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›› Editorial

Le contresens stratégique de l’agressivité et des grandes manœuvres militaires sino-russes

Les tensions stratégiques entre les alliés de Washington et la connivence sino-russe se sont récemment échauffées autour de la Chine.

Le fond de tableau préoccupant de la situation mondiale, reste qu’au milieu des insistants appels à la paix, les explosions de violence guerrière, meurtrières et destructrices continuent à faire rage en Ukraine et au Moyen Orient.

Depuis 2012, année de l’accession de Xi Jinping à la tête de l’appareil communiste, le fait nouveau dans le paysage stratégique du rapport des forces globales est chinois.

Contredisant les conseils de prudence stratégique et d’exigence de neutralité de Deng Xiaoping du milieu des années quatre-vingt-dix, le Président chinois dont les discours réveillent la mémoire des humiliations infligées à la Chine par l’Occident au XIXe siècle, affiche clairement ses proximités avec la Russie et les mouvances pro-palestiniennes, pour contester l’ordre mondial dominé par l’Amérique depuis l’effondrement de l’URSS.

Alors qu’en Europe et au Proche Orient la stratégie chinoise s’affiche en faiseur de paix, par contraste, disent les discours chinois, avec le militarisme invasif et déstabilisant de l’Amérique, en revanche, en Asie-Pacifique, appuyée par d’incessantes intimidations de ses bateaux de guerre et de ses gardes-côtes, parfois par des tirs balistiques autour de Taïwan, elle est clairement agressive.

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Sur ce théâtre qui est celui de ses intérêts stratégiques directs, les signes belliqueux de Pékin se multiplient et échauffent la défiance antichinoise aux États-Unis, aux Philippines et au Japon.

En mer de Chine du sud, la marine chinoise a, sans esprit de recul, récemment affiché une effervescence offensive nouvelle face aux Philippines pour affirmer ses droits sur le récif du « Second Thomas Shoal » que Manille défend par le symbole de l’épave du « Sierra Madre » (lire : Dangereuse escalade en mer de Chine du sud).

L’Île de Taïwan devenue démocratique depuis la fin des années 80 où un mouvement de rupture historique avec le Continent aujourd’hui au pouvoir fait désormais jeu égal avec le vieux parti nationaliste héritier de Tchang Kai-chek, est l’autre point d’incandescence de la zone Asie.

Taïwan point incandescent de la rivalité sino-américaine.

Face à l’Île Pékin y fait valoir son droit autocrate de préemption historique quel que soit l’état de l’opinion qui, tous partis confondus, rejette l’idée d’une réunification avec la Chine telle qu’elle est gouvernée aujourd’hui.

Située au débouché nord de la mer de Chine, ouvrant sur l’Asie de l’Est, l’Île est stratégiquement attachée aux États-Unis par le « Taiwan Relation Act » (1979) disposition de droit interne votée par le Congrès obligeant l’exécutif américain à réagir en cas d’agression chinoise non provoquée par une déclaration d’indépendance.

Ainsi, la zone du Détroit est-elle comme la mer de Chine du sud un théâtre d’affrontement militaire potentiel entre la marine américaine et celle de l’Armée Populaire de Libération qui se modernise à marche forcée depuis trente ans.

Depuis l’avènement de Xi Jinping ayant fixé l’échéance du « rêve chinois » de puissance globale en 2049, au centenaire de l’avènement du parti en Chine, date à laquelle le rattachement de l’Île devra être accompli, de nouvelles tensions sont apparues dans le Détroit et à Taïwan (lire : La 4e crise de Taïwan. Quels risques d’escalade ?).

Attisées par la prise de conscience inquiète des Taïwanais d’un risque inéluctable exacerbé par l’inflexibilité calendaire de Pékin, la stratégie de l’Amérique a récemment clairement évolué pour se rapprocher de Taipei.

La bascule se lit sur le terrain. Selon Radio Free Asia, directement financée par le Congrès américain, le nombre de conseillers militaires envoyés dans l’Île par le Pentagone atteindrait 200 spécialistes directement affectés dans les unités de réserve pour participer à la formation des recrues qui se préparent à résister à une invasion chinoise (lire : A l’ombre de Pékin, un « Double Dix » à l’esprit de résistance).

Sur zone, les tensions de ce nouveau rapport des forces contraires cristallisent plus que jamais une fracture entre la connivence stratégique sino-russe et les alliés japonais, sud-coréens, philippin et australiens de l’Amérique. Parés des vertus démocratiques, ils s’opposent aux autocrates de Pékin et Moscou. Tout récemment, leurs différends se sont concrètement exprimés dans le détroit de Taïwan et en mer de Chine de l’est.

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Postures juridiques occidentales dans le détroit de Taiwan et affichages de puissance sino-russe en mer du Japon.

La frégate Baden-Württemberg dans son port d’attache à Wilhelmshaven.


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Le 13 septembre, pour la première fois en plus de vingt ans, sérieux chiffon rouge pour Pékin qui craint une contagion européenne des passages des navires de guerre européens entre le Continent et l’Île [1], la frégate allemande Baden-Württemberg et son navire logistique Frankfurt am Main ont transité dans le Détroit.

Aussitôt, la polémique a enflé. Considérant que le Détroit fait partie des eaux chinoises, Pékin a vivement protesté contre la « provocation allemande ». A quoi Boris Pistorius le ministre allemand de la Défense a répondu que le transit était destiné à affirmer la liberté de navigation. « Les eaux internationales sont des eaux internationales. », ajoutant que le Détroit était l’itinéraire le plus court et, compte tenu des conditions météorologiques, aussi le plus sûr.

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Mais l’essentiel des affichages de puissance a eu lieu par la Russie du 10 au 16 septembre 1100 nautiques plus au nord en mer du Japon, dans l’Atlantique et dans les mers Méditerranée, Caspienne et Baltique.

Baptisé « Océan-2024 », l’exercice géant a, selon les dires du Kremlin, rassemblé 90 000 hommes et 500 navires et aéronefs, avec l’intention affichée par Vladimir Poutine de renforcer, à des fins dissuasives, la coopération avec ses alliés face « aux tensions croissantes de la situation stratégique globale ».

Pour autant, s’il est vrai que, surveillée par le Japon, la marine chinoise a, au cours du week-end du 8 septembre, traversé le détroit de Tsushima en direction de la mer du Japon, pour participer à l’exercice, avec une quinzaine d’aéronefs, son déploiement naval était réduit à seulement cinq navires.

Parmi eux se trouvait cependant le bâtiment lance-missiles géant Wuxi (nº104) dont le tonnage de plus de 10 000 tonnes l’apparente plus à un croiseur de la deuxième guerre mondiale, qu’à sa désignation officielle de « destroyer » par la marine chinoise (lire à ce sujet : La marine chinoise lance deux destroyers géants).

La flottille chinoise comprenait également le Destroyer Xining (nº 117), aux dimensions plus modestes de 7500 tonnes, mais également surarmé d’une vaste panoplie de missiles anti-aériens, anti-sous-marins et de croisière – déclenchés par 64 tubes à lancement vertical -, la frégate Lin Yi (nº547), 4000 tonnes aux capacités antiaériennes et anti-sous-marines, et le Taihu (nº889), l’un des 9 ravitailleurs de plus de 20 000 tonnes construits depuis 2012.

Le déploiement géant par la Russie auquel Pékin n’a participé que de manière modeste, faisait suite à une série d’exercices militaires conjoints sino-russes régulièrement organisés depuis une dizaine d’années. Sortant de l’ordinaire par sa nature stratégique, la plus remarquée pour son affichage provocateur, fut une démonstration de force par des bombardiers chinois et russes à long rayon d’action interceptés au-dessus de l’Alaska par les chasseurs canadiens et américains.

Alors qu’au sein de Comité Central la répétition des exercices sino-russes, qui coagule un rapprochement stratégique avec Moscou dont Deng Xiaoping recommandait de se tenir à distance, ne fait pas l’unanimité (cf. notre article de septembre 2015 qui rapportait des doutes de chercheurs de l’Académie des Sciences Sociales : L’alliance militaire sino-russe et le scepticisme de l’Académie des Sciences Sociales), force est de s’interroger sur l’intérêt réel de Pékin de miser à ce point sur un insistant affichage de proximité militaire avec Moscou.

Rapprochement militaire avec Moscou pour quels objectifs ?

Les postures militaires sino-russes risquent de provoquer des contrefeux. Ils s’ajouteront à ceux déjà induits par la brutalité des gardes cotes géants à coque d’acier conçus pour des abordages directs.


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A court terme, l’objectif du Président Xi Jinping est clairement de faire pièce aux intrusions des marines occidentales dans le Détroit de Taiwan et aux actions de la 7e flotte américaine et de ses porte-avions en mer de Chine du sud.

Mais à plus long terme, la répétition des « bruits de ferraille » avec Moscou coagule la vaste nébuleuse antichinoise de l’Occident et de ses alliés qui inquiète les détracteurs de Xi Jinping au Comité Central. Le fait est que, prenant le contrepied des traditionnelles stratégies obliques de la Chine, la trajectoire de Pékin en contradiction avec la vision de Deng Xiaoping, ne fait pas l’unanimité au sein de l’appareil.

Alors que Xi Jinping et le Comité permanent tablent avec Moscou sur le soutien de l’Iran, de la Corée du Nord, et de la vaste mouvance des BRICS, de l’OCS et du Sud Global, dont les capacités militaires et la cohésion stratégique sont aléatoires, c’est en Asie, que l’œil fixé sur la Chine, les budgets militaires augmentent le plus rapidement, entrainés par la montée en puissance des capacités de l’armée chinoise.

Alors que selon les Chiffres du SIPRI, entre le début des années 2000 et 2022, le budget de la défense chinois a été multiplié par un facteur supérieur à dix, passant de 22 à 296 Mds de $, très au-dessus du chiffre des déclarations officielles, la somme des budgets de l’Asie-Océanie est passée de 200 a 600 Mds de $.

Au Japon, où, en raison de la montée des tensions avec la Chine et des provocations balistiques nord-coréennes, se dessine une mouvance politique en faveur d’une défense plus réactive, entre 2022 et 2024, le budget militaire est passé de 38 à 55,9 milliards de $, soit une hausse de 47% qui s’inscrit dans un plan de dépenses de 300 milliards de $ d’ici 2028.

Note(s) :

[1Jusqu’à présent seulement six pays ont envoyé leur marine de guerre dans le Détroit, dans des missions dites de « Liberté de navigation » : Les États-Unis, de très loin le plus souvent, le Canada, la Grande Bretagne, la France, l’Australie et le Japon. En général les Canadiens, les Anglais et les Japonais transitent dans le Detroit avec un bâtiment américain.

Le 4 juillet dernier, cependant, alors que les navires chinois ont augmenté leur présence autour de l’île de Tsushima, dans le détroit séparant la Corée du Japon large de 100 nautiques, à 1000 nautiques au sud, signalant une tendance rebelle provocatrice, le destroyer lance-missiles Suzutsuki de 6 800 tonnes s’est affranchi de la tutelle américaine, pour pénétrer dans les eaux territoriales chinoises du Zhejiang.

La province située à 150 nautiques au nord de Taiwan, borde à l’est la mer de Chine orientale, et se trouve à 180 nautiques les îles « Senkaku » occupées par le Japon et revendiquées par la Chine qui les appelle « Diaoyu ».

Après une mission de surveillance d’exercices à tirs réels chinois dans la zone, au lieu de rentrer à sa base le Suzutsuki apparemment sans ordres du commandement naval japonais, s’est approché des côtes du Zhejiang à moins de douze nautiques, pénétrant clairement dans les eaux chinoises.

Lorsque les Chinois lui ont demandé de quitter la zone, il a au contraire augmenté sa vitesse, dans ce qui semblait un défi à la marine chinoise, décidé de son propre chef. Après les protestations de Pékin, les autorités navales japonaises ont publiquement désavoué le Commandant du Suzuki et affirmé qu’elles lanceraient une enquête pour éclaircir les circonstances de son attitude.

 

 

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