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›› Economie

Quelques dessous de cartes de la reprise économique

Pour 2020, les chiffres de l’économie chinoise, repris à partir de ceux du Bureau National des Statistiques révèlent un niveau de surplus de la balance des paiements de 330 Mds de $, record jamais vu depuis plusieurs dizaines d’années.

Les chiffres qui sont l’autre face des déficits commerciaux des pays développés avec la Chine [1] montrent en première analyse qu’à elles seules les taxes infligées aux produits chinois ne suffisent pas à réduire le déséquilibre des échanges.

En même temps, ils indiquent que le moteur de l’économie est encore loin d’avoir basculé vers la consommation intérieure.

Les statistiques indiquent en effet qu’au lieu d’augmenter comme l’aurait souhaité le pouvoir, sur l’année 2020, la consommation s’est contractée de –2%, suite à une hausse de l’épargne des ménages inquiets de la faiblesse des filets sociaux, au milieu des incertitudes sanitaires. Au contraire, les moteurs de la croissance sont restés les investissements d’État et la production de l’appareil industriel dont les indices ont augmenté de +3%.

Vers plus d’opacité.

Il faut aller plus loin. La hausse des exportations et le surplus commercial chinois sont d’abord le résultat de l’explosion des ventes de masques, d’équipements médicaux et de matériels informatiques liées à l’augmentation du travail en ligne durant la pandémie.

La hausse importante de l’excédent de la balance des paiements (+4% pour l’année 2020, dont +17 % pour le dernier trimestre) est également due à l’effondrement des importations par la Chine des services touristiques, réduits de 40% par la crise médicale.

Au-delà de ces circonstances exceptionnelles, le surplus indique un défaut de transparence sur le contrôle des changes et la situation macro-économique. En toute logique, dans une économie respectant l’ouverture et les lois de marché, un aussi important excédent commercial aurait dû entraîner une hausse notable de la valeur du Yuan et une augmentation des flux financiers de la Chine vers l’extérieur. Or il s’est produit l’inverse.

Entre juin 2020, date de la reprise économique et février 2021, le taux du Yuan qui avait perdu 10% par rapport au $, était revenu à son niveau de fin mars 2018 – 6,34 Y pour 1 $ -, presqu’à sa valeur plancher de ses dix dernières années, de fin janvier 2014 (6,04 Y pour 1 $).

Quant aux flux financiers, en janvier 2021, ils accusaient un déséquilibre de 1300 Mds de $ entre les entrants massifs et les investissements extérieurs sérieusement contractés. Par rapport à la situation de janvier 2018, où la balance accusait un excédent de +760 Mds de $, la différence est un solde négatif de 2000 Mds de $. (chiffres de l’administration chinoise des changes).

La quasi-stagnation des flux sortants (seulement +30 Mds de $ en 2020) est certes en partie due aux obstacles générés par la pandémie et à la défiance des pays occidentaux dont beaucoup ont installé des systèmes de « criblage » des investissements chinois. Mais elle est aussi le résultat d’un resserrement des contrôles de la Banque centrale à l’œuvre depuis 2016, exprimant aussi une stratégie délibérée de repliement qui contredit les discours d’ouverture de l’appareil.

Le freinage opéré dément en tous cas l’image « d’investisseur global ». En 2019, les chiffres indiquaient déjà que les Investissements Directs chinois à l’Étranger (IDE) étaient retombés au niveau de 2014. En 2020, après un accroissement entre 2015 et 2018 du aux « Nouvelles routes de la soie », leur part globale était à moins de 8%, inférieure à celle de 2011.

Si on observe la valeur de la monnaie, tout indique que les banques d’État ont – hors marché - accumulé des réserves pour tirer son taux de change vers le bas. C’est en tous cas ce que montre – c’est un indice parmi d’autres - le soudain accroissement à 700 Mds de RMB (108 Mds de $) des chapitres répertoriant les fonds ou actifs provenant « d’autres sources » (non précisées) dans les comptes publics de la Banque de Chine.

Un autre indice que le pouvoir chinois adopte aujourd’hui des attitudes plus opaques est que ses réserves de change étrangères sont restées stables tout au long de 2020, alors que les chiffres macro-économiques florissants auraient dû favoriser leur augmentation. Là aussi, il est probable que l’excédent du compte courant et les flux financiers entrants ont été recyclés en dépôts et en prêts bancaires, selon un schéma autorisé par les quatre banques publiques.

A l’évidence, la prévalence des priorités de souveraineté contenues dans l’affirmation stratégique des « caractéristiques chinoises » a également conduit l’appareil à opacifier encore plus les données sur sa situation macro-économique.

Tel est l’arrière-plan des premières semaines de l’année du Buffle où la Chine semble vouloir jouer un jeu encore moins transparent que par le passé. Au lieu de se rapprocher des procédures conventionnelles de transparence des autres grandes économies, elle s’en écarte.

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Les non-dits de la reprise. Migrants, PME, dettes, chômage, écarts de revenus.

S’il est vrai, que 2020 fut une année turbulente, durant laquelle le PNB global s’est contracté de près de 5%, - la pire récession depuis la deuxième guerre mondiale -, la Chine fut la seule économie du G.20 à enregistrer une croissance positive, dont l’ampleur au 4e trimestre marqua, après la chute sévère de moins 6,8% en début d’année, un retour au niveau pré-pandémique.

Ce rebond a été attisé par la combinaison de facteurs dont les plus importants furent une politique massive d’investissements dans les infrastructures et l’immobilier et l’explosion des exportations dont la structure est analysée plus haut.

En revanche la hausse de la consommation intérieure, freinée par l’épargne n’a pas eu lieu au niveau espéré.

Pour 2021, les prévisions du FMI situent la croissance de l’économie mondiale à +5,2% et celle de la Chine à +8,2%. Les États-Unis seraient à +3,1%, la zone Euro à +5,2% et l’ASEAN à +6,2%. Mais l’affichage macro-économique ne dit pas tout de la situation de la Chine.

Récemment le Conseil des Affaires d’État a autorisé les PME à différer leurs remboursements et a décidé de leur attribuer en priorité des projets d’infrastructures publiques, signe qu’en haut lieu on estime que la reprise n’est pas complète et que, pour soutenir l’emploi, il convient encore d’aider les entreprises les plus fragiles.

En même temps, alors que les ventes de produits de luxe et des voitures sont reparties à la hausse, l’écart de revenus entre les plus riches et les plus défavorisés s’est aggravé. Ces derniers dont plus de 200 millions de migrants qui forment encore une part importante de la population chinoise, hésitent à consommer et thésaurisent.

Selon une récente étude de McKinsey, les dépôts bancaires des ménages y compris des classes aisées et moyennes ont augmenté de 8% au cours du premier trimestre 2020 pour atteindre la somme de 13 000 Mds de $.

Le mécontentement se lit sur les réseaux sociaux où les jeunes chinois utilisent des plateformes comme « Bilibi » qui projette à la fois un nationalisme parfois hystérisé et les critiques sociales qui dénoncent les prix de l’immobilier, la montée des inégalités, l’instabilité professionnelle et l’inflation.

Contredisant les chiffres officiels, les prix du logement ont bondi au point que le prix moyen d’un bien immobilier est 9 fois plus important que le revenu médian des ménages. De même, s’il est vrai qu’en moyenne les prix de la nourriture n’ont augmenté que de 1,2% en 2020, ceux de la viande sont à +7%, les légumes à +30%, tandis que la viande de porc est à +48 %.

A l’extérieur l’épée de Damoclès de la crise sino-américaine et des conséquences de la crise sanitaire continuera à peser en 2021, même si le découplage qui se dessine dans les transferts de hautes technologies (lire : Avis de rupture du monde de la high-tech.) aura plus de mal à se concrétiser dans les chaînes de production délocalisées en Chine.

Selon les sources des chambres de commerce américaine, européenne et japonaises, la proportion des entreprises ayant décidé de quitter la Chine varie de 13% pour les Américaines à seulement 4% pour les Japonaises, en passant par 11% pour les Européennes.

Enfin, la plupart des analystes qui anticipent un nouveau rebond chinois en 2021, pointent aussi du doigt nombre de problème structurels, allant de l’accumulation des dettes ayant atteint le plus haut niveau depuis dix ans, à la montée d’une inflation dont les chiffres officiels ne rendent pas compte, en passant par la fragilité du marché de l’emploi.

Sur ce sujet politiquement sensible, les chiffres officiels jettent un voile sur la situation précaire des 290 millions de migrants, soutiers du miracle chinois, qui constituent 37% de la main d’œuvre dont 50% sont employés dans les services, dont les perspectives se sont contractées.

Note(s) :

[1En 2020 : 310 Mds de $ pour les États-Unis, 219 Mds de $ pour l’UE. L’Allemagne, devenue en 2020, à la suite des tensions sino-américaines, le 1er marché d’exportations chinois avant les États-Unis (sans les services), tire son épingle du jeu. Avec l’Irlande (+6 Mds de $), la Finlande (+1,4 Mds de $) elle est une des rares économies de l’Union à avoir enregistré un surplus commercial avec la Chine voisin de +20 Mds de $. Les plus forts déficits ayant été ceux des Pays-Bas (90 Mds de $), suivis de la France (47 Mds de $), de l’Italie (22,5 Mds de $) et de l’Espagne (19 Mds de $).

 

 

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