 25% des exportations sont destinée à l’Europe [2].
Le 12 février, date de la décision de Bruxelles entrée en vigueur six mois plus tard, Josep Borrell chef de la diplomatie européenne avait déclaré : « l’UE ne restera pas inerte quand, au Cambodge, la démocratie et les droits de l’homme sont réduits au silence. (...) »
« (...) La décision reflète notre ferme engagement envers le peuple cambodgien, ses droits et le développement durable du pays. Pour que les préférences commerciales européennes soient rétablies, il appartient aux autorités cambodgiennes de prendre les mesures politiques qui s’imposent. »
Les restrictions surviennent alors que Washington avait, en 2019, imposé des sanctions à Kun Kim proche du Premier Ministre Hun Sen ancien Chef d’État-major des armées et à plusieurs autres oligarques dont trois membres de la famille de Hun Sen et à cinq groupes commerciaux dont les avoirs en dollars dans le monde ont été gelés.
En même temps, sous la pression de Bruxelles, Nicosie a depuis novembre 2019 entamé le processus de retrait de la nationalité chypriote à 26 membres de l’oligarchie cambodgienne luxueusement installés dans l’Île depuis 2016 et 2017.
Ce n’est pas tout. Au cœur du différend avec Washington se trouve le souci stratégique de l’influence massive de la Chine dans le Royaume devenu une dictature à parti unique, brutale et corrompue protégée par Pékin. A la clé, la perspective que la marine militaire chinoise donne corps à la rumeur déjà ancienne qu’elle installerait une base navale à Ream au sud du Royaume, 15 km au sud-est de Sihanoukville.
Base navale et présence invasive des groupes publics chinois.
Le 4 octobre dernier, une dépêche de Reuters résumait une avalanche d’informations sur le sujet. Images satellites à l’appui publiées par le CSIS, l’agence de presse anglaise rendait compte que Washington s’était officiellement étonné auprès de Phnom-Penh qu’un bâtiment de la base construit par les États-Unis abritant plusieurs petits patrouilleurs offerts, avait été rasé.
La réponse officielle de Phnom-Penh minimisa la présence chinoise réduite dit, le ministère de la défense, à une aide logistique, mais le CSIS notait que de vastes étendues de terrains évalués à 40 hectares contigus à la base de Ream avaient été cédées à des compagnies chinoises investies dans le dragage de sable [3] et l’immobilier.
A la manœuvre, plusieurs groupes chinois dont « Shanghai Taizi Industrial Co.,Ltd » omniprésent au Cambodge dans l’immobilier comme dans la banque et surtout « China Harbour », filiale de 中国交通建设, conglomérat public protéiforme en français « Groupe de Construction et de Communications », employant 120 000 employés et générant 70 Mds de $ de revenus annuels, fleuron chinois de l’aménagement du territoire dont les racines lointaines remontent à l’empire Qing.
Officiellement créé en 2005 par la fusion entre 中国路桥 (Routes et ponts – Bridge and roads corporation CRBC -) et 中国港湾工程 (China Harbour Engineering CHEC), le groupe coté à Hong Kong et Shanghai a récemment été sanctionné par Washington pour avoir été le maître d’œuvre de l’élargissement par bétonnage des Ilots en mer de Chine du sud.
Les groupes chinois cités ci-dessus n’ont pas bonne presse dans le sérail officiel de la Banque Mondiale et dans celui des appels d’offre internationaux auxquels ils n’aiment pas se plier.
En 2009, après une fraude dans un projet de construction d’autoroute aux Philippines, le groupe 交通建设 avait été interdit pendant huit années de participer à des projets financés par la Banque Mondiale. En 2018, le Bangladesh avait exclu d’un appel d’offres pour la construction d’une autoroute, la China Harbour Engineering Company CHEHC mentionnée plus haut.
En août 2019, la Banque Mondiale a encore exclu 810 entreprises chinoises de ses projets. Étaient particulièrement visés le groupe CRCC (China Railway Construction Corporation 中国铁建), et une série d’entreprises du secteur des équipements électriques dont SieYuan Electric 思源电气 et 13 filiales du groupe Dongfang Electronics 东方电子.
La Chine au Cambodge, exemple d’une « menace systémique ».
S’il fallait un exemple des raisons pour lesquelles l’Occident craint la rivalité chinoise que l’UE avait, en mars 2019, rangée dans la catégorie dite « systémique », le vieux Royaume Khmer en serait une illustration achevée.
Tirant profit de l’assise dans le pays des communautés chinoises arrivées de la région de Chaoshan au nord d Canton à partir du XIIIe siècle au temps de la dynastie Yuan, l’influence de Pékin n’a cessé de s’affirmer dans le Royaume. A partir de 1949, comme partout dans l’ASEAN, l’arrivée au pouvoir du parti communiste créa une scission politique dans la communauté chinoise du Cambodge.
Dans les années 70, la fracture fut envenimée par l’idéologie khmère rouge dont la racine au Cambodge plongeait au plus profond des luttes sociales, anticoloniales et antimonarchiques, soutenues par Pékin et Hanoi, jusqu’à provoquer le cataclysme de l’auto-génocide qui, de 1975 à 1978, décima plus du quart de la population du pays.
Après le retour de Pékin à la raison pragmatique infusée par Deng Xiaoping à la fin des années 80, la Chine recommença prudemment à cultiver son influence dans le pays.
Elle le fit d’abord en participant discrètement, par l’envoi au Cambodge d’un bataillon de transport, affecté à l’opération des NU organisée après les accords de Paris, entre 1992 et 1994 [4].
L’implication internationale de l’armée chinoise, la première du genre, suivait le départ des troupes vietnamiennes restées 11 années dans le pays de 1978 à 1991, après que leur offensive ait chassé les Khmers Rouges du pouvoir, les obligeant à se réfugier dans le maquis à la frontière thaïlandaise. Au passage, rappelons que le 17 février 1979, Deng Xiaoping n’avait pu s’empêcher d’affirmer la prévalence de la tutelle chinoise sur le Royaume en réagissant militairement à l’offensive de Hanoï contre les KR protégés par la Chine.
Lancée à la mi-février à trois endroits du nord-Tonkin (Lao Cai, Cao Bang et Loc Binh), l’attaque prit fin tout juste un mois plus tard, le 16 mars. Avec la caution de Jimmy Carter en pleine bascule géopolitique prochinoise qui conduisit à la reconnaissance de la Chine par les États-Unis le 1er janvier 1979, Deng, qui exprima à cette occasion l’insistante culture impériale à l’égard d’un pays tributaire, expliqua que l’attaque était une « leçon donnée à un enfant turbulent ».
Les termes exacts de Deng étaient : « 小朋友不听话, 该打打屁股了 xiao pungyou bu ting hua, gai da da pigu le – Quand l’enfant désobéit, il faut lui donner une fessée ».
Depuis la fin des années 90, l’emprise de Pékin sur le Royaume n’a cessé de s’alourdir, au point que l’économie, les finances, le commerce sont pesamment dominés par l’influence chinoise.
Surtout, on mesure la longue portée inflexible des stratégies de Pékin en comparant la timide implication du pays dans l’APRONUC en 1993, à la présence invasive, 27 ans plus tard, du parti communiste chinois qui, imperturbable, cautionne depuis 2014 la destruction des principes des accords de Paris, remplacés par un système à Parti unique calqué sur celui de la Chine.
Les entreprises chinoises dont la réputation internationale est plombée qui participent aux projets dans le Royaume , s’inscrivent parfaitement dans ce schéma autocrate où les affaires sont étroitement mêlées à la politique.
Au Cambodge dont le régime est historiquement et structurellement articulé à la corruption massive des affidés du pouvoir et de la famille qui le contrôlent – les voix contestataires sont soit achetées aux frais des finances publiques, soit en prison, soit en fuite - la réalité de l’enchevêtrement du politique et des intérêts économiques particuliers, entretient mécaniquement la corruption.
Le département du Trésor américain a récemment imposé des sanctions économiques aux groupes chinois Union Development Group (UDG) et Tianjin Developmet Group (TDG) qui, dans la province de Koh Kong, ont développé un projet touristique de luxe avec port, aéroport et casinos, sur des terres en partie saisies de force à la paysannerie locale.
Enfin, la persistance de la corruption rémanente des entreprises publiques chinoises opérant à l’étranger jettent une lumière crue sur les limites en Chine de la campagne de nettoyage anticorruption entreprise par l’appareil.
Lire : US Sanctions Chinese Company Developing Resort in Cambodia
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Pékin en Zambie, cible des critiques anti-chinoises.
La relation de la Zambie avec Pékin ne traduit certes pas toute la complexité de liens de la Chinafrique, mais elle renvoie directement à trois critiques communément adressées aux stratégies chinoises sur le continent.
Celle d’accorder la primauté à l’exploitation des ressources minières ; celle ensuite de s’intégrer difficilement à la population locale et de générer des conflits du travail ; celle enfin de développer une influence politique par l’accumulation de crédits dépassant les capacités de remboursement du budget des pays cibles.
Dès 1998 le conglomérat public China Non-Ferrous Metals Corporation (CNMC) 中国有色矿业集团公司 achetait une participation majoritaire de 85% dans la mine de cuivre de Chambishi pour 20 millions de dollars, avant d’investir 130 millions de dollars supplémentaires dans la réhabilitation de la mine. Moins de dix ans plus tard, à la fin de 2005, environ 160 entreprises chinoises avaient investi en Zambie à sa suite, essentiellement dans l’exploitation minière.
L’implication chinoise dans les mines du pays attisée par l’augmentation rapide de la demande domestique en Chine fut aussi jalonnée par de graves conflits du travail et une relation heurtée entre la main d’œuvre zambienne et les exploitants chinois, dont il est cependant juste de préciser qu’ils étaient aussi le fond de tableau des relations main d’œuvre / propriétaires avant l’arrivée des Chinois.
Il n’en reste pas moins que les exploitants chinois ont régulièrement été confrontés à de graves incidents sur leurs sites miniers. En 2006, une année après la mort de 51 Zambiens tués par une violente déflagration dans une usine chinoise d’explosifs, une émeute éclata sur le site de la mine chinoise de Chambishi, 300 km au nord de Lusaka, près de la frontière de la RDC, au cours de laquelle un ouvrier zambien fut tué.
Son décès entraina une manifestation devant la résidence du gérant chinois. Pris de panique celui-ci ouvrit le feu sur la foule, blessant cinq ouvriers. En dépit des efforts chinois qui investirent 800 millions de $ dans la création d’une zone économique spéciale sino-zambienne destinée à promouvoir l’industrialisation, les sentiments anti-chinois qui restèrent l’arrière-plan des luttes politiques internes pro ou contre la Chine, ne faiblirent pas.
En février 2010, Zhong Tinghui, le gérant chinois de la mine de charbon de Collum, située près de Sinazongwe sur la rive nord du lac Kariba à la frontière du Zimbabwe était assassiné. Huit mois plus tard, deux gérants chinois ouvrirent le feu sur une manifestation d’ouvriers zambiens dont 13 furent blessés.
En août 2012, Wu Shengzai, un autre gérant de la mine de Collum décédait à l’hôpital après avoir été percuté par un wagonnet lancé contre lui par un mineur, lors d’une protestation salariale. En Occident et en Zambie, la succession d’incidents meurtriers sur le site minier de Collum, contribua à créer l’image d’une Chine prédatrice agissant en Afrique noire selon des méthodes néocoloniales.
*
Lors d’un colloque du Wilson Center à Washington, le 19 octobre 2019, le Docteur Emmanuel Matambo, chercheur associé au Centre d’études Chine – Afrique de l’Université de Johannesburg, souligna le contraste entre, d’une part, l’excellence affichée des relations officielles entre Lusaka et Pékin et, d’autre part, les tensions qui surgissent souvent sur le terrain.
Ses recommandations au gouvernement de Lusaka exprimèrent d’abord l’urgence d’interdire sans esprit de recul, le développement des établissements de jeux d’argent ayant également fleuri au Cambodge, comme sur presque sur toutes les traces des « Nouvelles routes de la soie », et d’imposer aux acteurs chinois de mieux se conformer aux lois foncières zambiennes plutôt que de privilégier des « arrangements » non officiels locaux - allusion à peine voilée aux pratiques de corruption.
Le Dr Matambo s’est aussi déclaré favorable à la limitation des investissements chinois en priorité aux projets favorisant le développement industriel générateur d’emplois et à l’instauration au sein des instituts Confucius d’une réciprocité visant à diffuser aux Chinois les clés de la culture et de la langue zambienne.
En conclusion, il a clairement pointé du doigt la tendance invasive des normes politiques chinoises risquant de perpétuer une mauvaise image de la Chine dans la population locale.
Après les accusations de privilégier l’extraction de ressources et celles de générer des conflits avec la population locale, la troisième critique formulée à l’encontre des stratégies chinoises, recoupant un reproche répété presque partout sur les traces chinoises, est celle de générer une accumulation de dettes non remboursables, plaçant les pays débiteurs dans une situation de dépendance politique à l’égard de Pékin.
Le piège de la dette et l’appel à la générosité chinoise.
Attestée par le « China Global Investment tracker » de l’American Enterprise Institute (A.E.I), la tendance s’accélère au point qu’en 2020, les investissement financiers chinois avaient atteint 1,1 milliards de $, soit plus de 4 fois les investissements miniers à 260 millions de $.
A 7,4 Mds de $ la dette atteint 85% de la dette extérieure [5], le pays figure aujourd’hui au troisième rang des pays africains débiteurs de la Chine derrière l’Angola (25 Mds de $), et l’Ethiopie (13,5 Mds de $).
A partir de 2018, les parlementaires du pays commencèrent à débattre du risque de souveraineté nationale posé par les prêts chinois.
La menace se précise depuis que le pouvoir à Lusaka, ayant déjà fait défaut sur plusieurs autres prêts chinois pour des projets d’infrastructure, négocie sous les critiques de l’opposition la cession totale à la Chine de la société nationale d’électricité ZESCO en guise du remboursement de sa dette.
Début octobre, l’avocat international Simon Wolfe, fondateur de Marlow Strategy remuait le couteau dans cette plaie en publiant sur son site un article repris le 9 octobre dans Foreign Affairs, intitulé « La Chine doit sauver la Zambie d’une faillite imminente, personne d’autre ne le peut ».
Après avoir rappelé que, fin septembre, les porteurs d’obligations zambiennes en € avait déjà refusé une nouvelle demande de retarder jusqu’en avril 2021 le paiement des intérêts de la dette, l’article est une sévère critique. Pas seulement contre la Chine. Il dénonce certes l’opacité des prêts chinois, mais en même temps il cible la rigidité du FMI qui conditionne son assistance financière à une refonte complète du budget du pays qui devrait, dit l’auteur, diminuer son déficit.
La suite de l’article est une supplique adressée à la Chine au nom de la Zambie qui « a besoin de l’aide internationale pour se sortir de son désordre financier ».
L’argument souligne la présence de 100 000 Chinois dans le pays et rappelle les 20 Mds de $ d’investissements (dont une partie opaque n’est pas répertoriée dans la synthèse interactive de l’AEI) par une dizaine de grands groupes [6], créant une situation où Pékin n’aurait pas intérêt à laisser le pays sombrer dans la faillite.
Sans le dire, la supplique suggère que Pékin abandonne l’accaparation totale du groupe d’électricité ZESCO qui accentuerait les accusations de « prédation » et, dit-il, se comporte en puissance moralement responsable en aidant Lusaka à rester à distance du « précipice de la faillite ».
La conclusion tente une incitation par l’appel à l’orgueil national chinois en suggérant le rôle de futur n°1 mondial en remplacement des États-Unis. « Après une année difficile en raison de la pandémie, voilà peut-être l’opportunité de puissance douce de la Chine. Si elle voulait se positionner sérieusement comme le successeur des États-Unis, son initiative Belt and Road ne suffirait pas. Elle doit développer une stratégie propre pour gagner les cœurs et les esprits. ». (…)
« Le moment est venu pour la Chine de se mobiliser ; de faire preuve de compassion ; de construire de véritables partenariats ; de comprendre quand les pays sont au bord du gouffre et de faire preuve de leadership en Afrique. ».
Après tout, un tel geste de Pékin est en cours en Angola où, le 1er octobre, le Ministre des Affaires étrangères Wang Yi annonçait que la dette chinoise approchant les 30 Mds de $ était en cours de restructuration.
La déclaration du Waijiobu faisait suite à la promesse de Xi Jinping au sommet Extraordinaire de la Chine – Afrique en juin dernier, dédié à la solidarité contre la pandémie, d’alléger le fardeau de la dette de certains pays en les exemptant des intérêts de leur dette dus à la fin 2020.
Note(s) :
[1] La Chine est le principal fournisseur du Cambodge totalisant plus de 37% des importations du pays pour une valeur annuelle de 8,3 Mds de $, alors que les exportations du Royaume vers la Chine ne comptent que pour 900 millions de $, soit seulement 5% des exports cambodgiens qui vont essentiellement vers l’UE et les États-Unis.
[2] Les textiles, les chaussures, les cycles, le riz, le sucre, le caoutchouc, les produits agricoles et de la pêche qui constituent 95% des exportations cambodgiennes vers l’Europe, sont tous partie du régime « EBA » supprimé à compter du 12 août. La mesure frappe directement les exportations vers l’UE pour une valeur annuelle équivalent à 250 millions d’€.
[3] Les registres commerciaux cambodgiens mentionnent que seulement 2,77 millions de tonnes de sable ont été arrachées aux berges du sud-Cambodge par les sociétés chinoises et exportés vers Singapour entre 2007 et 2016. Mais la Cité État révèle que 30% de ses 80,2 millions de tonnes d’importations de sable - soit plus de 24 millions de tonnes - proviennent du Royaume.
[4] La participation de l’Armée Populaire de Libération avec un bataillon de transport à l’opération des NU aux Cambodge (APRONUC en français et UNTAC en anglais) marqua le début de l’implication de Pékin dans les opérations des casques bleus qui ne cessa de s’amplifier par la suite.
Aujourd’hui, près de 30 années plus tard, la participation de la Chine au maintien de la paix des Nations Unies la situe à la dixième place mondiale, derrière une série de pays en développement, allant de l’Éthiopie n°1 et du Bangladesh n°2, au Ghana n°9 et à l’Indonésie et l’Égypte, n°8 et 7 dont chacun sait bien que la motivation première est la rétribution payée par l’ONU à chacun des militaires engagés, dont la base de 1428 $ par mois est très au-dessus des salaires payés par les pays contributeurs.
[5] Donnelly, Lynley. « Africa’s debt to China is complicated ». The M&G Online. L’article de Foreign Affairs cité plus bas est moins pessimiste. Citant la Brookings Institution de September 2019, il situe le pourcentage de la dette chinoise à seulement 65,8% de la dette extérieure totale.
[6] China Nonferrous Metal Mining Group, PowerChina, China National Complete Engineering Corporation, Aviation Industry Corporation of China (AVIC), Sinohydro Corporation, China Jiangxi International, and China Henan International Cooperation Group.
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