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›› Editorial

Une fête nationale en demi-teinte à l’ombre des soucis économiques et de la rivalité systémique avec l’Occident

A côté des réjouissances populaires qui n’ont pas manqué, les cérémonies publiques officielles ont été réduites aux levers des couleurs partout sur le Continent, à Hong Kong et à Macao.


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Le 1er octobre la Chine a célébré le 75e anniversaire de la création de la République Populaire, annoncée par Mao du haut du balcon de la Cité interdite, le 1er octobre 1949, après une longue guerre civile qui durait depuis 1927.

Le moins qu’on puisse dire est que, cette année, l’enthousiasme festif avait baissé d’un ton.

L’ambiance reste en effet marquée par les inquiétudes de l’opinion toujours sous le coup du choc financier de la crise immobilière, les tensions internationales avec les États-Unis et l’Europe et le trouble du retour des irrépressibles raideurs enkystées de la relation avec Tokyo.

Les sentiments de défiance réciproque ont récemment été exacerbés par deux attaques au couteau contre des ressortissants japonais dont la dernière à Shenzhen s’est soldée le 19 septembre par le décès d’un jeune élève de dix ans de mère chinoise et de père japonais.

Le drame a aussitôt provoqué le réajustement de la position de Tokyo passée de la bienveillance humaniste apaisante après la première attaque au couteau de Suzhou, le 24 juin, à la suspicion vindicative.

Cette année à Pékin, en contraste avec la vaste ferveur nationaliste mise en scène lors du 70e anniversaire (lire : Le 1er octobre, Pékin ouvre une « nouvelle ère de luttes », ne rassure pas l’Occident et compte ses amis), le 1er octobre n’a été célébré que par des cérémonies aux couleurs à Pékin, Hong Kong et Macao.

Dans le sillage toxique de la crise immobilière, symptôme des dysfonctionnements du mode de croissance et d’épargne, surnageaient non seulement les troubles d’un système socio-économique à la richesse mal repartie, mais également les affres des tensions avec l’Occident.

A la fois indispensable marché de son système productif et relais encore vivace des innovations de hautes technologies, la nébuleuse occidentale et ses alliés japonais et sud-coréens sont aussi devenus les rivaux systémiques de plus en plus défiants d’une Chine critique d’Israël et soutien des Palestiniens y compris leurs proxy terroristes, attelée à la Russie, à l’Iran et à la Corée du Nord.

Le point d’incandescence de Taïwan.

Le 25 septembre, Pékin a, pour la première fois depuis 44 ans, tiré un missile balistique intercontinental dans le Pacifique occidental.


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Cette année encore, s’appuyant sur les rancœurs post-coloniales du « sud global » et le Nationalisme des « caractéristiques chinoises », le Président Xi Jinping qui, avec Moscou, défie l’ordre du Monde établi après 1945, a placé la question de Taïwan au cœur de sa logique d’affrontement avec l’Ouest.

Le 30 septembre, lors d’un banquet d’État au Grand Palais du Peuple, Xi a une nouvelle fois affirmé sa détermination à parvenir à « la réunification complète de la patrie ».

Relayé à l’international par Wang Yi le ministre des Affaires Étrangères et toutes les élites politiques, les discours officiels diffusent invariablement le thème angoissant pour les Taïwanais et les stratèges américains, de la fatalité inéluctable de la réunification.

« C’est une tendance irréversible - 不可逆轉的潮流- une cause de justice - 正義的事業- et une aspiration commune du peuple- 人民的共同願望 -. Personne ne peut arrêter la marche de l’histoire » - 沒有能夠阻止歷史的前進 -.

Il y a plus. En dépit des aspirations contraires des Taiwanais, massivement en faveur du statuquo sur fond d’une progressive prise de distance avec le Continent, la réunification est non seulement présentée comme un fatalité inéluctable empreinte de justice historique, mais sa perspective est aussi assortie de la menace que, si nécessaire, elle pourrait être achevée par la force.

Il y a là une inflexion propre à Xi Jinping.

Depuis Mao, tous les dirigeants chinois successifs ont promis de reprendre un jour le contrôle de Taiwan. Mais, après la mort en 1976, du vainqueur de la guerre civile, ils n’envisageaient l’usage de la force que pour dissuader une déclaration d’indépendance de l’Île. Xi est le premier à répéter dans ses discours que la fatalité historique pourrait être favorisée par un coup de force militaire.

« Taiwan est le territoire sacré de la Chine. - 台湾是中国的神圣领土 - Le sang est plus épais que l’eau - 血浓于水, et les gens des deux côtés du détroit sont liés par le sang, 两岸人民血肉相连 ».

La perspective élevée au rang d’une mission existentielle dont le caractère sanctifié porte en lui-même le risque d’un dérapage irrationnel, est à l’origine des branle-bas militaires dans la région.

Crispations en retour de Washington et de ses alliés.

Le 29 septembre, contrevenant une nouvelle fois à la promesse des « Trois Communiqués » de stopper les ventes d’armes à l’Île [1], le président américain Joe Biden a approuvé un soutien militaire de 567 millions de dollars à Taiwan, l’un des plus vastes programmes d’aide que les États-Unis n’aient jamais accordé à l’île.

Le fait que, le 25 septembre, cédant une nouvelle fois à ses tentations de démonstration de force, Pékin a pour la première fois depuis quarante-quatre ans fait tirer un missile intercontinental vers le Pacifique, n’a pas contribué à apaiser les inquiétudes des Taïwanais et de leurs alliés américains. Le tir d’essai de l’artillerie missiles a été suivi quatre jours plus tard par une série des salves balistiques tirées depuis la Mongolie, le Gansu, le Qinghai et le Xinjiang qui ont mis en alerte la défense taïwanaise.

Signe symbolique que les tensions sino-américaines ont atteint un point d’échauffement alarmant, Washington n’a pas adressé de message officiel traditionnel de félicitations à l’occasion de la fête nationale, le 1er octobre. La retenue crispée des États-Unis contrastait avec les messages de félicitations des pays de l’UE, de Vladimir Poutine et de Kim Jong Un.

Alors que l’élection présidentielle américaine à venir de novembre prochain est largement considérée comme cruciale pour l’avenir des relations bilatérales, sino-américaines, l’attitude de blocage du département d’État reflète une réalité. Le candidat républicain et ancien président Donald Trump ainsi que la candidate démocrate et vice-présidente Kamala Harris – sont tous deux porteurs d’une ligne dure à l’égard de la Chine.

Une nuance cependant qui signale peut-être un dégel possible des crispations, une fois les élections passées. Le Département d’État et la Maison Blanche ont tous deux assisté à la réception offerte à l’ambassade de Chine à Washington, le 30 septembre.

Daniel Kritenbrink, secrétaire d’État adjoint pour l’Asie de l’Est et le Pacifique, y a prononcé un bref discours à l’ambassade. Félicitant la Chine et son peuple il a insisté sur l’importance de gérer les relations entre les États-Unis et la Chine malgré leurs différences.

« Je peux assurer à tous mes amis ici présents que les États-Unis d’Amérique resteront déterminés à faire tout leur possible pour maximiser la coopération, gérer au mieux nos nombreuses différences et à le faire dans chaque cas de la manière la plus responsable possible. »

« Je tiens également à souligner que quoi que nous fassions, il est également important de dire très clairement que nous sommes déterminés à continuer de renforcer les liens entre le peuple des États-Unis et le peuple chinois. »

En attendant, les démonstrations de forces se succèdent. A l’occasion de sa fête nationale, la marine chinoise a mené un exercice en mer de Chine méridionale qui faisait suite à une manœuvre navale conjointe des marines des États-Unis, des Philippines, du Japon, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.

Note(s) :

[1« Les Trois communiqués ».

Dans le cadre de la reconnaissance de la Chine Maoïste par Washington, les « Trois communiqués », ont été publiés conjointement en 1972 (Nixon et Zhou Enlai), 1979 (Carter et Deng Xiaoping) et 1982 (Reagan et Deng Xiaoping).

Ils s’accordaient sur la fin des relations officielles entre Taipei et Washington, la reconnaissance, de part et d’autre du Détroit, « d’Une seule chine » et « d’Un seul gouvernement de la Chine ». En même temps, ils précisaient que l’Île et les États-Unis continueraient à entretenir des relations économiques et culturelles.

Simultanément le Taïwan Relation Act, disposition de Droit Interne votée par le Congrès en 1979, obligeait l’exécutif à ne pas rester inerte en cas d’attaque directe de la Chine contre Taïwan non provoquée par une déclaration d’indépendance.

Enfin, contrairement au souhait de la Chine qui réclamait un arrêt complet des ventes d’armes à l’Île, Washington a indiqué, lors du 3e communiqué, mais sans préciser de date qu’elles seraient graduellement réduites.

Mais selon un télégramme déclassifié en date du 10 juillet 1982, entre le Département d’État et l’Institut Américain de Taïwan, Washington souhaitait conserver les ventes d’armes comme un moyen de pression jusqu’à la signature dans le Détroit d’un traité de paix.

Aujourd’hui, quarante-deux années après le communiqué de 1982, compte-tenu des ambitions de puissance de la Chine exprimées par le rêve de renaissance 中国复兴梦, où la réunification tient une place essentielle, la promesse de cesser les ventes d’armes à l’Île est devenue irréaliste.

 

 

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