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›› Société
A huit mois du 20e Congrès, douleurs et ajustements de la « stratégie-forteresse » de « zéro-covid »
Depuis la mi-mars, deux années après la déclaration de « victoire » du Président Xi Jinping sur le virus et 25 mois après le décès du Dr Li Wenliang, l’ophtalmologue lanceur d’alerte harcelé par la police du régime en pleine occultation de la pandémie (lire : Covid-19 : La démocratie, l’efficacité politique et l’attente des peuples et Affaibli à l’intérieur, le parti redore son blason dans le monde), le pouvoir chinois est confronté aux conséquences de sa stratégie « Zéro Covid ».
Même s’il a récemment introduit un aménagement de souplesse, la tentation du confinement massif reste toujours le premier réflexe.
Alors que les pays jusque-là les plus sévèrement contrôlés, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du sud et même le Japon, eux aussi aux prises avec la persistance des contagions portées par de nouveaux « variants » défiant les épidémiologistes, ont progressivement relâché leurs politiques d’éradication complète du virus, Pékin ne se détourne pas de sa stratégie initiale dérivée du choix de mise en quarantaine générale, inaugurée en janvier 2020 à Wuhan.
Les pouvoir publics persistent au moment où, même la R.A.S de Hong Kong, ayant pourtant, le 11 mars dernier, battu le record mondial des décès journaliers par million d’habitants à 39 décès - en augmentation rapide depuis le bilan de QC du 27 février, dernier record, où ils étaient à 11 par million -, a elle-même jeté l’éponge de l’extinction complète et accepté de vivre avec le virus. Lire : Explosion épidémique à Hong Kong.
Contaminations limitées et réaction inflexible.
En Chine, l’augmentation réelle du nombre de nouvelles contaminations déclarées (– + quelques dizaines milliers, le 15 mars, chiffre dont l’exactitude reste à vérifier) mais minuscule au regard de la population et, en tous cas, notablement inférieure par rapport à celui des pays ayant accepté un allègement des mesures collectives d’isolement (au 31 mars : +320 000 en Corée du sud ; +60 000 en Australie ; +15 300 en Nouvelle-Zélande), traduit une crispation du pouvoir.
Les racines de cette rigidité où perce une inquiétude, sont d’abord à rechercher dans les souvenirs cuisants des ratés de 2020 ; ensuite dans le fait que l’appareil développe un discours assimilant le succès du contrôle de la pandémie à la supériorité de son système politique des « caractéristiques chinoises », comparé à celui qu’il juge « chaotique » de l’individualisme occidental, incapable de cohésion, gage d’efficacité collective.
Le 15 mars dernier, le pays avait confiné 30 millions de personnes, au milieu d’une campagne de tests massifs menés par des équipes en scaphandre étanches qui rappelaient les campagnes du début de la pandémie. La stratégie de fermeture hermétique de foyers dispersés dans tout le pays qui s’ajoute à la persistance des contrôles aux frontières, a isolé le pays et semble dessiner les limites de la stratégie.
Parmi les résidents de la dizaine de villes dans 18 provinces, notamment Shenzhen, Shenyang, Jilin, Changchun, tout ou partie mises sous cloche, dont certains maires et leurs administrations ont été sanctionnés, commence à monter une exaspération, tandis qu’une centaine de vols intérieurs des lignes de Shanghai et de Pékin ont été détournés.
La dernière décision rendue publique le 27 mars de confiner Shanghai, le poumon économique du pays par quartiers en deux séquences, alors qu’aucun ajustement de la stratégie de Zéro-covid n’est envisagé, contribue à augmenter l’impatience publique.
Des informations font état de heurts entre partisans du confinement strict et ceux qui considèrent que les mesures sont excessives. Parmi eux, les malades atteints d’autres affections ou leurs parents pour qui l’accès à l’hôpital et même aux urgences est devenu impossible.
La nervosité prend racine dans l’incohérence que la majorité des 30 000 cas de Shanghai asymptomatiques ou bénins, sont tout de même hospitalisés, provoquant l’engorgement du système de santé.
Sur les réseaux, depuis quelques jours, on peut lire les plaintes des familles dont un parent atteint ou non d’une maladie chronique, est décédé faute des soins.
Pour l’instant cependant l’intransigeance reste la règle.
Lors d’une réunion récente du Bureau politique, Madame Sun Chunlan, n°12 du régime et Vice premier ministre, en charge de coordonner la réponse à l’épidémie, déclarait que la stratégie qui serait poursuivie « sans hésitation », devrait constituer la priorité des gouvernements locaux et le « premier objectif du pays ».
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Crainte des mouvements sociaux et conséquences économiques.
Tandis que les confinements à Shanghai et Shenzhen coûtent plus de 40 Mds de $ par mois, le souci politique de limiter la diffusion des images de panique est évident. Même le Dr Zhang Wenhong, le chef du département des maladies infectieuses de l’hôpital Huashan de Shanghai affilié à l’Université de Fudan qui prône une accommodation raisonnable avec le virus et le retour à la normale, s’est pour l’instant rallié au verrouillage.
Constatant la flambée exponentielle des cas - qu’il convient cependant, on l’a vu, de relativiser -, il cautionne pour l’instant le réflexe de fermeture pour éviter la panique. Lire : Vaccination et stratégie du « zéro covid ». De la virologie à la propagande politique.
« Si la Chine s’ouvre trop rapidement, un grand nombre de personnes seront quand même infectées dans un court laps de temps, ce qui entraînera un nombre inquiétant d’hospitalisations et choquera la société, même si le virus a un faible taux de mortalité. »
Il insiste cependant sur l’exigence d’augmenter le taux des personnes vaccinées notamment parmi les plus vulnérables. En même temps, il s’applique à rassurer : « La première chose à faire est de tenir à distance la peur du virus » (…) « Seuls 0,1% des cas sur les 2266 patients traités à Shanghai au cours des six derniers mois ont développé des symptômes graves, et aucun n’est décédé ». (…) . « Le taux de mortalité des personnes qui ne sont pas complètement vaccinées est 23 fois plus élevé que celui des personnes ayant reçu deux doses ».
Alors que le confinement de Shanghai pourrait devenir le symbole de l’échec de la stratégie obstinée d’éradication totale du virus, la rigidité de l’administration qui l’applique comme une campagne politique, produit d’importants effets indésirables, avec cependant un contraste entre les zones urbaines où le confinement redevient pesant, symbolisé par les équipes de testeurs patrouillant les rues.
Selon les statistiques chinoises, plus de huit millions de petites entreprises familiales ont fermé en 2020 et 2021 ; la consommation intérieure a sérieusement ralenti et l’activité industrielle est au plus bas depuis cinq mois, tandis que la croissance des exportations a notablement ralenti.
Une analyse de Nomura qui prévoit une aggravation au 2e trimestre 2022, note que « presque toutes les données d’activité indiquent un freinage ces dernières semaines, principalement en raison de l’intensification des mesures anti-Omicron et de la détérioration du secteur immobilier où la relance, handicapée par la secousse d’Evergrande n’a pas produit l’effet escompté. »
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Pragmatisme et réactivité. Le 20e Congrès en ligne de mire.
Pour autant, il serait faux de réduire la réaction à l’épidémie à l’affichage bureaucratique rigide engoncé dans les scaphandres de l’armée de testeurs, assorti des informations diffusées par l’appareil des sanctions infligées aux responsables locaux.
Si en ce moment même à Shanghai et dans nombre de grands centres urbains majeurs l’image est exacte aggravée par des risques d’émeutes, – essentiellement articulée au besoin du Parti de prouver sa vigilance au service du peuple et de ne pas laisser écorner dans l’opinion sa réputation d’efficacité - il n’en est pas de même dans la Chine rurale et dans les villes moyennes. L’action des pouvoirs publics semble en général y être plus ciblée et nombre d’observateurs notent que la population vaque normalement.
Au milieu des verrouillages et des tests de masse largement diffusés dans les médias occidentaux, l’appareil inquiet des effets sur son économie, préoccupé par les risques d’emballement d’une contestation contre la radicalité de ses mesures et en même temps conscient que la contagiosité des nouveaux « variants » rend l’élimination du virus improbable et très coûteuse, explore d’autres voies.
A la mi-mars, la Commission nationale de la santé a publié de nouvelles directives. Elles réduisent la portée géographique des confinements et des tests de masse. Conscient de l’agacement et parfois du découragement qui montent dans l’opinion, elles insistent sur l’allègement des mesures de restriction, la prévention et la rapidité des campagnes de tests.
Une enquête publiée le 29 mars par Al Jazeera fait le point des mesures directement liées au souci de relancer l’appareil productif, qui encouragent les usines à adopter des politiques autonomes plus souples pour, en fonction des appréciations locales, maintenir la marche de l’entreprise.
En même temps, le Parti fait la promotion des tests antigéniques rapides et relève le seuil d’alerte de la charge virale réduisant le flot des hospitalisations. Selon le « China Beige Book », basé à New-York, « il est évident que la réponse aux nouveaux surgissements épidémiques ressemble de moins en moins à Wuhan en 2020 et plus à Shenzhen en 2022. Une réaction différenciée et mieux ciblée ayant permis aux entreprises de reprendre leurs activités quelques jours après l’ordre de verrouillage. »
« L’appareil abandonne progressivement la fermeture générale des villes et donne plutôt la priorité au maintien du commerce tout en essayant de limiter la propagation ». (…) « Les raisons sont claires : la consommation intérieure a souffert tout au long de 2021 en grande partie à cause des blocages qui ont freiné la croissance. En cette année politiquement sensible du 20e Congrès, le Parti peut difficilement se permettre une crise économique ».
Ajoutons qu’il peut encore moins se permettre des scènes de bagarres pouvant dégénérer en émeutes entre ceux qui cautionnent les fermetures radicales et ceux qui en souffrent, notamment les malades chroniques et leurs familles.
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