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›› Editorial

Les ambiguïtés chinoises face au terrorisme du Hamas

Le 10 octobre, l’armée israélienne convoquait la presse internationale pour témoigner de l’épouvantable sauvagerie des attaques terroristes du Hamas des 7 et 8 octobre contre les populations civiles juives notamment au Kibboutz de Kfar Aza, 4 km à l’est de la Bande Gaza et 80 km au sud de Tel-Aviv.

L’appel aux médias qui rappelait l’ouverture des camps de concentration nazis par les Soviétiques et les Américains entre 1944 et 1945, mit à jour à côté d’une synagogue transformée en charnier, les corps d’enfants décapités, les dépouilles profanées d’enfants, de vieillards et de femmes enceintes éventrées.

Quel que soit l’angle de vue et les efforts pour mettre en perspective le conflit par le rappel de la tragédie palestinienne présentée par certains comme une justification, les réminiscences radicalement antisémites des massacres qui plongent dans la mémoire des épouvantables horreurs de la Shoah, font soudain surgir un élément passionnel de haine raciale et meurtrière dont la sauvagerie semble avoir échappé aux récents efforts d’apaisement de la diplomatie chinoise.

Plus encore si, comme le suggèrent certains analystes, l’extrême férocité terroriste du Hamas était une stratégie d’escalade délibérée vers l’épouvantable, initiée en sous-main par les Ayatollahs iraniens pour tuer dans l’œuf le rapprochement entre l’Arabie saoudite et Israël, alors, la spectaculaire médiation diplomatique de Pékin entre Téhéran et Ryad (lire : Un vent chinois s’est levé au Moyen Orient) apparaitrait pour ce qu’elle est.

Une posture d’apaisement imaginée par l’appareil à Pékin sur les plates-bandes stratégiques de Washington, dont l’épine dorsale aurait cependant manqué les éléments essentiels et explosifs de la haine des Juifs attisée par les terroristes du Hamas, pilotés par Téhéran, précisément pour affaiblir la prééminence religieuse sunnite de Ryad et torpiller son projet d’apaisement avec Israël.

Dernier acte de ce machiavélisme stratégique instrumentant à la fois l’horreur des massacres et le sentiment de vulnérabilité des Juifs, la violence meurtrière de la réaction de Tel-Aviv, saisi par une rage de vengeance déchaînée et inédite, hypothèse la plus probable à ce stade, fermerait pour longtemps la porte à tout apaisement entre Ryad et Tel-Aviv, que Téhéran voit comme la confirmation de sa marginalisation sur ce théâtre traversé par d’intenses haines religieuses.

Tel est l’arrière-plan de la prudente et tardive réaction de Pékin aux épouvantables emballements du vieux conflit israélo-palestinien dont les racines remontent aux premières émeutes anti-juives de 1920 et 1921 à Jérusalem et à Jaffa, déjà révoltées contre les premiers Kibboutz créés par des émigrés Juifs polonais et russes séduits par le socialisme.

Trois années après la déclaration de Balfour de 1917, au crépuscule de l’Empire Ottoman, les soudaines tensions entre Juifs et Arabes d’une Palestine dont les frontières n’existaient pas encore, furent les prémisses d’un affrontement irrépressible qui dure toujours.

Efforts de médiation et prudence calculée de la réaction chinoise.

Alors que le 8 décembre 2022, Xi Jinping lui-même s’était rendu à Ryad (lire : A Ryad, la Chine anti-occidentale et dépendante du pétrole arabe ébranle l’ambiguïté de la prévalence américaine), pour préparer le spectaculaire rapprochement entre l’Iran et l’Arabie saoudite de mars 2023, il n’a, depuis son arrivée au pouvoir à l’automne 2012, pas ménagé ses efforts au Moyen Orient pour apparaitre comme un médiateur d’apaisement plus efficace que Washington.

Déjà en mai 2013, deux mois après sa nomination à la Présidence, il avait accueilli à Pékin le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas battu aux élections législatives par le Hamas en 2006, au moment où Benjamin Netanyahu, à nouveau premier ministre depuis 2009, après une éclipse politique de dix ans, commençait lui-même une visite dans la métropole financière de Shanghai avant d’être officiellement reçu dans la capitale chinoise, seulement un jour après le départ de Mahmoud Abbas.

Lors de sa rencontre avec Abbas, le Président chinois avait présenté une proposition de paix en quatre points appelant à l’établissement d’un État palestinien indépendant aux côtés d’Israël, sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale.

La proposition affirmait également le droit d’Israël à exister en sécurité et répétait que le dialogue et les négociations étaient les clés d’une paix durable entre les deux peuples.

Elle recommandait aussi l’arrêt des activités de colonisation, la fin de la violence contre les civils et l’arrêt du blocus israélien de Gaza, tout en faisant pression sur Tel Aviv pour la libération des prisonniers palestiniens. Sans nourrir d’illusions, elle affirmait que toutes ces conditions étaient « nécessaires à la reprise des pourparlers de paix ».

*

Dix ans plus tard, le 13 juin dernier, Mahmoud Abbas, 88 ans dont la carrière a été émaillée de plusieurs accusations d’antisémitisme, était à nouveau à Pékin, moins de quatre mois avant les massacres perpétrés par le Hamas en Israël que Xi Jinping refuse de qualifier de « terroristes », tout en cultivant toujours une posture de neutralité favorable à la « solution des deux États ».

Le dimanche 8 octobre, une brève déclaration du ministère chinois des Affaires étrangères s’est, de manière convenue, contentée d’appeler « les parties concernées à rester calmes, à faire preuve de retenue et à mettre immédiatement fin aux hostilités ». Elle a aussi réitéré le soutien de Pékin pour une « solution à deux États » visant à établir « un État palestinien indépendant, seul moyen de sortir du conflit. »

Sans surprise, la sobriété de la réaction chinoise face au déchaînement meurtrier du Hamas du 7 octobre a déçu l’ambassade d’Israël à Pékin. Yuval Waks le nº2 a déclaré avec humeur que son pays s’attendait à une «  condamnation plus ferme » du Hamas de la part de la Chine. « Quand des gens sont assassinés, massacrés dans les rues, ce n’est pas le moment d’appeler à une solution à deux États. »

La même déception a directement été exprimée le 9 octobre à Xi Jinping par Chuck Schumer, chef de la majorité au Sénat américain, présent à Pékin pour une visite bipartite du Congrès : « Je dis cela avec respect, mais je suis déçu par la déclaration du ministère des Affaires étrangères qui ne montre aucune sympathie ni aucun soutien pour le peuple israélien en ces temps tragiques ».

Les critiques ont porté. Le même jour, lors d’un point de presse, Mao Ning, la porte-parole du MAE, a, du bout des lèvres, corrigé le tir par un euphémisme, assurant que la Chine était « profondément attristée et condamnait tout acte de brutalité contre des civils ». Mais elle a éludé la question qui l’interrogeait sur la qualification « terroriste » des actes du Hamas et répété le message de neutralité, « à la fois amie d’Israël et de la Palestine ».

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En arrière-plan, la contestation globale de l’Amérique.

La réalité est qu’en refusant de condamner le Hamas, Pékin dont la posture internationale est actuellement calibrée à la rivalité avec l’Amérique, prend clairement le parti anti-occidental.

Les programmes de la télévision publique CCTV n’ont accordé que peu de place aux mutilations sauvages du Hamas. En revanche, les émissions de grande écoute sont longuement consacrées aux frappes aériennes sur Gaza et à la désolation des habitants, accablés par les vastes destructions provoquées par les bombardements.

Observant l’arrivée du porte-avions Gerald Ford dans la zone, les médias d’État ont très vite accusé les États-Unis de prendre parti.

Dans un éditorial du lundi 9 octobre, le Global Times accusait les Occidentaux – en particulier Washington – « d’attiser les flammes du conflit plutôt que de calmer la situation ». (…) Il ajoutait une généralisation de principe décalée de la réalité de la situation sur le terrain : « Il s’agit d’une tendance constante pour les pays occidentaux dans de nombreuses régions de conflit, où ils créent souvent des obstacles substantiels à la résolution des crises ».

Sur les réseaux sociaux fortement contrôlés et censurés, de nombreux internautes expriment leur soutien aux Palestiniens et critiquent Israël – souvent en s’en prenant directement ou de manière voilée aux États-Unis -. Alors que certains, assez rares, ont exprimé leur choc et leur indignation face aux meurtres brutaux de civils israéliens par le Hamas, le déluge de messages anti-israéliens révèle que la ligne autorisée n’est pas neutre.

Cela ne signifie pas que Pékin ait abandonné son habituelle stratégie de rester le plus longtemps possible à « la poignée d’éventail »pour garder en main le plus de cartes possibles. Alors qu’à Mahmoud Abbas, Xi Jinping a promis de nouer un « partenariat stratégique », manière routinière de signifier à un interlocuteur l’importance qu’il lui accorde, c’est tout de même avec Israël que la Chine a développé les coopérations les plus concrètes.

Coopération avec Israël et poids du Monde arabe.

Depuis 2013, le commerce bilatéral avec Israël - très en faveur de la Chine qui enregistre un surplus commercial de 8 Mds de $ notamment dû à l’export de ses voitures électriques - a plus que doublé passant de 8,22 à 17,62 Mds de $ en 2022, avec une nette accélération depuis 2021, cependant moins qu’avec les États-Unis (22 Mds de $) et très en-dessous du commerce avec l’UE (49,19 Mds de $).

Partie du projet des « Nouvelles routes de la soie », Israël a également accueilli l’opérateur chinois de travaux publics Shanghai International Port Group (SIPG), pour la construction au port d’Haïfa d’un nouveau terminal de conteneurs, opérationnel depuis 2021.

Pour autant, dans l’évaluation de ses priorités stratégiques, le Parti fait le calcul que Tel-Aviv sera toujours l’allié de Washington et qu’à l’ONU, sa politique qui réprime sévèrement les Ouïghour nécessitera la bienveillance complaisante des pays arabes qui pour l’instant ne lui fait pas défaut. (lire notre article de juillet 2019 : Controverses globales autour du traitement des Ouïghour. Pékin rallie un soutien hétéroclite et brouille la solidarité des musulmans).

Le choix d’afficher une neutralité distancée tout en prenant chaque fois que possible fait et cause pour les Palestiniens dans l’espoir de faire contrepoids à Washington, s’est précisé en 2021.

Alors que les tensions du volcan mal éteint de la bande de Gaza commençaient à monter et que Tel-Aviv avait focalisé son attention militaire sur la sécurité des « territoires occupés », Pékin alors président du Conseil de sécurité, avait exprimé son soutien aux Palestiniens et s’était présenté comme une alternative aux États-Unis.

Mais comme le souligne Jonathan Fulton, chercheur associé à l’Atlantic Council résident à Abu Dhabi, la Chine qui ambitionne de concurrencer Washington sur sa zone d’influence stratégique directe du Moyen-Orient, « n’a ni l’expérience ni la capacité de peser de manière significative dans un conflit dont les racines sont aussi longues et complexes. »

« La vérité » dit-il « est que la Chine considère la question israélienne comme une opportunité pour marquer des points dans le monde arabe et dans le reste du monde en développement. » (…) « Quand, dans les enceintes internationales la Chine critique Israël, elle obtient le soutien d’une vingtaine de pays arabes. »

Après tout, leur ralliement constitue un très efficace contrepoids aux accusations de “génocide culturel ” venant des pays occidentaux caractérisant sa politique de rééducation des musulmans Ouïghours au Xinjiang.

 

 

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