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Controverses globales autour du traitement des Ouïghour. Pékin rallie un soutien hétéroclite et brouille la solidarité des musulmans

En bleu, les 22 auteurs d’une lettre au Conseil des droits de l’Homme critiquant le traitement réservé par la Chine aux Ouïghour. En rouge les 37 pays ayant pris la défense de Pékin. Parmi eux de nombreux pays musulmans dont Bahrain, le Koweit, Oman, le Qatar, l’Arabie Saoudite, les Émirats, le Pakistan.


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Récemment Pékin a concrètement mesuré l’efficacité et les limites de ses stratégies d’influence globale articulées au pragmatisme de ses projets des « nouvelles routes de la soie » et à son statut de premier prêteur de la planète. L’occasion fut la riposte d’une trentaine de pays pro-Pékin à la mise en cause à l’ONU par 18 pays européens, rejoints par le Japon, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, de la politique de contrôle des populations musulmanes du Xinjiang.

La charge critique rassemblait 15 des 29 pays membres de l’OTAN. Mis à part le Japon ils étaient tous occidentaux et en majorité européens. Les membres de l’Alliance atlantique n’ayant pas signé la lettre mettant en cause la Chine, sont les États-Unis, la Turquie et 12 pays européens ayant récemment noué des relations économiques et commerciales avec la Chine dont l’Italie, le Portugal, la Grèce la République Tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, l’Albanie, la Slovénie, la Croatie et le Monténégro.

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A côté de l’allié russe, la riposte a essentiellement battu le rappel hétéroclite de pays en développement assez souvent autocratiques – telle la Biélorussie, seul européen signataire -, les pays du Golfe - ou même férocement dictatoriaux comme la Corée du Nord -, la plupart en crise grave ou en sérieuses difficultés économiques et financières.

Aux Africains et sud-américains (57% des signataires) se sont ajoutés 6 très riches pays musulmans du Golfe, la République Islamique du Pakistan couverte de dettes, économiquement à la remorque de la Chine et traversée par de sérieuses crises d’intolérance islamiste, 4 pays d’Asie du Sud-est dont 3 sont totalement alignés sur Pékin qui leur tient financièrement la tête hors de l’eau en échange d’une totale sujétion stratégique.

Quant au 4e, le Myanmar, également lié à Pékin par le passage sur son territoire d’un oléoduc et un gazoduc vers le Yunnan, il est lui-même l’objet de violentes attaques pour le traitement discriminatoire que la junte et les bouddhistes nationalistes infligent aux Musulmans Rohingya.

En Asie Centrale, seuls deux pays ont signé la réplique pro-Pékin : le Turkménistan, dictature de parti unique régulièrement pointée du doigt par les ONG des droits de l’homme et le Tadjikistan aux prises avec une réislamisation des mœurs que le pouvoir politique, héritier de l’idéologie soviétique de « l’athéisme combattant », tente de tenir à distance.

Attaque occidentale contre la Chine et ripostes.

Visite d’un camp de rééducation qu Xinjiang par des responsables locaux chinois.


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Le 8 juillet dernier, 22 délégués de leur pays à l’Office des Nations Unies à Genève, l’un des deux sièges permanents de l’ONU en Europe ont, sur instruction de leurs gouvernements, cosigné une lettre ouverte adressée à Michelle Bachelet Haut-Commissaire des NU pour les droits de l’homme, critiquant la politique chinoise à l’égard des Musulmans Ouïghour au Xinjiang.

En substance, la lettre enjoignait à Pékin de se conformer à ses propres engagements internationaux de respect de la liberté religieuse et, à cet effet, de mettre fin à l’incarcération arbitraire des Musulmans qu’ils soient Ouïghour ou appartenant à d’autres groupes musulmans minoritaires.

L’accusation s’appuyait sur des documents officiels chinois, des images satellites et des témoignages des familles de Musulmans emprisonnés dans des camps de rééducation au Xinjiang ou objets d’une surveillance policière envahissante au moyen de réseaux de caméras et de postes de police quadrillant étroitement la province du grand ouest chinois.

Lire :
- Au Xinjiang, Chen, le très efficace nouveau secrétaire général mêle répression et action sociale directe.
- « Centres de rééducation » ou répression carcérale ?

Pékin qui avait d’abord nié l’existence des camps avant de les justifier, réfuta les accusations arguant que l’objet des centres de détention était de « dé-radicaliser » des islamistes extrémistes ouïghour à l’origine des actions terroristes ayant frappé le Xinjiang, dont il faut constater qu’elles ont très fortement diminué depuis l’instauration des mesures de contrôle serré accompagnant les incarcérations. Lire : Xinjiang. Menaces djihadistes directes et spirale répressive.

Signe de l’efficacité des stratégies d’influence chinoise, 4 jours plus tard, le 12 juillet, 37 pays adressèrent à Madame Bachelet une autre lettre ouverte où ils prenaient résolument la défense de Pékin.

Parmi eux, 17 pays Africains (46% des signataires) venus renforcer la Russie, la Corée du Nord, 7 pays du Golfe tous Musulmans, 4 d’Asie du Sud-est, 2 Sud-Américains, 2 d’Asie Centrale et le Pakistan.

En Europe, la Biélorussie était le seul signataire pro-Pékin ayant pris le contrepied des 15 pays d’Europe de l’Ouest, appuyés par les 3 Pays Baltes, formant un ensemble européen critique de la Chine dont 12 sont membres de l’OTAN [1].

La mobilisation en faveur de la Chine est le résultat de longues coopérations sur le terrain dont les pointes émergées très médiatisées sont les vastes rassemblements autour des thèmes de la coopération avec l’Afrique (FOCAC 中非合作讨论), le Pakistan et les pays arabes (CASCOF – China Arab States Cooperation Forum - 中国阿拉伯国家合作论坛. -).

S’y ajoutent les récentes coopérations ciblées avec la Grèce, l’Italie et 16 pays d’Europe Centrale et Orientale, le tout sous la houlette des séminaires internationaux organisés en Chine, pour la promotion des nouvelles routes de la soie sur quasiment toute la planète.

Lire :
- Contrôle des religions. Islam en Chine et troubles au Xinjiang.
- Xi Jinping dans le chaudron du Moyen Orient. Quête d’énergie, atouts et limites des influences chinoises.
- Mohammed Ben Salman, la Chine, l’ONU, Masood Azhar, l’Asie du sud et l’Iran.

Dans la lettre, les signataires prennent la défense des « centres d’éducation et de formation professionnelle » du Xinjiang (selon la terminologie de Pékin) partie d’une stratégie de dé-radicalisation destinée à tenir à distance les risques posés par « l’extrémisme et le terrorisme » (expressions également reprises du vocabulaire de Pékin). Ils rajoutent que le Xinjiang connaît à nouveau la sécurité, de sorte qu’au lieu d’être floués comme l’énoncent les critiques, les droits fondamentaux de la population sont mieux protégés.

En conclusion, ils remercient les autorités chinoises de « leur transparence et de l’ouverture dont elles ont fait preuve, à l’occasion de nombreuses invitations de diplomates, d’organisations internationales et de journalistes venus constater les progrès du contre-terrorisme et de la dé-radicalisation », ajoutant que « leur propre appréciation de la situation contredisait complètement les compte-rendu de certains médias occidentaux. »

Notes :

[1Liste des signataires de la lettre de riposte à la mise en cause de la Chine par les pays occidentaux et le Japon.

Afrique : Algérie, Angola, Burkina-Faso, Burundi, Cameroun, République Démocratique du Congo, Egypte, Erythrée, Gabon, Nigeria, République du Congo, Somalie, Soudan, Sud-Soudan, Zimbabwe, Togo, Comores ;
Moyen-Orient : Bahrain, Koweit, Oman, Qatar, Arabie Saoudite, Syrie, Émirats ;
Asie du sud : Pakistan ;
Asie Centrale : Turkménistan, Tadjikistan ;
Asie du Sud-est : Cambodge, Laos, Myanmar, Philippines ;
Amérique du Sud / Centrale : Bolivie, Cuba, Venezuela ;
Europe : Biélorussie ;
Corée du Nord ;
Russie.


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