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›› Editorial

La Chine et Joe Biden. Quelles perspectives ?

Le 10 novembre, plus de 48 heures après l’annonce de la victoire de Joe Biden (乔拜登 Qiáo bài dēng) par les médias américains, la Chine était un des rares pays dont la Russie, le Brésil, le Mexique et la Turquie à ne pas avoir officiellement félicité le « Président élu » dont l’investiture officielle aura lieu le 20 janvier 2021.

Alors que la plupart des démocraties envoyèrent de chaleureux messages, certains pourtant très proches de Washington se montrèrent plus réticents. Netanyahu l’a fait avec retard par un message laconique sur Tweeter. Dans un autre message, il remerciait D. Trump « pour l’amitié qu’il lui avait personnellement témoignée, pour la reconnaissance de Jérusalem et du Golan, ainsi que pour sa résistance à l’Iran ».

CNN et la grande presse américaine féroces contempteurs de D. Trump, s’interrogent sur la prudence chinoise. Le 9 novembre, le porte-parole du Waijiaobu a en effet éludé la question d’un journaliste qui lui demandait quand Pékin féliciterait Joe Biden. La réponse fut que « Chine se conformerait aux usages internationaux ».

Elle laissait entendre que Pékin, conscient que D. Trump est encore en fonction pour plus de dix semaines, hésitait à jeter de l’huile sur le feu d’une relation bilatérale effondrée. En miroir, elle mettait une fois de plus l’accent sur la réalité de l’interdépendance sino-américaine, contredisant les discours officiels du Parti sur le « découplage » et l’indépendance de la Chine.

En arrière-pensée, elle révélait l’inquiétude que la personnalité moins « clivante » et moins provocatrice du nouveau président pourrait plus facilement que D. Trump fédérer une résistance antichinoise dont il faut bien reconnaître qu’elle a été initiée par l’implacable priorité accordée par Xi Jinping à son projet de retour de puissance, dont la virulence a allumé de nombreux contrefeux.

Pékin qui, depuis le 19e Congrès, s’est en effet lancé dans la stratégie offensive dite du « Loup guerrier » (lire : La Chine agressive et conquérante. Puissance, fragilités et contrefeux. Réflexion sur les risques de guerre.) attisée par un désir de revanche de son histoire humiliée, férocement opposée aux valeurs démocratiques et articulée à la prévalence de sa culture, est, depuis la pandémie, soupçonnée de cacher les erreurs commises par l’appareil en janvier et février.

Tel est le contexte à la racine de la crainte du Parti qu’une Amérique plus classiquement fidèle à ses alliances, moins imprévisible et moins en retrait, deviendrait pour la Chine une plus sérieuse menace.

Biden a certes promis de réintégrer l’OMS, en même temps que l’accord de Paris, mais pour Pékin le risque existe que, faisant cause commune avec l’Europe et l’Australie, il fasse peser une pression plus efficace sur les compromissions de l’Organisation avec Pékin.

Difficile retour aux errements anciens.

La prudence et la conscience de l’importance des relations sino-américaines, fond de tableau des réflexions de l’appareil dont le premier souci est de revenir aux errements anciens d’une relation sévèrement bousculée par D. Trump, étaient d’abord exprimées par Xi Jinping lui-même.

Dans son discours d’ouverture de l’exposition internationale d’Import-Export le 4 novembre dernier, il a réaffirmé le désir sincère de la Chine d’accélérer son ouverture du marché chinois au monde d’où, dit-il, il n’était pas question d’exclure l’Amérique. Au même moment, Pékin s’abstenait de mettre les États-Unis sur la liste des destinations sous embargo sanitaire, en dépit de l’explosion du nombre de cas de Covid.

Le 8 novembre, un éditorial du China Daily en anglais allait dans le même sens. Au cœur de l’analyse, l’ancienne recette de la constance des intérêts commerciaux réciproques qui, pour le Parti constituent la structure incontournable du « duopole américain » : « En adhérant à cette approche et en renforçant le lest (« the ballast ») de leurs relations commerciales, les deux pays peuvent retrouver l’élan généralement positif qui a caractérisé leurs relations au cours des quatre dernières décennies ».

On peut se demander si, en insistant à ce point sur la relation commerciale, l’appareil a bien pris la mesure que le déséquilibre des échanges fut précisément le point de départ d’une querelle aujourd’hui dilatée en une rivalité stratégique globale.

Plus encore, l’article du China Daily, semblait ignorer qu’aujourd’hui, il sera difficile de trouver dans la classe politique américaine le moindre soutien pour un retour aux errements de la relation initiée avec Mao par Kissinger et Nixon en 1972.

Le « Global Times », paraissait plus lucide. Le 9 novembre, passant en revue la possible composition du futur gouvernement récemment révélée par Voice of America, il admettait que « Même si Biden pourrait agir avec plus de tact, il continuera à considérer la Chine comme son principal rival, et la plus grande menace contre l’hégémonie globale de l’Amérique ».

En même temps, il reprenait le discours du Parti rendu public au 5e plenum sur l’indépendance à l’égard de l’Amérique : « La Chine doit s’efforcer de devenir un pays que les États-Unis ne peuvent ni éliminer ni déstabiliser » (…). « Il s’agit leur faire comprendre que, dans leur intérêt, ils n’ont pas d’autre choix que de coopérer avec la Chine ».

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Les réseaux sociaux traduisent une fracture difficile à réduire.

La plongée dans les réseaux sociaux que le parti n’a pas censurés et où les élections américaines ont généré plus de 10 millions de messages sur WeiBo, avec le « hashtag » (#美国大选 měiguó dàxuǎn), offre une image à la fois plus pittoresque et, peut-être, plus réaliste des relations sino-américaines de leur futur. (Source SupChina)

Alors que nombre de commentaires se réjouissaient, tournant en dérision la démocratie américaine chaotique et le « reality show de Trump - 特朗普真人秀 节目 », d’autres rappelaient qu’une transition pacifique du pouvoir à Washington était peu probable, compte tenu des tentatives « désespérées » de Trump de fustiger les fraudes et de se pourvoir en justice.

Mais Il y eut tout de même l’expression d’une connivence sentimentale des internautes quand, après l’annonce de sa victoire dans l’État du Pennsylvanie, il s’est rendu sur la tombe de son fils.

Certains enfin restaient lucides, conscients qu’en 40 ans la relation avait changé de nature, tandis que leurs espoirs restaient tendus vers la perspective d’un retour de puissance de la Chine au plus haut niveau. « Peu importe qui sera le prochain président américain. La Chine et les États-Unis sont destinés à être des rivaux stratégiques », a écrit un utilisateur de Weibo. « La seule chose sous notre contrôle, en fin de compte, est notre détermination à rendre la Chine plus forte. »

Plus généralement, on ne peut pas éliminer l’idée que l’intérêt enthousiaste des Chinois pour une élection libre, même très chaotique, soulignait peut-être paradoxalement à quel point ils se sentaient frustrés de l’absence en Chine d’une respiration démocratique.

Taïwan. Quête démocratique et chiffon rouge stratégique.

En arrière-plan, très peu évoquée par les commentateurs, la question de Taïwan dont les tensions avec la Chine sont précisément enflammées par la quête démocratique de l’Île que D. Trump avait attisée en appui de Tsai In-wen.

Les dernières effervescences qui viennent après la recrudescence des visites officielles américaines à l’Île, sont la vente américaine à l’Île pour 600 millions de $ de drones tueurs MQ-9B Reaper et les sanctions chinoises infligées à Boeing en riposte à la vente de 2,37 Mds de missiles antinavires longue portée Harpoon.

Alors qu’en quatre ans, Trump a approuvé plus de ventes d’armes que durant les huit années de la présidence Obama, le Parti espère qu’au moins sur ce sujet Joe Biden pourrait revenir à l’approche traditionnelle d’une Amérique attentive à ne pas heurter le nationalisme chinois de la réunification.

Force est de reconnaître que rien n’est moins sûr si on se souvient que la Maison Blanche est placée sous la puissance du lobby taïwanais et du Congrès où les sympathies pour l’Île sont les plus puissantes depuis les années 70.

Cette arrière-plan politique de « valeurs partagées » selon les termes d’une majorité d’hommes politiques américains, avait permis l’adoption par le Congrès, le 29 juillet dernier d’une mise à jour significative du « Taïwan Relations Act » que Joe Biden avait signé en 1979 et sur laquelle il sera difficile de revenir.

Appelée « Taiwan Invasion Prevention Act », la disposition de droit interne autorise la Maison Blanche à utiliser la force pour réagir à une attaque directe du Continent contre l’Île.

 

 

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