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›› Chronique

Investiture du gouverneur Lee à Hong Kong. La fin d’un cycle

Le 1er juillet, deux années après la décision de Pékin d’appliquer à la R.A.S la loi sur la sécurité nationale dont le premier effet aura été de supprimer radicalement l’opposition démocrate aujourd’hui en prison ou en exil, Xi Jinping a présidé les cérémonies du 25e anniversaire de la rétrocession.

C’était aussi le premier voyage hors de Pékin du n°1 depuis son retour du Myanmar le 18 janvier 2020. Dix jours plus tard, l’appareil décidait le confinement de la ville de Wuhan suite au surgissement de l’épidémie de Covid-19 rendu public, après quelques ratés et hésitations.

En même temps, Xi Jinping a, au nom du parti, investi le nouveau gouverneur John Lee Ka-chiu (李家超 LiJiachao), ancien responsable de la sécurité de la R.A.S, élu le 8 mai dernier avec le score sans appel de 99,16% des suffrages exprimés par les 1424 membres de la commission électorale expurgée des opposants démocrates. Interrogés sur ces évolutions qui étouffent toute pensée contraire, quelques personnalités connues de la société hongkongaise expriment des avis partagés. Quand les anciens acteurs de la démocratie parlementaire, exprimant un pessimisme sans nuance se désolent, les hommes d’affaires unanimes se réjouissent de l’intégration de la R.A.S dans le tissu économique du Continent.

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C’était la deuxième visite de Xi Jinping à Hong Kong. La première avait eu lieu le 1er juillet 2017 pour l’investiture de Carie Lam. Déjà, l’appareil avait perçu les risques de dérive du schéma « Un pays deux systèmes » dont la liberté d’expression avait favorisé l’émergence à la fin des années 2000 chez les plus activistes des démocrates, du mouvement « Localist ». En réalité il n’était rien moins que la formulation cachée d’un projet d’indépendance de l’ancienne colonie dont la naissance avait mis en alerte l’appareil politique chinois tout entier.

La menace « localiste » tuée dans l’œuf.

D’abord très minoritaires, les « Localists » réussirent à augmenter leur audience à la faveur des vastes manifestations de 2014 dites des « Parapluies - 雨傘運動 - » ou « Occupy Central - 佔領中環 - » protestant contre la décision du gouvernement d’écrémer par une série de critères attestant de leur loyauté politique au pouvoir central les candidats aux élections du gouverneur initialement prévues en 2017 au suffrage universel.

Autre incidence catastrophique pour Pékin, le 4 septembre 2016, portés par une puissante vague de liberté démocratique, cinq des figures les plus emblématiques du mouvement furent élues au Conseil Législatif.

Une semaine plus tard, dans sa chronique du 10 septembre 2016, Jean-Paul Yacine qui constatait que l’opposition démocrate avec laquelle Pékin aurait pu s’accommoder jusqu’en 2047, écrivait : « Résultat de cette charge iconoclaste de la jeunesse héritière directe du mouvement « Occupy central », le paysage politique de la R.A.S est entré en mouvement, brouillant les anciennes lignes de fractures entre « pro-Pékin » et « démocrates », créant un durcissement annonciateur de troubles. ». Lire : A Hong Kong, la Chine fait face aux contradictions du schéma « Un pays deux systèmes ».

Le 1er juillet 2017, lors de l’investiture de Carrie Lam, conscient des risques portés par l’élan politique « Localiste » véhiculant l’idée d’une rupture avec le Continent qu’aucun Chinois, même de la mouvance la plus libérale, ne saurait accepter, Xi Jinping avait clairement mis en garde que Pékin tuerait dans l’œuf tout mouvement niant la souveraineté de Pékin sur la R.A.S.

« Toute tentative contre la souveraineté et la sécurité nationales, défiant le gouvernement central et l’autorité de la loi fondamentale, ou ayant pour but de mener, par le truchement de Hong Kong, des opérations d’infiltration ou de sabotage à l’intérieur du Continent, franchirait (« toucherait 触碰 – chu peng - dans le texte chinois ») la limite extrême de ce qui est permis et ne sera pas accepté 不能 允许的 ».

Lire : A Hong-Kong Xi Jinping « recadre » les démocrates et met en garde contre une remise en cause du pouvoir central.

La prévalence absolue accordée au pouvoir central sur l’ancienne colonie britannique était dans la droite ligne de la position de Deng Xiaoping. En 1984, négociant avec Margaret Thatcher, le « Petit Timonier » avait prévenu que Pékin ne ferait aucune concession de souveraineté.

Expliquant que le parti n’hésiterait pas à réprimer les mouvements de rupture y compris au prix de l’image internationale de la Chine, il avait rappelé à M. Thatcher la détermination avec laquelle Londres avait, tout juste deux années plus tôt, défendu sa souveraineté en n’hésitant pas à déclencher la guerre des Malouines. Lire : L’arrangement « Un pays deux systèmes » a vécu.

La mise en garde de Xi Jinping n’avait cependant pas découragé le mouvement démocrate de contestation de la règle de Pékin.

Alors que la R.A.S était gravement secouée par les émeutes de protestation contre la loi sur l’extradition qui continuèrent même après la décision de Carrie Lam de la retirer (lire : Hong Kong : bataille rangée, controverse juridique, souveraineté et droit des individus), le 24 novembre 2019, les élections locales des conseillers de communes furent marquées par un raz-de-marée démocrate qui réussit à conquérir 344 sièges (76,1%) des 452 sièges contre seulement 58 sièges (12,1%) à la mouvance pro-Pékin.

Depuis, Pékin s’est appliqué sans faiblir à bâillonner la moindre opposition politique, non seulement celle de la société civile accusée d’être infiltrée par l’étranger mais aussi celle du Conseil législatif affaiblie par une réforme électorale. Lire : Réforme électorale. La mise aux normes politique de Hong Kong se poursuit sans faiblir.

Tel est le fond de tableau de la visite de Xi Jinping à Hong Kong. Après la cérémonie d’investiture du nouveau gouverneur, où les observateurs notèrent le spectacle inhabituel de la police du territoire marchant désormais au pas de l’oie comme à Pékin, son discours prononcé dans une R.A.S quadrillée par les forces de l’ordre, face à une assistance sévèrement triée, d’où étaient exclus les médias habituellement critiques de Pékin, envoya au-delà d’une longue énumération des projets de développement économique et social et d’attention portée à la jeunesse, le signal clair que les protestations et les tumultes des mouvements démocratiques étaient désormais révolus.

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Priorité à la cohérence verticale du pouvoir politique. Une page se tourne.

Alors qu’en Occident l’audience de la Chine a récemment été dégradée par le sentiment d’une déception éprouvée par tous ceux qui avaient naïvement cru que le développement des relations économiques et l’admission de la Chine à l’OMC créeraient une classe moyenne capable de contester le pouvoir léniniste du Parti, Xi Jinping a fermement et logiquement rappelé les principes de cohérence et d’unité de son pouvoir autocrate.

En substance, il affirma qu’à Hong Kong comme ailleurs, la direction politique ne saurait tomber dans des mains hostiles à la Chine. « Seuls les patriotes peuvent gouverner Hong Kong 只有“爱国者治港 (...) Nulle part au monde un pays ne saurait autoriser que des non-patriotes ou même des traitres s’emparent du pouvoir ». 世界上没有任何一个国家可以让不爱国, 甚至是 背信弃义的势力掌权 ».

Comme à son habitude, Xi a aussi inscrit l’action du Parti dans la longue l’histoire des 5000 ans du peuple chinois et - à Hong Kong, le rappel était particulièrement pertinent – dans l’exigence de rédemption de la fierté nationale après les humiliations des guerres de l’opium.

Émergeant politiquement plus assuré d’une bataille compliquée émaillée de très graves violences dont les péripéties ont duré plus de deux années, Xi considère que la page des désordres politiques est tournée, sans cependant admettre que le schéma « Un pays deux systèmes  » a été vidé de ses substances de liberté d’expression et d’indépendance de la justice. « Hong Kong entre dans une nouvelle ère, passant du chaos à la gouvernance et à la prospérité 香港正在进入一个新时代, 从混乱走向治理和繁荣. »

Conformément au discours du parti, niant la quête de démocratie des Hongkongais, il a attribué les émeutes aux ingérences extérieures et prôné la vigilance pour les tenir à distance 坚决防范和遏制外部势力干预香港事务. En même temps, il a promis de « réprimer sévèrement les activités séparatistes, de subversion et de sabotages. 严厉打击分裂, 颠覆, 渗透, 破坏活动 ».

Son but qui porte précisément l’effacement de la spécificité de la R.A.S séparée du Continent : « Encore mieux intégrer Hong Kong au grand projet de développement national, 使香港更好融入国家发展大局 ». C’est bien cette perspective émaillée de contrôles et de censure qui, depuis la promulgation de la loi sur la sécurité nationale, a déjà poussé des dizaines de milliers de Hongkongais à émigrer.

Au milieu du départ des plus inquiets, des avis partagés sur l’avenir.

Parmi les premiers à quitter le territoire furent des groupes d’intellectuels et de professeurs dont certains furent harcelés pour avoir cautionné les protestations de 2019, dans un contexte où les pressions de la police diffusent le sentiment que leurs libertés académiques et leur réputation de chercheurs indépendants seraient menacées.

Certains ont été licenciés ou ont vu leur contrat résilié sans préavis. D’autres ont fait le choix difficile de démissionner craignant que leurs sujets de recherche politiquement sensibles les transforment en cibles de la répression en vertu de la loi sur la sécurité nationale.

Des hommes d’affaires ont suivi le mouvement. Selon les services de l’immigration, depuis 2020, plus de 100 000 résidents ont quitté définitivement ou temporairement la R.A.S, dont plus de 50 000 durant les deux premières semaines de mars 2022.

Une des destinations privilégiées est Singapour. D’autres profitent des facilités d’accueil offertes par le nouveau système de visa de Londres et d’Ottawa. On note aussi une augmentation des demandes de visas pour les Émirats, le Japon, la Corée du sud et la Thaïlande.

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Interrogés par Bloomberg sur l’avenir de Hong Kong quelques figures connues de la politique et des affaires ont des avis partagés. Pour Emily Lau, 70 ans, citée plus haut, symbole du mouvement démocratique, l’anxiété qui domine conduit de plus en plus de résidents à s’en aller. Pour elle, le futur de la R.A.S comme place financière internationale sera compromis par les restrictions de liberté et le contrôle de l’information.

John Greenwood, 76 ans membre du conseil d’administration de la Commission de contrôle des finances de la R.A.S qui, lors de l’effondrement du Dollar de Hong Kong, avais mis en place la garantie par le $ américain qui fonctionne toujours, estime au contraire que la place de Hong Kong conservera son rôle tant que la Chine n’aura pas librement ouvert son compte de capital. Une bascule politique que, pour l’instant, l’appareil n’est pas prêt à assumer.

Amy Lo, Présidente associée de UBS Hong Kong, un des plus importants gestionnaires de fonds privés de la planète, considère que la place étroitement connectée à Londres et New-York a montré sa capacité de résilience depuis 25 ans.

Elle juge que, malgré les incertitudes à venir et les défis politiques du court terme, les avantages uniques de Hong Kong - y compris la solidité de son système juridique et réglementaire, combiné à un environnement commercial favorable et axé sur la dynamique du marché chinois - sont des atouts qui permettront à la R.A.S de conserver son rôle à l’avenir.

Allan Zeman, 72 ans, entrepreneur ayant fait fortune dans la confection, aujourd’hui à la tête du complexe touristique et commercial de Lan Kwai Fong à Central, estime lui aussi que Hong Kong restera un centre d’affaires de premier plan.

La R.A.S dit-il, bénéficiera de la croissance à ses portes de la région de la « Grande Baie » de Zhuhai avec ses 11 centres urbains et 84 millions d’habitants à moins d’une heure et demie par TGV. Lire : Un policier inflexible à la tête de Hong Kong.

Chris Patten le dernier gouverneur, 77 ans, détesté par les Chinois pour avoir introduit dans la constitution du territoire le projet d’élection du gouverneur au suffrage universel direct, craint que l’obsession politique de contrôler l’information devienne à terme un handicap.

Il regrette que « tant de personnes honnêtes aient quitté Hong Kong  » parce qu’elles voient leur avenir assombri par le fait que leurs enfants auront une éducation différente, dans laquelle l’endoctrinement politique jouera un rôle plus important que l’instruction et le savoir.

 

 

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