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C.C.Eyes only. Pour les Conseillers du Commerce Extérieur confinés à Shanghai. Chapitre VI

Rémie Gedoie (pseudonyme), contributeur régulier de QC, sous plusieurs identités (une autre est Louis Montalte) est aussi Conseiller du Commerce Extérieur (CCE) dont l’expérience en Chine en fait depuis trente ans un commentateur critique écouté de l’action économique de la France en Chine.

QC publie sous sa plume iconoclaste souvent râpeuse et crue, un feuilleton - fiction dédié à ses amis CCE sévèrement confinés à Shanghai par les effets de la politique de zéro-Covid mise en œuvre par le gouvernement chinois.

Les péripéties aventureuses des héros Français et Chinois confrontés à la puissante bureaucratie de l’appareil de sécurité sont aussi l’occasion de commentaires éclairés sur le système politique et la société, par ce fin connaisseur de la Chine.

En décembre 2019, après la visite officielle du Président Macron à Pékin du 3 au 6 novembre 2019 (Visite d’État en Chine), il avait signé un article sur QC stigmatisant la survivance anachronique des aides françaises à la Chine dans la cadre des actions de l’AFD (lire : Mais que fait donc l’AFD en chine ?)

La Rédaction.


Ce petit polar est dédié à mes amis CCE de Chine pour qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls face au COVID et dans les temps difficiles qu’ils traversent.

La FIPEP, Fédération Internationale Pour l’Extermination des Pandas, est et sera toujours, de tout coeur avec eux dans cette épreuve...

Un merci à Michel LABIE et à François SASTOURNÉ qui ont accepté d’émender et de corriger mon texte, avant sa parution et à Bruno Gensburger pour la photo de couverture.

AVERTISSEMENT

Toute ressemblance avec des CCE existants ne peut être qu’amicalement fortuite. Seuls les esprits bistournés et cauteleux verront dans les noms donnés aux personnages de cette nouvelle, des homologies douteuses ou des rapprochements inconsidérés avec des personnes de leur connaissance...

Chapitre 6

Après mûre réflexion, Weng et Grodègue étaient tombés d’accord pour se séparer à Chengdu.

Weng allait y rester pour préparer au mieux la rencontre ; il n’aurait pas trop de trois jours pour s’assurer que tout se passerait pour le mieux. Il lui fallait encore avertir Zhang du lieu et de l’heure du rendez-vous… Zhang ne protesterait sûrement pour un délai aussi court… Il avait répété à Weng qu’il voulait que tout cela se finisse au plus vite mais Weng s’attendait néanmoins à des caprices de dernières minutes ou à des exigences difficiles à accepter…

Grodègue poursuivrait sa route jusqu’à Shenzhen, accompagné de Guy Yaume car ni Weng ni Grodègue ne se fiaient trop à l’honnêteté et à l’apparente soumission de Zhang et l’idée de voir Yaume terminer seul son périple jusqu’à Pékin ne les enchantait qu’à moitié… Zhang était tellement tordu qu’il pourrait très bien chercher à remettre la main sur Yaume, histoire de re- fortifier sa position avant la négociation finale et accessoirement assouvir une petite vengeance…

Et puis, même si le Rimpotché était persuadé que les trois filles accepteraient sans aucun problème de suivre Grodègue jusqu’à Chengdu, Yaume pourrait, le cas échéant, s’avérer utile pour les convaincre en cas d’hésitations ou de doute… De plus, il avait besoin de retrouver les trois filles au plus vite et les seuls à pouvoir l’aider étaient les CCE du Sud de la Chine, auprès desquels elles s’étaient réfugiées…

Grodègue était bien conscient que son image chez les CCE était des plus détestables et que son arrivée était plutôt susceptible de les murer dans un mutisme capable de lui faire perdre un temps précieux… Il en avait fait l’amère expérience avec Belon et Croqueyesse… La présence de Yaume à ses côtés lui permettrait de les convaincre beaucoup plus aisément de ne pas lui mettre trop de bâtons dans les jambes…

Confortablement installé dans son fauteuil de première classe, sur le vol qui les menaient à Shenzhen, Yaume n’en finissait pas de raconter, dans le détail, ses aventures tibétaines dans les monastères du Rimpotché et surtout du centre de formation des élites où se trouvaient encore Rosée du Matin et les autres consoeurs de Rayon de Lune, de Lueur d’Espoir et de Fleur de Lotus…

 Ha… Rosée du Matin… Yaume en frissonna rien qu’à murmurer son nom… C’était la reine du casse-noise…

Grodègue changea prestement de sujet… Chez lui aussi, son seul nom évoquait des réminiscences presque douloureuses…

 Et la mallette ! Vous avez ouvert la mallette ?

 Heureusement que non ! Elle est piégée ! Avec assez d’explosifs pour faire sauter tout un immeuble… Ce n’est pas moi qui le dis… C’est l’expert en explosifs du Rimpotché !

 Parce que le Rimpotché a un expert en explosifs parmi ses formateurs… ?

 Naturellement ! En plus d’une éducation scolaire poussée et des cours de maintien, de cuisine, de couture, de musique et de peinture, les jeunes filles reçoivent également une éducation sportive et militaire de haut niveau… Ne me croyez pas si vous le voulez mais j’en ai vu une, réussir à atteindre un citron suspendu à trente mètres, de trois balles de pistolet sur trois… Moi, j’ai tenté ma chance et je n’ai jamais réussi à toucher le citron et même pas la pastèque qu’elle a mise pour me faciliter la tâche… J’en ai eu un torticolis pendant pas mal de temps…

 Comment ça un torticolis ?

 Ben, comme j’avais perdu mon pari, j’ai eu un gage et j’ai dû faire les pieds au mur, pendant presque dix minutes, pendant qu’elle me chatouillait les côtes et qu’elle me tail…

 C’est bon… Je crois que j’ai compris

 Remarquez, moi, dans la position ou je me trouvais, je n’étais pas en reste sauf que mes bras ont lâché et que je suis tombé sur le cou… Malgré ses massages attentionnés, c’est resté douloureux plusieurs jours…

 Mais, j’y pense… Comment savez-vous qu’il y a des explosifs dans l’attaché-case, si vous ne l’avez pas ouvert ? Vous aviez un scanner rayon X, au monastère ?

 Non… Une des petites a décousu le fond et une partie des côtés de la mallette… C’est là qu’ils ont vu les explosifs dans le double fond et le système de détonateur relié au code d’ouverture… D’après l’expert, la clé enclenche le détonateur et le code secret le neutralise avant ouverture… De plus, chaque ouverture de la mallette est décomptée, afin de savoir si il y a eu des tentatives d’ouverture… Sauf, bien entendu, quand on passe par le fond…

 Et que renferme la mallette, à part des explosifs ?

 Des documents, je crois… Mais Ils sont peut-être également détonants… Seul le Rimpotché en a eu lecture… Tout a été remis en place et recousu comme à l’origine… Du travail soigné…

Elles sont vraiment balèzes, vous savez… J’ai vu des petites qui brodaient des peintures à l’aiguille, à double face identique… Impossible de discerner l’envers ou l’endroit ; du vrai travail d’orfèvre… Alors la mallette, vous pouvez être sûr que Zhang n’y verra que du feu… C’est le cas de le dire ; une petite avec qui je faisais un jour, une petite sieste impromptue, m’a confié qu’il ne fallait mieux pas se trouver aux côtés de Zhang lors qu’il ouvrirait pour la deuxième fois sa valise… A mon avis, ils lui ont préparé une surprise…

 Et à part batifoler avec ces demoiselles, vous faisiez quoi de votre temps ?

 Dans le peu de temps que me restait, j’ai été promu professeur de langue… Grodègue s’abstint de tout autre commentaire et changea de sujet…

 Et les CCE du Sud, vous les connaissez ?

 Bien évidemment… C’est Jean-Michel Durjonc qui est le vice-président de ce chapitre… Il est efficace et gère bien son petit groupe qui est réparti sur Canton, où se trouve le consulat, sur Shenzhen et sur Kunming dans le Yunnan… Vous verrez, ils forment un groupe très sémillant et très énergique…

 Et ce Roger de Lalaitue ?

 Il dirige une boite de logistique à Shenzhen… Vous savez, la logistique, c’est le nerf de la guerre commerciale et économique…Mal gérée, ça vous plombe un business aussi sûrement qu’une meute de chacals vous nettoient une carcasse… Je connais bien ce Roger ; j’ai fait un voyage avec lui en Corée du Nord…

 Parce que vous êtes allé en Corée du Nord… ?

 Oui… Comme de nombreux autres CCE de Chine. Il y a quelques années, nous avions décidé de maintenir une veille économique sur ce pays… Tout le monde s’en désintéresse et tout le monde se fiche éperdument de ce qui se passe là-bas…

 Ils sont quand même, comment dire… Un peu spéciaux…

 Ce sont, il est vrai, de purs staliniens qui gouvernent par la force et la terreur. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que nous continuons à les pousser dans leur hérésie par nos sanctions draconiennes et notre propagande, à peine plus intelligente que la leur, qui les ridiculisent et qui les diabolisent à tout va… En fait, nous faisons tout pour les pousser dans leur retranchements et pour renforcer le régime…

Je pense également qu’il y a plus d’injustice, d’horreurs et de crimes dans pas mal de pays que nous qualifions d’alliés… Nous avons la révulsion et les anathèmes à géométrie variable…

*

L’avion avait commencé sa descente et les préparatifs d’atterrissage mirent fin à leur conversation … Shenzhen défilait sous leurs yeux…

Dans les années 50, Shenzhen n’était encore qu’un petit village de pêcheurs et le seul poste frontière permettant d’entrer en Chine, à Lowu…

Il avait suffit d’un voyage de Deng Xiaoping pour qu’une zone industrielle et une ville nouvelle sortent de terre… Celui-là au moins, ne se déplaçait pas pour rien…
Trente ans plus tard, la zone compte plus de dix millions d’habitants et rivalise avec Hong Kong sa voisine…

Si Shanghai s’enorgueillit d’être le coeur économique de la Chine alors Shenzhen et la Grande Baie de la rivière des Perles en sont les entrailles…

Deux mondes que tout sépare…

Quand les Shanghaïens voient de la beauté dans un axe de turbine ou dans le galbe d’une carrosserie, les chinois du Sud voient du profit dans la vente de chaussettes ou de cuvettes en plastique…

Shanghai vit de plans et d’investissements de la part du gouvernement central… Le Sud se nourrit de débrouillardises et d’initiatives privées. Dans ce combat de titans, Shenzhen a aussi choisi une troisième voie : celle des technologies de l’avenir…Ici, le futur c’est aujourd’hui… Le croisement du quantique avec le zéro Kelvin, au carrefour de la supraconductivité et des start-ups Licornes…

L’avion s’était posé quasiment sur la mer… Les roues avaient à peine touché le sol que Yaume avait joint de Lalaitue pour lui confirmer leur arrivée… Les filles s’étaient installées dans un de ses hangars hors-douane, un peu au sud, sur la côte.

Weng, qui continuait à suivre leurs déplacement à la seconde et au mètre près, avait dépêché un de ses agents qui les attendait à la porte de la zone de stockage industriel, pour les faire rentrer en tant que contrôleurs et inspecteurs… Le papier n’avait pas vraiment de valeur légale mais le gros tampon rouge de la Sécurité d’État et l’estampille Confidentiel-Défense étaient largement suffisants pour permettre de rentrer sans problème, dans la zone, normalement bien contrôlée et bien surveillée…

Roger de Lalaitue les accueillit un peu plus loin à l’intérieur, sur le parking de l’entrée. Ils quittèrent leur véhicule pour le saluer et pour se diriger lentement vers un des hangars, situé à une centaine de mètres de là.

 C’est devenu n’importe quoi, cette zone hors douane ! S’écria Roger de Lalaitue. C’est la maison courant d’air ! Déjà l’autre jour, les CCE sont entrés par une porte latérale sans aucune formalité et sans montrer leurs papiers… Depuis ils refusent de partir et préfèrent rester avec les filles, de peur de se faire arrêter en sortant… ! Mais à part ça, content de te revoir Président ! On commençait presque à s’inquiéter… Ça n’a pas été trop dur ?

 Tu sais, là-bas, il n’y avait pas trois filles mais une cinquantaine…

 Mon Dieu… ! s’écria Roger de Lalaitue… Cela a dû être terrible… Je n’ose même pas imaginer… Nous ici, à nous tous, nous avons déjà du mal à faire face…Alors à un contre cinquante, cela à du être un enfer…

 Un enfer paradisiaque… Oui, tu l’as dit… Vous êtes combien là-dedans ?

 En plus des trois filles, J’ai Jean-Michel Durjonc ; c’est normal c’est le chef… Il y a également Pierre-Emmanuel Larche, Frédéric Forci qui nous est venu de Zhongshan, Olivier Coalisé , Fabien Picora et Pascal Billon du consulat qui est venu nous couvrir en cas de pépin…Avec moi ça fait 7 et avec les filles ça fait 10… Et je ne vous parle pas des deux autres CCE qui nous rejoignent de temps en temps sur Zoom, en visioconférence…

 10 là-dedans ! Mais ça doit sentir la cocotte… Comment vous faites pour manger et pour vous laver ? Questionna Guy Yaume.

 Pour se laver, ce n’est pas un problème… On a un block sanitaire derrière le hangar. Il est propre avec deux douches et l’eau chaude… On peut même se laver à quatre en même temps, si besoin est… Et pour la bouffe, Pascal a réussi à nous approvisionner grâce à sa plaque diplomatique… Et puis, pour le moment, vous savez, on vit surtout d’amour et d’eau fraîche… Mais ne tardons pas… Président, tu es attendu comme le Messie ! Ils doivent être prêts ; ils ont dû mettre au point leur happening…

++++

-Happening ?

 Oui, les filles ont appelé comme ça, le petit spectacle qu’ils ont préparé à ton attention… C’est plutôt un numéro de cirque… Ils sont en train de fignoler leur numéro d’acrobatie…On a Pierre- Emmanuel en habit de sumo, avec un caleçon fabriqué à l’aide d’un gros cordon en drap tordu. Il est assis sur un matelas qu’un autre CCE poussera le moment venu…

Il devrait retomber trois bons mètres plus bas, sur un bout d’une planche en équilibre sur une caisse, comme une balançoire, tandis que, l’autre bout de la planche, Picora, dans son habit de superman - il a passé un slip rouge sur son pyjama bleu - par un effet de levier, s’envolera, projeté à six mètres de là, dans les bras de Rayon de lune qui l’attend dans un déshabillé de gaze transparente, sur une étagère tapissée de matelas en mousse…

De la haute voltige qu’il ne faut pas en aucun cas rater ! Oups… ! J’espère ne pas avoir trop spoiler le scénario et que cela ne va pas gâcher votre plaisir… Vous allez voir, ça va être mouvementé ! Pour être mouvementé, ce fut mouvementé…

Mais pas exactement comme prévu : en fait, les acrobates avaient pris un peu de retard et en étaient encore à la dernière mise au point…
L’arrivée inopinée de Yaume déstabilisa le programme ; les trois filles sautèrent de leurs places pour sauter au cou de Yaume et fêter les retrouvailles ; dans le même temps, Olivier Coalisé qui devait pousser Pierre-Emmanuel, le déséquilibra malencontreusement en voulant saluer son président de loin… Pierre-Emmanuel glissa de son matelas et chuta lourdement sur la planche… Fabien Picora qui s’était à moitié retourné, à califourchon, pour acclamer Guy Yaume, se prit de plein fouet dans l’entrejambe, la remontée subite de la planche, se retrouva projeté dans les airs, dans une direction par vraiment voulue et atterrit la tête la première sur un rack de caisses en carton…

Le costume de superman passablement déchiré et le nez en compote, Picora se remit péniblement sur pied et s’avança en se tortillant et en se tenant l’entrejambe de ses deux mains :
 Fi j’afais shu, je ne cherais pas fenu…

Guy Yaume le serra dans ses bras pour le consoler tandis qu’une des petites lui prodiguait affectueusement un massage pour soulager sa douleur…

A quelques mètres de là, Pierre-Emmanuel, dépenaillé, son caleçon de sumo partant à la dérive, s’avançait en boitant pour se joindre aux accolades…

Malgré le côté tragique de l’incident, Grodègue comme tous ceux qui l’entouraient eurent du mal à ne pas se tordre de rire…

 Dites donc… On ne doit pas s’ennuyer dans vos réunions de CCE du Sud… s’esclaffa-t-il, en se tournant vers Durjonc qui se gondolait à ses côtés…
 Vous ne croyez pas si bien dire… Mais encore, là, ils sont plutôt sages…

 Bon, ce n’est pas le tout, ce n’est pas que l’on est pressé mais l’heure du départ est proche… Remerciez chaleureusement vos collègues…

A l’intérieur du hall, les adieux allaient bon train, d’accolades en embrassades, d’étreintes éplorées en caresse torrides, de longs baisers langoureux ou petits bisous humides larmes…
Déchirant…

Le sbire de Weng s’impatientait…L’homme de main de Weng lui faisait de grands signes, pour lui signifier qu’il fallait partir au plus vite… Pourtant, Weng leur avait de nouveau affréter un avion… Ils n’étaient donc pas affectés par un horaire contraignant…

 Il refte deux vouteilles de chfampagne et des fiscuits à l’emmental… Faut fêter cha ! Annonça Picora qui revenait chargé de bouteilles et de paquets de biscuits…

Il reste aussi le petit tonneau de calva ! Cela serait dommage de le laisser s’abimer ! S’exclama Billon en fouillant dans son sac de réserves…

Une bonne demi-heure plus tard, ils lichaient les dernières gouttes, au grand désespoir de leur accompagnateur chinois qui tentait toujours désespérément de les décider à lever le camp…

Tout à coup, une détonation retentit suivi d’une explosion : un obus venait de traverser la tôle du hangar pour venir exploser dans les toilettes situées à l’arrière… Les racks remplis de palettes et de caisses amortirent le souffle et stoppèrent les éclats…

Bien entrainées, les filles furent les premières à se jeter au sol tandis que, décontenancés, les CCE regardaient la fumée et les flammes, sans comprendre vraiment ce qui venait de se passer… Il leur fallut quelques secondes et le bruit de fusillades à l’extérieur pour qu’ils commencent à se mettre à l’abri…

 C’était quoi ça ? Demanda Grodègue…

 Un lance-roquette… Lui répondit Rayon de Lune… Heureusement que les parois du hangar sont en papier-alu et qu’il a tiré entre deux rangée de racks…On l’a échappé belle…

Dehors, on entendait maintenant distinctement des échanges de coups de feu… C’était du lourd…

 Il y a au moins une mitrailleuse… jugea Grodègue…

 Deux… lui répondit Rayon de lune, et au moins une bonne douzaine d’armes automatiques…

 J’espère que personne n’était parti pisser… jura Durjonc… Faut que je fasse l’appel… Forci, t’es là ?

 Présent ! lui répondit une voix forte…

 Coalisé ?

 Présent…Celle-ci était plus étouffée… Elle provenait de dessous un matelas…Protection assez aléatoire face à des balles de 12,7 capables de traverser plusieurs millimètres de blindage…

 De Lalaitue ?

 Attends… Je suis en train d’appeler pour savoir si je suis garanti contre les risques de guerre…

 Picora ?

 Fe chuis là… Fleur de lotus et Lueur d’Espoir se desserrèrent un peu pour laisser passer un bras qui s’agitait sous elles…

 Larche ! Mais couche-toi ! Tu vas te faire zigouiller !

 Je cherche un froc ! Je ne veux pas que l’on me retrouve le cul nu !

 Couche-toi quand même… On te préfère les fesses à l’air plutôt que troué de part en part ! Puis revenant à son appel, il s’écria :

 J’ai oublié quelqu’un ?

 Je te remercie de penser à moi ! Lui lança Pascal Billon, vautré sous un rack, à quelques pas de lui… Je ne suis qu’un pauvre employé du consulat, alors, quand ça va mal, je disparais de ta liste ?

 Moi, je vais bien ! leur cria Yaume que Grodègue avait plaqué à terre, dès la première explosion…

Grodègue ne répondit pas à l’appel… D’ailleurs personne ne s’était préoccupé de son état de santé… Il venait de décrocher son téléphone… C’était Weng…

 Xiao Li me dit que personne n’est blessé ! tu confirmes ?

 Je confirme… Qu’est-ce que c’est ? Un coup de Zhang… ?

 Je ne sais pas encore… Si cela ne vient pas de lui, ça vient tout du moins des gens qu’il couvre… Puteborgne ! Ils sont venus en force sur ce coup-là… Heureusement que j’ai eu le temps de les voir venir… A quelques secondes près, vous étiez foutus !

Moi qui pestais parce que vous ne quittiez pas ce hangar assez vite… Finalement, vous avez bien fait de vous attarder… Cela m’a permis de mobiliser mes troupes… Ils vous auraient tiré dessus sur la route de l’aéroport, comme des lapins… Je n’aurais pas eu le temps d’intervenir…

Il y a encore pas mal de poches de résistance tout autour de vous… Il va falloir patienter un peu que je dégage et que je sécurise votre voie de sortie… Xiao Li vous fera signe quand vous pourrez bouger… Par contre, il va falloir que tu emmènes tout le monde avec toi… Je ne sais pas qui sont les fous qui vous canardent… Ils peuvent très bien avoir envie de se venger ou de vouloir éliminer tous les témoins… Va savoir… Ne prends aucun risque, pars avec toute ta troupe…

 On part où ?

 A l’aéroport, comme prévu… Vous avez un Airbus d’affaires, 319 CJ, qui vous attend… Il y a de quoi caser tout le monde, sans problème…

 Tu nous gâtes…

 Au point où j’en suis… De toute façon, il y a de fortes chances que je ne survive pas à ces hécatombes… Les gens que nous avons vexés vont sûrement vouloir me le faire payer… Quelque soit l’issue, il faudra bien trouver des coupables… Mais nous n’en sommes pas là… Je te quitte, Il y a encore du boulot sur la planche…

Au fait, dis bien à ton Roger de Lalaitue et à tous ses copains, que, bien entendu, il ne s’est rien passé… c’est un réservoir de fioul qui a explosé… L’assurance de la Zone Export de stockage prendra en charge les frais relatifs aux dégâts occasionnés par cette explosion… Je te fais signe dès que vous pourrez partir… A plus..

Ne restait plus à Grodègue que de transmettre les informations qu’il venait de recevoir…

 J’ai une bonne et une moins bonne nouvelle… Je commence par la bonne ; la voie est peu près dégagée… Nous allons pouvoir sortir, dans une quinzaine de minutes…La moins bonne, c’est que nous partons tous pour Chengdu… La situation est trop dangereuse ici… Nous ne savons pas exactement qui sont les terroristes qui nous ont pris pour cible… Le risque qu’ils continuent à s’en prendre à vous après notre départ est trop grand… Je suis désolé mais il va falloir que vous partiez avec nous…

Toujours sous le choc du tir de roquette, les CCE restaient amorphes et sans réaction…

 Vous m’avez bien compris ? Il va falloir que nous nous suiviez, moi, Guy Yaume et les demoiselles, jusqu’à Chengdu…

Le mot « demoiselles » reconnecta les neurones et soudain, la majorité des CCE poussèrent un cri de joie et sautèrent au cou des filles…Seul, de Lalaitue regardait son hangar sous douane dévasté, encore à moitié sonné…

 Ne vous en faites pas ; une équipe va nettoyer tout ça… Nous partons comme si nous n’avions jamais été là au moment de l’explosion… Vous serez averti, dans quelques jours, que l’explosion du chauffe-eau des toilettes a provoqué un début d’incendie… Vous pourrez alors signaler les dégâts et vous serez remboursé par l’assurance de la zone…

Il secouait la tête, hébété… K.O. debout… C’était quand même des années de travail qui venaient de se prendre une roquette… Son ami Larche, qui avait retrouvé une culotte décente, s’approcha de lui pour le réconforter…

 Moi, je rentre au Consulat… Il faut que je fasse un rapport au Consul Général…Annonça Pascal Billon

 Si vous pensez que votre plaque diplomatique résiste aux roquettes, allez-y… N’hésitez pas… Partez sans nous… Croyez vous un seul instant, que celui qui a tiré ce missile n’avait pas vu votre voiture sur le parking et qu’il ne savait pas que vous étiez dans le hangar ? Et vous pensez que maintenant il a trop honte et qu’il ne recommencera plus ?

 Je serais que toi, lui glissa Coalisé à l’oreille, suffisamment fort pour que tout le monde l’entende, je suivrais ses conseils… On a déjà eu un CCE qui a failli finir dans une oubliette et deux qui ont frôlé une inculpation pour trafic de drogues, juste parce qu’il s’est mis en colère… S’il te promets une roquette, il serait bien fichu de te l’envoyer… Crois-moi…

Pascal Billon hocha la tête…

 Mais qui f’est ches gens ? demanda Picora.

 Cela va être trop long pour rentrer dans les détails mais les gens que vous avez fâchés en donnant asile aux petites, sont des groupes puissants et mal intentionnés… Ils font tout pour essayer de les récupérer… Vous ne le réalisez que maintenant mais vous jouiez gros en les aidant…

Sa réponse ne les démoralisa pas d’un iota… Picora, Coalisé et Forci, tout au contraire, enserrèrent les petites, comme un serment pour les protéger encore…

 Bon, eh bien, puisque tout le monde est d’accord, on va se préparer… Dans un premier temps, vous prenez toutes vos affaires et on se réfugie au fond du hangar entre les racks…

S’ensuivit un va et vient désordonné où chacun essayait, tant bien que mal, de rassembler ses effets personnels tout en restant autant que faire se peut au ras du sol… Ce fut une sacrée pagaille qui ramena un peu de gaité dans le hangar…

 Chef ! Je crois bien que nous avons un problème, s’écria Roger de Lalaitue …

 Quoi encore ? lui demanda Grodègue

 C’est Yaume, notre président… Il a couru pour tenter de convaincre Pascal Billon de ne pas repartir seul… Mais arrivés au bout du parking, je crois bien qu’ils se sont faits enlever…

 Mais par tous les saints du ciel ! Je leur avais bien dit de rester tranquilles et de ne pas bouger ! Son téléphone se mit à sonner…

 C’est quoi ce bordel ! S’écria Weng à l’autre bout du fil ! C’est qui ces deux gus ! Puteborgne ! Tu n’as que sept moutons à garder et tu m’en perds deux !

 J’y peux rien… Ils en font qu’à leur tête et ils ne se rendent pas compte du danger… On a perdu Yaume une nouvelle fois et un employé du consulat, par dessus le marché ! Et merde…

 Puteborgne ! Mais vous êtes vraiment des branques ! Tes conneries ont eu au moins un effet positif… Ils ont dû estimer avoir ce qu’ils voulaient parce qu’ils ont, semble-t-il levé le camp…

Xiao li, l’air renfrogné, apparut devant le portail… Lui aussi venait sûrement de recevoir un savon… Il fit un signe à Grodègue pour lui signaler que la voie était libre…

 Vous restez bien en file indienne derrière moi et à la moindre alerte, couchez-vous au sol… !

Un peu plus loin, stationnaient une automitrailleuse et un minibus… Sur le parking, trois véhicules finissaient de brûler et plusieurs corps, jonchaient le sol…

La vue des cadavres déchiquetés, ajoutée à la disparition violente de Yaume et de Billion jeta un froid plus que glacial… Seules les filles ne paraissaient pas trop secouées et chuchotaient sur les banquettes arrières du mini-bus… Le lourd silence pesant des autres occupants fut rompu, quelques minutes plus tard, alors qu’ils approchaient de l’aéroport, par Durjonc qui fixait Grodègue d’un regard ébaubi et fasciné :

 Nos collègues de Shanghai vous ont surnommé « Terminator »…

 Oui… Et alors ?

 Je crois qu’il vous ont légèrement sous-estimé…

 

 

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