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›› Politique intérieure

Troisième plenum. Expression des contradictions du régime

Le 18 juillet lors du 3e plenum du Comité Central, le Comite Permanent votait à main levé. De gauche à droite : Li Xi, Cai Qi, Zhao Leji, Xi Jinping, Li Qiang, Wang Huning et Ding Xuexiang.


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Les observateurs avertis de la politique intérieure chinoise savent que la tenue erratique du 3e plenum du Comité Central peut être le signe d’hésitations politiques internes ou même de divergences.

Les embarras qui se traduisent par des reports ou parfois des annulations – le 3e plenum du 20e Congrès aurait dû avoir lieu à l’automne 2023 -, tiennent à ce que la jurisprudence lui confère le rôle difficile de définir la trajectoire socio-économique du pays à long terme et de la rendre publique.

Le fait que le 3e Plenum du 20e congrès ait été tenu du 15 au 18 juillet, soit neuf mois après la période habituelle arrêtée par la jurisprudence a cette fois encore entrainé des spéculations autour de possibles désaccords politiques au sein du Comité Central (lire : L’appareil fait l’impasse du 3e plénum. Décryptage).

Après la réunion plénière de quatre jours à huis clos sous la présidence de Xi Jinping des 360 membres du Comité Central, le communiqué officiel de l’appareil publié le 18 juillet n’a pas totalement rassuré les critiques.

S’il est exact qu’à son habitude le Président s’est, face l’auditoire trié sur le volet des élites politiques et militaires et des chefs des grands groupes publics, payé de mots, sur l’exigence des réformes dans un vaste éventail de domaines, pour faire progresser d’ici 2035, la « modernisation d’une économie, autosuffisante, socialement plus équitable, plus verte et technologiques plus innovante, avec des finances publiques mieux contrôlées », le communiqué n’a donné que peu de détails sur les moyens d’y parvenir.

Des pans entiers à l’origine des actuelles inquiétudes des investisseurs n’ont pas été évoqués. Rien sur l’instabilité de la consommation interne ; sur la persistance de la crise immobilière malgré l’établissement d’un fonds d’urgence destiné à relancer les achats d’appartement ; rien non plus sur la montagne de dettes accumulées par les municipalités et les régions à travers le pays.

Le scepticisme des observateurs est encore aggravé par une trajectoire politique marquée par de sérieuses contradictions entre les paroles et les actes du régime. Lors du 3e Plenum du 18e Congres à l’automne 2013, une année après sa désignation à la tête de l’appareil, Xi Jinping avait promis de donner un « rôle décisif aux forces du marché ».

Pourtant, avec l’arrière-plan de resserrer le contrôle politique tous azimuts du pays, la suite fut au contraire la prévalence accordée aux groupes publics, assortie d’une accumulation de règles strictes limitant les marges de manœuvre des entreprises privées.

Après les années de laisser-faire entrepreneurial entremêlé aux pouvoirs publics, source d’une vaste corruption, marqué aussi par des enrichissements sans mesure de particuliers qui firent fortune en commercialisant sans vergogne les actifs publics des terres de l’État, le tout s’inscrivait dans une démarche politique logique visant à freiner les excès du capitalisme et à corriger les inégalités de revenus.

Mais les effets de mises en norme qui ébranlèrent sérieusement le secteur privé eurent aussi pour conséquence d’éveiller la défiance des investisseurs étrangers et d’accélérer la fuite des capitaux.

Récemment la prévalence accordée par l’appareil à la « Sécurité Nationale » a donné le sentiment que la course socio-économique du pays serait d’abord articulée à des critères n’ayant que peu de rapport avec les fondements d’une économie libre.

En attendant que l’appareil donne plus de détails sur la manière dont il envisage de sortir d’une situation encore contrastée, marquée par l’instabilité de la reprise économique, la persistance du marasme immobilier et peut-être, le plus difficile à corriger, la naissance d’une insistante défiance, aggravée par les contrefeux antichinois allumés en Europe, au Japon et aux États-Unis, le plus frappant est la dichotomie exprimée par le communiqué du 18 juillet au milieu de la propagande de l’appareil faisant l’apologie du réformisme de Xi Jinping.

Les ambitions contraires du système.

La dissonance, probablement à la source du retard du 3e plenum, est le reflet du contraste entre deux exigences : 1) Rester en mesure de contrôler étroitement les évolutions socio-économiques et politiques du pays ; 2) Reformer le schéma de croissance, pour mieux partager les fruits de l’enrichissement et rehausser le niveau du PNB / hab toujours au 68e rang mondial.

En poste à Singapour, Julian Evans-Pritchard expert des finances chinoises à Capital Economics depuis plus de dix ans, met le doigt sur les contradictions politiques du régime : « Les actuels dirigeants ont l’habitude de ne soutenir que du bout des lèvres l’idée de promouvoir un plus grand dynamisme du marché ; dans la pratique, ils ne parviennent pas à donner suite à leurs promesses. ».

 

 

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