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›› Editorial

A Pékin, Xi Jinping impérial accueille avec placidité les vanités et la quête d’amitié de D.Trump

Durant toute la visite, un contraste est souvent apparu entre la placidité de Xi jinping et la quête d’amitié de D.Trump qui n’a cessé de flatter le President chinois.


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Du 13 au 15 mai D.Trump a effectué une visite d’État en Chine. C’était aussi la première d’un président américain, neuf années après celle qu’il avait lui-même effectuée en 2017.

Au milieu de la prolongation de la guerre en Iran, à qui la Chine apporte un soutien économique et stratégique par ses achats détournés de pétrole, ses ventes de pièces d’équipements antiaériens sous couvert d’exportations duales, et son système de guidage missiles Beidou, la rencontre a clairement consacré - c’était l’un des objets de l’appareil, à l’attention de l’opinion chinoise et mondiale -, l’accession de la Chine au statut d’égal des États-Unis.

Au moment même où Vladimir Poutine que Xi Jinping a déjà rencontré plus de 40 fois, est attendu en Chine sous peu, le faste officiel de l’accueil de D.Trump a eu lieu au son des 21 coups de canon protocolaires par des cérémonies officielles réglées au cordeau dans un Pékin déserté dont l’avenue Chang An et la place Tian An Men avaient été fermées au public hormis la petite cohorte d’étudiants convoqués pour agiter en cadence et en sautillant des drapeaux chinois et américains.

Avant de mesurer l’impact concret de la visite commencée dès Washington par une déclaration de D.Trump, ayant distillé une inquiétude à Taïwan en annonçant qu’il discuterait des ventes d’armes à l’Île avec Xi Jinping, il est utile de passer en revue l’évolution de la relation sino-américaine en même temps que la montée en puissance de la Chine depuis la rencontre en 1972, en plein chaos de la révolution cultuelle, entre Richard Nixon et Mao.

Visites en Chine des présidents américains depuis 1972.

Deng Xiaoping au début des années 90. Il fut l’un des hommes les plus remarquables produits par la machine politique chinoise. Héritier d’un système léniniste, purgé par Mao, il revint au pouvoir après la mort du démiurge et lança la Chine dans un système d’ouverture économique étroitement contrôlée par l’appareil qui, en quelques années, propulsa une grande partie de la Chine hors de la misère. Mais, un des artisans du massacre de Tian Anmen, le 4 juin 1989, il est resté le tenant sans état d’âme de la prévalence absolue du part. Gérald Ford l’avait rencontré à Pékin en 1975, en pleine révolution culturelle, peu avant la mort de Mao lui-même disparu en 1976.


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Depuis Richard Nixon, en 1972, première visite d’État, en pleine révolution culturelle, sept années avant la reconnaissance officielle de la Chine par Washington (le PIB de la Chine était de 114 Milliards de $, contre 21 000 milliards aujourd’hui) plusieurs Présidents américains ont été accueillis à Pékin sur le mode d’une visite officielle ou d’État.

On se souvient de Gerald Ford en 1975 qui rencontra Mao déjà très malade et Deng Xiaoping, trois mois avant sa destitution par Mao en avril 1976 qui décéda lui-même cinq mois plus tard ; de Ronald Reagan en 1984, visite d’État à la fois empreinte de défiance anticommuniste et de pragmatisme ; de Georges H.W Bush en février 1989, quatre mois avant la répression de Tian An Men ;

De celle de Bill Clinton, - visite d’État vue par Washington comme « une réconciliation et une normalisation » en juillet 1998, près de dix ans après le massacre de Tian An Men et un an et demi après le décès de Deng Xiaoping, artisan de la modernisation sans la liberté et porteur, depuis la fin des années 70, de l’idée du « socialisme aux caractéristiques chinoises », d’ouverture économique et de strict contrôle politique du pays par l’appareil toujours en vigueur aujourd’hui ;

Rappelons encore les quatre visites de Georges W. Bush fils, la première en 2001 à Shanghai pour l’APEC ; et les trois autres à Pékin, en 2002 marquée par une rencontre avec le très pragmatique Premier ministre réformateur Zhu Rongji ; en 2005, avec Wen Jiabao, à la fois admirateur du grand réformateur Hu Yaobang, mais très prudent dans la mise en œuvre des réformes réelles ;

La dernière visite de Bush fils eut lieu en novembre 2008, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin où Bush fils rencontra à la fois le Président Hu Jintao et Vladimir Poutine. Onze ans après la disparition de Deng Xiaoping artisan de l’ouverture économie sévèrement contrôlée par l’appareil, le PIB de la Chine avait explosé à 4660 milliards de $, quarante fois celui de 1972.

Encore handicapée par de profondes inégalités, la vieille Chine impériale avait néanmoins commencé à secouer la gangue moyenâgeuse dans laquelle elle était restée en partie engluée, même après les révolutions de 1911 et 1949.

Au passage, moins de deux années auparavant, premier signal du rapprochement stratégique opportuniste sino-russe à venir après le traité de bon voisinage de 2001 entre Moscou et Pekin, Poutine avait, lors de son discours à la conférence de Munich, le 10 février 2007, déjà souligné à quel point, seize années après l’effondrement du pacte de Varsovie en juillet 1991, l’expansion de l’OTAN vers l’Europe de l’Est, constituait une menace pour Moscou.

Il oubliait cependant que les anciens pays d’Europe de l’Est avaient majoritairement voté pour se rapprocher de l’Ouest - Union européenne et OTAN - par une série de référendums et d’élections commencées en 1997 qui se succédèrent jusqu’en 2003.

En parallèle des trois visites de Barack Obama, a surgi la crainte d’une menace chinoise.

Barack Obama à Hangzhou en septembre 2016, lors des réunions de l’APEC et du G.20. A sa descente de l’avion présidentiel,il avait été victime de quelques loupés -pas de tapis rouge, escalier mobile défectueux - dont il est impossible d’imaginer qu’ils n’avaient pas été volontaires. C’est au cours des deux présidences de Barack Obama (2009-2017) que le point de vue de l’Amérique sur la Chine a changé. D’abord vue comme un contrepoids à l’URSS puis à la Russie, elle est devenue la plus sérieuse menace surjouée par les néo-conservateurs capable de contester l’hégémonie des États-Unis.


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En novembre 2009, à Shanghai et Pékin, Obama rencontra le Président Hu Jintao, le premier ministre Wen Jiabao et le très conservateur président de l’ANP Wu Banguo, grand adversaire politique du réformateur pragmatique de Zhu Rongji.

C’est à cette époque, que, même chez les plus sinophiles, l’œil bienveillant de Washington à l’égard de la croissance chinoise commença à évoluer vers la perception d’une menace.

En 2014, à Pékin au sommet de l’APEC qui fut un apaisement en trompe-l’œil, passant sous silence les points d’achoppement majeurs dans le Pacifique occidental, en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taiwan, devenu aujourd’hui une « ligne rouge », brandie sans esprit de recul par Xi Jinping Lire : https://www.questionchine.net/l-apaisement-de-l-apec-et-les-hesitations-du-destin

Du 4 au 7 septembre 2016, à Hangzhou, lors des sommets simultanés de l’APEC et du G.20, où par contraste avec le faste officiel d’État déployé lors des visites de D.Trump en 2017 et 2026, l’appareil avait même omis de dérouler pour Obama le tapis rouge, contrairement au protocole officiel réservé aux autres invités.

Alors que le PIB de la Chine avait atteint 11 200 milliards de $, la mauvaise humeur de la partie chinoise réagissait à la campagne présidentielle américaine entre D.Trump et Hillary Clinton, marquée par de continuelles attaques contre la Chine qui heurtèrent la sensibilité nationaliste du public chinois.

Il s’agissait, entre autres, des accusations de manipulations de la monnaie, de l’impérialisme agressif de la marine chinoise en mer de Chine du sud et autour de Taïwan, de la dénonciation des atteintes aux droits de l’homme ainsi que des nombreuses études sur la captation des secrets industriels qui provoquèrent un brutal recul de la bonne image de la Chine dans l’opinion américaine.

Enfin, alors que Joe Biden ne s’était rendu en Chine que lors de son mandat de vice-président, la dernière visite d’État d’un Président américain organisée avec faste fut celle de Trump, lors de son premier mandat du 8 au 10 novembre 2017.

Déjà, à cette époque, le Président américain en quête d’un « deal », avait adopté un ton de conciliation. Tranchant avec celui de la campagne, il avait couvert d’éloges le président chinois et, prenant à contrepied la plupart des commentateurs, il évita même de blâmer Pékin de tirer profit de son excédent commercial.

Quant à la Chine, elle avait promis d’abaisser ses droits de douane dans les secteurs bancaires, de l’assurance, de la finance et des véhicules automobiles.

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Cette fois, en pleine guerre en Iran allié de la Chine qui donne à Pékin un puissant levier stratégique, après la violente guerre des droits de douane de l’été 2025, la riposte chinoise de l’embargo sur les Terres rares et les restrictions de Washington frappant les hautes technologies, alors que les deux en quête « d’un accommodement raisonnable » sont convaincus de l’urgence d’éviter une escalade catastrophique des tensions, le contraste était total entre les amabilités flatteuses des bonnes paroles de Trump et le réalisme distant de Xi Jinping.


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